Il est dur de garder un regard objectif sur des événements lorsqu'ils vous touchent de près.
Mais suite au jugement hâtif de quelques uns, qui ont cru ma démarche photographique militante et engagée contre cette loi désormais votée, je tenais sincèrement à clarifier la situation, et comme on dit "Mettre les points sur les i ".
La "Manif Pour Tous" fait partie de ces choses qui me touchent de près.
Troisième d'une famille de quatre enfants, fils d'un père militaire un peu conservateur et catho comme ma mère; tout aurait du me conduire à être de droite et pratiquant.
Mais la vie en a voulu autrement. Je suis le gentil "dissident". De gauche suite à un cheminement politique assez personnel et accessoirement favorable à l'ouverture du mariage aux personnes de même sexe, j'ai mes avis et convictions propres.
En bref, j'étais en raison des mes opinions destiné à prendre de haut comme beaucoup le mouvement de Ludovine De La Rochere et Frigide Barjot. Mais encore une fois, ça ne s'est pas passé comme ça.
Ah si, au début. À la première "Manif Pour Tous" que je couvre, le 13 Janvier, je me souviens être particulièrement énervé. Énervé car je ne comprend pas. Comme tout Français qui ne cherche pas à comprendre, je me fie à ce que m'en disent les médias "officiels", les JT de 20H, etc...
Donc je prend tous les manifestants pour des fachos extrémistes et enfermés dans leur vision catho du XIVº siècle.
Puis vient la manifestation du 23 Avril, où je prends conscience de l'ampleur du mouvement, et de son renforcement face au silence teinté de mépris du pouvoir. Mais également de ses problèmes internes et de ses divisions.
En marge de la manifestation organisée le jour du vote de la loi, les jeunesses nationalistes et les identitaires, accompagnés de plusieurs militants du collectif LMPT, décident d'en découdre avec les forces de l'ordre. Des affrontements ont lieu jusqu'à deux heures du matin ce soir là.

( Crédit Photo - Louis Witter ©2013 )
C'est après cet épisode que m'apparaît réellement le schisme entre LaManifPourTous et ces groupes qui restent le soir après le départ du collectif officiel pour montrer leur désaccord avec la loi Taubira.
Il y a les familles, calmes et apaisées qui manifestent le jour, et ceux qui ont laissé tomber les drapeaux roses et bleus pour passer au niveau supérieur de la contestation, après les ordres de dispersion.
Mais leurs actions ne s'arrêtent pas au simple "non" au mariage des couples de même sexe. C'est un véritable mouvement qui crie son désaccord au gouvernement qu'ils forment à chaque fois en marge des manifestations autorisées par la préfecture de Police de Paris.
Et c'est à ce moment là que tristement, la plupart des grands médias perdirent leur rôle d'informateurs pour passer à celui de militants partisans.
Un beau matin, on ne parla plus des familles, on ne parla plus des pacifiques, on ne parla plus des veilleurs, on ne parla plus du "camping pour tous".
L'attention médiatique se focalisa sur "Les extrémistes", les "Nazis", les "Fascistes", les assimilant à La Manif Pour Tous. Encore une fois, les faiseurs d'opinion jetèrent l'opprobre sur un mouvement qui ne voulait être qu'entendu par lesautorités politiques en ne parlant que d'une infime partie de celui-ci.
C'est à partir de ce jour que j'ai décidé de suivre de plus près le mouvement de La Manif Pour Tous. Mon jugement personnel sur cette loi n'en fut jamais altéré, et au contraire, les rencontres faites sur le terrain et les phrases échangées sur le sujet avec les manifestants m'ont permis non pas d'adhérer à leur point de vue, mais au moins de le comprendreet de le respecter.
Je me suis donc donné comme mission de couvrir intégralement ces rassemblements, sans rien en cacher, et toujours en gardant ce regard objectif que je cherche tant à acquérir. Alors certes, ça n'a pas été toujours facile. Pour tout vous dire, je préfère nettement photographier les heurts en fin de journée que le cortège de l'après midi.
Mais le cap était fixé: pouvoir montrer aux gens qui ne sont pas présents comment ça se passe réellement.
Si mon point de vue sur cette loi n'a pas changé, je dois avouer que j'ai été triste du traitement infligé aux manifestants par les forces de l'ordre. Il y a encore six mois, le terme de "Police Politique" m'aurait paru malvenu et exagéré. Malheureusement, aujourd'hui, il me paraît tristement justifié.
J'ai été témoin d'arrestations arbitraires et de violences policières envers des manifestants jeunes et pacifiques.
Arrêtés pour le port du Sweat "La Manif Pour Tous", ou tout simplement car "au mauvais endroit au mauvais moment", ces jeunes gardés-à-vue sans histoires, étudiants ou lycéen, ont un casier judiciaire vierge. Et pourtant, ils sont traités comme de dangereux hors-la-loi, menottés, et gardés pour certains jusqu'à 44Heures aux commissariats de police.

( Crédit Photo - Louis Witter ©2013 )
J'ai été moi même victime d'une police où je suis désormais fiché comme "Ultra-Nationaliste Extrémiste", et ce pour avoir seulement suivi les jeunesses nationalistes d'Alexandre Gabriac présents lors des affrontements contre les forces de l'ordre.
N'ayant pas de carte de presse, je suis considéré comme manifestant, et le fichage ajoute au risque encouru lors de ma présence aux manifestations. À chaque rassemblement que je couvre, je subis injustement des menaces verbales de la part des représentants de l'ordre. Les invectives comme "Recules ou je te pète ton appareil", "Dégages ou je t'embarque et c'est direct en garde-à-vue", sont maintenant monnaie courante.
Mais je ne céderai jamais à ces provocations, voulant juste continuer un travail entamé depuis maintenant plusieurs mois sans contrevenir à la loi ni troubler l'ordre public.
Alors voilà. Contre cela, j'ai décidé de prendre la meilleure arme qui soit: l'appareil photo. Mettant mes opinions personnelles de côté, je me suis volontairement plongé au cœur de ce mouvement contestataire. Au sein de celui-ci je me suis fait très peu d'ennemis, même d'ailleurs quelques amis, et ça ne me dérange pas.
Car si je garde mes distances avec mes convictions lors de mes reportages, c'est avant tout pour pouvoir témoigner de ce mouvement historique en France, de son ampleur, et de son évolution.
En garder des images fortes, symboliques, car en photographiant sous tous ses angles "La Manif Pour Tous" (sous son meilleur jour comme sous son pire) je n'en sélectionne pas la partie la plus vendeuse, mais j'en couvre la globalité.
Pour la plupart, le mouvement n'est pas prêt de s'arrêter.
Au contraire, tous m'affirment avec la même volonté qu'il n'est amené qu'à s'amplifier, et pour les plus déterminés, à se radicaliser.
C'est pourquoi je serai encore aux prochains rassemblements, accompagnés de mes deux boîtiers et de mon Moleskine en piteux état.
Et c'est pourquoi je continuerai à en témoigner, tout en gardant mon regard actuel, qui se veut le plus objectif possible.
Louis Witter
Reporter Photographe
17, Rue George Bernard Shaw
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