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06/08/2020

SYRIE: L' AMÉRIQUE VIOL LE DROIT INTERNATIONAL .......

L’Amérique conclut un accord avec les Kurdes pour voler le pétrole syrien

Publié par wikistrike.com sur 6 Août 2020, 06:35am

Catégories : #Economie, #Politique internationale

 
L’Amérique conclut un accord avec les Kurdes pour voler le pétrole syrien

par Alexandre Lemoine

L’annonce d’un accord passé entre une compagnie américaine et les Kurdes sur l’aménagement des champs pétroliers dans le Nord-Est de la Syrie a provoqué une réaction brutale de Damas et d’Ankara.

 

Les autorités syriennes ont qualifié les Etats-Unis de « voleurs », alors que la Turquie s’est soudainement préoccupée de l’intégrité territoriale de la Syrie:

Ankara n’apprécie pas du tout le renforcement de l’indépendance économique des Kurdes syriens.

 

Selon les experts, cet accord est avant tout d’une importance politique car il encourage l’autonomie des régions incontrôlées par Damas et le prive d’espoir de reprendre entièrement le contrôle des richesses nationales du pays.

« Les ressources naturelles de la Syrie appartiennent au peuple syrien.

 

Nous regrettons que les Etats-Unis soutiennent une démarche qui viole le droit international, transgressent l’intégrité territoriale de la Syrie et fassent ce qui relève du financement du terrorisme », a déclaré ce lundi le ministère des Affaires étrangères turc en commentant l’annonce d’un accord entre l’administration autonome de la Syrie du Nord et de l’Est et la compagnie pétrolière américaine Delta Crescent Energy.

 

La veille, le ministère des Affaires étrangères syrien a qualifié « l’accord entre les voleurs qui pillent et les voleurs qui vendent » de menace pour la souveraineté syrienne.

 

Damas a souligné que l’accord conclu en contournant le gouvernement central était illégal.

C’est le commandant des Forces démocratiques syriennes Mazloum Abdi qui a parlé de la signature de cet accord au sénateur américain Lindsey Graham.

Pendant la réunion du comité des affaires étrangères du sénat ce dernier a demandé au secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo si la compagnie américaine avait réellement conclu avec les Kurdes un accord pour « moderniser et développer » l’infrastructure des gisements au Nord-Est de la Syrie.

 

Le chef de la diplomatie américaine a confirmé cette information:

« L’accord a demandé un peu plus de temps que nous ne l’espérions, et nous sommes en train de le réaliser. »

 

Les deux hommes politiques n’ont pas dévoilé le nom de la compagnie qui avait signé cet accord.

D’après le média en ligne Al-Monitor, il s’agit de la compagnie Delta Crescent Energy. Selon ses sources, ce contrat a été signé « avec le soutien de la Maison blanche ».

« Cet accord a une immense importance politique et pourrait être considéré comme la reconnaissance de l’administration kurde », cite le grand quotidien arabe Asharq Al-Awsat un responsable kurde anonyme.

Et d’ajouter: « Cela réduit également les craintes concernant un éventuel retrait inattendu des forces américaines des régions à l’Est de l’Euphrate. »

« Nous coopérerons étroitement avec nos alliés kurdes afin d’être certains que les revenus de ce pétrole ne se retrouveront pas entre les mains de l’Iran, du régime (syrien) ou de la Russie », a déclaré le vice-président américain Mike Pence.

En janvier, le représentant spécial des Etats-Unis pour la Syrie James Jeffrey a souligné que Washington ne s’ingérait pas dans la production pétrolière, mais certaines compagnies américaines ont effectivement demandé des licences pour gérer le contrôle des actifs étrangers du Trésor américain afin de travailler dans la région.

 

Sachant que les sanctions américaines interdisent le commerce de produits pétroliers avec la Syrie.

Mais cela concerne les territoires contrôlés par Damas, alors qu’une exception est faite pour les Kurdes au Nord-Est.

Avant la guerre, la Syrie produisait 350.000-380.000 barils de pétrole par jour.

A l’heure actuelle, selon les estimations des experts, elle s’élève à 50.000-60.000 barils par jour, et ce sur l’ensemble du territoire du pays.

Toutefois, la majeure partie des gisements se situe précisément dans le Nord-Est de la Syrie.

Delta Crescent Energy est une compagnie sans actifs courants, sans site officiel. On sait uniquement qu’elle a été enregistrée dans le Delaware.

Cette compagnie pourrait être liée aux structures militaires américaines.

 

La compagnie n’a ni marchés d’écoulement fixes ni sa propre raffinerie ni d’accès aux oléoducs magistraux, c’est pourquoi son contrat représente certainement rien d’autre qu’un bruit informationnel qui détourne l’attention du fait que les gisements pétroliers au Nord-Est de la Syrie se trouveront directement sous le contrôle des forces armées américaines.

Par ailleurs, personne ne le cachait.

En obtenant des leviers légaux pour la vente de leur pétrole les autorités au Nord-Est de la Syrie renforcent leurs positions en tant qu’entité pseudo-étatique.

De plus, avec la signature de cet accord les Etats-Unis envoient à Damas un signal que les compagnies occidentales peuvent signer des contrats avec des centres de force alternatifs dans le pays.

Ce qui est plutôt bénéfique pour la Turquie, même si verbalement elle est opposée à de telles méthodes, mais cela crée également un précédent pour un travail plus actif des compagnies turques dans le pays qui travaillent déjà en contournant Damas, dans la zone du « Bouclier de l’Euphrate » contrôlée par Ankara.

Par Alexandre Lemoine

source:http://www.observateurcontinental.fr/?module=articles&...

Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n’engagent que la responsabilité des auteurs

03/08/2020

LES AMBITIONS NÉO- OTTOMANE SE PRÉCISE .......

 

RELATIONS INTERNATIONALES : La Turquie, une nouvelle menace militaire pour l’Union européenne ?

Posté le lundi 20 juillet 2020
RELATIONS INTERNATIONALES : La Turquie, une nouvelle menace militaire pour l’Union européenne ?

En cette journée anniversaire de l’échec du coup d’État mené contre R. Erdogan le 15 juillet 2016, un éclairage approfondi sur la Turquie d’aujourd'hui semble opportun dans le contexte géopolitique actuel.

Dans l’après-Seconde Guerre mondiale, les États-Unis ont arrimé la Turquie à l’Europe au sein de l’OTAN face à l’URSS.

Les élites éclairées de l’Union européenne par la suite, dans leur grand angélisme, ont voulu à tout prix intégrer la Turquie cette fois dans un cadre politique, démocratique et économique en lui imposant de multiples changements intérieurs.

Ainsi l’armée turque, pourtant garante de la laïcité y compris en conduisant des coups d’Etat, devait être éloignée du pouvoir. Cela a été fait.

 

Aujourd'hui, Recep Tayyid Erdogan est élu sans intervalle depuis 2003 et gouverne la Turquie avec un gouvernement islamo-conservateur proche des Frères musulmans et de plus en plus agressif vis-à-vis du monde occidental.

Pour autant, la Turquie, d’une superficie de 780 000 km² et peuplée de 83 millions d’habitants, à la jonction de l’Europe et de l’Asie, est-elle devenue à nos frontières une menace militaire pour l’Union européenne ?

Après l’échec de son adhésion à l’Union européenne, la Turquie d’Erdogan revendique désormais le leadership de l’islam sunnite dans sa variante proche des Frères musulmans qui se sont notamment construits contre la domination de l’Occident. Elle affirme son identité néo-ottomane y compris à travers le recours à la force militaire au Moyen-Orient et dans le bassin méditerranéen.

Cette situation s’explique par une Turquie sous une même autorité politique de plus en plus autoritaire depuis 2003. Le contexte international lui a permis d’affirmer son autonomie et finalement de représenter une menace potentielle militaire aux frontières de l’Union européenne, bien en difficulté pour apporter des réponses crédibles et pourtant nécessaires.

La Turquie d’Erdogan, la nostalgie d’une puissance passée.


En raison d’une part de son évolution intérieure, d’autre part du rejet notamment par la France d’une puissance musulmane au sein de l’Union européenne, la Turquie revendique désormais le leadership de l’islam sunnite dans sa variante proche des Frères musulmans, c'est-à-dire en opposition avec la domination de l’Occident.

Cette évolution est favorisée par le maintien au pouvoir de R. Erdogan.

En effet, la personnalisation progressive du pouvoir autour d’Erdogan et sa présidentialisation conduisent aujourd'hui à une fuite politique en avant aussi bien à l’intérieur de la Turquie qu’à l’extérieur.

Cet État rejoint la cohorte des régimes autoritaires comme en Russie, en Chine, en Inde mais aussi dans l’Est de l’Union européenne.

Au pouvoir depuis 2003, R. Erdogan a islamisé son pouvoir d’autant plus après la tentative du coup d’état militaire du 15 juillet 2016 qui a profondément marqué le président turc et entraîné une répression paranoïaque pour rester au pouvoir. En 17 ans passés à la tête du pays, d'abord comme premier ministre puis comme président, l'homme est parvenu à prendre le contrôle de toutes les institutions.

Le changement de constitution en 2018, remettant les « compteurs à zéro » lui permet de rester au pouvoir pendant deux mandats de cinq ans jusqu’en 2028 et lui laisse donc une grande liberté de manœuvre en politique étrangère à la différence des démocraties occidentales.

Le régime s’est surtout durci sur la question religieuse imposant un islam qui associe une identité ottomane islamo-conservatrice à une approche nationaliste sinon revancharde de la splendeur passée et perdue.

L’héritage laïc et occidentalisée de Kemal Atatürk a été peu à peu écarté de la mémoire collective. Le dernier exemple de cette « reconquête identitaire » est celui de la basilique sainte-Sophie redevenue en juillet 2020 une mosquée de plus parmi les quelque 84 684 mosquées existant en Turquie.

Pourtant, un grand nombre de Turcs reste fidèle à sa mémoire comme en a témoigné l’élection en 2019 au grand dam de Recep Erdogan du Kémaliste Ekrem Imamoglu comme maire d’Istanbul, l’ancienne Constantinople, la ville la plus peuplée et la plus riche de Turquie.

 

Cependant, R. Erdogan veut stabiliser le pouvoir islamo-conservateur.

Depuis le putsch avorté du 15 juillet 2016, les autorités traquent sans relâche les opposants dans le cadre de purges d’une ampleur sans précédent dans l’histoire moderne de la Turquie. 217 971 personnes soupçonnées d’appartenance au mouvement ont été interpellées.

Plus de 50 000 ont été condamnées, dont une majorité de gülénistes.

Les universités, les écoles, les associations liées au prédicateur ont été fermées.

 

De nombreuses entreprises liées au mouvement ont été saisies par l’État. Plus de 150 journalistes ont été emprisonnés. Les étrangers et les bi-nationaux, la loi turque ne reconnaissant pas la double nationalité, ne sont pas épargnés. Ainsi, plus d’une vingtaine de citoyens américains ont été emprisonnés pour des accusations de terrorisme pendant une longue durée depuis l’été 2016, notamment le pasteur Brunson.

Nul ne peut douter aujourd'hui de la présidentialisation autoritaire de Recep Erdogan.

Cette instabilité politique a accru les difficultés de l’économie turque

En effet, après un développement économique positif lors des dernières décennies qui en a fait la 19e puissance économique mondiale, la Turquie subit une crise majeure depuis 2015, aggravée désormais par la pandémie Covid-19. Elle y répond à la fois par des actions légales et illégales.

D’une part, le nouveau programme économique turc lancé en 2018 n’a pas permis de redresser l’économie d’autant que le président Erdogan a renforcé son contrôle sur l'institution bancaire dont il nomme désormais le gouverneur. Le ministre de l’économie est par ailleurs son gendre.

L’inflation s’élevait à 10,5% en 2019. La croissance de la Turquie devrait se contracter de 5% en 2020.

Le chômage a grimpé à 17,2% de la population active. La livre turque maintient sa dépréciation en perdant 17% de sa valeur par rapport au dollar. Depuis le début de l’année 2020, les investisseurs étrangers ont retiré plus de 7,3 milliards d’euros.

D’autre part, les recettes du tourisme représentent 3,7% du PIB (2017). La Turquie, sixième destination touristique mondiale, a attiré un nombre record de 51,7 millions de visiteurs en 2019, et visait pour 2020 un total de 60 millions. Le tourisme emploie plus d’un million de salariés. Les revenus touristiques du pays ont atteint 34,5 milliards de dollars en 2019. L’Union européenne est enfin le premier partenaire commercial alors que la Chine et l’Allemagne sont les premiers clients et les premiers fournisseurs de la Turquie.

Cependant, cette faiblesse économique est compensée partiellement par des actions illégales persistantes. Pendant la guerre en Irak, elle importait le pétrole contrôlé par les Irakiens kurdes au détriment de l’État irakien.

La Turquie contribue aujourd'hui à contourner les sanctions américaines contre l’Iran suscitant par exemple une amende sur la banque turque Halkbank.

Elle vend la nationalité turque depuis octobre 2018 notamment aux Iraniens s’ils ouvrent un compte bancaire de 445 000 euros ou investissent 250 000 dollars en Turquie, permettant ainsi la création de sociétés iranienne « sous couverture turque ».

Naturellement, des sanctions essentiellement américaines ont été imposées à la Turquie. Le Qatar apporte en revanche lors son soutien économique à cet allié dans la crise qui l’oppose aux EAU et à l’Arabie saoudite avec la promesse d'investir 15 milliards d'euros dans l'économie turque pour finalement atteindre 22 milliards en 2019.

L’économie turque n’est pas pour autant sortie d’affaire d’autant que les guerres à l’étranger, étroitement liées par ailleurs à des questions énergétiques, finissent aussi par coûter.

L’indépendance énergétique est devenue un axe majeur de la stratégie régionale menée par la Turquie.

Elle s’appuie sur plusieurs facteurs : des relations privilégiées avec la Russie, un accaparement turc des ressources régionales en Méditerranée, enfin l’accès aux ressources libyennes pour l’instant sous le contrôle du maréchal Haftar.

En novembre 2018, la Turquie, second client de Gazprom, le géant du gaz russe, a renforcé sa dépendance au gaz russe qui constitue 50% de son approvisionnement. Turkstream achevé en 2019 vise aussi à accroître et à assurer la fourniture de gaz russe aux Européens, renforçant ainsi l’influence énergétique et donc le poids géopolitique de la Russie sur le continent. 36 % du gaz consommé dans l’Union européenne est russe.

De fait, l’indépendance énergétique est incluse dans la politique étrangère agressive de la Turquie et l’incite à une mainmise militaire sur la Méditerranée orientale et sur son pourtour oriental et méridional.

Ainsi, depuis plusieurs années, la Turquie multiplie dans la ZEE de Chypre, membre de l’Union européenne les actions illégales de prospection gazière ou les interdit à d’autres États. Les réserves de gaz à l’Est de la Méditerranée sont en effet évaluées à environ 50 billions de mètres cubes (l’équivalent des réserves du Qatar), soit 25% des réserves mondiales.

Le contrôle de l’exploitation et la vente de ce gaz naturel donnent une explication des tensions actuelles.

