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26/11/2019

GÉOPOLITIQUE : VERS UN NOUVEAU YALTA ! PAR CAROLINE GALACTÉROS .

Caroline Galactéros – Vers un nouveau Yalta


Par Hervé – Source le Saker Francophone

Nous vous proposons aujourd’hui une note de lecture géopolitique sur le dernier livre de Caroline Galactéros, Vers un nouveau Yalta.

Il s’agit d’un recueil de chroniques de ces 5 dernières années, de 2014 à 2019, articulées autour de 4 axes, l’Occident, la Russie, l’Orient et sur les points de vue de l’auteur autour des récents événements, et notamment la Guerre en Syrie qui concentre les intérêts de tous les grands acteurs géopolitiques.

Ce livre nous a été proposé par Jean Sirapian, des excellentes éditions Sigest qui est aussi l’éditeur de Valérie Bugault. J’avoue que cette association a piqué ma curiosité, Mme Galactéros ayant une vraie surface médiatique, aurait pu faire le choix d’un éditeur plus connu. Voyons ensemble ce que ce livre nous dit du monde contemporain.

 

Par delà les analyses géopolitiques, on sent que l’auteur à une cible, les dirigeants français. « Ouvrez les yeux, arrêtez de vous leurrer, comportez vous comme des dirigeants responsables ». « Soyez des Hommes », pourrait-on même entendre. Elle appelle à retrouver une dynamique gaullienne, un état et des dirigeants au service de la population, défendant ses intérêts sur tous les fronts, extérieur comme intérieur. Elle commence bien l’histoire moderne au moment ou la France échappe à l’AMGOT américain mais même si elle critique assez violemment les États-Unis, ce pays transparaît largement comme un simple monstre froid qui défend férocement ses intérêts, souvent à nos dépends, sans vraiment cette dimension messianique qui occupe souvent nos colonnes.

Il semble donc manquer une partie de l’Histoire. On aurait aimé l’entendre parler de mai 68 comme de la 1ère révolution colorée, des massacres en Amérique centrale, en Asie sous couvert de containment du communisme alors que la part sombre des dirigeants américains consiste souvent à un pillage sauvage de la planète, partout où il est possible de se remplir les poches, au nom d’une destinée manifeste bien commode.

Où sont les millions de morts des guerres américaines, ce pays qui sera passé de la barbarie à la décadence sans connaître la civilisation ?

Il est difficile de savoir si c’est une limite que l’auteur se donne pour rester en contact avec le monde « réel » des plateaux parisiens ou si la marche est difficile à franchir même pour notre si franche colonel. Un des premiers chapitres, où la diplomatie française, fantomatique il est vrai, en prend encore une fois pour son grade, est symbolique avec en sous-titres :

  • Se garder du moralisme
  • Définir notre objectif
  • Se tourner vers la Russie
  • Cesser de se tromper sur l’Iran
  • Augmenter le budget de la défense

Le cadre de la réflexion est institutionnel, trouver au sein de l’état les leviers pour reconfigurer la stratégie de la France, lâcher les licornes et revenir sur terre avec un plan d’actions, des moyens et une vision. Ce chapitre finit par une volonté d’une pédagogie résolue et décomplexée de l’opinion publique. Arrêtons de prendre nos concitoyens pour des imbéciles.

Certes oui mais pour raconter quelle Histoire ? Si certains dossiers étaient dévoilés, que resterait-il de l’Occident ? Il est fort possible que le guillotinage de quelques têtes couronnées ne suffise pas à calmer les populations quand elles vont prendre conscience de ce qui s’est réellement joué depuis 70 ans, sans parler d’avant. Nos oligarchies sont allées trop loin, c’est pour elles un combat de vie ou de mort. L’auteur le dévoile cependant en filigrane de ce livre, la Libye, l’Irak, le Yémen, la Syrie, des centaines de milliers, des millions de morts, il faudra bien que quelqu’un paye pour que ces gens reposent en paix et que leurs familles puissent enfin faire leur deuil.

Il en va sans doute de notre survie collective. Ce ne sont pas seulement les États-Unis ou Israël qui se sont bâtis sur une mer de sang, crime originel qui n’en finit pas de les ronger, mais aussi depuis trois décennies, tout le camp occidental. Il faudra assumer les délires sanglants de nos dirigeants qu’on aura d’une certaine manière laissés faire au delà de la propagande.

Mais on peut aussi s’attacher au contenu strict de ce livre et de ses chroniques. Pour ceux qui viennent de se réveiller du brouillage médiatique ou qui souhaitent repasser le fil de ces dernières années, vous trouverez dans ce livre force détails, analyses, commentaires pour comprendre en quasi temps réel, les divers rebondissements de ces guerres moyen-orientales, cet orient compliqué qui est en train de se transformer en cimetière de nos illusions, en espérant qu’on en reste là et que nos soldats, voire nos enfants n’aillent pas s’y faire trouer la peau dans des combats qui nous concernent si peu.

Si le quai d’Orsay avait pris le temps de lire les analyses de Mme Galactéros, la diplomatie française aurait pu éviter bien des erreurs. Ce livre est donc aussi un formidable témoignage que tout était possible dès les premiers jours et que ce sont des choix issus d’une volonté qui nous ont amenés là ou nous sommes, une volonté incarnée par des gens, des réseaux.

Si vous découvrez la Grand Jeu de la géopolitique, c’est aussi un régal de comprendre touche par touche le petit jeu subtil, puéril parfois, des différents acteurs, d’analyser le stratégie russe ou chinoise, leur patience, leur respect des institutions pourtant souvent hostiles. Le monde diplomatico-militaire réel est fait de rencontres, d’actions, de recul, d’audace, de lâcheté. Ce livre déroule donc des faits, des dates, des lieux, il parcourt aussi les méandres de la géographie aux confins du monde.

L’écriture est dynamique et le style agréable sans trop de circonvolutions, droit au but si je puis dire. On ne s’ennuie pas à lire ou relire les chroniques de cette fin des temps, enfin ceux de ces oligarchies prédatrices dont la fin semble programmée.

On peut remercier l’auteure d’avoir été le témoin courageux de cette époque, préférant le chemin escarpé et étroit de la réalité aux ors de la république fut ce-t-elle en treillis.

 

Pour finir et avant notre traditionnelle interview, nous vous proposons de découvrir Mme Galactéros dans un format long chez Thinkerview.


Interview de Caroline Galactéros du 15 Novembre 2019

Mme Galactéros est docteure en Sciences politiques, auditeur de l’IHEDN, colonel dans la réserve opérationnelle des armées, géopolitologue. Elle a longtemps travaillé dans l’évaluation et la prospective stratégiques pour les Services de l’État.

Elle dirige le cabinet d’intelligence stratégique PLANETING et préside le Think and Action Tank GEOPRAGMA qu’elle a fondé en 2018 et qui se consacre à la promotion du réalisme éthique en relations internationales.

 

Bonjour Mme Galactéros, merci d’avoir accepté cet interview avec le Saker Francophone. J’avoue que vos chroniques sont d’une telle richesse qu’il a été difficile de sélectionner un nombre limité de questions. Vous balayez en 390 pages une grande partie de l’histoire du 20ème siècle depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux derniers développement de la Guerre en Syrie.

 

SF : Pour commencer, je voudrais revenir sur cette curiosité pour moi qu’est le choix des éditions Sigest ?

Est-ce le signe de l’excellence de leur travail ou un choix par défaut devant des portes fermées ?

D’ailleurs, si on s’intéresse aux sources de publications de vos chroniques, on perçoit un net glissement de sites institutionnels vers des sites disons alternatifs y compris votre propre blog.

La réalité de vos analyses est-elle si insupportable à entendre pour certaines oreilles ?

CG : Les Editions Sigest me semblent sérieuses et ce n’est pas un choix par défaut, mais le résultat d’une rencontre cordiale avec leur directeur, Jean Sirapian et de l’opportunité concomitante d’une découverte de l’Arménie que je ne connaissais point. Un voyage passionnant et la confirmation d’un rôle potentiel important de ce pays comme pont entre la France et l’Eurasie…

À ma connaissance, nul ne m’a encore ouvertement fermé de porte et je ne les force jamais. Sans doute le devrais-je parfois, considérant l’urgence de la situation de mon pays et sa déroute diplomatique et stratégique. Par ailleurs, j’achève un essai sur la politique étrangère française telle que je souhaite pour mon pays, qui paraîtra – je l’espère au printemps prochain- chez un grand éditeur connu et reconnu.

Mes analyses que je veux mesurées, équilibrées et sans parti pris ou biais idéologique, dérangent parfois – précisément du fait de ces caractéristiques- certains esprits engoncés dans une pensée dogmatique et hors sol. Ce n’est pas bien grave. Il leur devient de plus en plus difficile de nier certaines évidences géopolitiques et stratégiques. J’ai toujours réfléchi et écrit par conviction et en liberté.

C’est l’histoire en marche qui déchire la fumée d’utopies dangereuses et met désormais du vent dans mes voiles. Du moins je souhaite le croire. Par ailleurs, je publie régulièrement dans le Figaro Vox et chez Marianne qui ne me semblent pas vraiment des médias « alternatifs »

 

SF : Comment s’informe Caroline Galactéros en 2019 ? On parle de l’effondrement du poids des médias officiels. Le ressentez-vous vous aussi ? Quelles sont vos autres sources d’information, notamment des sources étrangères ?

CG : Je lis beaucoup, je voyage aussi le plus possible et je rencontre moults personnes de tous horizons géographiques et politiques. J’écoute le tumulte du monde et j’essaie de sortir de l’ethnocentrisme qui nous afflige tous plus ou moins pour me mettre à la place des autres.

Pour mieux comprendre, il faut aussi ressentir. Je me suis toujours appliquée, depuis le début de ma vie professionnelle, à laisser les situations et les êtres résonner en moi. Je cherche le lien et le partage, qu’il soit celui du malheur, de la fureur ou de l’espoir. J’essaie d’opérer cette « conversion du regard » essentielle pour l’intelligence du monde et des hommes. Au fil des ans et des expériences, cet effort n’en est plus vraiment un, mais bien plutôt un goût et un réflexe.

Pour le reste, je structure mon analyse du monde et des questions stratégiques au sens large à partir de mon expérience pratique des questions internationales et des théâtres de crise ou de conflit qu’il m’a été donné d’approcher.

 

SF : Que pensez vous de cette nouvelle opinion sur Internet qui se pique de se mêler de tout y compris de géopolitique ? Quelles passerelles sont possibles ? Comment imaginez-vous de recréer ces liens distendus ou rompus avec le peuple ?

CG : Je crois que la géopolitique est centrale pour appréhender le monde dans sa richesse et sa complexité. Les affaires sont plus que jamais géopolitiques, l’économie aussi. Nos concitoyens en prennent conscience et s’essaient eux aussi à l’interprétation. Cela donne le pire et le meilleur aussi parfois. Les réseaux sociaux sont une chambre d’écho formidable des préoccupations humaines de toute nature, pas seulement les vecteurs de désinformation, de manipulation ou de fake news.

Finalement, la liberté de conscience progresse et il devient plus difficile pour certains médias encore prisonniers plus ou moins consentants de tabous politiques ou d’inhibition intellectuelle, de contrôler la diffusion et l’interprétation des faits. Après, tout est question de capacité à recouper, à douter, à exercer son esprit critique.

 

 

SF : Pour en venir à votre livre, ce titre un « nouveau Yalta » suggère fortement l’idée que le monde serait à nouveau sur le point d’être découpé en zones d’influence. L’avez-vous écrit pour conjurer le sort ou n’y a-t-il aucune échappatoire face aux forces centrifuges qui menacent d’instaurer une Guerre Froide 2.0 ?

CG : Je crois que le monde, entré en vibration en 1989 puis en 2001, est en train de chercher son équilibre. La « guerre » n’est plus froide mais d’une tiédeur diffuse. L’idéologie occidentale qui se prétendait neutre et universelle a fait la preuve de son cynisme dans bien des pays. L’Occident doit se repenser en grand et stratégiquement, il ne pourra survivre que sur trois pieds : États-Unis (si ils le veulent), Europe et Russie, dans une projection vers l’Eurasie.

Je m’attache en conséquence à faire de la pédagogie stratégique sur cette nécessité vitale à mon sens, et ce n’est pas simple tant les intérêts institutionnels, corporatistes ou matériels sont puissants et rétifs à évoluer. Quoiqu’il en soit, deux grands ensembles autour de la Chine et de l’Amérique se constituent, mais il n’y aura pas cette fois-ci, d’alignement strict et inconditionnel en dessous de ce nouveau duopôle.

`Les autres grands acteurs régionaux ou globaux entendent nouer des partenariats « à la carte » et ont compris que, dans cette nouvelle configuration, leur sécurité comme leur développement dépendront de leur agilité à faire valoir leurs atouts et leur capacité de nuisance aussi…`

 

 

 

SF : Votre premier texte fait remonter le début de nos mauvaises décisions à la Guerre du Kosovo puis au si fameux 11 Septembre. D’autres pensent que c’est la fin du dollar-or en 1971 et plus encore la fin de l’URSS qui sont les vraies dates du début du déclin de l’Empire occidentaliste, comme si la chute d’une civilisation était inscrite dans les gènes de sa surpuissance. Qu’en pensez-vous ?

Peut-on même remonter plus loin, aux révolutions industrielles, peut-être, selon la citation « Les Lumières, c’est désormais l’industrie » qui aurait terrifiée Stendhal ?

