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30/09/2021

QUAND LA CHINE S' ÉVEILLERA .......JUSTE UN RAPPEL !

26/09/2021

POINT DE VUE ET CONSTAT : DISSOLVEZ CETTE O T A N ! (WILLY WIMMER )

 

TRIBUNE LIBRE !

 

Dissolvez cette OTAN!

 
 

En fait, depuis la guerre d’agression de l’OTAN – contraire au droit international et vulgaire – contre la République fédérale de Yougoslavie au printemps 1999, nous sommes avertis.

Lorsque les Etats-Unis veulent faire la guerre pour leurs propres intérêts, ni le Traité de l’OTAN ni la Charte des Nations Unies, qui interdit la guerre, ne présentent d’intérêt.

Willy Wimmer

Par Willy Wimmer

Paru le 2 septembre 2021 en allemand sur Apolut.net


Ainsi, des auto-autorisations sont décrétées et les textes correspondants sont soumis aux «alliés» pour la prise de décision. Il n’en était pas autrement avant la guerre en Yougoslavie, car la Charte des Nations Unies – seule base contraignante en vertu du droit international – et le Traité de l’OTAN ne donnent aucune autorisation de guerre.

Il fallait donc une auto-autorisation sous la forme d’un concept stratégique. Depuis lors, il y a eu des mises à jour de ces auto-autorisations américaines et actuellement, un «nouveau concept stratégique de l’OTAN» est à nouveau à l’ordre du jour. Apparemment, on attend les élections législatives allemandes du 26 septembre 2021.

Il ne serait pas favorable de voir les sensibilités allemandes formulées pendant la campagne électorale.

Pourtant, l’allégeance allemande est sans limite, comme le montre chaque jour le mépris de la Loi fondamentale et du droit international dans l’intérêt des guerres américaines par le gouvernement fédéral allemand respectif ou les politiciens de haut niveau des partis gouvernementaux actuels ou futurs.

La Loi fondamentale a dégénéré en jouet et partage le sort du droit international. Bien qu’il remonte à Münster et Osnabrück en 1648, il doit être remplacé par un système américain de droit international.

Cette voie a été empruntée avec la participation de l’Allemagne à la guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie en 1999 car, par le biais de cette guerre, les Etats-Unis avaient suspendu les règles applicables du droit international et postulé au «droit de la jungle américain».

Y a-t-il des leçons à tirer de la guerre en Afghanistan et de ses grandes pertes? Il ne faut pas y penser, comme le montre très clairement la cascade de discours du président américain Joe Biden sur le désastre afghan ces jours-ci.

A peine le dernier avion américain a-t-il quitté Kaboul que le président Biden parle de guerres futures, à savoir celles que l’on pense pouvoir se permettre.

Des milliers de milliards de dollars et d’euros ont été engloutis dans les vallées de l’Hindou Kouch.

Ces billions ont déjà provoqué la faillite des budgets nationaux américains, mais à l’avenir, ce sera contre la Russie, la Chine et «les métastases du réseau terroriste international», que le président Biden a déjà défini régionalement par précaution.

Ces derniers jours, l’ancien Premier ministre britannique, M. Blair, a évoqué la perspective d’une «guerre éternelle», le destin de l’Occident en tant que machine de guerre éternelle.

Apparemment, le président Biden a rejeté cette idée lorsqu’il a évoqué, dans tous ses discours, les bonnes raisons de mettre fin à la plus longue guerre de l’histoire des Etats-Unis. Il s’agissait et il s’agit toujours de jeter du sable dans les yeux de ses compatriotes et du reste du monde.

En 2007, l’ancien président afghan Hamid Karzai, parrain de l’aérodrome éponyme de Kaboul, a rappelé que les talibans, désormais victorieux, avaient proposé aux Etats-Unis de déposer définitivement les armes et de se soumettre à eux en 2004.

Les Etats-Unis n’ont pas donné suite à cette offre, avec les conséquences que l’on sait.

Qu’est-ce qui les a poussés à refuser cette offre?

Pourquoi n’ont-ils pas informé la coalition internationale et les alliés contraints par le traité de l’OTAN? Ils n’ont pas été honnêtes, même envers leur propre peuple.

Et ce comportement doit maintenant se poursuivre avec des «guerres qu’ils pensent pouvoir se permettre»?

Les discours du président Biden sur le désastre afghan donnent l’impression qu’il est possible de faire un peu d’introspection et de changer la politique américaine pour servir la paix dans le monde.

La référence aux milliers de milliards de dollars engloutis le suggère. Mais il faudrait alors que Washington ne se contente pas de présenter la situation financière de l’Etat, qui est tiède à tous égards.

Ce que dit le président Biden ressemble à un espace de respiration. Pourtant, c’est le caractère des Etats-Unis eux-mêmes qui est remis en question.

Un regard sur l’histoire des deux derniers siècles montre clairement qu’aucun pays au monde n’a mené autant de guerres que les Etats-Unis.