 

Ainsi, ces facteurs expliquent en partie cette présence croissante de la Turquie, en Libye et en Méditerranée. Elle s’est exprimée par l’accord turco-libyen de délimitation maritime signé le 27 novembre 2019 au mépris du droit international.

Il donne à la Turquie l’accès à des zones économiques maritimes dépendant de la Grèce et de Chypre, Etats par ailleurs soutenus par Israël et l’Égypte. Ankara a déclaré à maintes reprises ne pas reconnaître les accords concernant la délimitation des frontières maritimes et des zones économiques exclusives signés entre l’Égypte, Israël et le Liban.

 

Cependant cette situation ne fait que confirmer les manœuvres turques d'intimidation qui ont débuté dès début 2018, contraignant aussi bien la France que les États-Unis à faire accompagner les navires de prospection par des navires de guerre. Aujourd'hui, y compris par des moyens militaires selon une déclaration du ministre des affaires étrangères turc le 11 décembre 2019, la Turquie menace d’agir plus énergiquement, contre les entreprises ayant signé des accords avec ces pays en vue de l’exploration, de l’extraction et de la commercialisation de leur gaz.

Cependant, la vraie question reste celle du gazoduc EastMed d’une longueur d’environ 2 000 kilomètres, projet initié en 2010.

Il doit permettre de transporter entre 9 milliards et 11 milliards de mètres cubes de gaz naturel par an depuis les réserves offshore au large de Chypre et d’Israël vers la Grèce, puis vers le reste de l’Union européenne. Il répond à l’objectif européen de diversifier les sources d’approvisionnement en gaz et d’indépendance face aux fournisseurs russes.

Il apparaît donc que la Turquie d’Erdogan a de grandes ambitions géopolitiques régionales qui sont peu compatibles aussi bien avec les valeurs et les intérêts de l’Union européenne qu’avec les capacités économiques de ce pays.


La restauration mythifiée de la puissance passée de l’empire ottoman


S’appuyant sur l’AKP et une vague islamo-nationaliste, E. Erdogan se croit en mesure de s’affranchir des lois internationales, utilisant une armée qui lui est désormais acquise, intervenant sans entraîner de réactions dissuasives.


S’affranchir du respect des règles internationales est désormais la norme pour la Turquie

Ainsi, depuis le coup d’état de 2016, Ankara a contraint au moins vingt pays à fermer ou transférer à de nouveaux propriétaires des centaines d’écoles du mouvement Gülen.

Il a multiplié les demandes de poursuites auprès d’Interpol à l’endroit de présumés gülénistes, mais aussi contre des opposants politiques réfugiés en Europe. Ne pouvant prouver le bien-fondé de ses demandes, il a multiplié les enlèvements, les intimidations, les pressions diplomatiques.

Comme d’ailleurs d’autres Etats autoritaires, la Turquie traque en effet ses opposants hors de ses frontières au sein des démocraties occidentales.

Un système d’enlèvements, de détentions secrètes et de torture a été mis en place depuis 2016. Selon une enquête du quotidien conservateur Die Welt d’août 2016, les services secrets turcs emploieraient 6 000 informateurs en Allemagne, soit un informateur pour 500 citoyens d'origine turque.

Influencer l’Union européenne de l’intérieur est devenu un objectif alors que l’Union européenne est bien passive. Comment comprendre cette complaisance européenne et française en 2015 lorsque Erdogan est venu galvaniser la diaspora turque « communautariste », contre le PKK à Strasbourg lors d’un meeting aux allures de meeting électoral devant près de 12 000 personnes ?

 

Plus tard, le 29 septembre 2018, le président turc a inauguré la nouvelle mosquée de Cologne en centre-ville qui abritera le siège du Ditib, organisation musulmane turque contrôlant plus de 900 lieux de culte en Allemagne et recevant ses ordres directement de la Diyanet, l'office religieux du gouvernement d'Ankara.

 

Comme le soulignait Renaud Girard dans un article du Figaro du 10 janvier 2018, une grande partie de la jeunesse turque d'Allemagne est passée du laïcisme hérité d'Atatürk à l'islamisme d'Erdogan, tout en adoptant le nationalisme propre aux deux. Bien qu'élevée dans les écoles allemandes, sa loyauté va à la Turquie avant d'aller à l'Allemagne.

En France, le président Macron a annoncé le 18 février 2020 de renvoyer à compter de 2021 les 300 imams étrangers rémunérés par leur pays d’origine pour une durée de séjour généralement de cinq ans. La Turquie fournit le principal contingent et est particulièrement réticent à cette décision.

 

Enfin, la crise des migrants syrien en 2015 a marqué la mémoire européenne. Certes, la Turquie abrite environ 4,5 millions de réfugiés.

Pour y faire face, la  Commission européenne a promis en 2016 six milliards d'euros : aujourd’hui 4,7 milliards d’euros ont été engagés au 17 mars 2020 dont deux tiers (3,2 milliards d’euros) ont réellement été déboursés et engagés sur le terrain. 

R. Erdogan veut cependant que ses partenaires occidentaux fassent davantage pour aider son pays dans la guerre qu’il mène contre le régime syrien et pour gérer les millions de réfugiés qui ont gagné son pays.

Il estime que les promesses, incluses danl’accord de 2016 comme la libéralisation des visas européens pour les ressortissants turcs, n’ont pas été tenues.

 

Erdogan veut obtenir un soutien européen dans son projet de construction de logements en dur au nord de la Syrie, afin d’y reloger les réfugiés et déplacés syriens.

Selon lui, ce que l'Europe donne ne servirait qu’aux ONG et à la commission européenne, sans doute parce que l’Union européenne surveille le contrôle des fonds accordés.


La puissance militaire est devenue un atout majeur de R. Erdogan pour affirmer ses ambitions

Deux volets la constituent : une industrie nationale d’armement et une armée recomposée idéologiquement. Ainsi, le président Erdogan veut que la Turquie rejoigne la liste des dix plus importants exportateurs d’armement d’ici à 2023, date du centenaire de la fondation de la République mais aussi date de sa réélection potentielle.

 

Avec sa production locale, notamment dans celle des drones pour laquelle la famille Erdogan est aussi très impliquée, la Turquie équipe une partie de ses forces mais s’assure également quelques débouchés à l’export, en Asie et au Moyen-Orient en particulier.

Cependant, les exportations du secteur de la défense devraient atteindre l’équivalent de 25 milliards de dollars par an. Or la Turquie est loin du compte, avec 1,7 milliard de dollars de recettes annuelles en moyenne.

 

Faute de savoir-faire, l’industrie locale reste tributaire de ses partenaires étrangers pour les équipements complexes par le biais d’accords d’association avec des transferts de technologies à la clé. (Cf. Le Monde du 24 février 2018, « Erdogan, chef de l'entreprise de défense turque »).

De fait, avoir choisi d’acheter les missiles russes S400, malgré les mises en garde de l’OTAN, a poussé Washington à priver la Turquie de l’avion de chasse américain F-35.

 

Les États-Unis ont porté un coup fatal aux entreprises turques investies dans la fabrication des 937 pièces détachées pour cet avion. Privées de leurs contrats de sous-traitance, elles devront faire face à une perte de 9 milliards de dollars, selon le Pentagone.

Le régime turc a besoin d’une armée loyale (Cf. Revue Défense Nationale, avril 2020). La transformation des relations entre le pouvoir civil et le pouvoir militaire a commencé dès 2002-2003, quand R. Erdogan et son Parti de la justice et du développement (AKP) sont arrivés au pouvoir.

Au nom de l’harmonisation avec la législation européenne, les lois adoptées ont affaibli les prérogatives de l’armée. Le Conseil de sécurité nationale a notamment perdu son pouvoir d’imposer des décisions politiques au gouvernement civil qui, jusqu’ici, était contraint de les appliquer.

 

Les forces armées turques se sont éloignées de certaines des valeurs kémalistes, la laïcité, entre autres, au profit d’un rapprochement avec les valeurs conservatrices et religieuses de l’AKP. Aujourd'hui, la reprise en main de l’armée par le pouvoir civil s’est assortie d’un changement idéologique.

 

À partir de 2017, les médias ont commencé à mettre en scène les prières collectives de hauts gradés avec les soldats. En février 2017, des photos de Hulusi Akar, alors chef d’état-major, en train de prier à La Mecque aux côtés du président Erdogan ont largement été publiées.

En février 2017, les normes vestimentaires ont changé avec la levée de l’interdiction du port du foulard islamique pour les femmes.

Enfin, les purges ont laissé un vide, ouvrant la voie à une nouvelle politique de recrutement. Plus de 16 677 de ses membres, tous grades confondus mais notamment à des postes de commandement, ont été mis à pied. Des procédures administratives et judiciaires sont en cours contre 7 335 membres des forces armées.

Quinze jours après la tentative de coup d’état, les écoles militaires ont été fermées. Les élèves militaires ont dû retourner à la vie civile et reprendre des études dans d’autres universités. Avec le décret du 30 juillet 2016, une réforme importante a vu le jour.

Les élèves scolarisés dans les lycées religieux appelés imam hatip (là où les futurs imams sont formés) sont dorénavant admis à présenter les concours pour intégrer l’armée, situation impensable jadis.

Associée à une vision néo-ottomane agressive, cette force militaire au sentiment eurasiatique de plus en plus prégnant, souvent présentée comme étant la deuxième de l’OTAN après celle des États-Unis et malgré des actions militaires peu couronnées de succès, est employée par le pouvoir politique avec une absence totale de retenues.

 

Elle dispose d’un budget relativement important d’environ 17 milliards d’euros (France : 37,5 milliards d’euros en 2020) soit 2,5% du PIB avec une augmentation continuelle, soit +65% de 2009 à 2018).

 

Elle est au service de la politique néo-ottomane engagée en Méditerranée orientale qui se veut aujourd'hui la revanche de l’humiliation du traité de Sèvres de 1920, certes corrigé par le traité de Lausanne de 1923. (Cf. Article du Monde du 4 juillet 2020 d’Olivier Bousquet, La revanche « néo-ottomane » de Recep Tayyip Erdogan en Méditerranée).


Enfin la puissance revendiquée de la Turquie ne se conçoit plus sans des interventions extérieures.

L’intervention militaire turque est ancienne et a conduit à l’implantation de garnisons importantes : 30 000 hommes en Chypre du Nord, onze bases dans le Nord de l’Irak permettant des engagements contre le PKK, le dernier ayant eu lieu en juin 2020.

Cependant la Syrie reste l’opportunité offerte à ses frontières de la réaffirmation de l’influence sunnite sous le leadership de la Turquie. Depuis 2012, Erdogan soutient les forces opposées à Assad. Le territoire turc a servi de sanctuaire aux unités islamistes dont celles d’al-Qaida et de l’État islamique qui partent combattre en Syrie.

 

Mais, en 2016, les djihadistes organisent des attentats meurtriers sur le territoire turc, contraignant Erdogan à réagir pour répondre aux demandes de son opinion publique.

Cependant, sa préoccupation principale, sinon obsessionnelle, est la lutte contre les autonomistes kurdes du PKK malgré une trêve en 2013 rompue unilatéralement en 2015 (Cf. mon Billet Dimanche 11 septembre 2016, « 15 ans de guerre contre l’islam radical. Au Moyen-Orient, soutenir les Kurdes ou la Turquie ? »).

Les Turcs d’origine kurde représentent pourtant 15 millions de personnes. Le retrait américain de Syrie, les relations privilégiées avec la Russie conduisent finalement la Turquie à s’engager militairement et à occuper militairement le Nord-Est de la Syrie pour neutraliser l’émergence d’un Etat kurde tout en espérant reconstruire la Syrie et donc soutenir l’économie turque.

Aujourd'hui, malgré les accords d’Astana, la livre turque remplace la livre syrienne dans le Nord-Est de la Syrie et confirme la mainmise sur cette région et donc l’occupation de la Turquie.

Enfin, le soutien politique officiel de la Turquie au gouvernement libyen de Faïez Sarraj, chef du gouvernement d’union nationale (GNA) se comprend mieux. Reconnu par les Nations unies mais ne contrôlant que 8 % du territoire libyen, il est soutenu par Ankara et Doha.

Or, son opposant, le gouvernement de Tobrouk du maréchal Khalifa Haftar, est soutenu par le Caire, Riyad et Abou Dhabi et contrôle l’ensemble des champs pétroliers et gaziers en Cyrénaïque. Le 2 janvier 2020, la Turquie envoie ses troupes, conseillers et supplétifs syriens, des islamistes, pour soutenir le gouvernement de Fayez Al-Sarraj. Fort de cet appui militaire, le GNA a repris début juin le contrôle de l’ensemble du nord-ouest de la Libye en faisant reculer les forces du maréchal Khalifa Haftar.

 

La flotte turque accompagne cette action militaire et peu à peu réinvestit la Méditerranée orientale.

 

La Turquie n’hésite plus à faire taire toute opposition à l’extérieur de ses frontières ni à recourir à la force à la fois directement avec ses forces nationales ou par des supplétifs.

Si ses ambitions néo-ottomanes ne sont pas au minimum contenues, tôt ou tard, cette expansion notamment militaire pourrait conduire à un affrontement armé direct avec des États voisins.

Les États occidentaux doivent contenir les ambitions de la Turquie, y compris par la force militaire


Le fait que la Turquie soit un État important aux frontières de l’Union européenne justifie-t-il que l’Union européenne ou l’OTAN se couchent comme cela a été le cas avec l’accord sur les réfugiés syriens en mars 2016, puis avec l’intervention militaire turque en Libye, la remise en cause des ZEE dépendant d’États membres de l’Union européenne, les menaces sur un État allié au sein de l’OTAN comme la France, le mépris des souverainetés chypriotes et grecques ? Dans le passé, nous avons fait la guerre pour moins que cela.

 

Ces relations tumultueuses avec la Turquie ne sont pourtant pas nouvelles mais les sanctions sont toujours aussi timides sinon quasi-inexistantes. Seule la France réagit, suscitant des relations de plus en plus tendues avec la Turquie.


Des sanctions
qui devraient être fermes et qui ne le sont pas

Les États-Unis sont capables d’imposer des sanctions à la Turquie. L’Union européenne en reste à des sanctions bien symboliques. L’OTAN ne fait rien.

En effet, les États-Unis ont établi des sanctions économiques et imposaient 50% de taxes sur l’acier et l’aluminium en provenance de Turquie le 10 août 2018 avec le résultat de faire libérer le pasteur Brunson.

Cette mesure punitive était une première contre un allié de l’OTAN. Elle a eu pour impact d’inquiéter les investisseurs turcs et étrangers et donc de faire décrocher la livre turque.

 

Face aux menaces au large de Chypre, le Congrès américain a levé l’embargo le 17 décembre 2019 sur la vente d’armes à Nicosie à travers deux projets de loi en soutien à la République de Chypre dans ses différends territoriaux et énergétiques avec la Turquie.

 

Il renforce l’aide à la sécurité pour Chypre tout en condamnant la Turquie pour ses activités de forage au large de l’île.

Quant à l’Union européenne, elle est concernée par de multiples raisons mais agit plus qu’avec prudence avec des mesures bien légères.