CG : C’est la conception de la victoire comme d’une destruction de toute altérité, une volonté de dominer en écrasant les autres et le refus de chercher un équilibre et une coopération sur un pied d’égalité et qui ne soit pas un asservissement qui sont à l’origine du déclin occidental.

Dans le domaine militaire, cela se voit évidemment plus clairement encore comme en témoigne sinistrement l’explosion du terrorisme islamiste. C’est ce que l’on appelle l’impuissance de la puissance. Quant à l’utopie technicienne, elle est source de progrès mais aussi de régressions humaines. J’en avais déjà beaucoup parlé dans mon livre de 2013 « Manières du monde, manières de guerre » (ed Nuvis)

 

 

SF : On peut sentir sans rien trahir votre inclination pour une alliance avec la Russie pour contrebalancer le monde anglo-saxon mais aussi une forte défiance envers la Chine.

Si pour la Russie, ce choix est presque appelé par beaucoup en dehors du Système, la Chine, si elle est une redoutable nation-commerçante, n’a jamais fait preuve d’impérialisme comme l’Occident ou le monde islamique. Pourquoi alors une telle position qui peut laisser supposer une sorte d’alignement  sur la position d’un Kissinger, jouer la Russie contre la Chine ?

Pourquoi pas la Russie et la Chine pour permettre aux trois pôles plus l’Iran et la Turquie, de s’équilibrer tout au long des Routes de la Soie qui ne seraient plus dès lors une exclusivité chinoise ?

CG : Je suis tout à fait d’accord avec vous ! C’est ce que nous devons faire. L’Eurasie est la bonne et juste dimension d’une nouvelle ère de croissance et de coopération pour l’Europe comme pour la Russie et, à l’autre bout du bloc eurasiatique, pour la Chine.

Mais il faut pour cela changer profondément d’état d’esprit en Europe, prendre nos intérêts en main, cesser de nous voir comme trop petits ou divisés, jouer collectif et souverain à la fois, ce qui n’est nullement antinomique. Notre problème est un problème de perception, de trop longue inhibition et d’acceptation de diktats d’outre Atlantique qui ne sont plus audibles et qui surtout sont destructeurs pour nos sociétés et nos économies.

On me rétorquera que la France comme l’Europe, n’ont d’autre choix que d’obéir à Washington, car sinon, l’Amérique nous fera payer cher notre rébellion, ruinera nos économies, nous fermera ses marchés, nous isolera, nous diabolisera ad nauseam.

En fait, les règles du jeu et le rapport de force changeront du tout au tout lorsque le dollar aura enfin été détrôné de sa suprématie dans les échanges internationaux et que la Lawfare pratiquée par les États-Unis pour imposer l’extraterritorialité de leurs règles et désignations de l’ennemi en fonction de leurs seuls intérêts aura vécu. C’est en cours mais cela va prendre encore un peu de temps.

Pour l’heure, l’État qui aurait l’audace de prendre la tête d’une telle fronde, par exemple en refusant d’appliquer les sanctions contre la Russie ou l’Iran serait séance tenante cloué au pilori. Ce n’est pas un risque, c’est sans doute une forte probabilité… tant que nous serons seuls.

Mais nous ne le serions pas longtemps. Une fois le choc initial tenu, nombre d’autres États européens -notamment tout le sud de l’Europe- dont les économies sont entravées à l’instar de la nôtre par l’extraterritorialité américaine, nous rejoindraient et les États-Unis alors devraient très vite réviser leurs positions sauf à voir une grande partie de l’Europe leur échapper. Il en va d’ailleurs de même face à l’OTAN, qui ne protège plus l’Europe mais veut juste lui faire rendre gorge pour poursuivre des engagements militaires hasardeux. Et puis, quel sort plus enviable nous attend-il si nous restons pétrifiés et aux ordres ?

La double dévoration américano-chinoise, la découpe et la vente par appartements de l’UE, et la certitude d’une insignifiance stratégique définitive.

L’Amérique elle-même, obsédée depuis plus de dix ans au moins par son nouveau challenger chinois, ne veut maintenir son emprise stratégique et commerciale que pour nous neutraliser et nous empêcher de grandir stratégiquement en faisant masse critique avec la Russie, avec laquelle nous avons pourtant d’évidents intérêts sécuritaires, industriels, énergétiques communs. Les États-Unis lorgnent ultimement sur le marché énergétique chinois, mais ils n’y arriveront pas.

Au plan civilisationnel, il y a évidemment selon moi une bien plus grande convergence entre la Russie et l’Europe qu’entre l’Europe et la Chine, mais je ne vois pas du tout la Chine comme une ennemie ni même une adversaire. C’est un concurrent et un partenaire potentiel crucial pour notre avenir en Eurasie.

Je suis la première à considérer légitime qu’une puissance, quelle qu’elle soit, cherche à promouvoir ses intérêts nationaux. Je suis aussi fervente partisane d’une coopération entre l’Europe et la Chine, mais, de même qu’une alliance stratégique et sécuritaire ne signifie pas l’allégeance, la coopération économique ne doit pas se transformer en dépendance critique ni en renoncement souverain.

L’Europe doit s’affranchir de la tutelle économique, stratégique et normative américaine sans tomber sous une autre dépendance. La dynamique des Routes de la Soie appliquée à certains pays africains ou asiatiques a déjà montré qu’il faut rechercher une coopération équilibrée donc renforcer nos propres économies.

 

 

SF : Sur notre blog, on suit deux dossiers autour de la technologie occidentale et en l’occurrence américaine, les déboires du Boeing 737 Max et ceux du F-35. La corruption généralisée aux États-Unis pourrait même laisser envisager la disparition de Boeing et de Looked-Martin. Comment analyser vous cette situation ? Qu’est ce que cela dit de l’Empire Américain ?

CG : Vous allez bien vite en besogne à mon avis. La lutte en ces domaines est planétaire, et ses enjeux financiers et économiques, donc électoraux, sont colossaux. Ne sous-estimons pas l’Empire, même affaibli.

 

 

SF : Si on prolonge cette question, vous tournez pas mal autour du pot mais en filigrane, vous portez un message assez fort sur nos « partenaires » américains qui se permettent assez largement de s’essuyer les crampons sur les états européens et qui seraient/sont le principal obstacle à notre souveraineté.

Du coup, suivez vous par exemple les débats autour des volontés sécessionnistes aux États-Unis, de la Californie au Texas, les hispanophones qui lorgnent vers le Mexique, même le Vermont qui se sent pousser des ailes ?

Ce pays pourrait-il basculer dans une guerre civile avec une partition du pays de facto avant de l’être de jure ? N’y aurions nous d’ailleurs pas intérêt ?

CG : Je ne suis nullement favorable à la déstabilisation ou au démembrement des États, quels qu’ils soient. La non-ingérence est pour moi l’une des pierres angulaires de la coexistence internationale. Je critique assez les ingérences ou l’interventionnisme occidental au Moyen-Orient ou en Europe même pour ne pas m’autoriser à souhaiter la déstabilisation américaine.

 

 

SF : Pour beaucoup il faut compléter la grille de lecture géopolitique par d’autres à la fois connexes et intriquées. Que pensez vous du rôle de l’énergie dans nos sociétés et des risques en terme d’approvisionnement notamment en Europe ?

Avez vous un avis sur ce fameux Peak Oil théorisé notamment par l’ASPO ? Que pensez vous aussi de la thermodynamique et du concept d’entropie à l’échelle de notre civilisation ?

CG : La civilisation humaine est structurellement entropique. De même que le conflit est partie inhérente, essentielle, des relations humaines de toutes natures. Polemos est au principe même de l’humanité. Quant au Peak Oil, il n’est pas advenu et la fin du pétrole n’est pas pour demain.

Même s’il est intéressant de voir tous les grands groupes énergétiques et pétroliers se lancer dans la recherche de nouvelles sources d’énergie… et de profit.

Plus généralement, la grille de lecture énergétique des conflits me semble structurante pour leur compréhension, notamment pour celle des ingérences extérieures, mais cette dimension est presque systématiquement sous-estimée dans les analyses mainstream qui lui préfère l’explication par les élans moralisateurs et démocratiques ou la ferveur droit-de-l’hommiste qui dissimulent pourtant de bien prosaïques arrières pensées…

 

 

SF : On peut aussi parler de la monnaie. Avec la fin de l’hégémonie américaine, on assiste à la fin du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Voyez vous venir un nouveau Bretton Woods ?

 À quoi peut-on s’attendre ? Que pensez-vous aussi des DTS du FMI ?

CG : Vous voyez large… Le Yuan deviendra sans doute un jour la monnaie du « contre monde » dans laquelle se fera une grande partie du commerce mondial.

Le dollar devra composer et l’extraterritorialité américaine perdra son levier principal de pression sur une grande partie du monde qui aura alors le choix de pouvoir s’affranchir sans mourir. Derrière cette lutte se déploie un conflit normatif fondamental, celui de visions différentes du monde et du développement humain et politique souhaitable portées par des « modèles » concurrents.

C’est le propre d’une dimension impériale que de chercher à influer sur tous les aspects du développement des sociétés humaines, bien au-delà de ses propres frontières. On peut le faire par la guerre, l’économie, l’exemple ou les trois… Le hard, le soft, le smart ou le sharp power ne sont que des vecteurs de conviction dans cette projection tous azimuts de la puissance et de l’influence.

 

 

SF : Pour revenir sur la Russie, ce pays semble avoir tout pour lui, de l’espace, des ressources en tout genre, de l’eau, et même une âme… Pourrait-elle avoir à moyen terme, surtout en cas de raréfaction énergétique, une politique donnant-donnant, énergie contre le retour d’une réelle souveraineté des états européens, gage de sécurité pour elle par rapport à une incroyable et ignominieuse cabale russophobe organisée par les oligarchies occidentales ?

Pourquoi devrait-elle nous alimenter en énergie si cela est si mal payé en retour ? Est ce que le fameux discours aux ambassadeurs d’Emmanuel Macron en cette fin août n’est pas le signe d’un pivot européen vers la Russie, timide certes ?

CG : Je l’appelle de mes vœux depuis des années et je l’espère profondément. Nous avons perdu bien du temps en faux procès et en dogmatisme infantile. Pour l‘instant, la Russie cherche son positionnement optimal entre Chine et États-Unis, se déploie vers l’Eurasie, structure à travers l’OCS (Organisation de Coopération de Shangaï) et l’UEE (Union Economique Eurasiatique) une « contre OTAN » et un nouvel espace d’influence politico-économico-sécuritaire.

Elle déploie son influence au Moyen-Orient de manière magistrale (Syrie, Libye, Arabie Saoudite, Égypte, etc…), place ses pions en Afrique (où elle pourrait selon moi utilement coopérer avec la France en matière sécuritaire et économique pour faire pièce aux ambitions chinoises et américaines) et pose les limites de sa bonne volonté en Europe. Les États-Unis (et les Européens avec eux qui en font plus directement les frais, as usual) ont fait une faute stratégique majeure en cherchant à faire basculer de force l’Ukraine dans l’Alliance atlantique.

Ce choc initial pour Moscou a paradoxalement été l’occasion d’un coup d’arrêt mis à son élan trop longtemps unilatéral vers la coopération politique vers l’UE.

L’Ukraine a été un moment de double bascule initiant le reflux de l’influence américaine en Europe et le déploiement de l’influence russe au Moyen-Orient à la faveur du drame syrien.

 

 

SF : Page 35 de votre livre, vous parlez de Nouveau Gouvernorat Mondial. Pourquoi pas gouvernance mondiale ou Nouvel Ordre Mondial, cette fameuse et si controversée expression pourtant employée par nombre de présidents des pays occidentaux dans les années 90 et 2000 ?

Que pensez-vous du mondialisme comme idéologie ? Du désir de certaines élites comme les hommes de Davos de faire disparaître les nations issues du traité de Westphalie ?

CG : La gouvernance mondiale est en crise. Le Nouvel ordre mondial est une utopie occidentaliste qui a vécu. L’hyper puissance américaine aussi. Les États et les peuples sont partout en rébellion de plus en plus ouverte.

Et pas seulement contre des potentats ou des tyrans. Ils résistent à l’arasement identitaire et culturel. Le populisme que l’on dénonce est essentiellement la marque d’un sentiment de dépossession profonde et de mise à mal du sentiment d’appartenance culturelle et nationale.

Il est regrettable que les grands partis de gouvernement, pour céder à l’air du temps ou éviter d’avoir à trancher, se soient à ce point coupés des préoccupations profondes de leurs électorats et les aient jetés dans les bras de formations extrêmes qui ont beau jeu de les récupérer en leur proposant d’autres réductions idéologiques tout aussi stupides que les doxas indigentes des premiers.

Il faut aider les nations et cesser de croire en un mondialisme qui est une violence et une uniformisation grave de la diversité humaine.

Le mondialisme est une dérive, une perversion.

 À rebours des tartes à la crème libertarienne, les États et les frontières sont les plus grands protecteurs des individus, surtout les plus faibles.

Les efforts pour les faire éclater n’ont abouti qu’à la propagation d’un communautarisme dangereux car instrumentalisé par l’extrémisme religieux, et souvent ridicule car outrancier dans ses revendications corporatistes, dérisoires voire indécentes à l’échelle de la misère du monde…

J’appelle de mes vœux un équilibre mondial fondé sur le respect de la souveraineté des États, celui de leurs frontières, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, la coopération sur un pied d’égalité, le dialogue et la confiance.

Comme vous le voyez, la route reste longue, mais passionnante.

 

SF : Merci Madame Galactéros.