Le président Trump a donné l’impression qu’il y avait plus qu’un espace de respiration parce qu’il n’a pas lancé les «guerres présidentielles» presque habituelles.

Si on l’avait laissé tranquille sur la question de la Russie, le monde serait probablement différent aujourd’hui. Même si la chancelière allemande Mme Merkel, avait tout fait pour tomber dans son bras politique d’alliance afin de pouvoir ramener l’Europe dans une «guerre froide 2.0».

Maintenant, elle est presque officiellement de retour contre la Russie et, plus récemment, contre la Chine.

Ainsi, sous la direction du président Biden, les Etats-Unis poursuivent une fois de plus leur désastreuse «politique des ouragans», qui rappelle les phénomènes récurrents des cyclones tropicaux.

Au cours de leur brève histoire, les Etats-Unis sont passés d’un statut de tempête gérable sur la scène politique mondiale à un statut de pays rempli de l’énergie dérivée de la domination ou de la destruction d’Etats étrangers dans le cadre de leurs campagnes de guerre, pour ainsi dire.

Avec la Première et la Seconde Guerre mondiale en Europe et la guerre en Extrême-Orient, ils ont touché terre et, depuis, ils n’ont cessé d’ensanglanter la planète par leurs propres moyens et par le biais de leurs systèmes d’alliance.

L’énergie débridée de la guerre peut être arrêtée par le refus des alliés d’entrer en guerre et par leurs propres actions.

En ce qui concerne la réunification, le diplomate russe de renommée mondiale, M. Valentin Falin, a souligné un problème fondamental des Etats dans une guerre froide. Selon lui, l’URSS a échoué parce que plus de 60% du budget national était consacré à l’armée.

Le Japon et la République fédérale ont développé leurs sociétés en tirant les leçons de la Seconde Guerre mondiale et en les rendant aptes à l’avenir.

Il ne fait aucun doute que cette situation budgétaire mortelle s’applique aujourd’hui aux Etats-Unis. Les profiteurs de cette situation se battront pour leurs sinécures jusqu’au prix de la ruine. Nous aussi?

 

 

Par Willy Wimmer

Willy Wimmer est juriste et une personnalité politique allemande. De 1976 à 2009, il a été membre du Bundestag.

En 1985 et en 1992, il a été porte-parole de la CDU/CSU et par la suite secrétaire d’Etat parlementaire auprès du ministre fédéral de la Défense.

De 1994 à 2000, il fut vice-président de l’Assemblée parlementaire de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). Willy Wimmer prend régulièrement position de manière indépendante et résolue sur les questions de l’Allemagne et de la politique internationale. Il publie régulièrement des articles et des livres.

 

Source et Publication::   https://arretsurinfo.ch


(Traduction Point de vue-suisse)

GÉOPOLITIQUE: U S A, LE PENTAGONE ET SES MERCENAIRES ........

20.septembre.2021 // Les Crises
 

20 ans plus tard, le Pentagone n’a toujours aucun contrôle sur ses mercenaires

 

Un nouveau rapport du GAO [Le Government Accountability Office est l’organisme d’audit, d’évaluation et d’investigation du Congrès des États-Unis chargé du contrôle des comptes publics du budget fédéral des États-Unis.

Il fait partie de la branche législative du gouvernement fédéral des États-Unis,NdT] révèle des lacunes dans la surveillance des entreprises de sécurité privées de l’armée.

Source : Responsible Statecraft, David Isenberg

Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

(Shutterstock/PRESSLAB)

On pourrait raisonnablement penser qu’au cours des 20 années qui se sont écoulées depuis les attentats du 11 septembre 2001, le Pentagone aurait finalement réussi à trouver le moyen d’exercer une supervision et un contrôle efficaces sur ses contractuels militaires privés.

Vous savez, les mercenaires en Afghanistan, en Irak et ailleurs, dont nous avons, de façon soudaine, appris l’existence lors des scandales de guerre bien connus maintenant dans des endroits comme Fallujah et Nisour Square. En d’autres termes, le gouvernement aurait dû établir une sorte de stratégie de surveillance depuis le temps.

Raisonnable peut-être. Mais c’est faux, selon un rapport publié le 29 juillet par le Government Accountability Office (GAO) des États-Unis :

Le ministère de la Défense (DOD) n’a pas été en mesure d’identifier de manière exhaustive les contrats et le personnel des sociétés de sécurité privées (PSC) soutenant les opérations d’urgence, humanitaires, de maintien de la paix ou autres opérations similaires.

 

C’est la façon élégante du GAO de dire que le gouvernement est toujours incapable d’avoir une bonne visibilité concernant les activités des PSC.