Il y a juste un an, le 15 juillet 2019, les ministres des affaires étrangères de l’Union européenne adoptaient une série de mesures pour réagir à ces violations du droit international : réduction des aides financières à la pré-adhésion d’Ankara (146 millions d’euros prévus pour 2020) dont on peut se demander pourquoi elles existent encore, éventuellement des sanctions contre des individus ou des entités.

Ils appelaient aussi la Banque européenne d’investissement à revoir ses activités de prêts à la Turquie.

 

La dernière réunion des ministres des affaires étrangères qui s’est tenue ce 13 juillet 2020 à Bruxelles n’a cependant pas montré une grande fermeté envers la Turquie malgré l’aggravation des tensions et ne peut que l’encourager à poursuivre ses provocations.

Les Etats membres ont certes constaté que la relation avec la Turquie était rendue difficile « par les actions unilatérales de ce pays en Méditerranée orientale, en Libye et en Syrie notamment », y compris au regard du droit international.

Oui, « la Turquie devait respecter la souveraineté des États européens » (Grèce, Chypre), (…) les engagements pris lors de la Conférence sur la Libye à Berlin, en ce qui concerne le respect de l’embargo sur les armes ».

 

Le Haut Représentant, Josep Borrell a donc reçu pour mandat de faire « rapidement » des propositions en vue de la prochaine réunion des ministres. Bref, l’Union européenne discute, gagne du temps et n’agit pas.

Cependant, taxer lourdement une partie de la production turque vers l’Union européenne serait un moyen de pression important dans la crise économique que vit actuellement la Turquie tout comme boycotter les produits turcs.

 

Influencer le comportement des touristes pour les dissuader de se rendre en Turquie, un État de moins en moins regardant sur les droits de l’homme, serait tout aussi nécessaire compte tenu de son importance pour l’économie turque.

Il y aura obligatoirement des mesures de rétorsions mais face à un État « voyou », il faut avoir le courage de prendre les mesures adéquates.

En tout état de cause, les relations économiques avec la Turquie imposent qu’elles soient revues, une opportunité pour relocaliser nos industries.

Les restrictions aux ressortissants turcs pour venir dans l’Union européenne doivent être accentuées, pourquoi pas d’ailleurs revoir la notion de bi-nationalité.

 


La Turquie doit être mise à l'écart dans l’OTAN

N’est-il pas temps en effet de désimbriquer la Turquie de l’OTAN sinon de la pousser dehors d’autant qu’elle use de son pouvoir de nuisance pour bloquer des décisions votées par tous les autres alliés, ce qui ne date pas d’aujourd'hui ? Héritage de la guerre froide, la Turquie est membre de l’OTAN depuis 1952, bien qu’elle ait peu partagé et qu’elle partage de moins en moins les idéaux démocratiques des membres de l’Alliance atlantique.

Or, les litiges entre alliés s’accumulent depuis plusieurs années.

 

La première crise de confiance entre Washington et Ankara remonte à la guerre d’Irak en 2003, lorsque la Turquie a refusé le passage et le stationnement des militaires américains.

Pendant la guerre menée par la coalition anti-Daech en Syrie, Ankara a toléré la circulation des djihadistes sur son territoire.

La Turquie a acheté les batteries de missiles russes S400, provoquant une grave crise au sein de l’OTAN, pour qui le système est « incompatible » avec le sien.

L’offensive militaire contre les forces kurdes dans le nord-est de la Syrie a ajouté un différend supplémentaire à une longue liste de griefs respectifs.

 

Dans ces conditions, la Turquie a-t-elle encore vocation à rester dans l’Alliance atlantique, dont elle est le seul pays musulman et dont elle constitue la deuxième armée en termes d’effectifs bien que cela ne signifie pas qu’elle soit efficiente ?

900 militaires turcs sont affectés dans les structures de commandement de l’OTAN et sont remplaçables.

 

Sa participation aux missions de l’Alliance est peu active même si elle dirigera en 2021 la Force de réaction rapide de l’OTAN. Malheureusement, cette organisation ne prévoit pas l’exclusion de l’un de ses membres mais l’écarter progressivement du fonctionnement de l’alliance, éventuellement relocaliser les quelques états-majors de l’OTAN en Turquie seraient des signes forts mais manifestement, le secrétaire général de l’OTAN ne semble pas très allant comme il le montre dans l’absence de condamnation de l’attitude turque envers la France.

Le différend franco-turc peut être le signal avant-coureur d’une grave crise militaire entre alliés.

L’escalade s’accentue en effet entre la France et la Turquie sur le conflit libyen, les prétentions turques sur la ZEE de Chypre et l’accord turco-libyen sur les frontières maritimes en Méditerranée orientale.

 

En janvier 2020, le président Macron annonce l’élaboration d’un partenariat stratégique de sécurité entre la France et la Grèce, fondé sur une approche commune de l’Europe et de la Méditerranée. Outre les relations diplomatiques et militaires.

Cela inclut une présence accrue de la Marine nationale française en Méditerranée orientale, une coopération industrielle renforcée et des opérations communes maritimes et terrestres.

Le soutien de la France à la Grèce et à Chypre face aux atteintes à leurs souverainetés dans leur espace maritime et aux provocations de la Turquie est exprimé.

L’accord gazier conclu entre Ankara et le GNA libyen menaçant les intérêts est condamné.

 

Faisant suite aux multiples tensions bilatérales depuis plusieurs mois, le chef de l’État français dénonce le « jeu dangereux » d’Ankara en Libye.

Il reproche à la Turquie d’armer massivement les forces du Gouvernement d’union nationale libyen (GNA), reconnu par l’ONU, et d’avoir envoyé des milliers de mercenaires syriens à ses côtés en Libye.

 

Pour dénoncer les trafics d’armes d’Ankara en Libye, le grave incident naval entre la France et la Turquie, l’absence de réelle condamnation de l’OTAN qui aurait dû suivre,

 

Paris quitte l’opération de surveillance maritime « Sea Guardian » conduite par l’OTAN.

En effet, le 10 juin, la frégate française Courbet, alors placée sous commandement de l’OTAN, avait été visée au large de la Libye par les radars de tir d’une frégate turque qui escortait un cargo soupçonné de transporter des armes vers Tripoli.

Le 17 juin, la ministre Florence Parly portant l’incident sur la table de l’OTAN reçoit le soutien public de huit alliés européens… sur trente.

 

Le secrétaire général, Jens Stoltenberg accepte une « enquête » sur ce que Paris dénonce comme un acte « extrêmement agressif » mais, selon Le Monde, le rapport classifié ne pointe pas une faute turque en dépit des éléments de preuve que Paris affirme avoir fournis, notamment des interceptions de guerre électronique.

 

Enfin, outre les insultes du président Erdogan envers le président Macron, les tensions ne s’expriment pas que sur le théâtre libyen.

A Istanbul, quatre ressortissants turcs sont arrêtés, accusés d’espionnage « politique et militaire » pour le compte de Paris.

Cette situation qui se tend au fur et à mesure des mois ne peut que conduire à des incidents militaires de plus en plus sévères.

Cependant, la tiédeur de l’OTAN et celle de l’Union européenne ne peuvent qu’inquiéter.

Malgré l’intérêt d’en être un membre important et de l’utilité de l’alliance, privilégier la Turquie au détriment de la France et de la Grèce justifie-t-il de maintenir notre présence au sein de l’OTAN, incapable de régler les différends entre ses membres ?

Pour conclure, faut-il écarter d’emblée une réponse militaire ?


Dans l’objectif d’affaiblir la position politique d’Erdogan auprès de son opinion publique, une stratégie de « containment » peut être élaborée en y associant des sanctions diplomatiques, économiques, des embargos, des actions militaires.

Encore faut-il que les organisations auxquelles nous appartenons contribuent à cette stratégie pour la rendre efficace mais la Turquie nous montre que nous pouvons nous affranchir sans grand risque du respect des règles en vigueur au sein de ces organisations.

Cependant, le fait de ne pas avoir réellement soutenu le maréchal Haftar a permis à un nouvel acteur de s’imposer.

 

Cette timidité, notre respect de toutes les conventions, nos principes nous ont à nouveau fait perdre une guerre et surtout un allié potentiel.

 

Osons donc mettre pour commencer le « grand Turc » en difficulté sur le théâtre libyen.

 

Agir militairement d’une manière indirecte comme le font Russes, Chinois et Turcs est possible par des actions communes avec nos alliés arabes ou par leur intermédiaire.

L’Egypte serait un allié de poids y compris avec les EAU et l’Arabie saoudite contre ceux qui soutiennent les frères musulmans dans cette région. Soutenir le maréchal Haftar d’une manière plus sérieuse, et non anecdotique, en phase avec la « realpolitik » et nos intérêts, serait plus efficace.

La Turquie est devenue une menace militaire du bassin méditerranéen que ce soit en mer ou sur son pourtour.

 

L’attitude de Recep Erdogan ne peut pas être laissée sans réponse ferme au moins de la France et de ses alliés concernés.


Général (2s) François CHAUVANCY
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Source : www.asafrance.fr
 

30/07/2020

AFRIQUE /SAHEL: LE VRAI VISAGE DU TERRORISME ........

Le vrai visage du terrorisme Sahélien : le grand banditisme et la criminalité ordinaire

 

Avant d’être religieux, le terrorisme au Sahel est d’abord une forme de grand banditisme. La zone sahélienne est en effet l’une des plaques tournantes intercontinentales de trafics en tout genre et le djihadisme est surtout utilisé comme paravent pour les activités illicites. Derrière le terrorisme se cache ainsi le vrai problème d’une grande partie de l’Afrique en général : la criminalité ordinaire, qui se drape des oripeaux de l’idéologie et de l’Islam pour justifier ses attaques, pillages et exactions. 

 

Au Sahel, les forces françaises et nationales, peu à peu renforcées par des contingents du G5 Sahel, affrontent des katibas de djihadistes et les groupes armés. Au cours des dernières années, cette zone, autrefois prisée pour la fierté et l’hospitalité de ses habitants et la beauté de ses paysages, a connu une hausse des violences plus rapide qu’aucune autre région en Afrique[1]. Au Mali, au Niger et au Burkina Faso le nombre de victimes d’attaques terroristes y a été multiplié par cinq entre 2016 et 2019. D’après le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS), ce sont plus de 4.000 personnes qui ont trouvé la mort dans ces affrontements en 2019, contre 770 en 2016[2].

 

Une insécurité qui s’étend

L’implantation au Sahel de groupes armés djihadistes remonte au début des années 2000. En particulier, la formation d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) a consolidé sa présence avec la création de katibas (unités combattantes) sahéliennes qui lui ont prêté allégeance[3]. Désormais, trois groupes sont responsables de pratiquement les deux tiers de la violence terroriste dans le centre du Sahel : le Front de Libération du Macina (FLM, ou katiba Macina), centré autour de la région de Mopti et Ségou, au centre du Mali; Ansarul Islam, centré autour de la municipalité de Djibo, au nord du Burkina Faso; et l’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), qui s’enracine depuis 2015 dans la zone des trois frontières (Mali-Niger-Burkina Faso), ou Liptako-Gourma[4].

 

Le nexus entre criminalité et terrorisme

Pour expliquer la propagation du terrorisme au Sahel, les analystes évoquent régulièrement les liens entre grand banditisme et djihadisme. Les mouvements terroristes se seraient appuyés sur les bandes criminelles pour s’implanter et s’approprier de nouvelles zones. Des groupes de bandits armés travailleraient au profit des groupes terroristes comme sous-traitants et alliés. « Petites mains » du terrorisme sahélien, les bandes criminelles formeraient le maillage informel des réseaux terroristes jusque dans la corne d’Afrique de l’Ouest, tour à tour informateurs, défenseurs et exécutants.

Mais le lien entre djihadisme et banditisme est bien plus substantiel qu’il n’y paraît. S’il existe quelques idéologues qui ont un projet politique, le terrorisme est surtout utilisé comme paravent pour les activités illicites hautement lucratives, telles que la prise en otage contre rançon des Occidentaux, le trafic de narcotiques ou l’exploitation de l’immigration clandestine. Ainsi, les katibas de djihadistes et groupes armés présents au Sahel se comportent avant tout comme des opérateurs économiques, soucieux de la rentabilité et des profits qu’ils tirent de leurs activités. Dans cette perspective, les « djihadistes » sahéliens sont, avant tout et pour la plupart, des bandits de grand chemin guidés par l’appât du gain : la dimension idéologique qu’ils revendiquent sert à légitimer le caractère illicite de leurs opérations et l’usage de la violence.

 

Le piège du prisme religieux 

Un accent particulier est généralement mis sur le rôle de la religion dans les facteurs qui poussent les jeunes à rejoindre les groupes armés djihadistes. Pourtant, comme le montre une note d’analyse[5] de l’Institut d’études de sécurité basé à Dakar en 2016, l’engagement des jeunes n’est généralement pas l’aboutissement d’un processus d’endoctrinement religieux. Cette étude, qui se penche sur les motivations des individus embrigadés dans des groupes armés ayant commis des actes terroristes, indique que leur principale motivation n’est pas la religion, mais le facteur économique et le désir de protection[6]. Dans la plupart des cas documentés, le motif religieux semble même n’occuper qu’une place marginale : la majorité des individus interrogés explique avoir rejoint ces groupes armés terroristes pour de l’argent ou bien pour se protéger ou protéger leur communauté.

Il ne s’agit pas minorer le poids de tensions politiques ou de la pénétration de courants religieux rigoristes qui ont contribué à fragiliser le tissu politique et social et à préparer le terrain pour des groupes se réclamant de la religion pour prendre les armes. Mais il apparaît que l’engagement des individus dans le djihadisme relève moins de l’idéologie que de situations sociopolitiques ou économiques.

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De fait, pour un individu pauvre, au chômage, sans ressources ni perspective d’avenir, rejoindre un groupe armé terroriste, c’est s’assurer un statut, un avenir, et surtout une manne financière. Sous la bannière d’une idéologie extrémiste, ces groupes disposent d’une excuse rêvée pour voler, piller, confisquer, attaquer, prélever des taxes sur des populations, contrôler et s’approprier des régions entières dans l’optique de s’enrichir. En ce sens, le terrorisme est largement utilisé comme paravent pour les activités illicites. C’est du grand banditisme revêtu des oripeaux de l’idéologie politique et de l’islam, avatars différents d’un même mal, mais qui révèlent le vrai fléau du Sahel – voire de l’Afrique – à savoir le banditisme et la criminalité ordinaire.

 

Le Sahel, un vivier de recrutement 

Le grand banditisme trouve dans la région du Sahel un terrain d’épanouissement idéal. Et pour cause : dans ces zones où la frontière n’a qu’une existence virtuelle ou juridique, les peuples nomades en transhumance, les us et coutumes, les relations familiales interethniques, le caractère de ces communautés qui font de la libre circulation un fondement de leur identité interdisent les cloisonnements et les approches sécuritaires trop rigoureuses.