 

Source et Relu par Kira pour le Saker Francophone

25/11/2019

UN HÉROS JEAN MOREL NOUS A QUITTER !

Décès de Jean Morel, un des derniers membres du commando Kieffer

Âgé de 97 ans, il avait participé au débarquement en Normandie, en juin 1944.

Par Le Figaro avec AFP
Jean Morel (à droite) aux côtés de René Rossey (gauche) et Léon Gauthier (centre), lors de la commémoration du D-Day, le 5 juin 2014.
Jean Morel (à droite) aux côtés de René Rossey (gauche) et Léon Gauthier (centre), lors de la commémoration du D-Day, le 5 juin 2014. LUDOVIC MARIN / AFP

Jean Morel, l'un des derniers survivants du commando Kieffer, qui a débarqué en Normandie en juin 1944, est décédé à l'âge de 97 ans, a annoncé la secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq. «Un de nos héros nous a quittés aujourd'hui.

Jean Morel était parmi les Français Libres du commando Kieffer qui participèrent au débarquement de Normandie le 6 juin 1944. Nous lui devons tellement. Toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches», a-t-elle tweeté dimanche 24 novembre.

 

Les 177 fusiliers marins des Forces françaises libres du commando Kieffer, intégré au Royal Marine Commando N° 4, sont les seuls Français en uniforme à avoir participé au débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944.

Portant le nom du capitaine de corvette Philippe Kieffer, qui avait constitué ce groupe de volontaires, le commando, entraîné en Écosse, avait débarqué le 6 juin 1944 à Sword Beach.

Né le 27 septembre 1922 à Paris, Jean Morel avait 17 ans et préparait son engagement dans la Marine lorsque la Deuxième Guerre mondiale avait éclaté.

Après la défaite française de 1940, il avait rejoint les Forces françaises libres en Grande-Bretagne.

«Je suis parti pour combattre les Allemands qui occupaient la France, je voulais libérer mon pays et ma famille», racontait Jean Morel en juin dernier à Cols Bleus, la revue de la Marine nationale française.

Philippe Kieffer «cherchait des hommes pour créer un corps franc, c'est ainsi que je me suis engagé». «Avant de débarquer de la barge, j'étais très interrogatif sur le déroulement de la journée, mes sentiments étaient partagés entre une volonté de combattre, de gagner notre liberté, et la peur, poursuivait-il.

Au moment du débarquement, j'ai sauté, j'ai couru sur la plage ensuite j'ai vu Kieffer blessé qui m'a dit : 'Fais vite !'».

Jean Morel était l'un des trois derniers survivants du commando, avec Léon Gautier et Hubert Faure.

 

» À voir aussi - D-Day: Macron rend hommage au commando Kieffer

 
D-Day: Macron rend hommage au commando Kieffer
 
Ils étaient 177 en juin 1944 et ne sont plus que trois survivants.
 
A Colleville-Montgomery, Emmanuel Macron et la ministre des Armées Florence Parly rendent hommage aux «héros» français du commando Kieffer.
 

 

 

 
 
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13/11/2019

SAHEL: DEUX MILITAIRES TUÉS , ET MAINTENANT ?

Sahel : et maintenant, que faire ?

 
Le ministère français des armées annonce avoir tué l’un des chefs d’Aqmi

Par Bernard Lugan.

 

Au Sahel, dans la même semaine, un militaire français a été tué, les armées du Mali et du Burkina Faso ont subi plusieurs graves défaites, perdant plus d’une centaine de morts, cependant que cinquante travailleurs civils employés d’une mine canadienne ont été massacrés au Burkina Faso, un pays en phase de désintégration. Même si la France annonce avoir tué un important chef jihadiste, la situation échappe donc peu à peu à tout contrôle.

 La réalité est que les Etats africains faillis étant incapables d’assurer leur propre défense, le G5 Sahel étant une coquille vide et les forces internationales déployées au Mali utilisant l’essentiel de leurs moyens à leur autoprotection, sur le terrain, tout repose donc sur les 4500 hommes de la force Barkhane.

Or :

1. Avons-nous des intérêts vitaux dans la région qui justifient notre implication militaire ? La réponse est non.

2. Comment mener une véritable guerre quand, par idéologie, nous refusons de nommer l’ennemi ? Comment combattre ce dernier alors-que nous faisons comme s’il était surgi de nulle part, qu’il n’appartenait pas à des ethnies, à des tribus et à des clans pourtant parfaitement identifiés par nos services ?

3. Quels sont les buts de notre intervention ? Le moins que l’on puisse en dire est qu’ils sont « fumeux » : combattre le terrorisme par le développement, la démocratie et la bonne gouvernance, tout en nous obstinant, toujours par idéologie, à minorer, ou parfois même, à refuser de prendre en compte l’histoire régionale et le déterminant ethnique qui en constituent pourtant les soubassements ?

4. Les Etats africains impliqués ont-ils les mêmes buts que la France ? Il est permis d’en douter…

 L’échec est-il donc inéluctable ? Oui si nous ne changeons pas rapidement de paradigme. D’autant plus que le but prioritaire de l’ennemi est de nous causer des pertes qui seront ressenties comme intolérables par l’opinion française.

Dans ces conditions, comment éviter la catastrophe qui s’annonce ?

Trois options sont possibles :

• Envoyer au moins 50.000 hommes sur le terrain afin de le quadriller et de le pacifier. Cela est évidemment totalement irréaliste car nos moyens nous l’interdisent et parce que nous ne sommes plus à l’époque coloniale.

• Replier nos forces. Barkhane est en effet dans une impasse avec des possibilités de manœuvre de plus en plus réduites, notamment en raison de la multiplication des mines posées sur les axes de communication obligés. Mais aussi parce qu’elle consacre désormais une part de plus en plus importante de ses faibles moyens à son autoprotection.

• Donner enfin à Barkhane les moyens «  doctrinaux » de mener efficacement la contre-insurrection. Et nous savons faire cela, mais à la condition de ne plus nous embarrasser de paralysantes considérations « morales » et idéologiques.

Cette troisième option reposerait sur trois piliers :

1. Prise en compte de la réalité qui est que la conflictualité sahélo-saharienne s’inscrit dans un continuum historique millénaire et que, comme je le démontre dans mon livre Les Guerres du Sahel des origines à nos jours, nous ne pouvons prétendre avec 4500 hommes changer des problématiques régionales inscrites dans la nuit des temps. 

2. Eteindre prioritairement le foyer primaire de l’incendie, à savoir la question touareg qui, en 2011, fut à l’origine de la guerre actuelle. En effet, si nous réussissions à régler ce problème, nous assécherions les fronts du Macina, du Soum et du Liptako en les coupant des filières sahariennes. Mais, pour cela, il sera impératif de « tordre le bras » aux autorités de Bamako en leur mettant un marché en main : soit vous faites de véritables concessions politiques et constitutionnelles aux Touareg qui assureront eux-mêmes la police dans leur région, soit nous partons et nous vous laissons vous débrouiller seuls. Sans parler du fait qu’il devient insupportable de constater que le gouvernement malien tolère des manifestations dénonçant Barkhane comme une force coloniale alors que, sans l’intervention française, les Touareg auraient pris Bamako…

3. Ensuite, une fois le foyer nordiste éteint et les Touareg devenus les garants de la sécurité locale, il sera alors possible de nous attaquer sérieusement aux conflits du sud en n’hésitant pas à désigner ceux qui soutiennent les GAT  (Groupes armés terroristes) et à armer et à encadrer ceux qui leur sont hostiles. En d’autres termes, nous devrons opérer comme les Britanniques le firent si efficacement avec les Mau-Mau du Kenya quand ils lancèrent contre les Kikuyu, ethnie-matrice des Mau-Mau, les tribus hostiles à ces derniers. Certes, les partisans éthérés des « droits de l’homme » hurleront, mais, si nous voulons gagner la guerre et d’abord éviter d’avoir à pleurer des morts, il faudra en passer par là. Donc, avoir à l’esprit, que, comme le disait Kipling,  « le loup d’Afghanistan se chasse avec le lévrier afghan ». Il ne faudra donc plus craindre de dénoncer les fractions Peul et celles de leurs anciens tributaires qui constituent le vivier des jihadistes. Mais, en même temps, et une fois encore, il faudra imposer aux gouvernements concernés de proposer une solution de sortie aux Peul.

Il sera alors possible d’isoler les quelques clans donnant des combattants aux « GAT », ce qui empêchera l’engerbage régional. Le jihadisme qui affirme vouloir dépasser l’ethnisme en le fondant dans un califat universel se trouvera ainsi pris au piège d’affrontements ethno-centrés et il pourra alors être réduit, puis éradiqué. Restera la question démographique et celle de l’ethno-mathématique électorale qui ne pourront évidemment pas être réglées par Barkhane.

Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou de ressources, nos forces percutent  régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Or, le chemin de la victoire passe  par la prise en compte et par l’utilisation de ces dernières. Mais encore faut-il les connaître…  

 

le blog officiel de Bernard Lugan

11/11/2019

BOLIVIE : LE CHAOS S'INSTALLE , MORALÈS EN FUITE .......

Bolivie: Le chaos s'installe, Morales en fuite

Publié par wikistrike.com sur 11 Novembre 2019, 10:55am

Catégories : #Politique internationale

 

Bolivie: Le chaos s'installe, Morales en fuite

Des scènes de violence ont éclaté à La Paz et à El Alto, une ville proche de la capitale bolivienne, à la suite de la démission du président Evo Morales, lâché par l'armée et la police.

Des manifestants ont notamment envahi l'ambassade vénézuélienne.

Scènes de violence et de chaos, dans la nuit du 10 au 11 novembre, après l'annonce de la démission du président bolivien Evo Morales, qui a dénoncé un «coup d'Etat».

L'AFP, citant la presse bolivienne, rapporte que de nombreux autobus et des domiciles de personnalités avaient été incendiés, dans la capitale La Paz et dans une ville à proximité de celle-ci, à El Alto.

Le service municipal de transport public de La Paz a ainsi annoncé dans la nuit que des dizaines de manifestants étaient «entrés dans [leurs] installations et [étaient] en train d'incendier les autobus».

Les médias ont montré que 15 véhicules étaient en flammes dans le centre d'entretien des autobus.

 

De plus, l'AFP rapporte que plusieurs dizaines de personnes semaient la peur au cours de la nuit dans le quartier aisé d'Achumani, dans le sud de La Paz.

Au milieu de la nuit, des patrouilles de l'armée ont commencé à parcourir les rues de La Paz et d'El Alto, selon l'agence.

En revanche, les policiers, dont de nombreuses unités s'étaient mutinées ces derniers jours contre le président Morales, n'effectuaient pas de patrouilles, sans que leur absence actuelle ne soit expliquée par leur commandement.

 

Attaque des domiciles d'Evo Morales et d'anciens ministres

L'ex-président, dont la presse ignore sa localisation à ce jour, a dénoncé l'attaque de son domicile, dans la nuit du 10 au 11 novembre : 

«Des groupes violents ont attaqué mon domicile. Les putschistes détruisent l'Etat de droit.»

 

Un ancien ministre, Juan Ramon Quintana, a également déclaré à la télévision que son domicile avait été pillé par des inconnus, qui auraient emporté tous ses documents.

De même, le président de l'Assemblée nationale bolivienne, Victor Borda, a démissionné le 10 novembre après l'incendie de son domicile par des manifestants, tandis que César Navarro, ministre des Mines démissionnaire, a déclaré que son frère avait été pris en otage à son domicile de Potosi (sud-ouest).

En outre, Waldo Albarracin, recteur de l'université d'Etat de La Paz et dirigeant d'un collectif de citoyens qui a œuvré aux demandes de démission d'Evo Morales, a déclaré que sa maison avait été incendiée et détruite par «une foule» de membres du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d'Evo Morales.

 

L'ambassade vénézuélienne occupée par des manifestants cagoulés

Egalement dans la capitale, le siège de l'ambassade du Venezuela a été occupé par des manifestants.

L'ambassadrice vénézuélienne Crisbeylee Gonzalez a déclaré à l'agence de presse bolivienne ABI : «Equipés de dynamite, des manifestants cagoulés avec des boucliers ont pris l'ambassade du Venezuela en Bolivie.

Nous allons bien et sommes à l'abri, mais ils veulent faire un massacre. Aidez-nous à dénoncer cette barbarie».

Le 11 novembre, le président vénézuélien Nicolas Maduro avait condamné «catégoriquement le coup d'Etat survenu contre le frère président Evo Morales» – de même que le chef d'Etat cubain, Miguel Diaz-Canel, qui a évoqué un «coup d'Etat violent et lâche de la droite contre la démocratie en Bolivie».

 

Evo Morales dénonce un «coup d'Etat civil-politique-militaire»  

 

Dénonçant un «coup d'Etat civil-politique-militaire» avec le concours de groupes violents, Evo Morales a présenté sa démission ce 10 novembre.

 

Le leader socialiste, dont la réélection est contestée par l'opposition, avait d'abord proposé, en vain, de nouvelles élections pour sortir de la crise et lever les doutes.

Mais, lâché par l'armée et la police, il a finalement exposé les raisons de son départ lors d'une allocution télévisée : 

«J'ai décidé de démissionner de mon poste pour que [les opposants] Carlos Mesa et Luis Camacho cessent de maltraiter et de porter atteinte à des milliers de frères.»

Rappelant ses responsabilités en tant que «président indigène et président de tous les Boliviens», il a ajouté : «J'ai l'obligation de rechercher la paix et cela me fait très mal que nous nous affrontions, entre Boliviens.»