Un point de vue plus direct a été exprimé par Peter Singer, membre senior de la New America Foundation et analyste de longue date de l’industrie des contrats militaires privés, qui a tweeté ceci : « Nous sommes en 2021 et le Pentagone n’est toujours pas équipé pour gérer les contractants militaires privés qu’il engage depuis plus de deux décennies et qui ont fait perdre des vies et des milliards de dollars en Irak et en Afghanistan. »

 

Il ne s’agit pas seulement d’un problème de comptabilité. Ce qui est en jeu, c’est le risque d’une répétition des débâcles passées. Un article de Bloomberg a noté :

Le Pentagone doit améliorer le suivi et la transparence des sociétés de sécurité privées qui opèrent aux côtés des agences militaires et civiles américaines ou alors le risque est grand de répéter le massacre de citoyens irakiens en 2007 qui a entaché l’effort anti-insurrectionnel américain, selon l’agence de surveillance du Congrès.

« Si le ministère n’améliore pas ses moyens d’identifier, d’enregistrer, de suivre et d’évaluer son utilisation des contrats et du personnel PSC, les impacts stratégiques négatifs associés que le gouvernement américain a connus en Irak et en Afghanistan risquent de se reproduire. »

 

Malheureusement, ce problème n’est pas nouveau. Le gouvernement américain a eu du mal à effectuer le suivi de ses mercenaires depuis qu’il a commencé à les utiliser en Afghanistan et en Irak. Comme l’a déclaré Tina Won Sherman, l’analyste principale du rapport, dans un podcast du GAO :

[…] depuis plusieurs années nous signalons que le ministère de la Défense manque d’informations complètes sur le nombre de contractants qu’il emploie. Il n’est donc pas tout à fait surprenant que le ministère ne dispose pas d’une image complète de ses contractants de sécurité privés, notamment leur nombre, leur coût, leur localisation, les types d’opérations qu’ils soutiennent et le fait qu’ils soient armés ou non… L’une des raisons en est que le ministère ne dispose pas d’une définition cohérente des services de sécurité privés. Ainsi, des postes tels que ceux d’agent de sécurité et d’agent de patrouille de la police relèvent de cette définition, alors que d’autres postes tels que policier ou d’agent de patrouille du shérif n’en relèvent pas.

 

Et si vous ne savez pas qui est dans le jeu, il vous est impossible de les punir lorsqu’ils font quelque chose de mal.

Comme le GAO l’a reconnu dans une note de bas de page, « les responsables des contrats de l’armée de Terre et de l’armée de l’Air avec lesquels nous avons parlé ont déclaré qu’ils ne se souvenaient d’aucun cas de suspension ou de radiation d’une société PSC ».

Et ce n’est pas comme si les PSC n’avaient pas fait des choses qui méritent d’être punies. Il suffit de lire les nombreux rapports publiés par les inspecteurs généraux spéciaux pour la Reconstruction de l’Irak et de l’Afghanistan pour trouver des exemples.

Ou encore, un autre rapport du GAO, publié le 4 août, sur la traite des êtres humains parmi les travailleurs étrangers employés sous contrat, qui constate que « le gouvernement américain a une politique de tolérance zéro en matière de traite des êtres humains, comme le prévoit une directive présidentielle, mais la traite des personnes (TIP), des travailleurs étrangers employés sous contrat par le gouvernement américain à l’étranger persiste. »

Un autre problème, encore plus grave, concerne le manque de ressources adéquates pour les personnes chargées de la surveillance.

Ce problème date de loin et a été officiellement reconnu dans le rapport 2007 de la Commission Gansler.

Il faut savoir que depuis des décennies, le secteur des contrats de sécurité privée déclare qu’il est fortement réglementé et qu’il doit respecter de nombreux textes et directives militaires.

C’est vrai, mais seulement en partie. Ce qu’ils oublient d’ajouter, c’est que le Pentagone ne finance pas suffisamment d’agents contractuels ou de représentants d’agents contractuels bien formés pour faire respecter toutes ces règles. Comme l’a noté Sherman :

Depuis 2009, le ministère a actualisé et clarifié les rôles et les responsabilités en matière de supervision des entreprises de sécurité du privé .

Il a également travaillé avec des organismes de réglementation pour s’assurer que les principes que les entreprises de sécurité privées doivent suivre sont conformes au droit humanitaire et le respectent. Toutefois, nous avons appris que, malgré ces mesures, le ministère ne surveille pas pleinement les rôles et les responsabilités des diverses entités de surveillance et ne s’assure pas non plus que ces normes et principes de respect du droit humanitaire sont respectés. C’est important pour le ministère afin de minimiser la probabilité que de tels incidents se produisent de nouveau.

 

La raison pour laquelle le Pentagone ne « surveille pas pleinement » ses contractants privés est en partie due au fait qu’il n’y a personne en charge du dossier.

Comme le GAO l’a noté dans son résumé, « le DoD ne dispose pas d’un seul poste de haut niveau chargé de surveiller pleinement si le DoD et les diverses entités remplissent leurs rôles et fonctions de surveillance respectifs du PSC.