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En outre, le Sahel constitue un réservoir de recrutement considérable et de choix pour les groupes armés violents. Cette région regorge de bandits, qu’il s’agisse de coupeurs de route, de trafiquants, de contrebandiers, de braconniers, ou de simples individus en quête d’un emploi rémunérateur. Déjà formés au maniement des armes, redoutés localement et maîtrisant pleinement la géographie de leur territoire, ils sont des éléments rapidement mobilisables dans le cadre d’opérations armées. Au lieu de rester « bandits » ou « trafiquants », nombreux sont ceux qui, dans une logique carriériste, entreprennent une trajectoire de radicalisation. Au Mali, les « groupes armés terroristes » comprendraient 1.000 à 1.400 hommes et plusieurs centaines au Burkina Faso, pour un total d’environ 2.000 sur tout le Sahel[7]. Ces individus font vivre des dizaines de milliers de personnes, et administrent de fait des zones de non-droit. Les chefs de ces groupes ne travaillent pas tant au nom de l’Islam que pour l’argent. L’un de ces chefs les plus emblématiques, Mokhtar Belmokhtar, était un trafiquant notoire dans le triangle Mauritanie-Mali-Algérie avant de devenir islamiste[8].

 

Le terrorisme sahélien, d’abord une question d’argent ?

On a coutume de dire qu’il est le nerf de la guerre. Si la visée première de ces groupes armés est d’amasser de l’argent, comment s’y prennent-ils ? En Afrique, comme ailleurs, les opérations terroristes coûtent cher et l’une des meilleures façons d’en récolter rapidement et en grande quantité reste le crime organisé (trafic de stupéfiants, d’armes, de médicaments contrefaits, d’objets culturels, d’animaux sauvages ou la traite d’êtres humains), le banditisme (coupeurs de route, pillages, vols, exactions), la collecte de taxes sur les populations[9], ainsi que l’exploitation minière artisanale illégale dans certaines zones qui soutiennent leurs réseaux[10].

Mais de la même façon, les nombreuses attaques sur des villages ou des hameaux, et des postes de police ou de gendarmerie dans le Sahel permettent aux groupes extrémistes violents de se procurer des moyens de subsistance (y compris des biens de consommation comme de la nourriture, des médicaments), des moyens opérationnels (armes, munitions, motos, pièces détachées, carburant) et des moyens de communication (téléphones, cartes de recharge ou crédits de communication)[11]. Ces ressources servent à leur tour à mener de nouvelles attaques, ou conquérir des voies de trafics et permettre le développement d’autres activités lucratives, comme la transhumance dans les zones sous leur contrôle.

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Ces groupes armés et terroristes occupent en effet les corridors de trafics dans la zone sahélienne qui, zébrée de routes millénaires, voient transiter notamment des stupéfiants en provenance d’Amérique du Sud[12]. Les cartels latino-américains acheminent depuis des années leurs marchandises illicites vers l’Europe (cocaïne, méthamphétamines) par voies maritimes vers l’Afrique de l’Ouest, via les ports de Guinée Bissau, du Sénégal, de Côte d’Ivoire[13] et de Guinée-Conakry. Ces drogues transitent ensuite à travers le Sahel via certaines voies privilégiées, telle la ville d’Agadez au Niger, carrefour des migrations et de toutes les contrebandes. Enfin, ces marchandises remontent les routes de l’Algérie ou la Libye pour terminer leur course en Europe[14]. Ainsi que le montre un récent rapport de l’organisation Global Initiative against Transnational Organized Crime (GITOC)[15], ce sont ces mêmes routes qu’empruntent des trafics d’armes légères, de voitures volées, de diamants ou de pétrole et servent également à l’exploitation de l’immigration clandestine et au trafic d’êtres humains[16], permettant à ces groupes de générer des profits considérables. Dans cette perspective, le djihadisme sert de paravent idéologique aux activités criminelles des groupes qui s’y livrent.

 

L’industrie lucrative du kidnapping

La convergence entre banditisme et djihadisme dans le Sahel est particulièrement flagrante dans le cas des prises en otages d’Occidentaux ou ce qu’on pourrait appeler l’industrie du kidnapping[17]. Ainsi, un otage occidental capturé par des criminels – qui sont mobiles et disposent de contacts locaux – sera revendu pour une somme élevée à un groupe terroriste comme AQMI, qui utilisera ses réseaux de propagande à l’international pour faire pression sur l’Occident et obtenir le paiement d’une rançon estimée à des millions de dollars.

Les paiements de rançon semblent même être l’une des principales sources de financement pour les groupes terroristes dans la région sahélo-saharienne. Depuis 2003, AQMI a kidnappé des dizaines d’étrangers et a perçu des rançons dans la plupart des cas. Or la rançon pour un seul captif occidental peut s’élever à plusieurs millions de dollars. Bien que les paiements de rançon ne soient jamais officiellement confirmés par les gouvernements concernés, une enquête par un quotidien américain[18] indique ce sont près de 58 millions de dollars qui auraient été versés par la France à AQMI ou des groupes affiliés entre 2008 et 2014. Quelques 17 millions de dollars auraient ainsi été versés à l’organisation terroriste pour la libération de quatre Français enlevés en 2010 dans une mine d’uranium à Arlit, au nord du Niger[19].

Au total, AQMI et ses filiales auraient accumulé un trésor de guerre d’au moins 125 millions de dollars (110 millions d’euros) sur cette période grâce aux enlèvements d’Occidentaux. Un rapport sur le financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest[20] souligne par ailleurs que l’intensité des attaques d’AQMI aurait tendance à croître à la suite de paiements suspectés de rançons conséquentes. La France serait ainsi prise au piège d’un cercle vicieux, à la fois victime d’AQMI et sa « vache à lait », l’un entraînant l’autre. Bien davantage que le bras de fer idéologique avec l’Occident, l’enjeu de ces prises d’otage est avant tout économique et s’inscrit dans une logique capitaliste axée sur le profit.

 

Les tensions intercommunautaires et le « djihad de la vache »

C’est sous ce même angle que peuvent se comprendre les tensions intercommunautaires. Celles-ci ne cessent de se multiplier au Mali d’après un rapport de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma)[21], qui évoque notamment celles entre les Peuls, traditionnellement éleveurs, et les Dogons, pratiquant essentiellement l’agriculture et accusant les premiers de dévaster leurs récoltes pour nourrir leur bétail. Au total, 35 attaques souvent accompagnées de razzias et de pillages ont été enregistrées entre janvier et mars 2020 dans les régions de Mopti et Ségou, causant la mort de 180 personnes. À cela s’ajoutent aussi les exactions commises par les chasseurs traditionnels dozos : la Minusma leur prête 7 attaques. Parmi elles, l’attaque du village Ogossagou au Mali le 14 février 2020 qui fit 35 morts Peuls.

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Parmi les logiques d’engagement fréquemment citées par les analystes, le facteur ethnique est souvent mis en exergue. Ce discours est très fréquent dans l’analyse du centre du Mali en particulier, où l’on parle de « mouvements djihadistes Peuls ». Il est vrai que les Peuls sont aujourd’hui très représentés au sein des groupes armés djihadistes[22]. Pourtant, comme le souligne l’étude de l’ISS de Dakar[23], ce qui guide l’action des individus enrôlés, ce n’est pas tant qu’ils soient Peuls, mais qu’ils possèdent du bétail, leur principale richesse et source de revenus. Or la katiba Macina par exemple a la réputation de protéger le bétail de ses membres. Pour ces communautés rurales qui subissent des vols de bétail par des groupes de bandits anonymes[24] et parfois le racket perpétré par les forces de sécurité[25], soutenir les groupes armés terroristes revient donc à protéger une activité génératrice de revenus. Ainsi que l’a résumé un chercheur, les Peuls soutiennent en premier lieu un « djihad de la vache »[26] qui, dans un contexte de vols de bétail[27] et de réduction des pâturages, légitime le grand banditisme et l’accaparement agraire sous couvert de l’idéologie et de l’Islam.

 

La nécessité d’un changement de paradigme

Cette lecture impose de penser différemment le terrorisme islamiste au Sahel. Trop souvent, l’évocation des faits au Sahel par les analystes se cantonne encore à une lecture emmurée dans le paradigme djihadiste et le bras de fer idéologique avec l’Occident. Or il apparaît de plus en plus clairement que l’engagement des individus dans les groupes extrémistes armés relève moins de considérations idéologiques que de motifs économiques, qui n’ont en soi pas grand-chose de « radical ». Ainsi que le souligne la chercheuse Théroux-Béoni, plus que de djihadistes mus par un agenda religieux au Sahel, il convient de plus en plus de parler de « groupes armés insurrectionnels » aux agendas locaux[28]. C’est pourquoi les notions actuellement en vogue de « radicalisation », « extrémisme violent », « nébuleuse djihadiste », « groupes islamistes » doivent être utilisées avec prudence, car elles sont susceptibles d’engendrer l’élaboration de réponses inadéquates.

De fait, aucune réponse satisfaisante n’a été apportée jusqu’ici au problème sahélien. Plus de sept ans après le début de l’intervention au Mali en janvier 2013, la France maintient environ 5.100 militaires au Sahel dans le cadre des opérations Barkhane et Sabre, cette dernière relevant des forces spéciales. Depuis fin 2019, l’armée française dit éliminer une centaine de « combattants » par mois[29]. Aux forces françaises s’ajoutent entre autres celles de la Minusma, qui compte plus de 12.000 Casques bleus au Mali, du G5 Sahel, qui prévoit le déploiement 5.000 militaires à terme, des forces armées nationales, des missions de l’UE (EUTM Mali, EUCAP Mali et EUCAP Niger), et enfin de la future force européenne « Takuba »[30]. Pourtant, malgré cette panoplie d’acteurs et les efforts gigantesques consentis se chiffrant en milliards d’euros, le bilan des solutions militaires dans la lutte contre la violence au Sahel demeure insatisfaisant. La « lecture sécuro-théologique du djihadisme »[31] et la militarisation du conflit malien auraient même rendu endémique la violence, qui s’est propagée à toute la région et ne cesse de s’étendre davantage.

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Cette situation met en lumière les limites d’une politique axée sur une sur-interprétation religieuse systématique. Il importe donc de penser différemment le terrorisme islamiste, comme un « djihadisme de circonstance » ou un avatar de la criminalité ordinaire, et qui se drape des oripeaux de l’idéologie extrémiste pour légitimer et rendre plus profitables ses activités criminelles ou exactions. Comme tout opérateur économique légal ou illégal, les groupes armés terroristes s’adaptent ou se transforment en fonction du contexte local, national et international. Ils exploitent ainsi une pauvreté endémique, des griefs multiformes, des avantages géographiques comme la porosité des frontières, des fractures sociales souvent communautaires, et enfin le manque de gouvernance des États à des fins lucratives.

On ne peut nier que les solutions militaires ont leur place dans des pays sous haute pression sécuritaire. Mais l’impasse de l’enlisement sahélien qui se dessine pour l’option du « tout militaire » appelle, nécessairement, à une reconsidération des paradigmes. Envisager le djihadisme sahélien comme une forme de grand banditisme avant tout, obéissant aux lois de la criminalité ordinaire, implique de déplacer le curseur de la réponse à ce phénomène vers les notions de justice sociale, de bonne gouvernance, et de développement économique et social plus équitable. Cette lecture invite aussi à renforcer les lois nationales afin de dissuader les organisations criminelles d’utiliser leurs pays comme points de transit et à mobiliser davantage les outils de coopération et de lutte contre la criminalité transnationale organisée.

 

 

[1] Pauline Le Roux, « Répondre à l’essor de l’extrémisme violent au Sahel », Bulletin de la sécurité africaine, Centre d’études stratégiques de l’Afrique, décembre 2019, p. 1.

[2] Conférence de Mohamed Ibn Chambas, chef du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (UNOWAS) devant les membres du Conseil de sécurité de l’ONU en janvier 2020.

[3] AQMI s’est associé avec plusieurs autres groupes, dont la katiba Macina, sous la bannière du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) en 2017.

[4] Le Roux, « Répondre à l’essor de l’extrémisme violent au Sahel », op. cit, p. 1.

[5] Cette étude, fondée sur des entretiens avec 63 ex-engagés des groupes djihadistes opérant au Mali interroge les motivations des jeunes à rejoindre les groupes terroristes. Lori-Anne Théroux-Bénoni et William Assanvo, « Jeunes « djihadistes » au Mali : guidés par la foi ou par les circonstances ? », Institut d’études de sécurité de Dakar, août 2016.

[6] Les logiques d’engagement sont multiples, le groupe de chercheurs dit en avoir repéré « plus de 200, regroupées en 15 catégories », mais les deux qui reviennent le plus sont la protection et l’économie.

[7] « Attaques djihadistes au Sahel : la plongée vers l’abîme », Voice of Africa, 22 mai 2019.

[8]  L’algérien Mokhtar Belmokhtar, aujourd’hui présumé mort, était à la tête d’Al-Mourabitoun, l’une des principales katibas au Mali. Surnommé « Mister Marlboro », il avait été impliqué dans l’économie régionale du trafic des cigarettes, mais aussi de la drogue, ce qui lui a valu une réputation de « narco-djihadiste ». Cyril Bensimon et Nathalie Guibert, « Le barbare du désert », Le Monde, 16 juin 2015.

[9] De fait, les groupes armés terroristes peuvent aussi tirer des ressources financières sans être impliqués dans une activité donnée, par exemple, en procédant à la collecte de taxes sur les convois de marchandises qui transitent dans une zone sous leur contrôle. William Assanvo et al., « Extrémisme violent, criminalité organisée et conflits locaux dans le Liptako-Gourma », Institut d’études de sécurité, décembre 2019, p. 10.

[10] L’exploitation artisanale de l’or est répandue au Burkina et au Niger. Une enquête nationale sur le secteur de l’orpaillage au Burkina menée en 2017 a recensé 53 sites d’exploitation artisanale dans l’Est, une région où se sont justement installés les groupes extrémistes violents. Ibid., p. 10.

[11] Ibid., p. 9.

[12] Voir à ce propos Laurent Guillaume (dir.), Africa Connection. La criminalité organisée en Afrique, Paris, Manufacture de livres, 2019.

[13] La Côte d’Ivoire s’est signalée en février 2020 avec une saisie de plus de 400 kgs de cocaïne en provenance du Brésil au large d’Abidjan. En septembre 2018, la police brésilienne avait déjà découvert 1,19 tonne de cocaïne à destination de la Côte d’Ivoire. Baudelaire Mieu, « Côte d’Ivoire : saisie de près d’une demi-tonne de cocaïne au large d’Abidjan », Jeune Afrique, 4 février 2020.

[14] D’autres alimentent une consommation locale, comme c’est le cas du cannabis, du tramadol, du diazepam et d’autres psychotropes dans le Liptako-Gourma. Assanvo et al., « Extrémisme violent, criminalité organisée et conflits locaux dans le Liptako-Gourma », op.cit., p. 12.

[15] Mark Micallef et al., « After the storm: Organized crime across the Sahel-Sahara following upheaval in Libya and Mali », Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GITOC), novembre 2019, pp. 1-140.

[16] Selon l’ONU, 90 % des pays africains sont touchés par le trafic d’êtres humains, que ce soit en tant que source, zone de transit ou destination.

[17] Lacher attribue d’ailleurs le développement d’AQMI, MUJAO et autres groupes dans la région au développement d’une industrie de kidnapping hautement lucrative. Wolfram Lacher, « Organised Crime and Conflict in the Sahel-Sahara Region », Carnegie Endowment for International Peace, Washington DC, septembre 2012.