L'opposition ne reconnaît pas les résultats de l'élection présidentielle du 20 octobre, qu'Evo Morales a remportée dès le premier tour.

 

Source

09/11/2019

SYRIE: LE CHAOS BIEN PLANIFIÉ .......

La débâcle syrienne est en fait un chaos bien planifié


Par Brandon Smith − Le 16 octobre 2019 −

Source Alt-Market.com


Depuis de nombreuses années, j’ai concentré une quantité considérable d’analyses sur le sujet de la Syrie [publiée en 2012, NdT], en mettant l’accent sur l’importance du pays pour les élites globales en tant que sorte de détonateur géopolitique ; le premier domino dans une chaîne de dominos qui pourrait mener à une guerre impliquant des puissances internationales.

Je crois que cette guerre va se développer sur de multiples fronts, surtout sur le plan économique, mais elle pourrait très bien se transformer en une guerre meurtrière impliquant de nombreux acteurs.


La Syrie est en fait si importante que l’establishment a pris soin d’étouffer toute discussion sur ce qui s’y passe réellement dans un brouillard de propagande.

Et ne vous y trompez pas, les deux partis, républicains et démocrates, ainsi que les gouvernements de l’Est et de l’Ouest participent à ces mensonges et à cette mauvaise orientation. 

Évidemment, le premier et le plus important mensonge est un mensonge multiforme, et nous ne pouvons pas continuer à avancer tant qu’il n’est pas disséqué – je parle du mensonge de l’implication américaine dans la région.

 

Mensonge #1 : Les États-Unis ont une légitimité dans le conflit syrien original

Tout d’abord, la plupart des gens qui lisent ces lignes devraient savoir que les services secrets américains (entre autres) ont été à l’origine de la « révolution » en Syrie contre Bachar al-Assad. La majorité des combattants arrivant dans la région ont été entraînés et équipés en Jordanie dans des camps gérés par des agences occidentales. Le programme s’appelait « Operation Timber Sycamore«  et a été lancé en plusieurs étapes de 2011 à 2013.

Il est clair, d’après les preuves, que le printemps arabe et le conflit en Syrie étaient le produit d’une ingérence de l’establishment global dans la région. Les armes ont été acheminées de la crise libyenne vers les mains des « rebelles » qui se sont infiltrés en Syrie, et l’équipement fourni directement par les États-Unis s’est retrouvé entre les mains de groupes qui ont fini par devenir ce que nous appelons désormais ISIS.

L’administration Obama, Hillary Clinton, John McCain, John Bolton et beaucoup d’autres ont été intimement impliqués dans Timber Sycamore. La guerre en Syrie a été entièrement conçue dans les coulisses.

Le point clé : Les États-Unis n’ont aucune légitimité à cet égard.

Au sein du Mouvement pour la liberté, nous parlons souvent de cette conspiration, mais je ne pense pas que beaucoup de gens en considèrent les implications plus larges. Le but était-il simplement de renverser Assad ? S’agissait-il d’installer un gouvernement hostile à la Russie ?

Était-ce pour attirer l’Iran dans une position vulnérable ? Tout n’était-il qu’une question de pétrole ? La réponse est non à la plupart de ces questions. Ce sont des explications superficielles qui ne satisfont pas les faits connus. La Syrie est bien plus qu’il n’y paraît.

 

Mensonge #2 : Le conflit originel en Syrie est le conflit actuel

Posons quelques faits primaires : les États-Unis et d’autres pays ont créé ISIS et délibérément déstabilisé la Syrie. L’establishment a ensuite tenté de convaincre l’opinion publique américaine de soutenir l’utilisation des forces militaires dans la région pour soutenir les insurgés et la guerre civile qu’ils ont créée. Ce plan initial a échoué.

Ensuite, l’establishment a utilisé les groupes terroristes qu’ils ont créés en Syrie comme argument pour expliquer pourquoi les États-Unis avaient besoin d’envoyer des troupes en Syrie. Ce plan a partiellement réussi, mais n’a pas réussi dans l’ensemble à obtenir le soutien du public en faveur d’une plus grande participation des États-Unis.

Les tribus kurdes du nord de la Syrie ont alors été contraintes de se défendre contre la propagation du fléau ISIS.

Les kurdes se sont battus courageusement pour défendre leurs foyers contre la menace terroriste que les agences occidentales avaient évoquée, perdant 11 000 combattants dans ce processus. Ils semblent être les seuls innocents impliqués dans cette affaire [Pour être complet, des kurdes ont aussi épuré ethniquement certaines régions sous leur contrôle et se sont alliés aux États-Unis et à Israël, NdT]. Ils ont rejoint les États-Unis en tant qu’alliés en supposant que l’objectif des États-Unis était de détruire ISIS.

Ce n’était PAS l’objectif des États-Unis. Ni sous Obama, ni sous Trump. Le véritable objectif a toujours été d’utiliser ISIS comme excuse pour maintenir une présence américaine en Syrie (nous verrons pourquoi dans un instant).

Aujourd’hui, la guerre a de nouveau changé. Cette fois, la Turquie envahit la Syrie en prétendant que les kurdes représentent un danger existentiel.

La réalité est que le gouvernement turc a cherché à effacer toute la culture kurde de la Turquie et du nord de la Syrie depuis les années 1970, y compris en interdisant la langue kurde et les noms et vêtements kurdes. Même le mot « kurde » a finalement été interdit.

Les kurdes ont réagi en formant le PKK et en appelant à un État kurde souverain qui leur permettrait de vivre sans oppression. Les Kurdes ne se sont pas tournés vers l’action directe avant les années 1980, après de nombreuses années d’assujettissement totalitaire.

L’invasion turque d’aujourd’hui est rendue possible par le retrait surprise plutôt commode des forces américaines de la frontière nord. Maintenant, il y a encore une autre excuse pour une plus grande implication en Syrie. Les États-Unis ne sont pas sortis de la guerre ; la guerre ne fait que commencer.

Chaque fois que le problème syrien commence à s’estomper et qu’il semble qu’il sera résolu, quelque chose d’autre se produit qui déclenche une nouvelle explosion des combats. Ce n’est pas une coïncidence.

Mensonge #3 : L’administration de Trump retire les troupes américaines de Syrie

Ce n’est pas le cas, et quiconque croit que Trump met fin à l’implication des États-Unis a été dupé. Ce n’est pas non plus la première fois que Donald Trump nous fait des promesses sur la fin des guerres au Moyen-Orient.

Il y a plus d’un an, Trump a proclamé qu’il retirerait ses troupes de Syrie, mais seulement une semaine plus tard, il a été décidé qu’elles resteraient. Récemment, Trump a de nouveau fait cette affirmation et quelques jours plus tard, le Pentagone a admis que les troupes américaines allaient seulement être ramenées à la frontière tandis que les Kurdes, nos anciens alliés, allaient être attaqués par les forces turques.

Le porte-parole militaire turc a déclaré qu’il « corrigera la démographie changée par les YPG (unités de défense kurdes qui ressemblent beaucoup aux milices citoyennes) dans le nord-est de la Syrie ». En d’autres termes, l’objectif est le nettoyage ethnique, et comme nous l’enseigne le génocide arménien, les turcs ne sont pas étrangers au nettoyage ethnique.

Trump n’est pas non plus le seul leader global à faire ce genre de cascade. Vladimir Poutine a fait la même chose en 2016, en annonçant la fin de l’action militaire de la Russie en Syrie et le retrait des troupes, alors que les forces russes y sont restées bien retranchées.

La présence russe n’a pas fait grand-chose pour empêcher une vague de frappes aériennes israéliennes contre la Syrie, pas plus qu’elle n’a agi pour empêcher l’invasion turque, de sorte que nous devons nous demander ce que la Russie y fait encore exactement autant que les États-Unis.

 

Ces simulacres constants de retrait syrien ne sont destinés qu’au grand public pour apaiser les inquiétudes, et cela semble fonctionner. Jusqu’à ce jour, beaucoup de gens croient encore que Trump a retiré les troupes américaines de Syrie (ou est en train de les retirer maintenant) et que Poutine a retiré les troupes russes après avoir « vaincu ISIS ».

Rien de tout cela ne s’est jamais produit. Si vous racontez un mensonge assez souvent, les masses sans éducation commenceront à l’adopter comme la vérité.

 

Mensonge #4 : La communauté internationale est sincèrement préoccupée par un génocide kurde

Ouah, ça me fait vraiment chaud au cœur d’être témoin de l’afflux soudain de soutien international en faveur des kurdes en Syrie. Des torchons de l’establishment comme le Washington Post et le New York Times, le gouvernement de l’UE, le gouvernement israélien, et même Trump lui-même annoncent tous leur soutien aux Kurdes et réprimandent les actions turques. Ils sont tous prêts à appliquer des sanctions ou même à partir en guerre au nom de la défense du peuple kurde. Quelle noblesse….

La vérité, c’est qu’aucun de ces agents du désespoir ne se soucie des Kurdes, et ils ne feront rien pour les sauver avant qu’il ne soit trop tard. Plus tard, ils agiront, mais pas pour sauver les kurdes restants. Un génocide kurde n’est qu’un moyen d’arriver à une fin. Et c’est là que l’on commence à voir toute la raison de la crise syrienne se dérouler…

Mensonge n° 5 : Les kurdes ne nous concernent pas, ou ils « ont eu ce qu’ils méritent »

De l’autre côté du paradigme, je vois les adorateurs du culte de Trump poser des arguments farfelus (comme ils le font toujours) pour rationaliser les actions politiques bizarres et abruptes du président. Le premier argument prétend qu’« il est temps » qu’un président « s’oppose à l’État profond » et mette fin à l’engagement des États-Unis en Syrie, et nous devrions laisser la Turquie et les kurdes régler leur propre problème. Je répète que Trump ne laisse pas la Syrie ni aucun autre pays du Moyen-Orient sans une présence militaire américaine. Il ne fait que retirer les troupes et laisser la porte ouverte aux attaques turques.

Je voudrais également souligner une fois de plus que ce n’est pas « leur désordre », c’est un désordre créé par les gouvernements occidentaux, y compris les États-Unis.

Les kurdes ont perdu des dizaines de milliers de combattants lors des combats contre ISIS, et l’incursion turque en Syrie semble profiter de leurs défenses affaiblies. C’est une situation que les États-Unis ont créée.

L’invasion turque est un résultat DIRECT de la déstabilisation de la Syrie, et le retrait de Trump de la frontière nord était la cerise sur le gâteau.  Il s’agit d’une forme de permission de la part des États-Unis pour laisser la Turquie faire maintenant tout ce qu’elle veut (pour un temps).

Je vois aussi le récit selon lequel les kurdes « obtiennent ce qu’ils méritent ».

Certains prétendent que les kurdes ont été stupides parce qu’ils ont fait confiance au gouvernement américain en tant qu’allié et qu’ils en récoltent maintenant les conséquences.

Ce n’est pas une affirmation valable. Punir les victimes d’escroquerie pour s’être fait arnaquer n’est pas la méthode américaine.

Du moins, ça ne devrait pas l’être. De plus, les kurdes ne sont pas la véritable cible de cette campagne de désinformation ; les conservateurs sont la cible et ils tombent dans le piège.  Je crois qu’il s’agit d’un récit de propagande destiné à faire passer les conservateurs pour des sociopathes.

L’affirmation de Trump selon laquelle les kurdes n’étaient « pas vraiment nos alliés » car « ils ne nous ont pas aidés pendant la Seconde Guerre mondial », et qu’ils ne faisaient que défendre leurs maisons au lieu de soutenir nos efforts contre ISIS montre une campagne de désinformation ignoble (mais calculée) destinée à rendre les conservateurs monstrueux et indignes de foi.

Si Trump était vraiment contre l’« état profond », il n’essaierait pas de ternir l’image de nos seuls alliés légitimes dans la région.

Enfin, un autre récit qui se répand, c’est que parce que les kurdes ont une forme de gouvernance socialiste, ils méritent d’être anéantis.

Je rappelle à ceux qui prétendent cela que les kurdes n’essaient d’imposer leurs idéologies politiques à personne et que le turc Erdogan est un dictateur totalitaire classique qui a renforcé son emprise sur la nation en utilisant toutes les astuces possible, y compris une fausse tentative de coup d’État.

Socialistes ou pas, les kurdes ne méritent pas un nettoyage ethnique.

Oui, les États-Unis n’auraient jamais dû être en Syrie, mais encore une fois, nous SOMMES en Syrie, et il ne semble pas que nous partions, alors si nous y sommes, nous pourrions aussi bien faire quelque chose de bien avec notre présence et agir comme dissuasif contre une tentative turque manifeste d’effacer les Kurdes (nos alliés qui ont combattu une menace terroriste – financé par le gouvernement américain) de cette zone. Bien sûr, il est trop tard pour ça maintenant…

Que se passe-t-il vraiment en Syrie ?

Si vous n’êtes pas d’accord avec le discours dominant, vous vous demandez peut-être pourquoi Donald Trump abandonnerait soudainement la frontière syrienne pour permettre à la Turquie d’envahir ?

Vous vous demandez peut-être aussi pourquoi il menacerait alors immédiatement d’« écraser » la Turquie par des sanctions économiques et de placer des « milliers de troupes américaines » sur le terrain si son objectif était de mettre fin à l’implication américaine en Syrie ?

La réponse est dans la macro-image. En d’autres termes, nous devons nous poser la question la plus importante de toutes : à qui cela profite-t-il ?

Comme je l’ai mentionné dans des articles précédents, les événements géopolitiques sont exploités par l’establishment globaliste comme diversion et couverture pour leur démolition contrôlée de l’économie.