Tant que ce poste n’existe pas, le DoD augmente les risques qu’il y ait des incidents que justement son cadre vise à prévenir. »

 

En d’autres mots, personne ne s’occupe du magasin. Comme l’indique le rapport du GAO :

Par exemple, le directeur d’un organisme de certification qui a certifié plus de 40 entreprises PSC a déclaré que dans les cas où il y a un incident impliquant une entreprise PSC du DoD qui pourrait affecter sa certification, ils n’ont aucun contact au ministère pour informer le DoD du problème. Ce fonctionnaire a noté que jusqu’à récemment, un fonctionnaire du DoD les aidait à résoudre les problèmes liés aux PSC, mais que ce fonctionnaire n’est plus au ministère et n’a pas été remplacé.

De même, en juin 2020, des responsables de l’association du secteur des PSC ont déclaré qu’ils avaient contacté le DoD à plusieurs reprises au sujet des questions et des préoccupations de leurs entreprises membres liées au respect des contrats PSC du DoD, mais qu’ils n’avaient pas reçu de réponse satisfaisante du ministère.

 

Le Pentagone avait auparavant un bureau pour la politique et les programmes des entrepreneurs de contingence armée, dirigé par un officier de l’armée à la retraite, Chris Mayer. Mais il a quitté ce poste en septembre 2019 et n’a pas été remplacé.

Actuellement, le directeur principal du bureau Defense Pricing and Contracting (DPC) est le conseiller du bureau du sous-secrétaire à la Défense pour l’acquisition et le soutien concernant toutes les questions relatives à la politique des contrats de contingence.

 

Le GAO est bien connu pour sa politesse envers les organisations au sujet desquelles il rédige un rapport. Néanmoins, sa conclusion est ici sans appel et sans équivoque.

Bien qu’il faille reconnaître les efforts du ministère pour améliorer la gestion du dossier PSC, il est possible qu’il n’ait pas été à la hauteur et qu’il risque de perdre les gains réalisés au cours de la dernière décennie s’il ne porte pas une attention soutenue à son programme PSC.

Le DoD doit mieux identifier et suivre son personnel PSC si l’on veut que le risque auquel il est confronté soit identifié et traité de manière satisfaisante avant le prochain Nisour Square (massacre en 2007 de 17 Irakiens par des mercenaires de la société américaine Blackwater, NdT).

En bref, 20 ans plus tard, le Pentagone n’a toujours pas réussi à créer, ne serait-ce qu’une carte de pointage efficace pour ses acteurs PSC.

Le ministère de la Défense dispose de meilleures procédures pour suivre la disparition d’un fusil qu’il n’en a pour suivre les contractuels portant des armes. Étant donnée l’histoire des contractants militaires privés en Afghanistan, en Irak et ailleurs, c’est tout simplement inacceptable.

 

Source : Responsible Statecraft, David Isenberg, 06-08-2021


Source et Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

 

 

23/09/2021

FAUT-IL LÉGITIMER LES TALIBANS AU PLAN INTERNATIONAL ? RÉACTION !

22/09/2021

MALI: L' OPÉRATION BARKHANE RÉUSSIE .....

 

Mali : « l’opération Barkhane a rempli son mandat »

Un entretien avec Pierre d’Herbès, Consultant en Intelligence Économique chez d’Herbès Conseil.

Par Pierre d’Herbès.

À l’heure où la junte militaire dirigeant le Mali souhaite se tourner vers la Russie, il est pertinent de revenir sur la situation de ce pays. Quelques questions à Pierre d’Herbès.

Quelle est la situation actuelle au Mali ?

Contrairement à ce qui a pu souvent être dit, l’opération Barkhane ne va pas disparaître mais plutôt se transformer. L’effectif des forces devrait se réduire d’environ 40 % afin d’être ramené de 5100 à 2500/3000 hommes : soit un peu moins que l’effectif originel (2013). Précisons également que les forces aériennes ne diminueront pas.

Seules les forces terrestres stationnées au Mali devraient subir des coupes avec la fermeture de plusieurs bases (Kidal, Tessalit, Tombouctou).

Cette transformation vise à privilégier la montée en puissance et l’autonomisation des armées du G5 Sahel, dont le Mali.

Mais aussi leur coordination et l’interopérabilité de leurs forces armées respectives via les mécanismes de commandement conjoints (MCC) et au sein de la force conjointe du G5 Sahel (FC-G5S), composée de 5000 hommes.

La France conservera la plupart de ses bases et points d’appuis, désormais recentrés autour du Niger. Elle privilégiera la formation et l’accompagnement des forces du G5, notamment via l’implication grandissante de la Task Force européenne Takuba, constituée à son initiative. La Minusma continuera également sa mission au nord du Mali.