[18] Rukmini Callimachi, «  Paying Ransoms, Europe Bankrolls Qaeda Terror », New York Times, 29 juillet 2014.

[19] Trésor Kibangula, « La France a-t-elle payé une rançon à AQMI pour libérer ses otages ? », Jeune Afrique, 8 février 2013.

[20] Rapport GAFI, « Financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest », Groupe d’Action Financière (GAFI), Paris, octobre 2013, p. 16.

[21] Minusma, « Note sur les tendances des violations et abus de droits de l’homme. 1er Janvier – 31 Mars 2020 », ONU, avril 2020, p. 1-10.

[22] Mathieu Pellerin, « Les violences armées au Sahara. Du djihadisme aux insurrections ? », Études de l’Ifri, Ifri, novembre 2019, p. 38.

[23] Théroux-Bénoni et Assanvo, « Jeunes « djihadistes » au Mali : guidés par la foi ou par les circonstances ? », op.cit.

[24] Laurence-Aïda Ammour, « Comment les groupes extrémistes violents exploitent les conflits intercommunautaires au Sahel », Centre d’études stratégiques de l’Afrique, janvier 2020.

[25] Pellerin, « Les violences armées au Sahara. Du djihadisme aux insurrections ? », op.cit., p. 38.

[26] Giovanni Zanoletti, « Mali : le “jihad de la vache” », Libération, 12 juin 2019.

[27] Le vol et l’enlèvement de bétail sont particulièrement fréquents dans la bande frontalière entre le Niger et le Mali. Malgré le manque de données précises permettant de mesurer l’ampleur du phénomène, le bétail volé se compterait par milliers de têtes dans la région. Assanvo et al., « Extrémisme violent, criminalité organisée et conflits locaux dans le Liptako-Gourma », op.cit., p. 15.

[28] Théroux-Bénoni et Assanvo, « Jeunes « djihadistes » au Mali : guidés par la foi ou par les circonstances ? », op.cit.

[29] Nathalie Guibert, « Barkhane dit éliminer au Sahel une centaine de combattants par mois », Le Monde, 11 mars 2020.

[30] Composée de forces spéciales européennes, la future force « Takuba » a été lancée le 27 mars par 11 pays européens et comptera quelques centaines d’hommes. Sa mission est d’« assister les forces armées maliennes dans la lutte contre les groupes terroristes et appuyer les efforts actuellement déployés par l’opération Barkhane et la Force conjointe du G5 Sahel », d’après un communiqué joint des pays concernés, « Task Force Takuba : réunion ministérielle de lancement », 27 mars 2020.

 

[31] Giovanni Zanoletti, « Mali : le “jihad de la vache” », Libération, 12 juin 2019.

 

 

Source:  https://www.revueconflits.com/

 

27/07/2020

CONFLIT ENTRE L' ARMÉNIE ET L' AZERBAÏDJAN .......

Affrontements entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan

 

Initiés le 12 juillet dernier dans des circonstances demeurées floues, les combats à la frontière de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie font craindre un risque de déflagration du Caucase au profit de la Turquie.

 

Le Tavush sera-t-il la prochaine poche de Dantzig ? Cette région frontalière du nord-est de l’Arménie au relief escarpé, aux frontières entortillées et aux paysages luxuriants est le théâtre depuis les années 1990 d’affrontements sporadiques de part et d’autre de la frontière.

Or, les affrontements initiés le 12 juin ne se déroulent pas au Karabagh, situé à 200 km de là, mais le long d’une frontière internationalement reconnue ; plus précisément dans une zone située à une poignée de kilomètres des couloirs énergétiques transitant les hydrocarbures de la Caspienne vers la mer Noire.

Si les deux parties se renvoient mutuellement l’accusation d’avoir lancé l’offensive le premier, on notera que les affrontements sur le terrain se sont limités à ce jour sur le territoire de jure de la République d’Arménie, l’objectif des unités arméniennes visait essentiellement à reprendre pied sur les hauteurs stratégiques de Kharadash, colline stratégique qui comme l’attestent Google map se situe en territoire arménien.

 

Pour l’Arménie, défendre cette frontière en reprenant une position stratégique constitue en soi un enjeu défensif. Le fait est que le Tavush est la seule région frontalière arméno azérie habitée.

Dans ce nouvel épicentre, un chapelet d’une demi-douzaine de villages jouxte cette frontière, certains postes militaires azéris se situent parfois à 300 mètres de ces villages régulièrement ciblés par des tireurs d’élite.

 

Le Karabagh aux abonnés absents

Voici des années que les armées des deux pays voisins grignotent du terrain sur de nombreuses portions de la frontière que ce soit au Tavush comme dans l’enclave du Nakhitchevan, au sud-ouest de l’Arménie, afin de gagner des positions plus favorables.

Les hostilités en cours semblent pour l’heure cantonnées à un niveau purement local. Elles ont causé en une semaine une trentaine de victimes militaires, dont cinq Arméniens et vingt-sept Azéris, parmi lesquels deux hauts gradés.

 

 

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Rares ont pourtant été les médias à distinguer la différence entre le litige autour du contrôle du Haut Karabagh de cet affrontement en cours qui s’apparente à un conflit inter étatique classique ; et qui, fait singulier, oppose deux États qui ne sont pas officiellement en guerre.

De mémoire, le dernier conflit de haute intensité entre Arméniens et Azéris remonte à avril 2016 autour de la ligne de contact séparant l’Azerbaïdjan de la république autoproclamée de l’Artsakh (Haut-Karabagh pour l’Azerbaïdjan). L’offensive azérie visant à changer un statu quo défavorable s’était soldée par des gains minimes de territoires par les Azerbaïdjanais.

Côté arménien, cette guerre de quatre jours avait été vécue comme un traumatisme, dans la mesure où celle-ci avait révélé l’impéritie d’une partie de l’état-major et d’un pouvoir honni qui allait tomber comme un fruit mûr à la faveur d’une révolution de velours deux ans plus tard.

 

L’Arménie et l’Azerbaïdjan (c) Wikipédia

Depuis une vingtaine d’années, l’Azerbaïdjan se démène et déploie des efforts colossaux auprès des forums multilatéraux pour exclure le Haut Karabagh de tous les formats de négociations. 

Il s’agit pour Bakou de présenter ce différend comme un conflit international opposant l’État arménien et azéri, alors qu’Erevan et Bakou ne sont pas officiellement en guerre et qu’Erevan ne reconnaît pas l’indépendance de la république autoproclamée de l’Artsakh afin de ne pas entraver les négociations en cours sous l’égide du groupe de Minsk, coprésidé par les États-Unis, la France et la Russie.

 

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Toujours est-il que ces affrontements interviennent dans un moment diplomatique particulièrement tendu entre les deux anciennes républiques soviétiques. Une semaine avant le début des affrontements, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev, affirmait rejeter en bloc toute négociation avec l’Arménie dans le but d’en finir avec ce « conflit gelé » de plus de 30 ans, accusant Erevan de mauvaise foi et de préférer entretenir le statu quo à son avantage.

 

Sur le terrain de la propagande, la partie arménienne s’échine à dénoncer les bombardements azéris sur ses infrastructures civiles, écoles, maisons, dispensaires.

Tandis que Bakou alerte la communauté internationale que ses gazoducs et oléoducs reliant Bakou-Tbilissi–Ceyhan sont à portée de tirs de l’armée arménienne.

De fait, le ministère azerbaïdjanais de la Défense est allé jusqu’à proférer la menace de bombarder la centrale nucléaire de Metsamor située à une dizaine de kilomètres de la capitale arménienne.

Déclaration qualifiée par Erevan comme une forme de « terrorisme d’État », mais qui pourrait traduire un climat de forte nervosité dans les rangs de l’armée azerbaïdjanaise, laquelle enregistre des pertes humaines et en matériel bien plus conséquentes que la partie arménienne qui n’a pas manqué d’exhiber son trophée ; drone de fabrication israélienne, le Elbit Herms 900 (vendu 30 millions de dollars pièce) abattu par le nouveau système arménien de défense de son espace aérien.

 

Ce revers miliaire des Azéris vient gonfler la frustration d’une population chauffée à blanc par les harangues d’un pouvoir visiblement aux aguets et fortement ébranlé par les conséquences funestes de la chute de la demande des hydrocarbures en ces temps de pandémie.

Le régime des Alyev craint que de nouvelles vagues de contestation populaires se succèdent à la manifestation spontanée dans les rues du centre-ville de Bakou pour réclamer une guerre totale avec l’Arménie.

La prise d’assaut du parlement et l’intervention musclée des forces de l’ordre ont réveillé des mauvais souvenirs, car à deux reprises le pouvoir avait changé de main du fait des défaites militaires au Karabagh.

Cette séquence nous rappelle que le conflit du Karabagh est un facteur à double tranchant pour l’homme fort de Bakou, tantôt catalyseur du nationalisme azéri, tantôt menace pour sa légitimité. Une légitimité sans commune mesure avec celle dont jouit le Premier ministre Nikol Pachinian en Arménie.

 

Bakou et Erevan otages de la rivalité russo-turque

 

Depuis des décennies, le régime dynastique des Aliyev qui règne sans partage sur cette république regorgeant d’hydrocarbures, agite le chiffon rouge de l’arménophobie pour détourner les regards sur les problèmes internes que connait ce pays richissime, mais frappé par des inégalités de plus en plus criantes.

Si Bakou jouit d’une solidarité sans retenue du grand frère et partenaire stratégique turc au nom du panturquisme, l’Arménie quant à elle a intégré l’organisation du traité de sécurité collective (l’OTSC).

Avec la présence d’une base et de gardes-frontières russes sur son sol.

Erevan y voit le gage d’une assurance vie en échange d’une relation de plus en plus asymétrique.

Or, si l’Arménie a convoqué une réunion de l’OSTCE, elle l’a fait surtout pour exposer sa position que pour déposer une demande d’assistance.

 

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De son côté l’Azerbaïdjan a déplacé le curseur vers la Turquie.

Au cours des premiers jours de combats, ses dirigeants ont fait à maintes reprises la navette à Ankara pour engranger des soutiens. Tandis que vu de Moscou cette escalade est perçue comme une tentative de la Turquie de s’immiscer dans une région jusque-là considérée comme sa chasse gardée.

N’ayant pas intérêt à voir son pré carré caucasien déstabilisé par la Turquie en quête de nouveaux fronts dans le grand jeu qui se dessine de la Libye à l’Irak en passant par Chypre et la mer Égée, la Russie qui vend des armes aux deux belligérants, veut agir comme un facteur de dissuasion et se cantonner dans un rôle de médiateur.

Une tache rendue davantage malaisée par l’éviction survenue au plus fort des affrontements d’Elmar Mamediarov, qui dirigeait la diplomatie azérie depuis 2004.

L’ancien ministre des Affaires étrangères était un pur produit de la diplomatie soviétique, et l’interlocuteur privilégié du Kremlin à Bakou.

 

Vu d’Ankara et au regard des déclarations tonitruantes du président Erdogan de soutien total au « petit frère » azerbaïdjanais, ces affrontements sont une aubaine.

Condamnant sans nuance l’Arménie, pays sur lequel elle exerce un blocus terrestre depuis 1993 et n’entretient toujours pas de relations diplomatiques, la Turquie développe une rhétorique panturquiste qui éveille en Arménie le souvenir douloureux du génocide de 1915

. De fait l’Arménie et ses 29 800 km² de territoires reconnus constituent aux yeux des nationalistes turcs le principal obstacle à la jonction de la Turquie avec les républiques turcophones d’Asie centrale.

Hypothèse inacceptable pour l’Iran voisin, dont la crainte que l’irrédentisme turco-azéri se fasse au détriment de son territoire explique sa neutralité bienveillante vis-à-vis de l’Arménie depuis le début du conflit du Karabagh.

 

Si le dessin d’Ankara se réalise, tout porte à croire que les Arméniens, mais aussi les Azerbaïdjanais seront les principales victimes d’une importation du différend turco-russe dans cette poudrière.

 

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17/07/2020

LA CHINE DOMINERA LE MONDE !

LU, VU ET ENTENDU !

 

La Chine dominera le monde.

Entretien avec le Général Qiao Liang

 

Écouter ce que dit la Chine pour comprendre ce pays, sa vision du monde et son système de pensée est une nécessité pour affronter le nouvel ordre mondial. La Chine souhaite envahir Taïwan et assurer son hégémonie sur le monde. C’est ce que dit le Général Qiao Liang, dans un entretien publié en chinois. Un document exceptionnel, à lire pour comprendre.  

 

Conflits vous propose ce texte pour comprendre la Chine et la vision des dirigeants chinois. Il est essentiel d’aller aux sources et d’écouter ce que disent les autres pour comprendre leur vision du monde. Sans complexe, ce général dit sa volonté d’envahir Taïwan et de développer l’hégémonie chinoise. C’est un document exceptionnel qui nous plonge au cœur du système chinois.

Nous remercions Laurent Gayard qui a assuré la traduction de ce texte et Waldemar Brun Theremin pour nous l’avoir signalé.

Les intertitres sont de Conflits. Ils permettent de suivre les thèmes de l’entretien.

 

L’auteur : Qiao Liang est un général de l’armée de l’air à la retraite.

Il est professeur à l’Université et il a publié de nombreux ouvrages de stratégie, dont un a été traduit en français : La guerre hors limite. Il est directeur du Conseil pour les Recherches sur la Sécurité Nationale et membre de l’Association des Écrivains Chinois. Il s’exprime ici à titre privé et sa parole n’engage pas le gouvernement chinois. Toutefois, ce qu’il dit est dans la ligne de ce que pense les plus hautes autorités chinoises.

 

Le Général Qiao Liang est interviewé par les reporters Wei Dongsheng et Zhuang Lei dans le numéro de mai 2020 du magazine Bauhinia (Zijing), revue chinoise publiée à Hong Kong.

 

Actuellement, la situation épidémique de la Nouvelle Pneumonie coronarienne a été essentiellement contrôlée en Chine. Mais ce que l’on ne peut ignorer, c’est que la propagation de l’épidémie mondiale et la réaction en chaîne qui en résulte pourraient provoquer une deuxième « onde de choc » énorme pour la Chine. Récemment, les États-Unis ont lancé des opérations d’évacuation dans de nombreux pays et ont appelé toutes les entreprises américaines en Chine à évacuer. M. Trump a signé le « Taipei Act »[1] lorsque la nouvelle épidémie de pneumonie américaine a fait rage.

Comme le dit le proverbe, si quelque chose tourne mal, il doit y avoir un démon. Quelle conspiration se cache derrière ces comportements anormaux aux États-Unis ? Quel impact majeur l’épidémie aura-t-elle sur le schéma mondial ? Y aura-t-il des conflits entre la Chine et les États-Unis et entre les deux parties ? Dans le contexte actuel, comment la Chine devrait-elle réagir ?

Notre reporter a récemment interviewé le général Qiao Liang, professeur à l’université de la défense nationale et célèbre expert militaire, sur ces questions brûlantes.