Ils ont besoin de boucs émissaires pour l’implosion de la bulle de Tout, une implosion qu’ils ont commencée en 2018 avec des politiques de resserrement des liquidités qui s’est maintenant accélérée en une véritable crise financière. L’invasion turque de la Syrie est peut-être l’événement phare de cette distraction.

Avec le chaos artificiel en Syrie, les maîtres-chiens globalistes de Trump peuvent atteindre un niveau historique de chaos tout en évitant la culpabilité directe. Qu’obtenons-nous lorsque nous combinons tous les éléments énumérés ci-dessus avec des mensonges des deux côtés du paradigme politique ? Eh bien, nous obtenons une justification pour la guerre. Nous avons aussi un autre événement qui fait passer Trump pour un méchant et les conservateurs pour des imbéciles ou des robots sans âme.

Par extension, toute tension avec la Turquie suggère le début de la fin pour l’OTAN. Comme je l’avais prédit en janvier 2019, il semble que la Turquie, un élément clé de l’alliance occidentale, soit sur le point de se retirer.

Cela va dans le sens de l’objectif globaliste de la détérioration de l’Occident, du déclin de l’ancien ordre global et de son « nouvel ordre global » dans lequel les puissances orientales joueront un rôle plus important, en conjonction avec certains éléments européens. Un globaliste dynamique comme George Soros en a discuté publiquement et fièrement dans le passé.

Les kurdes peuvent également être une cible directe de l’agenda globaliste. Dans un document déclassifié de la CIA intitulé « Le problème des minorités kurdes« , l’agence indiquait que l’establishment considérait les Kurdes comme un facteur inconnu (ce qu’ils n’aiment pas) qui est extrêmement indépendant (ce qu’ils n’aiment vraiment pas) dès les années 1940. La CIA suggère que les kurdes sont un élément incontrôlé qui pourrait rendre difficile l’établissement d’objectifs dans la région.

Dans les années 1970, les États-Unis ont manipulé les kurdes dans des actions contre l’Irak, qui amassait des forces contre le Shah d’Iran et menaçait d’envahir les territoires occupés par les kurdes. Une fois le Shah retiré du pouvoir par la révolution iranienne, les États-Unis ont abandonné leur soutien aux kurdes.

Le gouvernement irakien a profité de l’occasion pour tenter un génocide contre eux en utilisant des armes chimiques qui lui ont été vendues par le gouvernement américain. L’histoire semble en effet se répéter.

Je pense que parce que les kurdes sont une force tribale de millions de personnes qui pourraient s’opposer à l’agenda globaliste au Moyen-Orient, il se peut qu’ils soient destinés à être effacés, et ce dernier événement n’est que l’un d’une longue série d’événements visant à liquider les kurdes.

Ou, à tout le moins, en tuer le plus possible est un bonus pour l’establishment.

Au-delà de la question kurde, une nouvelle crise syrienne et l’opposition de l’UE à Erdogan pourraient entraîner une nouvelle vague de migrants musulmans en Europe.

La dernière fois que cela s’est produit, l’UE s’est retrouvée dans une impasse économique et politique. Elle ouvre également la porte à plus de peur en Europe et fournit une couverture supplémentaire pour un krach financier dans cette région.

Et, en fin de compte, l’invasion turque fournit une excuse parfaite pour attirer un certain nombre de camps opposés en un seul endroit à proximité immédiate. Les kurdes se tournent vers Assad pour obtenir une aide et une protection de la Turquie. L’Iran est un allié militaire d’Assad.

La Russie est toujours fortement impliquée dans la région, de même que les États-Unis et Israël. Je pense que n’importe qui avec n’importe quelle intelligence peut voir où cela va nous mener.

Les élites obtiennent une nouvelle justification pour une plus grande implication militaire américaine au cours de l’année. L’incertitude économique s’accroît à mesure que les grandes puissances se disputent la dynamique de la région.

Elles trouvent un bouc émissaire pour l’effondrement de la bulle de Tout, à mesure que le potentiel d’une guerre économique ou cinétique plus large augmente.

Elles trouvent un bouc émissaire dans Donald Trump et ses partisans conservateurs, qui assumeront non seulement la responsabilité de la crise économique, mais aussi de toute tragédie qui frappera les Kurdes. Enfin, ils obtiennent une justification pour la fin de l’OTAN, qui serait la prochaine étape pour mettre fin à l’ancien ordre mondial occidental.

Cela ouvre la voie à l’introduction d’un nouvel ordre mondial entièrement global et entièrement centralisé ; un monde sans frontières économiques ou nationales dans lequel les élites gouvernent ouvertement plutôt que par derrière.

Une « erreur » (ou un faux drapeau) pourrait déclencher une conflagration entre les nations impliquées. C’est pourquoi l’UE, les Russes, les Israéliens et Trump se préoccupent tant du sort des kurdes. Ils ont CRÉÉE la situation critique des kurdes, et maintenant ils vont s’en servir pour transformer la Syrie en une immense poudrière. La Syrie est un « linchpin«  fabriqué artificiellement, comme l’appellerait la DARPA.

 

Il est conçu pour provoquer une catastrophe tout en maintenant un déni plausible pour l’establishment. Les actions de Trump en Syrie peuvent sembler aléatoires, mais elles sont tout à fait sensées quand on sait qu’il sert un programme plus ambitieux.

 

Le « retrait » américain n’est pas un retrait, c’est le prélude à un conflit plus vaste qui profite à la cabale globaliste.

Par Brandon Smith

Note du Saker Francophone

L'auteur s'engage sur un terrain glissant dont il ne maîtrise sans doute pas toutes les ficelles
mais il en parle en tant qu'américain, critique de la politique de son pays. Il semble avoir
succombé à l'idée de kurdes anarchistes ... de communautés auto-gérées ... Il est parfois
intéressant de comprendre les limites d'un auteur pour mieux comprendre sa critique du système.

 

 

Source et Traduit par Hervé, relu par Kira pour le Saker Francophone

SYRIE: LE CHAOS BIEN PLANIFIÉ .......

La débâcle syrienne est en fait un chaos bien planifié


Par Brandon Smith − Le 16 octobre 2019 −

Source Alt-Market.com


Depuis de nombreuses années, j’ai concentré une quantité considérable d’analyses sur le sujet de la Syrie [publiée en 2012, NdT], en mettant l’accent sur l’importance du pays pour les élites globales en tant que sorte de détonateur géopolitique ; le premier domino dans une chaîne de dominos qui pourrait mener à une guerre impliquant des puissances internationales.

Je crois que cette guerre va se développer sur de multiples fronts, surtout sur le plan économique, mais elle pourrait très bien se transformer en une guerre meurtrière impliquant de nombreux acteurs.


La Syrie est en fait si importante que l’establishment a pris soin d’étouffer toute discussion sur ce qui s’y passe réellement dans un brouillard de propagande.

Et ne vous y trompez pas, les deux partis, républicains et démocrates, ainsi que les gouvernements de l’Est et de l’Ouest participent à ces mensonges et à cette mauvaise orientation. 

Évidemment, le premier et le plus important mensonge est un mensonge multiforme, et nous ne pouvons pas continuer à avancer tant qu’il n’est pas disséqué – je parle du mensonge de l’implication américaine dans la région.

 

Mensonge #1 : Les États-Unis ont une légitimité dans le conflit syrien original

Tout d’abord, la plupart des gens qui lisent ces lignes devraient savoir que les services secrets américains (entre autres) ont été à l’origine de la « révolution » en Syrie contre Bachar al-Assad. La majorité des combattants arrivant dans la région ont été entraînés et équipés en Jordanie dans des camps gérés par des agences occidentales. Le programme s’appelait « Operation Timber Sycamore«  et a été lancé en plusieurs étapes de 2011 à 2013.

Il est clair, d’après les preuves, que le printemps arabe et le conflit en Syrie étaient le produit d’une ingérence de l’establishment global dans la région. Les armes ont été acheminées de la crise libyenne vers les mains des « rebelles » qui se sont infiltrés en Syrie, et l’équipement fourni directement par les États-Unis s’est retrouvé entre les mains de groupes qui ont fini par devenir ce que nous appelons désormais ISIS.

L’administration Obama, Hillary Clinton, John McCain, John Bolton et beaucoup d’autres ont été intimement impliqués dans Timber Sycamore. La guerre en Syrie a été entièrement conçue dans les coulisses.

Le point clé : Les États-Unis n’ont aucune légitimité à cet égard.

Au sein du Mouvement pour la liberté, nous parlons souvent de cette conspiration, mais je ne pense pas que beaucoup de gens en considèrent les implications plus larges. Le but était-il simplement de renverser Assad ? S’agissait-il d’installer un gouvernement hostile à la Russie ?

Était-ce pour attirer l’Iran dans une position vulnérable ? Tout n’était-il qu’une question de pétrole ? La réponse est non à la plupart de ces questions. Ce sont des explications superficielles qui ne satisfont pas les faits connus. La Syrie est bien plus qu’il n’y paraît.

 

Mensonge #2 : Le conflit originel en Syrie est le conflit actuel

Posons quelques faits primaires : les États-Unis et d’autres pays ont créé ISIS et délibérément déstabilisé la Syrie. L’establishment a ensuite tenté de convaincre l’opinion publique américaine de soutenir l’utilisation des forces militaires dans la région pour soutenir les insurgés et la guerre civile qu’ils ont créée. Ce plan initial a échoué.

Ensuite, l’establishment a utilisé les groupes terroristes qu’ils ont créés en Syrie comme argument pour expliquer pourquoi les États-Unis avaient besoin d’envoyer des troupes en Syrie. Ce plan a partiellement réussi, mais n’a pas réussi dans l’ensemble à obtenir le soutien du public en faveur d’une plus grande participation des États-Unis.

Les tribus kurdes du nord de la Syrie ont alors été contraintes de se défendre contre la propagation du fléau ISIS.

Les kurdes se sont battus courageusement pour défendre leurs foyers contre la menace terroriste que les agences occidentales avaient évoquée, perdant 11 000 combattants dans ce processus. Ils semblent être les seuls innocents impliqués dans cette affaire [Pour être complet, des kurdes ont aussi épuré ethniquement certaines régions sous leur contrôle et se sont alliés aux États-Unis et à Israël, NdT]. Ils ont rejoint les États-Unis en tant qu’alliés en supposant que l’objectif des États-Unis était de détruire ISIS.

Ce n’était PAS l’objectif des États-Unis. Ni sous Obama, ni sous Trump. Le véritable objectif a toujours été d’utiliser ISIS comme excuse pour maintenir une présence américaine en Syrie (nous verrons pourquoi dans un instant).

Aujourd’hui, la guerre a de nouveau changé. Cette fois, la Turquie envahit la Syrie en prétendant que les kurdes représentent un danger existentiel.

La réalité est que le gouvernement turc a cherché à effacer toute la culture kurde de la Turquie et du nord de la Syrie depuis les années 1970, y compris en interdisant la langue kurde et les noms et vêtements kurdes. Même le mot « kurde » a finalement été interdit.

Les kurdes ont réagi en formant le PKK et en appelant à un État kurde souverain qui leur permettrait de vivre sans oppression. Les Kurdes ne se sont pas tournés vers l’action directe avant les années 1980, après de nombreuses années d’assujettissement totalitaire.

L’invasion turque d’aujourd’hui est rendue possible par le retrait surprise plutôt commode des forces américaines de la frontière nord. Maintenant, il y a encore une autre excuse pour une plus grande implication en Syrie. Les États-Unis ne sont pas sortis de la guerre ; la guerre ne fait que commencer.

Chaque fois que le problème syrien commence à s’estomper et qu’il semble qu’il sera résolu, quelque chose d’autre se produit qui déclenche une nouvelle explosion des combats. Ce n’est pas une coïncidence.

Mensonge #3 : L’administration de Trump retire les troupes américaines de Syrie

Ce n’est pas le cas, et quiconque croit que Trump met fin à l’implication des États-Unis a été dupé. Ce n’est pas non plus la première fois que Donald Trump nous fait des promesses sur la fin des guerres au Moyen-Orient.

Il y a plus d’un an, Trump a proclamé qu’il retirerait ses troupes de Syrie, mais seulement une semaine plus tard, il a été décidé qu’elles resteraient. Récemment, Trump a de nouveau fait cette affirmation et quelques jours plus tard, le Pentagone a admis que les troupes américaines allaient seulement être ramenées à la frontière tandis que les Kurdes, nos anciens alliés, allaient être attaqués par les forces turques.

Le porte-parole militaire turc a déclaré qu’il « corrigera la démographie changée par les YPG (unités de défense kurdes qui ressemblent beaucoup aux milices citoyennes) dans le nord-est de la Syrie ». En d’autres termes, l’objectif est le nettoyage ethnique, et comme nous l’enseigne le génocide arménien, les turcs ne sont pas étrangers au nettoyage ethnique.

Trump n’est pas non plus le seul leader global à faire ce genre de cascade. Vladimir Poutine a fait la même chose en 2016, en annonçant la fin de l’action militaire de la Russie en Syrie et le retrait des troupes, alors que les forces russes y sont restées bien retranchées.

La présence russe n’a pas fait grand-chose pour empêcher une vague de frappes aériennes israéliennes contre la Syrie, pas plus qu’elle n’a agi pour empêcher l’invasion turque, de sorte que nous devons nous demander ce que la Russie y fait encore exactement autant que les États-Unis.