La France a repris cet été, en pleine saison chaude, un fort tempo opérationnel, notamment via l’opération Solstice (depuis juin 2021). L’effet recherché semble consister à maintenir une forte pression sur l’État Islamique au Grand Sahel (EIGS) dans la région du Liptako-Gourma (trois-frontières). Cela afin de réduire sa liberté d’action et l’empêcher de prendre l’initiative. Une nécessité afin de mener à bien la conversion progressive du dispositif français qui devrait s’achever d’ici 2022.

D’un point de vue strictement militaire, ces opérations ont été marquées par une forte implication de la Task Force Takuba. Ces opérations ont été menées en interopérabilité avec les forces maliennes et nigériennes, dont les importants progrès ont été constatés par les armées françaises.

En effet, les unités légères de reconnaissances et d’intervention (ULRI) et les Guetteurs Aériens Tactiques Avancés (GATA), formés par la France, semblent donner satisfaction. En outre, on doit mentionner la neutralisation de l’émir de l’EIGS (Abou Walid al-Sahraoui), tué par l’armée française.

S’il s’agit d’un effet majeur, qui à court terme devrait désorganiser ce groupe armé terroriste, il serait une erreur de penser que le mouvement est décapité et incapable de se reconstituer. Bien au contraire, comme l’a rappelé récemment le général Michon, commandant de Barkhane.

Toutefois ce changement de paradigme opérationnel se semble pas intervenir au meilleur moment. En effet, les risques sont nombreux alors que Russes et Turques poursuivent leurs menées anti-françaises dans la région.

De plus les pays du G5 ne semblent pas encore totalement prêts à encaisser un relâchement de la pression imprimée par l’armée française. Enfin, ce relatif relâchement apparaît d’autant plus périlleux que les GAT, notamment la Katiba Macina (Aqmi), poursuivent leur poussée vers le golfe de Guinée, avec les risques de métastases que l’on connait et tous les risques afférents (déstabilisation politique, banditisme, trafics, etc).

Quel bilan pour l’opération Barkhane ?

Il est objectivement positif. En huit ans l’opération Barkhane a rempli son mandat : éviter une contamination djihadiste qui aboutirait à l’effondrement, total ou partiel, des Etats de la région. Si les djihadistes contrôlent de manières informelles de vastes portions de territoires abandonnées par l’État, leur action n’en reste pas moins majoritairement clandestine.

Pour parler simplement, ils ne sont pas parvenus à se constituer de réelles enclaves territoriales et souveraines, à l’image de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie.

Et quand les pressions djihadistes sont devenues trop fortes, suite à l’arrivée de nombreux formateurs venus de Lybie et du levant en 2019, l’opération Barkhane et la stratégie françaises ont su se recomposer et reprendre le terrain perdu.

En témoignent les opérations menées avec succès en 2020 après le sommet de Pau en janvier de la même année. Elles aboutirent à totalement saturer les capacités d’action de l’EIGS dans les trois frontières, perturber ses trafics (or, drogue, migrants, etc.) essentiels à son financement, et décomposer provisoirement ses structures.

Pourtant les influences étrangères, le manque de fiabilité de nos partenaires maliens, et une crise de légitimité dans l’opinion publique française ont conduit le gouvernement à opérer un changement dans l’approche opérative du conflit.  Cependant on peut se demander si la France ne relâche-t-elle pas la pression un peu trop tôt ?

Certes, accompagner l’autonomisation du G5 semble être effectivement la meilleure solution sur le long terme. Cependant elle prendra encore des années, surtout concernant le Mali, le Niger et le Burkina Faso, cela malgré de réels succès tactiques.

Or, même appuyés par l’armée de l’air française et la Task Force Takuba, la question de la capacité des armées maliennes et nigériennes à tenir en autonomie partielle la région des trois frontières (sans parler du nord du pays) est à ce stade clairement sujet à caution.

D’autant que les ferments de résolution politique du conflit, de nature clairement ethno-communautaire, sont encore loin d’être atteints.

Dans cette voie, la France semble vouloir s’appuyer sur les armées mauritaniennes et tchadiennes. Ce choix semble incontournable dans la mesure où ces deux pays du G5 peuvent compter sur des outils militaires fiables, professionnels et techniques. Ils sont clairement appelés à renforcer leur rôle de piliers sécuritaires.

Cependant, pour les Mauritaniens, qui ont presque totalement éradiqué la menace djihadiste de leur territoire, la question d’une projection en dehors de leurs frontières est loin d’être une évidence. De son côté le Tchad est un partenaire privilégié de Paris dans tout le Sahel, et il appelé à le rester.

Mais déployée sur plusieurs théâtres d’opérations l’armée Tchadienne ne peut remplir entièrement l’appel d’air laissé par l’armée française. Un appel d’air qui pourrait potentiellement être rempli par la Russie, via le groupe Wagner notamment. La Turquie elle-même se montre aussi de plus en plus proactive, en jouant sur son identité musulmane et son passé impérial.