Les États-Unis face à la Chine

Journaliste : Récemment, les États-Unis ont commencé à évacuer les Chinois d’outre-mer dans de nombreux pays. De plus, l’armée américaine a également mobilisé la base militaire de Cheyenne Mountain, a fait appel à des millions de forces de réserve et a mis en garde les citoyens et les soldats américains à l’étranger. La réalité est que les États-Unis sont devenus le pays le plus sévère du monde, et il est évidemment plus sûr pour les Américains de rester dans des pays étrangers que dans leur propre pays. Pourquoi est-il nécessaire de déclencher l’évacuation des Chinois à l’étranger dans de telles circonstances ? Ces circonstances indiquent-elles que la « guerre mondiale est sur le point d’éclater », ce que certains médias estiment non sans fondement ?

 

Qiao Liang : Mon opinion est exactement l’inverse sur cette question. Les États-Unis ont pris ces mesures alors que l’épidémie se contracte complètement. Les États-Unis sont un pays très vigilant, et je pense que ces pratiques sont des mesures de précaution opportunes, visant à empêcher les gens de profiter de l’occasion pour « conspirer » contre les États-Unis. Cela semble un peu ridicule, car aucun pays ne prend prétexte actuellement du danger que représentent les États-Unis pour les inquiéter. Bien sûr, on ne peut pas exclure que des organisations terroristes puissent faire quelque chose, mais il est peu probable que la plupart des pays aient la capacité de viser les États-Unis. Bien qu’il soit certain que personne n’attaquera les États-Unis, ces derniers doivent cependant prendre des précautions.

Les États-Unis sont actuellement dans un moment d’épidémie, et non de crise économique ou autre crise intérieure. La guerre extérieure ne peut pas résoudre le problème de l’épidémie ni détourner l’attention de la crise intérieure. Qui plus est, les États-Unis mobilisent actuellement les quatre principaux secteurs économiques, plus de 150 bases sont infectées, et quatre porte-avions et un sous-marin nucléaire se trouvent à quai. Certains disent qu’il faut empêcher une montée aux extrêmes. Mais le problème est-il vraiment qu’il soit possible de monter ? Quelle montée ? Cela peut-il atténuer l’épidémie aux États-Unis ?

Général Qiao Liang

Certains disent que la guerre d’aujourd’hui est une question de haute technologie. Les États-Unis ont une avance incontestable en matière de haute technologie. Il n’est donc pas exclu qu’ils puissent encore mener une guerre de haute technologie face à l’épidémie. Cela semble tout à fait raisonnable, et même irréfutable. Mais la haute technologie dépend de l’industrie manufacturière. Avoir des capacités de R&D ne se traduit par automatiquement par des capacités high-tech, et la transformation de capacités de R&D en moyens high-tech est indispensable et dépend de l’un des facteurs les plus importants qui sont les capacités de fabrication. En d’autres termes, la bataille finale reste la fabrication.

À en juger par la situation actuelle de l’industrie manufacturière américaine, qui est en déclin, si elle veut aujourd’hui faire la guerre à un pays quelconque, elle est en train de manger son stock d’armes et d’équipements. Si les États-Unis veulent se battre contre le plus grand pays manufacturier alors que l’industrie manufacturière s’est vidée, comment vont-ils combattre ?

Ils épuisent leurs stocks, et comment faire s’il n’y a pas d’augmentation ultérieure ? C’est ce dont les Américains, y compris ceux qui sont optimistes à l’égard des États-Unis, doivent vraiment s’inquiéter aujourd’hui.

 

Beaucoup de gens ne le voient pas, pensant que la force de la science et de la technologie américaines peuvent leur permettre de tout faire. La puissance scientifique et technologique des États-Unis est effectivement importante, mais si la recherche et le développement ne peuvent pas être convertis en produits à grande échelle, cela équivaut en fait à se décerner un diplôme de puissance technologique et scientifique sans résoudre le problème. Par exemple, aux États-Unis, la détection des acides nucléiques du nouveau coronavirus permettrait de moderniser six générations d’équipement médical, et d’instruments qui sont plus perfectionnés de génération en génération. On peut donc constater que la puissance scientifique et technologique des États-Unis est effectivement avancée, mais combien de ces appareils peuvent-ils produire ?

Cet équipement peut-il être utilisé par les Américains ? Même si le matériel de test est très avancé, qu’en est-il du système médical ? Pour détecter ces patients, s’il n’y a pas assez de matériel médical et pas assez de ventilateurs, le problème ne peut être résolu et des milliers de personnes devront mourir.

 

À cette occasion, la société américaine Medtronic a complètement violé ses droits de propriété intellectuelle pour leur respirateur et a laissé d’autres pays le produire, notamment la Chine. Pourquoi ? Est-ce parce que les considérations humaines et morales ont prévalu dans ce cas ? Je ne nie pas qu’il y ait une telle possibilité, mais ce qui est plus important c’est que les Américains n’ont pas la capacité de produire de respirateurs dont ils possèdent les brevets.

Sur 1 400 pièces du ventilateur, plus de 1 100 doivent être produites en Chine, y compris l’assemblage final. C’est le problème des États-Unis aujourd’hui. Ils disposent d’une technologie de pointe, mais n’ont pas de méthodes et de capacité de production, ils doivent donc s’appuyer sur la production chinoise.

Il en va de même pour la guerre. Aujourd’hui, la guerre est toujours une industrie manufacturière. Certains disent que la guerre aujourd’hui est une confrontation de réseaux, la puce est reine. Oui, les puces jouent un rôle irremplaçable dans les guerres modernes de haute technologie. Mais la puce elle-même ne peut pas combattre, la puce doit être installée sur diverses armes et équipements, et toutes sortes d’armes et d’équipements doivent d’abord être produits par une industrie manufacturière forte. On admet que les États-Unis se sont appuyés sur une industrie manufacturière forte pour gagner la Première et la Seconde Guerre mondiale.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il n’y a rien de mal à cela. Mais les États-Unis disposent-ils encore d’une industrie manufacturière assez forte pour gagner la Première et la Seconde Guerre mondiale ?

Depuis un demi-siècle, après que le dollar se soit séparé de l’or, les États-Unis ont progressivement utilisé le dollar pour profiter du monde. De fait, ils ont abandonné leur industrie manufacturière bas de gamme et se sont progressivement transformés en un pays d’industries fantômes. Si le monde est en paix et que tout le monde est en paix avec les autres, il n’y a pas de problème.

Les États-Unis impriment des dollars américains pour acheter des produits du monde entier, et le monde entier travaille pour les États-Unis. Tout cela est très bien. Mais en cas d’épidémie ou de guerre, un pays sans industrie manufacturière peut-il être considéré comme un pays puissant ?

Même si les États-Unis continuent à disposer de la haute technologie, à avoir des dollars et à avoir des troupes américaines, tous ces éléments ont besoin d’un soutien manufacturier. Sans industrie manufacturière, qui soutient votre haute technologie ? Qui soutient votre dollar ? Qui soutient votre armée américaine ?

 

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Pour parer à cela, la réponse de la Chine est de continuer à maintenir, développer et améliorer son industrie manufacturière, non seulement pour améliorer, mais aussi pour maintenir la fabrication traditionnelle. Il est impossible de moderniser toutes ces capacités de production.

Si toutes devaient être mises à niveau et remplacées, l’industrie manufacturière traditionnelle serait abandonnée. Lorsque les États-Unis ont besoin d’un grand nombre de masques comme aujourd’hui, le pays tout entier ne dispose même pas d’une chaîne de production complète. Dans de telles circonstances, ils ne peuvent pas réagir à l’épidémie aussi rapidement et avec autant de force que la Chine. Par conséquent, ne sous-estimez pas l’industrie manufacturière bas de gamme, et ne considérez pas l’industrie manufacturière haut de gamme comme le seul objectif du développement manufacturier de la Chine. Vous ne pouvez pas vous passer des compétences en matière d’entretien et de gestion ménagère.

 

En outre, nous devons également voir que l’efficace campagne antiépidémique de la Chine, en plus des mesures introduites par le gouvernement, donne à voir que les mesures correctives furent très opportunes et que les gens ont été très coopératifs, et qu’une chose venue des États-Unis a été bénéfique, c’est l’Internet. Des choses comme le paiement en ligne, la livraison du commerce électronique et les services de courrier sont toutes originaires des États-Unis, mais où ces inventions américaines ont-elles finalement prospéré ? En Chine.

La Chine a adopté l’Internet, et l’Internet des Objets, mettant l’Internet, en particulier le cloud pour l’e-commerce, au service de la production et de la vie dans la société moderne et on peut dire qu’elle est en tête dans ce domaine. Bien que la propriété intellectuelle ne soit pas entre nos mains et que le serveur racine ne soit pas entre nos mains, cela ne nous empêche pas de l’utiliser au mieux.

 

Il y a de nombreuses raisons à cela, qui sont complexes. Cependant, on peut effectivement constater que nous sommes meilleurs que d’autres pays dans l’utilisation de la haute technologie et des nouvelles technologies, ce qui est dû aux forte capacités d’apprentissage des Chinois.

Nous devrions continuer à cultiver notre avance à cet égard. En plus des qualités du système national, nous devons également apprendre des autres puis appliquer ce que nous avons appris pour en tirer avantage. C’est là notre force face à un avenir imprévisible si une nouvelle épidémie se déclare. Nous devons la maintenir.

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Industrie et délocalisation

 

Journaliste : Certains médias ont rapporté que M. Kudlow, président de la Conférence économique nationale de la Maison-Blanche, a appelé au retrait de toutes les entreprises américaines en Chine, et a déclaré que le gouvernement américain rembourserait à 100 % les frais de retour de Chine. Cela signifie-t-il que les États-Unis se préparent à se « découpler » de la Chine et à accélérer progressivement le rythme ? Les États-Unis joueront-ils un rôle positif dans la mise à niveau de l’industrie manufacturière locale ? Quel est l’objectif réel derrière le fait d’encourager les entreprises nationales à quitter la Chine ?

 

Qiao Liang : À mon avis, il n’est pas si facile pour les pays développés de se « découpler » de la Chine et de reprendre la fabrication locale. Le dilemme est que si vous voulez reprendre la fabrication, vous devez être mentalement préparé, ou partager les mêmes difficultés et douleurs avec la Chine, et recevoir un salaire égal pour un travail égal, afin que les produits et la main-d’œuvre soient au même prix que la Chine (sinon les produits ne seront pas plus compétitifs que la fabrication chinoise).

Cela équivaut à renoncer à l’hégémonie de la monnaie et au pouvoir de fixer les prix des produits et à descendre du sommet de la chaîne alimentaire ; ou à continuer à être au sommet de la chaîne alimentaire, de sorte que le revenu des employés continue à être plus de 7 fois supérieur à celui de la Chine, ce qui rend le produit non compétitif et les entreprises peu rentables.

Si le premier objectif est recherché, les États-Unis et l’Occident devront revenir au niveau des pays ordinaires, en particulier les États-Unis. Si cela n’est pas possible, le retour des industries manufacturières aux États-Unis et en Occident ne sera qu’une vue de l’esprit.

 

L’argument selon lequel le Vietnam, les Philippines, le Bangladesh, l’Inde et d’autres pays sont susceptibles de devenir des substituts à la main-d’œuvre bon marché en Chine ne consiste en fait qu’à compter la population, mais réfléchissez au fait de savoir lequel des pays susmentionnés compte plus de travailleurs formés que la Chine ?

Même avec l’augmentation des revenus des Chinois d’année en année, le dividende du travail est épuisé, mais combien de ressources humaines de milieu et de haut de gamme ont été produites en Chine au cours des 30 dernières années ?

Qui a formé plus de 100 millions d’étudiants de premier cycle et de niveau universitaire ? L’énergie de cet ensemble de personnes est encore loin d’être libérée dans le développement économique de la Chine. Par conséquent, laisser la main-d’œuvre bon marché d’autres pays se substituer au made in China est un vœu pieux.

 

Quant à ceux qui disent que l’Occident peut utiliser beaucoup de robots pour compléter la localisation de la fabrication, on ne peut pas dire que cette possibilité est inexistante, mais si les robots sont vraiment utilisés pour restaurer la fabrication locale des États-Unis ou d’autres pays occidentaux, y compris le Japon, comment résoudre le problème du taux d’emploi ?

L’utilisation d’un grand nombre de robots signifie qu’une plus grande partie de la main-d’œuvre est au chômage. La population active a diminué. Que devrait faire le gouvernement américain ? Qu’en est-il des gouvernements des pays occidentaux ?

Ont-ils vraiment les moyens financiers de nourrir en vain l’armée de chômeurs de ces différents pays ? Mais si vous ne les soutenez pas, qui votera pour votre arrivée au pouvoir ? De toute évidence, Trump et Abe n’ont pas bien réfléchi à la question en soutenant le retour de leurs entreprises respectives en Chine sur le marché local.

 

Les Occidentaux sont tous conscients de l’importance de restaurer l’industrie manufacturière et sont conscients de l’état de détresse dans lequel se trouve leur économie réelle. Que cette prise de conscience soit réelle c’est une autre question.

Ce qui importe c’est de se demander : lorsqu’un pays comme les États-Unis se rend compte que l’industrie manufacturière doit reprendre, peut-il réellement reprendre la fabrication ? C’est en fait très difficile.

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En fait, après la crise financière internationale de 2008, les États-Unis ont déjà pris conscience des conséquences de l’effondrement de l’industrie. L’épidémie actuelle n’a pas plus mis en lumière l’absence douloureuse d’industries manufacturières qui manquent plus cruellement aux moyens de subsistance des gens, mais dans quelle mesure est-il facile de reprendre la fabrication ?

Où sont les entrepreneurs, les ingénieurs et les travailleurs qualifiés ? Le coût de la main-d’œuvre aux États-Unis est 7 fois plus élevé qu’en Chine. Comment les bénéfices des entreprises peuvent-ils être créés ? Même si le gouvernement réduit les impôts et que les employés diminuent automatiquement leurs salaires de moitié, ce sont autant de mesures d’urgence à court terme. Parce que les taxes seront réduites, les recettes fiscales américaines le seront aussi.

Comment maintenir une puissance nationale et militaire forte ? Les salaires bas, c’est possible en période extraordinaire, est-ce que ça l’est en temps normal ? De plus, les revenus des particuliers seront réduits de moitié, et la consommation sera également réduite de moitié. Comment stimuler la production ? Si la production n’augmente pas, le PIB diminuera, les États-Unis peuvent-ils alors conserver leur position de leader mondial ? Ces questions, M. Trump n’a pas dû y penser lorsqu’il a fait les promesses évoquées ci-dessus.

De plus, si l’industrie manufacturière repart, les produits doivent être vendus, et un excédent sera généré, et l’hégémonie du dollar ne peut être obtenue qu’en fournissant des liquidités au monde, c’est-à-dire qu’elle doit être acceptée par le biais du déficit. Comme les autres pays n’accepteront pas l’hégémonie du dollar s’ils n’utilisent pas de dollars, les États-Unis doivent également faire avec une économie déficitaire.

 

La canne à sucre n’est pas douce aux deux bouts, et pour fournir des liquidités aux autres, il est nécessaire d’acheter les produits des autres. Mais si vous relancez l’industrie manufacturière, vous n’avez pas besoin d’acheter les produits des autres. De cette façon, il y aura moins de dollars qui circuleront vers les autres pays, et lorsque d’autres pays commercent entre eux, ils devront trouver d’autres devises.