 

Ces simulacres constants de retrait syrien ne sont destinés qu’au grand public pour apaiser les inquiétudes, et cela semble fonctionner. Jusqu’à ce jour, beaucoup de gens croient encore que Trump a retiré les troupes américaines de Syrie (ou est en train de les retirer maintenant) et que Poutine a retiré les troupes russes après avoir « vaincu ISIS ».

Rien de tout cela ne s’est jamais produit. Si vous racontez un mensonge assez souvent, les masses sans éducation commenceront à l’adopter comme la vérité.

 

Mensonge #4 : La communauté internationale est sincèrement préoccupée par un génocide kurde

Ouah, ça me fait vraiment chaud au cœur d’être témoin de l’afflux soudain de soutien international en faveur des kurdes en Syrie. Des torchons de l’establishment comme le Washington Post et le New York Times, le gouvernement de l’UE, le gouvernement israélien, et même Trump lui-même annoncent tous leur soutien aux Kurdes et réprimandent les actions turques. Ils sont tous prêts à appliquer des sanctions ou même à partir en guerre au nom de la défense du peuple kurde. Quelle noblesse….

La vérité, c’est qu’aucun de ces agents du désespoir ne se soucie des Kurdes, et ils ne feront rien pour les sauver avant qu’il ne soit trop tard. Plus tard, ils agiront, mais pas pour sauver les kurdes restants. Un génocide kurde n’est qu’un moyen d’arriver à une fin. Et c’est là que l’on commence à voir toute la raison de la crise syrienne se dérouler…

Mensonge n° 5 : Les kurdes ne nous concernent pas, ou ils « ont eu ce qu’ils méritent »

De l’autre côté du paradigme, je vois les adorateurs du culte de Trump poser des arguments farfelus (comme ils le font toujours) pour rationaliser les actions politiques bizarres et abruptes du président. Le premier argument prétend qu’« il est temps » qu’un président « s’oppose à l’État profond » et mette fin à l’engagement des États-Unis en Syrie, et nous devrions laisser la Turquie et les kurdes régler leur propre problème. Je répète que Trump ne laisse pas la Syrie ni aucun autre pays du Moyen-Orient sans une présence militaire américaine. Il ne fait que retirer les troupes et laisser la porte ouverte aux attaques turques.

Je voudrais également souligner une fois de plus que ce n’est pas « leur désordre », c’est un désordre créé par les gouvernements occidentaux, y compris les États-Unis.

Les kurdes ont perdu des dizaines de milliers de combattants lors des combats contre ISIS, et l’incursion turque en Syrie semble profiter de leurs défenses affaiblies. C’est une situation que les États-Unis ont créée.

L’invasion turque est un résultat DIRECT de la déstabilisation de la Syrie, et le retrait de Trump de la frontière nord était la cerise sur le gâteau.  Il s’agit d’une forme de permission de la part des États-Unis pour laisser la Turquie faire maintenant tout ce qu’elle veut (pour un temps).

Je vois aussi le récit selon lequel les kurdes « obtiennent ce qu’ils méritent ».

Certains prétendent que les kurdes ont été stupides parce qu’ils ont fait confiance au gouvernement américain en tant qu’allié et qu’ils en récoltent maintenant les conséquences.

Ce n’est pas une affirmation valable. Punir les victimes d’escroquerie pour s’être fait arnaquer n’est pas la méthode américaine.

Du moins, ça ne devrait pas l’être. De plus, les kurdes ne sont pas la véritable cible de cette campagne de désinformation ; les conservateurs sont la cible et ils tombent dans le piège.  Je crois qu’il s’agit d’un récit de propagande destiné à faire passer les conservateurs pour des sociopathes.

L’affirmation de Trump selon laquelle les kurdes n’étaient « pas vraiment nos alliés » car « ils ne nous ont pas aidés pendant la Seconde Guerre mondial », et qu’ils ne faisaient que défendre leurs maisons au lieu de soutenir nos efforts contre ISIS montre une campagne de désinformation ignoble (mais calculée) destinée à rendre les conservateurs monstrueux et indignes de foi.

Si Trump était vraiment contre l’« état profond », il n’essaierait pas de ternir l’image de nos seuls alliés légitimes dans la région.

Enfin, un autre récit qui se répand, c’est que parce que les kurdes ont une forme de gouvernance socialiste, ils méritent d’être anéantis.

Je rappelle à ceux qui prétendent cela que les kurdes n’essaient d’imposer leurs idéologies politiques à personne et que le turc Erdogan est un dictateur totalitaire classique qui a renforcé son emprise sur la nation en utilisant toutes les astuces possible, y compris une fausse tentative de coup d’État.

Socialistes ou pas, les kurdes ne méritent pas un nettoyage ethnique.

Oui, les États-Unis n’auraient jamais dû être en Syrie, mais encore une fois, nous SOMMES en Syrie, et il ne semble pas que nous partions, alors si nous y sommes, nous pourrions aussi bien faire quelque chose de bien avec notre présence et agir comme dissuasif contre une tentative turque manifeste d’effacer les Kurdes (nos alliés qui ont combattu une menace terroriste – financé par le gouvernement américain) de cette zone. Bien sûr, il est trop tard pour ça maintenant…

Que se passe-t-il vraiment en Syrie ?

Si vous n’êtes pas d’accord avec le discours dominant, vous vous demandez peut-être pourquoi Donald Trump abandonnerait soudainement la frontière syrienne pour permettre à la Turquie d’envahir ?

Vous vous demandez peut-être aussi pourquoi il menacerait alors immédiatement d’« écraser » la Turquie par des sanctions économiques et de placer des « milliers de troupes américaines » sur le terrain si son objectif était de mettre fin à l’implication américaine en Syrie ?

La réponse est dans la macro-image. En d’autres termes, nous devons nous poser la question la plus importante de toutes : à qui cela profite-t-il ?

Comme je l’ai mentionné dans des articles précédents, les événements géopolitiques sont exploités par l’establishment globaliste comme diversion et couverture pour leur démolition contrôlée de l’économie.

Ils ont besoin de boucs émissaires pour l’implosion de la bulle de Tout, une implosion qu’ils ont commencée en 2018 avec des politiques de resserrement des liquidités qui s’est maintenant accélérée en une véritable crise financière. L’invasion turque de la Syrie est peut-être l’événement phare de cette distraction.

Avec le chaos artificiel en Syrie, les maîtres-chiens globalistes de Trump peuvent atteindre un niveau historique de chaos tout en évitant la culpabilité directe. Qu’obtenons-nous lorsque nous combinons tous les éléments énumérés ci-dessus avec des mensonges des deux côtés du paradigme politique ? Eh bien, nous obtenons une justification pour la guerre. Nous avons aussi un autre événement qui fait passer Trump pour un méchant et les conservateurs pour des imbéciles ou des robots sans âme.

Par extension, toute tension avec la Turquie suggère le début de la fin pour l’OTAN. Comme je l’avais prédit en janvier 2019, il semble que la Turquie, un élément clé de l’alliance occidentale, soit sur le point de se retirer.

Cela va dans le sens de l’objectif globaliste de la détérioration de l’Occident, du déclin de l’ancien ordre global et de son « nouvel ordre global » dans lequel les puissances orientales joueront un rôle plus important, en conjonction avec certains éléments européens. Un globaliste dynamique comme George Soros en a discuté publiquement et fièrement dans le passé.

Les kurdes peuvent également être une cible directe de l’agenda globaliste. Dans un document déclassifié de la CIA intitulé « Le problème des minorités kurdes« , l’agence indiquait que l’establishment considérait les Kurdes comme un facteur inconnu (ce qu’ils n’aiment pas) qui est extrêmement indépendant (ce qu’ils n’aiment vraiment pas) dès les années 1940. La CIA suggère que les kurdes sont un élément incontrôlé qui pourrait rendre difficile l’établissement d’objectifs dans la région.

Dans les années 1970, les États-Unis ont manipulé les kurdes dans des actions contre l’Irak, qui amassait des forces contre le Shah d’Iran et menaçait d’envahir les territoires occupés par les kurdes. Une fois le Shah retiré du pouvoir par la révolution iranienne, les États-Unis ont abandonné leur soutien aux kurdes.

Le gouvernement irakien a profité de l’occasion pour tenter un génocide contre eux en utilisant des armes chimiques qui lui ont été vendues par le gouvernement américain. L’histoire semble en effet se répéter.

Je pense que parce que les kurdes sont une force tribale de millions de personnes qui pourraient s’opposer à l’agenda globaliste au Moyen-Orient, il se peut qu’ils soient destinés à être effacés, et ce dernier événement n’est que l’un d’une longue série d’événements visant à liquider les kurdes.

Ou, à tout le moins, en tuer le plus possible est un bonus pour l’establishment.

Au-delà de la question kurde, une nouvelle crise syrienne et l’opposition de l’UE à Erdogan pourraient entraîner une nouvelle vague de migrants musulmans en Europe.

La dernière fois que cela s’est produit, l’UE s’est retrouvée dans une impasse économique et politique. Elle ouvre également la porte à plus de peur en Europe et fournit une couverture supplémentaire pour un krach financier dans cette région.

Et, en fin de compte, l’invasion turque fournit une excuse parfaite pour attirer un certain nombre de camps opposés en un seul endroit à proximité immédiate. Les kurdes se tournent vers Assad pour obtenir une aide et une protection de la Turquie. L’Iran est un allié militaire d’Assad.

La Russie est toujours fortement impliquée dans la région, de même que les États-Unis et Israël. Je pense que n’importe qui avec n’importe quelle intelligence peut voir où cela va nous mener.

Les élites obtiennent une nouvelle justification pour une plus grande implication militaire américaine au cours de l’année. L’incertitude économique s’accroît à mesure que les grandes puissances se disputent la dynamique de la région.

Elles trouvent un bouc émissaire pour l’effondrement de la bulle de Tout, à mesure que le potentiel d’une guerre économique ou cinétique plus large augmente.

Elles trouvent un bouc émissaire dans Donald Trump et ses partisans conservateurs, qui assumeront non seulement la responsabilité de la crise économique, mais aussi de toute tragédie qui frappera les Kurdes. Enfin, ils obtiennent une justification pour la fin de l’OTAN, qui serait la prochaine étape pour mettre fin à l’ancien ordre mondial occidental.

Cela ouvre la voie à l’introduction d’un nouvel ordre mondial entièrement global et entièrement centralisé ; un monde sans frontières économiques ou nationales dans lequel les élites gouvernent ouvertement plutôt que par derrière.

Une « erreur » (ou un faux drapeau) pourrait déclencher une conflagration entre les nations impliquées. C’est pourquoi l’UE, les Russes, les Israéliens et Trump se préoccupent tant du sort des kurdes. Ils ont CRÉÉE la situation critique des kurdes, et maintenant ils vont s’en servir pour transformer la Syrie en une immense poudrière. La Syrie est un « linchpin«  fabriqué artificiellement, comme l’appellerait la DARPA.

 

Il est conçu pour provoquer une catastrophe tout en maintenant un déni plausible pour l’establishment. Les actions de Trump en Syrie peuvent sembler aléatoires, mais elles sont tout à fait sensées quand on sait qu’il sert un programme plus ambitieux.

 

Le « retrait » américain n’est pas un retrait, c’est le prélude à un conflit plus vaste qui profite à la cabale globaliste.

Par Brandon Smith

Note du Saker Francophone

L'auteur s'engage sur un terrain glissant dont il ne maîtrise sans doute pas toutes les ficelles
mais il en parle en tant qu'américain, critique de la politique de son pays. Il semble avoir
succombé à l'idée de kurdes anarchistes ... de communautés auto-gérées ... Il est parfois
intéressant de comprendre les limites d'un auteur pour mieux comprendre sa critique du système.

 

 

Source et Traduit par Hervé, relu par Kira pour le Saker Francophone

08/11/2019

SYRIE : LE DOUBLE JEUX DE LA TURQUIE

La Turquie continue de protéger État Islamique …


Et cela va mal finir pour elle


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 6 novembre 2019

Lorsque la guerre contre la Syrie a commencé, Il y a huit ans et demi, la Turquie a joué le rôle le plus important.

Des armes ont été introduites clandestinement, venant de Libye et passant par la Turquie pour être livrées aux « rebelles syriens ».

Au fil des ans, des dizaines de milliers de djihadistes étrangers ont traversé la Turquie pour se joindre aux divers groupes qui luttaient contre le gouvernement syrien.

Quand État islamique (EI) a été créé, cela en a attiré encore plus.

 

Lorsque les États-Unis ont changé de stratégie et ont commencé à combattre EI, ils ont exhorté la Turquie à tarir ce flot de nouveaux combattants. La Turquie l’a fait, dans une certaine mesure, après que plusieurs attentats à la bombe, revendiqués par EI, eurent tué des dizaines de personnes dans le pays. Mais des événements récents montrent que la Turquie ne voit toujours pas EI comme un adversaire. Ses dirigeants ne craignent pas non plus les autorités turques.

Le 26 octobre 2019, le président Donald Trump annonçait que les forces spéciales américaines avaient tué le dirigeant d’EI, Abu Bakr al-Baghdadi.

Bagdadi et deux de ses femmes ont été retrouvés dans une maison du village de Barisha, dans le gouvernorat d’Idleb, en Syrie. Barisha n’est qu’à 5 kilomètres de la frontière turque et de la ville turque de Reyhanli.

La région d’Idleb (vert plus foncé) est sous le contrôle des djihadistes, mais la Turquie y possède plusieurs avant-postes.