En réalité, le réel péché originel de la France sur ce dossier n’est pas du fait de son armée mais bien d’un déficit d’approche stratégique rationnelle de la part de l’État. Car si l’on ne peut que saluer le sursaut entamé à Pau, ce dernier ne s’est pas accompagné d’un véritable questionnement sur l’ensemble des causes de la crise. Les autorités ont mis des années avant d’accepter que les causes premières de la crise sahélienne étaient avant-tout ethniques et historiques.

L’aspect religieux agissant comme un paravent, autant qu’un narratif légitimant, pour les groupes armés terroristes. Le caractère ethnique s’est d’ailleurs accru ces dernières années avec la mort progressive de la plupart des émirs arabes de la région (Mokhtar Belmokhtar, Droukdel, etc).

Si la coalition pour le Sahel a fini par officiellement assumer cet aspect en 2020, c’est avant tout sous le prisme de la gouvernance et du développement. Des aspects certes fondamentaux, mais insuffisants sans une appréhension politique au sens propre du terme.

Dans cette optique, la principale erreur fût, et demeure encore, le dogmatisme démocratique dans l’approche de la sortie de crise, totalement inadapté aux schémas culturels et aux pratiques politiques largement communautaires de ces pays.

En effet, continuer à imposer à tout prix un schéma démocratique libéral ne peut qu’aboutir à livrer les clefs du pouvoir politique aux ethnies majoritaires. Ces dernières n’étant guère disposées (ex : Bambaras, Dogons, Songhaï…) envers leurs anciens conquérants ou oppresseurs nomades (Touaregs, Peuls, etc). La stratégie française de sortie de crise pourra-t-elle éternellement se passer d’une réflexion, officielle et sans dogmatisme, sur ces aspects ?

Quelle raison pousse le gouvernement malien à envisager de faire appel au groupe russe Wagner ?

Cela s’inscrit dans la guerre d’influence que se livrent la France et la Russie sur le continent, et notamment l’Afrique francophone. Un terrain sur lequel la France est encore insuffisamment armée, en témoignent les déboires récents subis par Naval Group en Australie.

La Russie cherche à saper les positions de la France sur le continent. En effet, outre des intérêts économiques, (miniers, commerciaux, etc) et de prestige, Moscou a compris que l’Afrique est un saillant stratégique pour la France et l’Europe, qui touche directement à leur sécurité. Accroître son influence dans ces pays, notamment sur le volet de la sécurité, lui assurerait sur le long terme d’importants leviers de négociation.

La Russie a engagé depuis plusieurs années une guerre de l’information destinée à distiller des narratifs anti-français dans les opinions publiques. Massivement tournés vers la sphère digitale (réseaux sociaux) ou médiatique, ces narratifs avaient (ont) explicitement pour but d’agir sur les perceptions afin de saper la légitimité de la France dans le Sahel.

Tout en glorifiant parallèlement l’action de la Russie en Afrique. À l’arrivée, un déploiement du groupe Wagner, comme en Centrafrique, fournirait au Kremlin un levier d’influence appréciable au Mali ; sans se lancer dans une aventureuse projection de forces.

Or la junte militaire de Bamako passe pour être très favorable à la Russie. Cette dernière étant d’ailleurs soupçonnée d’avoir soutenu le coup d’État de l’été 2020. Une situation qui, combinée au second coup d’État de la junte en mai 2021, a fini par convaincre Paris d’annoncer la fin de l’opération Barkhane en juin 2021.

Dans ce cadre , il n’est donc pas illogique que les Maliens aient fait appel à Wagner pour compenser le départ [partiel] de l’armée française, qu’ils savent incontournable pour la stabilité du pays.

Ou bien Bamako pourrait avoir agité ce chiffon rouge afin de tester la détermination de la France à quitter le Mali. Car il n’est en effet pas exclu que Paris ait depuis le début agité la menace de la fin de Barkhane afin d’inciter les dirigeants maliens à se détourner définitivement de la Russie. Une sorte de journée des dupes à l’échelle du Sahel.

 

 

Par Contrepoints    https://www.contrepoints.org/2021/09/22/406341-mali

15/09/2021

MACRON ET LE PIÈGE AFRICAIN ........

Le piège africain de Macron

 

Qu’il s’agisse d’une actualité crue, en cas de prise d’otage dans la région du Sahel, devenue un nid de djihadistes, ou d’une mémoire matérialisée par les rapports Stora sur l’Algérie ou Duclert sur le Rwanda, les affaires africaines se retrouvent sans cesse en une de nos journaux. 

De même lorsqu’il s’agit de la lutte contre la pandémie on voit bien, que malgré les bonnes intentions, les transferts de vaccins en direction du continent n’ont pas été à la hauteur des promesses effectuées.