Y aura-t-il encore une hégémonie du dollar ? Plus important encore, le rétablissement de l’industrie manufacturière portera gravement atteinte aux intérêts des groupes de capitaux financiers américains. Que peut faire Wall Street ? Que peut faire la Fed ?

L’approche de Trump est différente de celle des précédents présidents américains depuis 50 ans. Les précédents présidents américains depuis 50 ans maintenaient tous l’hégémonie du dollar, et Trump veut maintenant relancer l’industrie manufacturière.

Avec un tel coup d’éclat subversif aux États-Unis, il y a une plus grande possibilité que la finance et l’économie virtuelle n’en reviennent pas. En conséquence, l’empire est en danger.

 

La Chine n’a pas renoncé à envahir Taïwan

 

Journaliste : Récemment, Trump a signé le « Taipei Act »[2], qui a été signé au moment où la nouvelle épidémie américaine de pneumonie coronaire faisait rage. Ils ont choisi d’intervenir dans la question de Taïwan à cette époque. Qu’est-ce qui les a poussés à s’ingérer dans les affaires intérieures de la Chine ? Quel impact cela aura-t-il sur les relations entre la Chine et les États-Unis et sur les relations entre les deux rives du détroit ?

Certains médias pensent que l’épidémie actuelle aux États-Unis est grave et que nous n’avons plus le temps pour l’automédication. Il faut saisir l’opportunité offerte pour résoudre la question de Taïwan. Qu’en pensez-vous ?

 

Qiao Liang : Est-ce le meilleur moment pour résoudre la question de Taïwan ? La première chose à considérer est de savoir si la Chine se trouve actuellement à un point critique dans le processus de renaissance nationale. En ce moment, la Chine est confrontée à une situation complexe qui n’a jamais été vue dans le monde moderne, en particulier dans une situation où les États-Unis ignorent totalement la Chine. Si nous nous employons à résoudre la question de Taïwan, est-il possible que nous nous perdions de vue et que cela puisse interrompre le processus de redressement de la Chine ?

Deuxièmement, la solution de la question de Taïwan est-elle en relation partielle ou globale avec la grande revitalisation de la nation chinoise ? Si elle n’est elle pas résolue immédiatement, cela ne laisse-t-il pas le temps de pousser plus avant le processus de rajeunissement national ?

Troisièmement, la question de savoir si le détroit de Taïwan entrera en guerre dépend-il du nombre de mesures prises par les États-Unis sur la question de Taïwan ou de l’attitude de la Chine ?

Cela dépend-il du jugement que la Chine porte sur la situation internationale et sur la situation intérieure (à mon avis, le jugement sur la seconde est meilleur que sur le premier) ?

Quatrièmement, la nature de la question de Taïwan est-elle une question de relations sino-américaines, ou s’agit-il simplement de relations entre les deux pays ? La question de Taïwan peut-elle être entièrement résolue avant que le conflit entre la Chine et les États-Unis ne soit soldé ? Si elle est réglée à l’avance, maintenant, le prix que la Chine aura à payer sera-t-il plus ou moins élevé, et quel sera l’impact sur les transports chinois ?

 

Même si nous avons compris les questions ci-dessus, il y aura une d’autres questions qui se poseront, ce qui nous oblige à continuer à réfléchir et à y répondre. Bien que les États-Unis soient en situation d’épidémie et de difficultés économiques, ils disposent encore d’une puissance militaire pour s’ingérer directement ou indirectement dans la question du détroit de Taiwan, choisir Wutong[3] donnerait aux États-Unis une bonne excuse pour bloquer et sanctionner la Chine et la couper du monde occidental, tout en donnant l’occasion aux Américains de mettre leurs propres difficultés de côté et de nous affaiblir parce que les États-Unis et la Chine sont bien conscients que la Chine est toujours fortement dépendante des ressources et des marchés étrangers. En tant que pays producteur, nous ne pouvons pas encore satisfaire notre industrie manufacturière avec nos propres ressources et nous reposer sur notre propre marché pour digérer nos produits.

Donc, à l’heure actuelle, si nous pensons que c’est la meilleure occasion de reconquérir Taïwan, est-ce que ce ne sera pas une bonne chose également pour les États-Unis et certains pays mal intentionnés ? Ces facteurs externes sont également des facteurs dont nous devons tenir pleinement compte lors de la prise de décisions.

 

C’est sans aucun doute une bonne chose à faire pour les Chinois de mener à bien la grande cause de la réunification, mais c’est toujours une erreur si la bonne chose est faite au mauvais moment. Nous ne pouvons agir qu’au bon moment. Il ne faut pas prendre une décision stupide qui fera perdre tout le temps.

Nous ne pouvons pas laisser notre génération commettre le péché d’interrompre le processus de renaissance de la nation chinoise. En ce qui concerne la question territoriale, la plupart des gens ont encore une pensée traditionnelle, c’est encore la sensibilité des petits agriculteurs qui aiment la terre qui prédomine en dernière analyse. Élargie, la souveraineté territoriale est considérée comme un synonyme de souveraineté nationale, pourtant elle ne peut englober à elle seule le sens complet de la souveraineté nationale moderne.

 

Dans le monde actuel, la souveraineté économique, la souveraineté financière, la cyber-souveraineté, la souveraineté de la défense, la souveraineté des ressources, la souveraineté alimentaire, la souveraineté des investissements, la souveraineté biologique, la souveraineté culturelle, la souveraineté du discours et d’autres aspects liés aux intérêts et à la survie des pays font tous partie de la souveraineté nationale.

Ne pensez pas que seule la souveraineté territoriale est liée aux intérêts fondamentaux du pays. D’autres souverainetés sont également des intérêts fondamentaux majeurs, parfois plus prioritaires encore que la souveraineté territoriale, déterminant aussi la vie ou la mort.

 

Par exemple, afin de sauver leur propre économie, les États-Unis n’hésitent pas à vendre des billions de devises, de sorte que leurs réserves de change sont diluées avec de l’eau. La guerre commerciale vous a obligé à faire usage des produits physiques contre les profits et à être volé en retour par le biais de tarifs douaniers plus élevés. Les intérêts économiques de la Chine ont été grandement atteints et la souveraineté économique a été gravement affaiblie, mais vous êtes également incapable de la protéger.

À l’heure actuelle, même si vous avez le pouvoir de protéger l’intégrité territoriale, pensez-vous que tout va bien, ne pouvez-vous pas envisager d’autres questions de souveraineté qui sont tout aussi importantes, voire plus importantes encore ? Qui connaît le problème de cette façon n’est pas une personne vraiment moderne.

 

Je ne dis pas cela pour dire que la question territoriale n’est pas importante, mais pour souligner qu’en tant que personne moderne, on doit comprendre que d’autres souverainetés du pays sont aussi importantes que l’intégrité territoriale, et ne pas les perdre de vue.

La question territoriale ne peut pas être mise en avant à un degré plus élevé que les autres souverainetés même si elle ne doit pas être négligée. Mais en même temps, nous devons aussi nous demander si la question de « l’indépendance de Taïwan » ne risque pas de nous entraîner trop loin si nous envisageons la guerre pour résoudre cette question. Face au soutien des États-Unis et des pays occidentaux, pouvons-nous seulement faire quelque chose ? Pas nécessairement.

Pour freiner « l’indépendance de Taïwan », en plus des options de guerre, davantage d’options doivent être prises en considération. Nous pouvons penser à des moyens d’agir dans l’immense zone grise entre la guerre et la paix, et nous pouvons même envisager des moyens plus particuliers, comme lancer des opérations militaires qui ne déclencheront pas de guerre, mais qui peuvent consister en un usage modéré de la force modérée pour dissuader « l’indépendance de Taïwan ».

 

A lire aussi : La Russie et la Chine en Eurasie

Certains demandent si l’usage de la force n’est pas une guerre. Je pense qu’il s’agit d’un malentendu évident.

Lorsque les États-Unis ont bombardé l’ambassade de Chine en Yougoslavie, ou ont décapité le commandement des Gardiens de la Révolution[4] , pouvait-on dire qu’il s’agissait d’une guerre contre la Chine ou l’Iran ? Non. Mais n’était-ce pas une opération militaire ?

Oui. Parce qu’elle utilise la force. Pour résoudre les problèmes liés aux « opérations militaires non guerrières », nous devrions vraiment apprendre des Américains avec un esprit ouvert.

Il y a toujours plus de solutions que de problèmes. Il y a un problème, et il peut y avoir dix solutions. La clé est de savoir comment nous choisissons la meilleure solution.

 

Pourquoi formuler l’analyse et le jugement ci-dessus ? C’est parce que, à mon avis, le Congrès américain et le gouvernement ont introduit la « loi de Taipei »[5] à ce moment précis. L’intention n’est pas de pousser la Chine dans ses retranchements.

C’est principalement parce que le gouvernement américain, le Congrès et les décideurs politiques sont en difficulté aux États-Unis, que ce soit face aux problèmes de l’épidémie ou à ceux du manque de fabrication, qu’il est nécessaire de se débarrasser de leur propre dilemme, et il n’y a pas de solution du tout, donc les États-Unis ne peuvent pas laisser la Chine « en paix », ils veulent rallier ses opposants, créer des sujets de préoccupation, occasionner des dépenses d’énergie, l’amener à se disperser et utiliser cette méthode pour se donner à lui-même des occasions de respirer et de gagner du temps.

En même temps, cette méthode de dispersion de l’énergie et du pouvoir conduit à affaiblir notre force nationale et à entraver la marche du progrès. Telle est la principale intention des États-Unis en continuant à ajouter du chaos pour la Chine.

 

Quant à l’impact sur la Chine, je pense que si nous devons danser avec les loups, nous ne devons pas danser au rythme des États-Unis. Nous devons avoir notre propre rythme, et même essayer de casser son rythme, afin de minimiser son influence.

S’il le pouvoir américain a retourné son bâton, c’est qu’il est dans le piège. Nous ne pouvons pas permettre aux États-Unis de creuser des fosses une par une pour nous (le Taipei Act est la dernière fosse pour la Chine), et sauter dans les fosses un par un. Au lieu de sauter dans la fosse, il faut compenser son impact. Il y a des choses que nous pouvons ignorer, d’autres que nous pouvons ignorer d’une manière que les Américains n’aiment pas. Les Américains nous posent des questions maintenant et nous y répondons.

Mais nous ne pouvons pas changer notre façon de penser, poser nous aussi des questions et laisser les Américains y répondre ? Ces méthodes sont autant de moyens de compenser l’influence des États-Unis, y compris la façon dont ils utilisent la question de Taïwan pour nous affecter.

 

L’influence de l’attitude des politiciens américains sur les relations entre les deux rives du détroit va sans aucun doute réjouir les autorités de Tsai Ing-wen[6]. Mais les Taïwanais, y compris Tsai Ing-wen, ne se racontent-ils pas des histoires ? Dans quelle mesure les Américains vont-ils tenir leurs promesses envers Taïwan ? Les Américains encouragent l’indépendance de Taïwan, mais y aura-t-il vraiment un risque de guerre pour Taïwan quand l’indépendance de Taïwan sera punie alors que le Congrès américain proclame « nous ne laisserons jamais notre jeunesse saigner pour la question de Taïwan » ?

Sans compter que même si les Américains laissent vraiment leur jeunesse saigner pour la question de Taïwan, cela ne suffira peut-être pas à contrer la détermination et la capacité de la Chine à réunifier Taïwan. Qu’arrivera-t-il à l’indépendance de Taïwan si les Américains ne saignent pas pour Taïwan ?

Qu’arrivera-t-il aux autorités anglaises de Taïwan ? À ce stade, je pense que Tsai Ing-wen a en fait beaucoup de choses à l’esprit. Ainsi, à ce jour, elle n’ose toujours pas tirer ouvertement le drapeau de l’indépendance de Taïwan et n’ose faire qu’un petit pas en avant, en disant que Taïwan est en fait un pays. Elle a seulement osé aller jusque-là, mais pas plus loin.

Parce qu’aller plus loin, mettra en colère 1,4 milliard de personnes, cela peut avoir des conséquences inimaginables et désastreuses pour n’importe quel pays ou région.

 

La Chine doit d’abord faire preuve de détermination stratégique pour résoudre la question de Taïwan, et ensuite de patience stratégique. Bien entendu, cette prémisse est que nous devons développer et maintenir notre force stratégique pour résoudre la question de Taïwan par la force à tout moment.

 

Épidémie et nouvel ordre du monde

 

Journaliste : Tout le monde parle de l’impact de l’épidémie sur le monde, en évoquant des événements aussi importants que la Première et la Deuxième Guerre mondiale et la désintégration de l’Union soviétique. Que pensez-vous de cette déclaration ? Comment l’épidémie va-t-elle changer le schéma mondial ?

 

Qiao Liang : L’impact de l’épidémie de Nouvelle Pneumonie coronarienne sur le monde, parce qu’il s’agit d’un événement actuel et qu’il est encore en fermentation, peut être considéré comme un événement aussi déterminant que ceux connus par le passé, et on peut même le décorréler de la Première Guerre mondiale, de la Seconde Guerre mondiale et de la chute de l’Union soviétique. Tous ces événements sont à la même hauteur. Je pense qu’un tel jugement est fondamentalement conforme aux faits, et il n’est pas exagéré, mais la plupart des gens ne le voient pas.

 

En fait, le nouveau coronavirus lui-même n’a pas un effet si important. Au moins jusqu’à présent, il n’a pas été aussi tragique que la Première et la Deuxième Guerre mondiale qui n’ont cependant pu changer le paysage international du jour au lendemain, comme l’effondrement de l’Union soviétique.

Ce n’est pas la première fois que l’homme est confronté à une épidémie, et toutes les épidémies n’apportent pas un changement aussi important. Pour tout changement, la cause externe est le facteur déclenchant, et la cause interne est le facteur décisif. Cette épidémie n’est que la dernière goutte d’eau qui viendra écraser ce cycle de mondialisation et la force motrice de la mondialisation.

 

Si cette épidémie se produisait dans les années 1950 et 1960, penserait-on vraiment qu’elle mettrait les États-Unis dans un tel embarras, et l’Europe dans un tel embarras ? Pourquoi l’épidémie qui se produit aujourd’hui embarrasse autant l’ensemble du monde occidental ?

L’essentiel n’est pas de savoir à quel point l’épidémie est terrible, mais de réaliser que les États-Unis et l’Occident ont tous deux connu leur heure de gloire, et qu’ils sont confrontés aujourd’hui à cette épidémie alors qu’ils déclinent. L’épidémie arrive à ce moment, et même si ce n’est qu’une brindille, elle peut faire briser le dos du chameau qui a déjà du mal à marcher. C’est la raison la plus profonde.

 

Pourquoi les pays occidentaux ont-ils franchi ce pas ? Nous pouvons y réfléchir. Au cours du dernier demi-siècle, les États-Unis ont ouvert la voie, puis l’Europe et les pays occidentaux ont suivi, ils se sont engagés dans une voie économique virtuelle et ont progressivement abandonné l’économie réelle.