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Le Guardian a rapporté que l’entourage de Bagdadi avait rejoint Idleb, depuis l’est de la Syrie, en passant par la Turquie :

Des responsables irakiens affirment qu'à la mi-septembre, ils avaient identifié un Syrien qui avait été utilisé pour faire passer clandestinement les femmes de deux frères de Bagdadi, Ahmad et Jumah, vers la province d'Idlib, via la Turquie. Le même trafiquant avait déjà aidé les enfants de Bagdadi à quitter l’Irak. Les agents des services de renseignement irakiens disent qu'ils avaient réussi à à faire coopérer l'homme et la femme que l'on croyait être son épouse, ainsi que l'un des neveux de Bagdadi, pour leur fournir des informations sur la route que ce dernier avait empruntée et la destination des personnes voyageant avec lui. C'était une information exceptionnelle, et elle a rapidement été transmise à la CIA.

Le lendemain de la mort de Bagdadi, les forces américaines ont tué le porte-parole d’EI, Abu al-Hassan al-Muhajir, dans le village d’Ayn al-Bayda, près de Jarabulus. La région de Jarabulus en Syrie est sous contrôle turc (vert clair).

Le 28 octobre 2019, des hélicoptères américains ont de nouveau atterri à Jarablus et ont capturé quelqu’un ou exfiltré un agent :

Within Syria @WithinSyriaBlog - 19:33 UTC - 28 oct 2019

4-Selon des sources locales, l'un des hélicoptères de la coalition a atterri pendant une dizaine 
de minutes près du pont al-Shuiyukh, au sud de la ville de Jarabulus. 5-Certains militants affirment que des hélicoptères de la coalition ont arrêté un membre d’EI,
originaire d'Alep, la famille du terroriste a également été évacuée par la coalition. 6-Les hélicoptères de la coalition ont terminé l'opération, aucun coup de feu n'a été entendu, du
moins on le suppose. Les hélicoptères sont retournés dans les zones contrôlées par
les Syrian Democratic Forces (SDF), sur la rive est de l'Euphrate.

La Turquie possède des drones, des avant-postes militaires et écoute les communications dans l’ensemble de ces régions. Elle dispose de nombreux moyens de renseignement sur le terrain. Et personne ne savait que les dirigeants d’EI vivaient dans cette région ?

Les trois opérations américaines ont été lancées à partir de l’Irak ou de zones contrôlées par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, même si le temps de vol depuis la base américaine d’Incirlik, en Turquie, aurait été beaucoup plus court. Il semble que les États-Unis n’aient pas fait confiance en leur allié de l’OTAN et craignait qu’il n’apprenne prématurément l’existence de telles missions.

Après avoir été humiliée pour sa négligence délibérée à l’égard des activités d’EI dans les zones qu’elle contrôle, la Turquie a pris quelques mesures de diversion.

Le 1er novembre, elle a capturé, à Kilis, en Turquie, Fatima Benmezian, membre belge de État Islamique. Benmezian s’était échappée d’un camp de réfugiés dans le nord-est de la Syrie, il y a quelques semaines, quand celui-ci a été bombardé par la Turquie.

Le 4 novembre, les forces turques ont capturé la sœur de Bagdadi, Rasmiya Awad, avec son mari et sa belle-fille. Ils vivaient dans une remorque porte-conteneurs près de la ville d’Azaz, dans la province d’Alep. Azaz n’est qu’à quelques kilomètres au sud de Kilis et sous contrôle turc.

Aujourd’hui, la Turquie a prétendu avoir capturé une autre femme de Bagdadi, mais sans dire où elle avait été trouvée.

Aucune de ces personnes que la Turquie a arrêtées n’a de valeur opérationnelle. Ce sont des personnes sans valeur.

Mais il est vraiment remarquable que tous ces membres de EI vivaient dans des zones contrôlées par la Turquie, près de la frontière turque.

Faudrait-il croire qu’ils aient choisi une région où ne se trouve aucun autre membre de EI ? Il est plus probable qu’il y ait encore beaucoup d’autres membres de EI qui vivent dans ces zones frontalières de la Syrie, qui sont plus ou moins sous contrôle turc.

 

Certains d’entre eux voyagent même souvent en Turquie :

Un frère du dirigeant de EI, Abu Bakr Al Baghdadi, s'est rendu plusieurs fois à Istanbul, la plus 
grande ville d'Europe, depuis le nord de la Syrie, dans les mois précédant la mort du chef
terroriste, agissant comme l'un de ses messagers de confiance pour fournir et récupérer des
informations sur les opérations du groupe en Syrie, Irak et Turquie, selon deux responsables
irakiens des renseignements. ... "Nous observions quelqu'un qui servait de messager à Al Baghdadi et il faisait de fréquents
allers
retours en Turquie"
, a déclaré un haut responsable du renseignement irakien. "C'était le frère
d'Al Baghdadi."
... Un agent des renseignements irakiens qui a travaillé directement sur l'opération de traque de Juma

a déclaré que le frère du chef terroriste a continué à réapparaître dans les mois suivants,
jusqu'à sa dernière visite enregistrée à Istanbul en avril. Il serait alors retourné dans le
nord-ouest de la Syrie, des mois avant que l'emplacement de la planque de son frère ne soit
révélé.
Il est peu probable qu'il ait été introduit clandestinement de l'autre côté de la frontière, a dit
l'agent, mais qu'il l'ait plutôt traversé librement. ... "Il est impossible pour les services de renseignement turcs d’ignorer sa présence à cinq ou sept
kilomètres de la frontière turque"
, a déclaré un ancien officier militaire turc de haut rang.


De toute évidence, la Turquie est en train de devenir un autre Pakistan. Ce pays est allé de mal en pis lorsqu’il a soutenu une insurrection islamiste contre le régime communiste de son pays voisin [l’Afghanistan, NdT]. Cette guerre a radicalisé des millions de personnes à l’intérieur de ses propres frontières. De nombreuses familles de combattants se sont installées au Pakistan, ce qui a renforcé l’extrémisme dans le pays. Cela a parfois mené à une sorte de guerre civile et des insurrections dans plusieurs provinces du Pakistan.

Erdogan, le président turc, semble croire que le fait de protéger les membres de EI et d’autres radicaux ne fera pas de mal à son pays. En avril dernier, EI publiait une vidéo dans laquelle on voyait Bagdadi :

À un moment donné, l'une des trois autres personnes lui donne un dossier avec des plans. Le dossier porte l'inscription Wilayat Turkey. (Wilayat signifie une province d'État islamique).

                               Agrandir

Puis ça :

Lindsey Snell @LindseySnell - 19:48 UTC - 6 nov, 2019

Il y a 5000 membres de EI, provenant de 28 pays, dans cette prison gérée par les SDF à Hasakah. 
Nous avons demandé à un membre turc de EI s'il voulait retourner en Turquie et il a répondu "evet !
"
[Oui en turc, NdT]. Il dit connaître de nombreux membres de EI qui sont rentrés en Turquie, ont été détenus pendant

une semaine environ, puis libérés.

Erdogan pense qu’il peut garder les cellules de EI sous contrôle dans son pays. C’est peu probable. Je crains qu’au cours des prochaines années, la Turquie ne vive un réveil plutôt brutal.

 

Par Moon of Alabama

Source et Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone

07/11/2019

LE CHILI ET PIGNOUFERIE DE PRESSE ! TRIBUNE LIBRE !

 

Chili : comment le socialisme mine encore une fois un pays qui s’enrichit

Par h16 & Vilfredo.

Aujourd’hui, je vous propose un billet un peu plus long que d’habitude sur le Chili : co-écrit avec Vilfredo1 (que je remercie au passage pour son travail de sourçage essentiel), il permet de dégoter l’une de ces magnifiques Pignouferies de Presse que Le Monde nous produit avec assiduité.

—o—

Chili : comment le socialisme mine
encore une fois un pays qui s’enrichit
“They’d rather have the poor poorer”
Par Vilfredo & h16

Le gros souci du marché libre, c’est qu’il cesse de fonctionner dès que ses principes sont abandonnés. Et à moins de vivre dans une grotte, le récent exemple du Chili ne vous aura pas été épargné.

Grâce à une presse transie d’amour pour un collectivisme qui ne se cache même pas, vous avez probablement déjà eu au mieux un compte rendu de la situation chilienne appuyant lourdement sur les inégalités ravageant le pays, au pire une dissertation nous rappelant notre chance à nous Français de vivre dans le confort douillet d’une économie dirigée.

Cette tornade d’idioties mérite cependant une réponse, notamment méthodologique lorsqu’on lit par exemple nos Trissotin journalistes du Monde qui en ont apparemment abandonné toute velléité.

Le système chilien de retraites

La réforme du système de retraites chilien est due en 1980 au ministre du Travail de Pinochet, Jose Pinera. Pour la presse, pas de doute : les troubles que le pays subit actuellement sont principalement dus aux dysfonctionnements de ce système.

Comment fonctionne-t-il ?

En pratique, au lieu de payer une cotisation sur son salaire, le salarié en verse l’équivalent (10 % en moyenne) sur un compte privé personnel géré par des entreprises privées (AFP) indépendantes de l’entreprise. Ainsi, il n’y a pas d’âge pour partir à la retraite et l’entreprise ne peut rien faire pour retenir ses employés puisque personne d’autre qu’eux-mêmes ne paye pour la retraite. Concrètement, la moyenne de départ à la retraite au Chili est de 65 ans depuis des années.

Ce système inclut par ailleurs une prime d’assurance incapacité et décès. Cette réforme a considérablement augmenté le taux d’épargne, le plus élevé d’Amérique latine (30 % du PIB en 1989), dont le taux de rendement, largement obtenu par la mise en concurrence des AFP (il en existe une quinzaine) a dépassé les 10 % en 2008, reflétant les performances du marché boursier chilien. Il est par ailleurs plébiscité par les Chiliens qui, dès 1990, avaient opté à 70 % en sa faveur. En outre, il a favorisé un taux d’endettement des ménages parmi les plus faibles de l’OCDE.

Cette épargne, comme l’expliquait déjà un article de Contrepoints en 2010, bénéficie majoritairement aux Chiliens et favorise la stabilité des prix : l’inflation reste faible, surtout comparée à celle des pays voisins, et avoisine les 2 %.

Devant cette réussite, de nombreux pays ont emboîté le pas chilien : le Pérou en 1993, l’Argentine et la Colombie en 1994, l’Uruguay en 1995, et le Mexique, le Salvador et la Bolivie en 1997 ont entrepris une réforme similaire. Dans ces sept pays d’Amérique, environ 25 millions de travailleurs ont un compte de retraite privé.

« Privatisation de la santé » : plongée dans l’ultralibéralisme fantasmé

Si l’on s’en tient aux articles du Monde (par exemple celui du 28 octobre 2019, « Mobilisation historique au Chili contre les inégalités »), le Chili serait quasiment un pays post-apocalyptique dans lequel les malades errent en déambulateur et sous perfusion dans des rues enlaidies par la pollution pour finalement ramper jusqu’à la porte automatique du seul hôpital du continent, équipée d’une alarme qui vous vrille les oreilles et de quinze caméras, dont sort prestement un cadre dynamique et arrogant qui demande au malheureux s’il a de quoi payer son traitement contre le cancer du sein en époussetant son costume et en regardant sa montre Omega.

À lire les articles que Le Monde multiplie sur le sujet, le système de santé chilien serait totalement privatisé : « L’éducation, la santé, les retraites… et même l’eau : tout est privatisé » gémit Aude Villiers-Moriamé. Dans son éditorial du 23 octobre, « Chili : les limites de l’ultralibéralisme », il est encore question de « la privatisation de secteurs-clés comme la santé ».

Sapristi ! Les Chiliens crèvent-ils donc dans l’indigence et l’indifférence du monde entier ?

Non.

L’espérance de vie chilienne à la naissance dépasse 79 ans (record en Amérique latine). Le nombre de lits par habitant est également au-dessus de la moyenne : en 2012, on en comptait 2,1 ‰ au Chili, pendant qu’on n’en trouve que 1,5 ‰ au Pérou, 0,9 ‰ au Venezuela chaviste, 1,5 ‰ au Mexique ou 1,1 ‰ en Bolivie. Quant aux médecins, il n’y a aucune pénurie significative ; même si l’on observe un nombre croissant d’étudiants se dirigeant vers des emplois de recherche mieux payés que les services publics, ce qui n’est absolument pas propre au Chili.

De plus, on note de surcroît que la privatisation entamée par Pinochet a aussi permis une décentralisation de la dispensation des soins et une allocation plus équitable de l’accès aux soins entre riches et pauvres en faisant passer le contrôle des cliniques du niveau gouvernemental au niveau municipal.

En outre, cette privatisation est loin d’être totale :

Le privé ne représente finalement que 33 % des dépenses et 19 % de la population couverte. Contrairement à ce que Le Monde et ses journalistes affûtés tentent de faire croire, le secteur public (la FONASA, soit 67 % des dépenses et 81 % de la population couverte) ne peut s’affranchir de sa responsabilité.

Le Chili consacre 7,4 % de son PIB à la santé, ce qui est plutôt substantiel dans le contexte de l’Amérique latine, comme en témoigne ce graphique issu des statistiques de l’OMS (p. 47) pour 2018.

Le rapport de l’OMS indique également que le Chili occupe la première place dans la lutte contre les retards de croissance chez les enfants de moins de cinq ans et en seconde position sur le continent pour sa gestion de l’eau potable. Le nombre de programmes de formation en internat à l’hôpital est aussi plus élevé au Chili que dans le reste de l’Amérique latine. Pour nos journalistes du Monde, c’est presque du trolling. Cela recoupe néanmoins le rapport de l’OCDE sur le Chili en 2018 qui lui donne un indice de santé (« Health status ») proche de la moyenne des pays de l’OCDE justement :

Les vraies raisons de la colère

En pratique, la cause des manifestations actuelles réside dans l’accroissement de l’écart entre les salaires et le coût des soins dans le secteur privé : les prix y ont augmenté pour suivre mécaniquement la demande en soins de qualité.