L’ouvrage, par ailleurs fort intéressant de l’ancien directeur d’Africa Intelligence, Antoine Glaser, et du journaliste de L’Opinion Pascal Airault sorti en mars, tombe au bon moment. Au terme d’une étude fouillée d’une relation franco-africaine, qui comme le disait le poète n’est jamais tout à fait la même, ni tout à fait une autre , ils y montrent comment le président français, qui voulait changer les rapports entre Paris et l’Afrique, s’est heurté, comme ses prédécesseurs, à la réalité et à l’érosion de l’influence française. 

Or Emmanuel Macron a bien cherché à mener en Afrique une politique différente de celle de tous ses prédécesseurs depuis le général de Gaulle et son puissant conseiller, de l’ombre Foccart à qui la paternité de la fameuse Françafrique a été attribuée.

En effet il est le premier président qui, face à un gros bateau comme la Françafrique dont les dirigeants se relayent au pouvoir qu’ils soient hommes forts ou autocrates et vieux cacique, et ce, plus encore dans les anciennes colonies françaises, décide de changer de cap et d’aller vers l’Afrique anglophone, de se rapprocher du Nigeria, où il a fait son stage lorsqu’il était à l’ENA, du Rwanda ou de l’Afrique du Sud.

Emmanuel Macron est aussi le seul chef d’État français à avoir créé un Conseil présidentiel africain, le CPA, dans lequel on retrouve des premiers de cordée, des chefs d’entreprise et les intellectuels africains les plus en rupture avec la Françafrique, comme le Camerounais Achille Mbembe, et bien des hommes ou femmes (bien que celles -ci soient moins nombreuses) de sa génération.

 

Pragmatique, comprenant que l’armée française au Sahel n’est qu’un des aspects de la présence de notre pays en Afrique, il s’est aussi tourné vers les diasporas.

Enfin, il s’adresse directement à la jeunesse africaine, qu’il incite à bouger, à innover, à remettre en cause les idées reçues. 

A lire également : Livre ; L’Afrique malade de ses militaires

 

Pourtant Emmanuel Macron sait parfaitement que tirer un trait sur la Françafrique n’est pas chose facile. On ne change pas du jour au lendemain, des habitudes bien ancrées depuis soixante-dix ans.

La chute du mur de Berlin, en novembre 1989, s’est matérialisée en Europe par la réunification allemande. La fin de la guerre froide, actée à Malte entre George Bush et Mikhaël Gorbatchev en décembre 1989 a profondément changé le destin de l’Europe.

Mais elle n’a pas eu d’impact en Afrique, où, nonobstant les orientations fixées lors du sommet franco-africain de la Baule de 1990, les Français ont continué à agir comme s’ils étaient toujours chez eux et comme si le monde n’avait pas bougé, estiment les auteurs, une réalité qu’il convient de nuancer. Il y a eu pendant longtemps une sorte d’aveuglement, encouragé par les milieux patronaux ajoutent-ils.

Pour changer cela, Emmanuel Macron s’est éloigné des grands anciens, comme Sassou-Nguesso, le président du Congo. Brazzaville, au pouvoir depuis 1979, après un intermède entre 1992 à 1997. Mais les ”dinosaures” lui ont rappelé qu’ils avaient le monde entier, Chinois, Russes, Turcs, Indiens, Brésiliens… dans leurs salles d’attente et qu’il était illusoire de croire qu’on pourrait se passer d’eux.

A lire également : Livre ; Crise sécuritaire dans les pays du G5 Sahel. Comprendre pour agir

Ils lui ont aussi rappelé que l’influence diplomatique de la France repose sur deux choses: sa dissuasion nucléaire et sa politique africaine.

C’est l’Afrique qui donne à la France de l’influence, et non l’Europe, du fait de ses 54 votes à l’ONU et en raison du fait que l’avenir de la Francophonie se trouve en Afrique.

En arrivant à l’Élysée, Emmanuel Macron s’est vite aperçu que le monde entier voulait parler d’Afrique avec lui. Il a compris qu’il avait besoin de ces dirigeants.

C’est ce que les auteurs appellent le piège africain de Macron. Il désirait changer la relation de la France à l’Afrique, mais il a fini par faire comme ses prédécesseurs, qui ne pouvaient s’empêcher de vouloir gérer le monde.

En janvier 2020, il a convoqué, de manière assez peu délicate, les chefs d’État africains au sommet de Pau.

Un an plus tard, il s’est comporté au sommet en visioconférence de N’Djamena comme s’il était le chef du Sahel. Désormais la politique africaine en France de l’Élysée, est pilotée par le CPA. Tous ceux qui gèrent les dossiers africains, à l’Élysée, au Quai d’Orsay et dans les ambassades, sont aujourd’hui des hommes du renseignement. La plupart sont passés par la DGSE, la Direction générale de la sécurité extérieure.

A lire également : Que reste-t-il de la Françafrique ?

Aussi la Françafrique aujourd’hui se concentre en l’Afrique de l’Ouest, à la fois au niveau militaire et au niveau politique. L’Afrique étant redevenue une zone stratégique, la Françafrique s’est transformée en AfricaFrance.