Pour ces pays, cette tendance peut sembler être un avantage que les pays développés obtiennent pour rien, mais en fait, elle a entamé leurs forces vives. C’est en fait la même raison pour laquelle la Rome antique s’est progressivement effondrée au cours de la période ultérieure en raison de son arrogance et de son extravagance, qui a finalement conduit à l’effondrement de l’empire.

 

Je pense qu’après l’épidémie, les États-Unis et les pays occidentaux vont certainement essayer de se remettre sur pied. Beaucoup de gens ont encore confiance dans les États-Unis et les pays occidentaux, c’est-à-dire qu’ils croient qu’ils ont une forte capacité à corriger les erreurs, mais il n’est possible de corriger les erreurs qu’avec une force économique et une confiance suffisante.

Dans le passé, les Américains corrigeaient les erreurs et ne se plaignaient jamais des autres. Maintenant que les Américains ne peuvent plus corriger leurs propres erreurs, ils commencent à faire porter la responsabilité sur les autres. Les pays occidentaux ont également renvoyé la balle à la Chine, et même certains de nos pays amis d’origine se sont trouvés dans la même situation et ont agi de même.

La raison fondamentale en est que quiconque n’a pas la capacité de corriger ses erreurs aime automatiquement renvoyer la balle. Ils fantasment qu’il est tout simplement impossibles de restaurer leur propre économie et renvoient les responsabilités afin de pouvoir les réparer et les corriger.

En fait, les Occidentaux devraient réfléchir à de nombreux aspects de cette séquence, y compris à leur système médical et à leur système de valeurs. Lorsqu’ils ont été confrontés à l’épidémie, ces systèmes étaient presque impuissants et sans défense.

Quelle en est la raison ? Si vous n’arrivez pas à le comprendre, pouvez-vous résoudre le problème en rejetant simplement la responsabilité sur la Chine ?

Tout comme la guerre ne peut pas être utilisée pour vaincre l’épidémie, il est également impossible de renvoyer la balle pour corriger ses propres erreurs.

 

Je pense que l’Occident passera au moins une douzaine de mois à deux ans après l’épidémie pour réparer sa propre économie et réparer son propre traumatisme.

Dans ce processus, les soi-disant responsabilités et revendications envers la Chine sont toutes fantaisistes, et finiront par disparaître face à la une situation post-épidémique plus grave.

La Chine devrait avoir suffisamment confiance en elle pour savoir que tant qu’elle pourra rester suffisamment forte et maintenir avec ténacité ses capacités de production, personne ne pourra lui porter atteinte.

 

Quand les États-Unis sont forts, qui peut les accuser de la propagation du sida ? Les gens n’ont pas accusé les États-Unis parce que les forces expéditionnaires américaines ont apporté en Europe la grippe qui a éclaté aux États-Unis à la fin de la Première Guerre mondiale et qui a finalement été appelée grippe espagnole. Pourquoi personne n’a mis en cause les États-Unis ?

C’était à cause de la force des États-Unis à cette époque. Tant que la Chine restera forte et se renforcera, personne ne pourra la faire tomber avec des prétendues revendications de responsabilité. La Chine devrait avoir confiance en elle.

 

Source : Cet article a été publié dans le numéro de mai 2020 du magazine Bauhinia

LU:   https://www.revueconflits.com/general-qiao-liang-

 

 

Notes

[1] https://en.wikipedia.org/wiki/Taiwan_Allies_International_Protection_and_Enhancement_Initiative_Act

[2]    https://www.congress.gov/bill/116th-congress/senate-bill/1678/text

[3]    Le Mont Wutong, culminant à 944m, situé dans la province de Guangdong, sur la côte, près de Shenzen, fait géographiquement face à Hong-Kong Taïwan, en mer de Chine du sud. L’expression peut ici faire référence au fait de rester les yeux fixés vers Taïwan, voire d’y intervenir.

[4] On peut supposer qu’il s’agit ici d’une référence à l’élimination par drone de Qassem Soleimani le 3 janvier 2020 par l’armée américaine

[5]    Parallèlement à l’initiative américaine, on peut également évoquer la loi adoptée à Taïwan en janvier 2020 : https://www.asie21.com/2020/03/10/taiwan-etats-unis-chine-les-etats-unis-tissent-leur-toile-pour-un-decouplage-total/#more-16985

[6]    Présidente de la République de Taïwan depuis le 20 mai 2016 et bête noire de Pékin

16/07/2020

ARMÉNIE / AZERBAÏDJAN : REPRISE DES AFFRONTEMENTS ....

Caucase

Reprise des affrontements entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan

 

 
Reprise des affrontements entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan

Des soldats arméniens transportant des pneus, le 15 juillet 2020, pour renforcer leurs positions sur la frontière avec l'Azerbaïdjan, où plusieurs accrochages ont eu lieu.

AFP / Karen MINASYAN

 

L'Arménie et l'Azerbaïdjan ont repris jeudi leurs affrontements transfrontaliers, après une journée de cessez-le feu, selon les ministères de la Défense des deux pays, qui s'accusent mutuellement d'avoir relancé les hostilités.

Ces combats, qui a débuté dimanche à la frontière nord entre ces républiques ex-soviétiques du Caucase, mettent face-à-face deux ennemis de longue date et constituent les heurts les plus graves depuis 2016, laissant craindre une déstabilisation de la région. L

es belligérants ont indiqué dans des communiqués séparés que "des combats (étaient) en cours" jeudi matin, Erevan comme Bakou affirmant chacun avoir répliqué à une offensive adverse.

 

Les deux pays, en conflit depuis des décennies, avaient cessé les combats entre mercredi minuit (20H00 GMT mardi) et jeudi matin, après trois jours d'affrontements meurtriers.

"Après une bataille intense, l'ennemi a été repoussé", a indiqué le ministère arménien de la Défense, affirmant avoir empêché à l'aube "une tentative d'infiltration" et infligé des pertes à son adversaire.

Puis, selon Erevan, les forces azerbaïdjanaises ont commencé peu après 5h00 locales (1h00 GMT) à "pilonner les villages d'Aygepar et Movses au mortier et à l'obusier D30".

Le ministère azerbaïdjanais de la Défense a lui affirmé l'inverse, disant "qu'une unité des forces armées de l'Arménie ont de nouveau tenté d'attaquer nos positions dans le district de Tovouz de la frontière azéro-arménienne".

Selon lui, les villages d'Agdam, Donar Gouchtchou et Vakhidli essuyaient "des tirs d'armes lourdes et de mortiers".

 

Vitres et toits soufflés
Mercredi, des journalistes de l'AFP ont pu se rendre dans certains de ces villages, de chaque côté du front, et qui ont essuyé des tirs d'artillerie notamment ces derniers jours.

Plusieurs maisons ont vu leurs vitres ou toits soufflés, mais les localités ne semblent pas avoir subi de dégâts majeurs. Chain Abiïev, un habitant de Dondar Gouchtchou en Azerbaïdjan a raconté comment un obus s'est abattu dans son jardin.

"Cela a endommagé les fenêtres, le toit, le jardin et la porte d'entrée, heureusement que ma famille n'était pas là, sinon cela aurait été une tragédie", a-t-il relaté.

Aucun camp n'a fait état de pertes jeudi, l'Azerbaïdjan précisant seulement ne pas avoir enregistré de victimes parmi les civils.

Au moins 16 personnes ont été tuées entre dimanche et mardi.

Parmi elles, 11 militaires et un civil azerbaïdjanais et quatre soldats arméniens. Bakou a notamment perdu un général.

Les deux ex-républiques soviétiques sont en conflit depuis des décennies autour du Nagorny Karabakh, une région sécessionniste d'Azerbaïdjan soutenue par l'Arménie et théâtre d'une guerre au début des années 1990 qui a fait 30.000 morts. Les récents affrontements ont cependant lieu loin de ce territoire, à la frontière nord entre ces deux ex-républiques soviétiques du Caucase, une escalade rare qui laisse craindre un conflit ouvert.

La Russie, puissance régionale, les Etats-Unis et l'Union européenne ont tous appelé l'Azerbaïdjan et l'Arménie à cesser les hostilités. Tandis qu'Ankara a apporté tout son soutien à Bakou.

 

Russie, Turquie
La probabilité d'une guerre de grande ampleur est du coup faible selon Olesya Vartanyan, membre de l'ONG International Crisis Group.

Une "intrusion territoriale directe d'un des deux camps conduirait à une implication de la Russie et de la Turquie" dans la confrontation, estime-t-elle, un scénario que tous veulent éviter.

Bakou, qui dispose de revenus importants grâce à ses réserves immenses de pétrole, a depuis des années dépensé sans compter en matière d'armement, et a menacé de reprendre le Nagorny Karabakh par les armes si nécessaire, alors qu'une médiation internationale échoue depuis près de 30 ans à trouver une solution négociée.

 

L'Arménie, bien plus pauvre, est cependant plus proche de la Russie, qui dispose d'une base militaire en territoire arménien.

Erevan appartient aussi à une alliance politico-militaire dirigée par Moscou, l'Organisation du traité de sécurité collective.

 

Le Kremlin, qui se positionne en arbitre dans la région, livre des armes aux deux pays.

Et depuis près de 30 ans, il est parvenu à éviter une guerre ouverte.

 

Source:   https://www.lorientlejour.

14/07/2020

ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLE : VICTOIRE DU PATRIOTISME POLONAIS !

lundi 13 juillet 2020

Gloire à la séculaire résistance polonaise !

« Nous sommes tous des patriotes et des catholiques polonais ! »

 

La réélection d’Andrzej Duda à la présidence de la République polonaise est une magnifique victoire du patriotisme polonais, rempart de la liberté, contre lequel s’étaient pourtant massivement et fanatiquement liguées toutes les forces politico-médiatiques du « meilleur des mondes » totalitaire et de l’eurocratie en particulier.

 

Il n’était aujourd’hui que de constater d’abord le silence sur France-Inter puis les commentaires fielleux et rageurs sur cette victoire, présentée comme un semi échec voire un échec des forces conservatrices polonaises, refusant insupportablement la pourtant si nécessaire soumission au nouvel ordre mondial de la révolution sociétale L.G.B.T.

 

Au moment où monsieur Erdogan, l’arrogant néo-sultan ottoman, vient impudemment de retransformer en mosquée la basilique Sainte-Sophie de Constantinople, on ne saurait oublier, comme le rappela saint Jean-Paul II dans son dernier ouvrage Mémoire et Identité, que ce fut « Jean III Sobieski qui sauva l’Europe du danger ottoman à la bataille de Vienne en 1683. Victoire qui éloigna ce danger de l’Europe pour une longue période ».

La Pologne atrocement écrasée en 1939 par les forces conjointes d’Hitler et de Staline puis se libérant ensuite dans les années 1985-1990 de la longue oppression de l’ordre rouge, s’avère encore aujourd’hui magnifiquement une admirable patrie où s’incarnent puissamment les forces de la foi, de la liberté, du respect de la vie et de la dignité humaine.

 

Aussi, pouvons-nous toujours scander avec joie : « Nous sommes tous des catholiques polonais ! »

 
 
 
 

05/07/2020

LE MOUVEMENT ANTIFAS AUX ÉTATS-UNIS ......UNE ORGANISATION TERRORISTE .

04/07/2020

LE CONGO: LES REGRETS DU ROI DES BELGES QUI N' AVAIENT PAS LIEU D' ÊTRE !

 

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Le mardi 30 juin 2020, pliant à son tour sous l’air du temps, le roi des Belges a présenté « ses plus profonds regrets pour les blessures infligées lors de la période coloniale belge au Congo ». Des « regrets » qui n’avaient pas lieu d’être.

Pour au moins quatre raisons principales :

 

1) En 1885 quand fut internationalement reconnu l’État indépendant du Congo (EIC), les esclavagistes zanzibarites dépeuplaient tout l’est du pays.

Ayant largement franchi le fleuve Congo, ils étaient présents le long de la Lualaba, de l’Uélé, dans le bassin de la Lomami, un des affluents majeurs du Congo, et ils avaient quasiment atteint la rivière Mongala.


Dans cette immense région, de 1890 à 1896, au péril de leur vie, de courageux belges menèrent la « campagne antiesclavagiste ».

Au lieu de lassantes et injustifiables excuses, c’est tout au contraire la mémoire de ces hommes que le roi des Belges devrait célébrer.

Parmi eux, les capitaines Francis Dhanis, Oscar Michaux, van Kerckhoven, Pierre Ponthier, Alphonse Jacques, Cyriaque Gillain, Louis Napoléon Chaltin, Nicolas Tobback et bien d’autres.

 

Pour avoir voulu arracher les malheureux noirs aux esclavagistes musulmans venus de Zanzibar et de la péninsule arabe, Arthur Hodister et ses compagnons ainsi que le lieutenant Joseph Lippens et le sergent Henri De Bruyne furent massacrés. Les deux derniers eurent auparavant les mains et les pieds coupés par les esclavagistes. Leurs statues vont-elles être déboulonnées ?

Probablement, tant l’ethno-masochisme des Européens semble être sans limites.

 

2) Dans le Congo belge les services publics fonctionnaient et des voies de communication avaient été créées à partir du néant, tant pour ce qui était de la navigation fluviale, que des voies ferrées, des aérodromes ou des ports.

Quant au réseau routier, il était exceptionnellement dense, des pistes parfaitement entretenues permettant de traverser le pays d’ouest en est et du nord au sud en toutes saisons. Après l’indépendance, ces voies de communication disparurent, littéralement « mangées » par la brousse ou la forêt.

 

3) La Belgique n’a pas pillé le Congo. Et pourtant, cette colonie fut une de celles dans lesquelles les profits furent les plus importants.

Mais, à partir de 1908, les impôts payés par les consortiums et les privés furent en totalité investis sur place. Le Congo belge pouvait donc subvenir à ses besoins, le plan de développement décennal ainsi que les investissements étant financés par les recettes locales tirées de l’impôt des grandes sociétés.

 

4) Parmi toutes les puissances coloniales, la Belgique fut la seule à avoir défini un plan cohérent de développement de sa colonie en partant d’une constatation qui était que tout devait y être fait à partir du néant.

En matière d’éducation, la France et la Grande Bretagne saupoudrèrent leurs colonies d’Afrique sud-saharienne tandis que la Belgique choisit de procéder par étapes et de commencer par bien développer le primaire, puis le secondaire et enfin seulement le supérieur.

Mais, pour que ce plan puisse être efficace, il lui fallait encore une certaine durée.

Or, il fut interrompu par l’indépendance alors qu’il fallait à la Belgique au moins deux décennies supplémentaires pour le mener à son terme.

Alors, certes, il y eut une période sombre dans l’histoire de la colonisation belge, avec une politique d’exploitation fondée sur le travail forcé et dénoncée en 1899 par Joseph Conrad dans son livre « Au cœur des ténèbres ».

Mais ce ne fut qu’une parenthèse de quelques années.

A partir de 1908, le Congo rentra en effet dans l’Etat de droit et ses ressources ne servirent plus qu’à sa mise en valeur.


Voilà pourquoi, en plus d’être regrettables, les « regrets » du roi des Belges sont une insulte à de grandes figures belges et à l’Histoire de son pays.

 

Pour en savoir plus, voir mon livre Histoire de l’Afrique des origines à nos jours, pp 552-555 et 701-715.

Plus d'informations sur le blog de Bernard Lugan


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