En conservant un large système d’assurances publiques et avec des mesures comme l’Explicit Guarantee System du président Ricardos Lagos qui interdit le financement privé des soins pour 56 maladies (on en est à 80 à présent), assurées et dont les soins sont fournis par le secteur public, le Chili maintient une situation dans laquelle les prix du secteur privé ne peuvent que rester supérieurs à ceux du public, qui a en retour intérêt à maintenir des prix suffisamment bas pour garder ses clients, prix que le privé, qui n’a pas le monopole du FONASA, ne peut atteindre. Les faibles investissements dans le système de santé maintiennent les salaires des praticiens du public en dessous de ceux du privé.

Horreur, de l’eau privatisée !

L’eau chilienne est privatisée et serait donc très chère.

C’est Eduardo Frei, président chrétien démocrate, qui entama le processus de privatisation des branches régionales de SENDOS (la compagnie publique de distribution et de traitement des eaux) en 1998. Ceci fut immédiatement suivi d’une envolée du taux d’épuration des eaux :

Abominable privatisation qui ne fut remise en cause par aucun des successeurs de Frei. C’est vraiment étonnant…

Tellement que l’OMS revient ici troller nos journalistes du Monde en citant le système d’allocation des ressources en eau comme modèle pour l’Europe. Les tarifs varient grandement entre les régions, ce qui est normal, et incluent malgré tout des subventions pour les ménages en difficulté.

Le Guardian se fait l’écho des plaintes des citoyens de Santiago souffrant de pénuries d’eau, ressource gérée par l’importante compagnie Aguas Andinas, privatisée en 1999. L’eau est transportée des sommets des Andes au bassin de Santiago dans le réservoir El Yeso, dont la modernisation a permis une extension de l’accès à l’eau et la construction de projets ambitieux la construction de 12 autres réservoirs d’une capacité de stockage de 225 000 m³ chacun.

Le climat chilien rend en effet l’eau rare et importante.

Dans la plupart des rivières, les propriétaires de l’eau se regroupent en Water Users Organizations (WUOs) ; vieilles de plusieurs siècles et ayant acquis de l’expérience elles sont bien acceptées socialement pour gérer les ressources aquifères.

Si les pénuries existent, elles sont brutales, liées à la sécheresse et aux pluies (qui avaient, en avril 2016, laissé 4 millions de Chiliens en situation de pénurie) et/ou à l’augmentation de la population (de Santiago par exemple, qui a gagné 500 000 habitants entre 2013 et 2017).

La demande en eau est donc supposée augmenter à l’horizon 2050 (alors qu’elle est plutôt supposée baisser ailleurs), également du fait de l’expansion du secteur minier, qui peut également entrer en compétition avec la population dans l’allocation des ressources en eau, compétition particulièrement tendue dans les régions du nord comme Antofagasta (dont 66 % du PIB est constitué par le secteur minier) où le secteur minier est le plus présent, comme le souligne un rapport de l’OCDE daté de 2017 :

Il apparaît toutefois assez clairement que dans l’écrasante majorité des cas, les ressources en eau s’ajustent à la demande.

Un pays riche peuplé de pauvres

Une autre explication régulièrement proposée pour ces manifestations, et s’appuyant sur l’idée de la privatisation (partielle) de la santé et celle (plus complète) de l’eau, est celle selon laquelle le Chili, quoique riche, serait un pays gangrené par la pauvreté.

Malheureusement, cette explication ne résiste pas à l’analyse.

Balayons rapidement les comparaisons des taux de pauvreté qui sont faites par exemple par Aude Villiers-Moriamé  dans l’article du Monde : elle y compare hardiment le taux de pauvreté du Chili (8 % paraît-il) à celui de l’Argentine (35 %).

Cette comparaison n’a aucun sens : ce taux de pauvreté ne renvoie pas à la même chose selon les pays. D’une part, chaque organisation internationale a sa propre définition : 25 % du revenu médian pour l’OCDE, revenu tel que 60 % de la population gagne autant ou moins pour la BCE. D’autre part, le salaire médian argentin ne donne pas le même niveau de vie en Argentine qu’au Chili, à cause des différences de devise et des niveaux d’inflations différents.

En outre, il existe des indicateurs plus raffinés qui donnent des informations plus pertinentes sur la situation locale : selon l’Observatoire Politique de l’Amérique latine et des Caraïbes, le Chili se situe largement en-dessous de la moyenne des pays d’Amérique latine en ce qui concerne le nombre de personnes travaillant avec moins de deux dollars par jour :

Bref, la notion même de pauvreté étant fort relative, elle est devenue le slip des joueurs de pipeau lorsqu’il s’agit non pas d’informer mais d’orienter le lecteur, ce que Le Monde démontre une fois encore.

Un ticket pour le socialisme

En première analyse, cette révolte a été déclenchée par la hausse du prix du ticket de métro (+4 %) à Santiago, où le réseau est contrôlé par une entreprise… publique  dont les frais de fonctionnement dépendent en premier lieu des coûts de l’énergie.

Or, une bonne partie de l’énergie nécessaire au Chili est produite en dehors du pays qui a donc les USA et la Chine comme partenaires commerciaux privilégiés. Conséquemment, la politique de Pinera est directement dépendante du cours des matières premières, plutôt sensibles à la guerre commerciale que se livrent actuellement ces deux grandes puissances.

Avec ces éléments de contexte, il devient ridicule de comparer ce président élu qui augmente le prix du ticket de métro de quelques centimes avec le président vénézuélien Maduro, qui tue davantage d’opposants en quelques années que Pinochet en une génération.

Les affreuses inégalités

On l’a vu : par comparaison aux autres pays d’Amérique du Sud, le pays n’est pas le plus pauvre (il est même l’un des plus riches), les pauvres (quelle qu’en soit la définition) n’y sont pas majoritaires (ils y sont même minoritaires), et les privatisations, si facilement décriées par nos journalistes européens, ont largement contribué à l’enrichissement des Chiliens.

Reste l’angle des affreuses inégalités, dont tout le monde s’accorde à dire qu’elles sont insupportables et qu’il faut les combattre.

Selon Le Monde, 1 % de la population chilienne détiendrait 25 % des richesses du pays. Il semblerait que ce soit plutôt 33 % mais peu importe : l’analyse qui est faite de ce genre de statistiques est presque toujours fausse, comme le montre remarquablement Taleb dans Skin in the Game.

En effet, cette statistique ne veut pas dire qu’un nombre réduit de personnes fixes dans le temps détient une quantité figée (25 %) de la richesse du pays, laissant 99 % de la population avec les miettes.

En réalité, n’importe qui dans la population peut se retrouver dans les 1 % et beaucoup d’entre eux le seront, par mobilité sociale (qu’on observe de façon plus ou moins marquée dans tous les pays). Plus pertinente que la statistique de base, c’est cette mobilité sociale qu’il convient d’étudier avant la seule répartition des richesses qui n’apprend rien en elle-même.

Concrètement, au Chili, cette inégalité ne touche pas les plus pauvres, dont la situation tend plutôt à s’améliorer :

Ce tableau issu du site de la Banque Mondiale témoigne de l’augmentation de la part du revenu national détenu par les 20 % les moins fortunés ainsi que de la diminution du fameux taux de pauvreté selon sa définition chilienne.

De façon assez cohérente, l’indice de Gini, référence de mesure de l’inégalité, est en baisse de 10 points sur la période 1990-2016, qui correspond presque exactement à celle dont s’occupe la Banque Mondiale :

« Si les socialistes comprenaient l’économie, ils ne seraient pas socialistes. » (Hayek)

Le Chili rencontre actuellement des problèmes économiques et sociaux, mais ils sont sans commune mesure avec la situation des pays voisins.

De surcroît, tenter d’y voir les dérives du libéralisme, les errements de la privatisation n’est qu’une erreur puisant plus sa source dans l’idéologie et le dogmatisme que dans les faits, tant il apparaît que ce processus a enrichi le pays et amélioré la qualité de ces services.

Mais au fond, il semblerait que les journalistes du Monde aient instinctivement perçu cette vérité sans oser la formuler. Olivier Compagnon, qui répondait aux questions du Monde, est contraint à le reconnaître :

« Dans les années 2000 jusqu’à environ 2012, la hausse du prix des exportations de matières premières a permis un boom économique dans de nombreux pays d’Amérique latine. Au Chili, qui dispose de grandes ressources de cuivre, celui-ci s’est accompagné, comme au Brésil, d’une baisse de la pauvreté. Mais cela n’est pas synonyme d’une réduction des inégalités, qui nécessité la mise en place d’une politique de redistribution. »

La réalité ne pouvant être trop tordue sans que cela se voie, le journaliste reconnaît qu’il n’existe pas de problème significatif de pauvreté au Chili (et surtout, moins qu’ailleurs en Amérique latine), et s’empresse donc d’introduire aux forceps la question des inégalités, qui devient par conséquent prioritaire. Ben voyons.

Il nous faudrait une nouvelle Thatcher pour répondre à Olivier Compagnon avec autant de repartie que la Dame de Fer : « vous préférerez toujours avoir des pauvres plus pauvres si cela permet d’avoir des riches moins riches ».

 
  1. Vilfredo est étudiant en classe préparatoire au lycée Henri-IV. Autodidacte en économie (microéconomie, théorie monétaire). ↩

MOYEN-ORIENT : ESCLAVES ET COKE EN STOCK ......

Coke en stock 2.0 : le trafic d'esclaves toujours d'actualité au Moyen-Orient

7 Novembre 2019, 06:14am

Publié par Thomas Joly

La BBC a fait éclater le scandale : dans des pays du Golfe, l’esclavage persiste, au Koweït et en Arabie saoudite, qui l’ont pourtant aboli respectivement en 1947 et en 1968.

Certes, l’islam s’accommode bien de l’esclavage, et ce n’est plus l’horreur de la traite négrière arabo-musulmane où, selon certains historiens, les esclaves mâles étaient castrés pour éviter qu’ils ne se reproduisent, induisant une grande mortalité lors de la traite et le besoin de faire perdurer celle-ci afin de renouveler la main-d’œuvre servile.

 

L’examen des faits à la lumière de la convention relative à l’esclavage de 1926 permet d’affirmer qu’il s’agit bien d’esclavage et de traite. Des travailleuses émigrées venues de pays très pauvres dont le passeport est confisqué, tout juste nourries et vêtues, qui sont utilisées au-delà de ce que la simple décence permettrait, qui sont privées de la liberté de circuler ou de téléphoner et qui peuvent être « revendues » à d’autre « sponsors ». Eh oui, pas question de parler, ici, de propriétaires.

Des entreprises parmi les GAFAM sont ennuyées : dématérialiser l’intermédiation entre une offre et une demande, faciliter la mise en relation d’un acheteur et d’un vendeur, permettre l’échange d’informations qui aboutira à la transaction, c’est leur job.

 

Les réseaux sociaux permettent de publier sur l’existence de l’offre avec le bon mot-clic (je préfère la traduction québecoise pour « hashtag » au français mot-clé) #ServanteÀTransférer. Des applications qu’ils distribuent via leurs plates-formes sont utilisées dans le même dessein : que penseriez-vous si, sur votre site d’annonces commerciales préféré, vous lisiez une annonce pour une domestique/esclave avec possibilité de trier par race et de spécifier une fourchette de prix ?

 

Les GAFAM tentent de faire le ménage, parce que ça fait désordre sur leurs belles images de groupes progressistes patentés, promoteurs de la bien-pensance inclusive. Sans préjuger de l’effectivité de leurs efforts, il y aura des solutions de contournement que trouveront les trafiquants de chair humaine.

Pourtant, ces firmes ne sont pas les dernières à encourager certaines de leurs salariées à congeler leurs ovocytes pour optimiser l’utilisation de leurs talents professionnels que ne manquerait pas de bouleverser une maternité trop précoce à leur goût. Cette instrumentalisation des femmes, de leur corps et de leur fécondité serait-elle moins sordide ? Qui pour leur dire de s’acheter une cohérence ?

 

C’est normal que la serial-tweeteuse Marlène Schiappa, emblématique guide de la diplomatie féministe que la France donne au monde et inlassable défenderesse de toutes les victimes du patriarcat international, soit silencieuse sur ce sujet.

La réhabilitation des sorcières brûlées jadis est largement plus importante que la dignité des domestiques exploitées aujourd’hui dans ces pays lointains. Et puis les pétrodollars sont des raisons que la raison ignore.

Donc, s’indigner, certes, mais à la marge et pas trop… Fermons discrètement les yeux aujourd’hui avec ces servantes qui triment là où « notre » pétrole est extrait, et demain nous ferons de même avec les mères porteuses, puisqu’elles sont encore loin.

Et puis il faut faire attention à ne pas stigmatiser en raison d’une religion, l’islam, à quelques jours de ce rassemblement contre l’islamophobie.

 

Et lorsqu’un séide du parti des indigènes vous parlera du Tintin emblématique d’une Europe raciste, vous devrez omettre de lui rappeler que dans Coke en stock, c’est Tintin et le capitaine Haddock qui libèrent les esclaves.

Le vivre ensemble est au prix de ce mensonge par omission ?

Par Rémy Mahoudeaux

Source : http://bvoltaire.fr