Ce qui semble ’intéresser, le président français c’est de voir ce que l’Afrique peut apporter à la France et non plus de s’occuper des affaires de l’Afrique. Emmanuel Macron est obligé de faire de la realpolitik parce que le continent s’est mondialisé.

De nouvelles puissances s’y installent. La Chine, la Russie et, ce qui agace au plus haut point l’Élysée, la Turquie qui prend de plus en plus de place. On a vu il y a quelques mois Erdogan et Macky Sall, le président sénégalais, inaugurer main dans la main les travaux de l’aéroport de Dakar repris par les Turcs.

Quant au Forum international de Dakar sur la sécurité en Afrique, il est organisé par la France dans un palais construit par la Turquie…

À Paris, l’ambassade de Chine s’est installée dans l’hôtel de Montesquiou, qui fut jadis le ministère de la Coopération, c’est-à-dire celui de l’Afrique. C ‘est bien dans un cadre nouveau que s’inscrivent les relations de la France avec le Rwanda et l’Algérie. Dans ces deux pays, le président se place sur le terrain du symbolisme et du mémoriel. Il aime bien Kagamé, le président rwandais, et a tenté de le séduire.

Mais au final il a fait comme ses prédécesseurs, puisqu’il lui a offert, en poussant à sa tête la Rwandaise Louise Mushikiwabo, la francophonie. Comme Chirac y avait en son temps propulsé Boutros Boutros-Ghali, l’ancien secrétaire général des Nations unies, auquel les États-Unis refusaient un second mandat.

La francophonie reste une diplomatie d’influence politique. Avec le rapport Duclert sur le rôle de la France dans le génocide des Tutsis, Emmanuel Macron voudrait faire du Rwanda un tournant. Mais, malgré son activisme, ses marges de manœuvre sont limitées. C’est pareil avec l’Algérie.

Il n’a jamais repris l’expression de «crimes contre l’humanité» prononcée pendant la campagne électorale, qui avait fait polémique. Il a compris qu’il marchait sur des œufs et fait désormais la part des choses.

A lire également : Livre ; Françafrique, opérations secrètes et affaires d’Etat

 Tout ce qui était disruptif dans sa politique étrangère devrait être mis en veilleuse à l’approche des élections de 2022.

De la réforme du franc CFA, à la question délicate de la restitution des œuvres d’art, de la diplomatie du sport, aux « banlieues africaines, c’est un riche tour d’horizon que dressent les auteurs, qui au terme de leurs investigations ont été longuement reçus par le chef d’État qui leur a livré, de manière très franche, souvent crue, sa philosophie des affaires africaines, qui il faut l’avouer ne manque ni de souffle, ni d’inspiration.

Le malheur est qu’il semble bien isolé , aucun pays européen n’ayant opéré son propre aggiornamento vis-à-vis de l’Afrique, qui n’est guère la priorité des Européens. Seule l’histoire montrera si de nouveaux rapports plus équilibrés, débarrassés des miasmes du passé sont envisageables.

A lire également : Livre ; Géopolitique de l’Afrique ; 40 fiches illustrées pour comprendre le monde

 

Pour le moment, le poids des questions sécuritaires, la crise sanitaire, la chute de la croissance ou encore la montée de l’endettement sont autant d’obstacles qui obstruent le chemin de l’avenir.

 
 
 
Eugène Berg

    Eugène Berg

 

 

Eugène Berg est diplomate et essayiste. Il a été ambassadeur de France aux îles Fidji et dans le Pacifique et il a occupé de nombreuses représentations diplomatiques.

14/09/2021

GÉOPOLITIQUE : ARMÉNIE, AZERBAÏDJAN ET HAUT-KARABAKH ........

 
14.septembre.2021 // Les Crises
 

Nakhitchevan : le corridor du prochain round au Haut-Karabakh

 

 

Depuis la « fin » de l’épisode le plus récent de la guerre de quarante-quatre jours entre l’Azerbaïdjan soutenu par la Turquie et Israël – et facilitée par les États-Unis – et l’Arménie (au mieux vaguement) alignée sur la Russie, on assiste à un florilège de lamentations politiquement correctes sur la « paix illibérale » qui en résulte.

 

C’est principalement dû à l’hystérie à l’égard de la Russie et de la Chine qui, dans la Cité Émeraude sur le Potomac, passe pour un jugement stratégique avisé [Des spécialistes du roman de L. Frank Baum estiment que la Cité d’Émeraude est une métaphore pour Washington et son papier-monnaie vert.

La splendeur illusoire de la capitale est comparée à la valeur fiduciaire du papier monnaie, dont la valeur ne tient qu’à une illusion partagée ou à une convention, NdT] et aussi à l’amertume de Washington quant au fait que le (demi-) cessez-le-feu a été négocié par Moscou.

Source : antiwar.com, Danny Sjursen
Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

 

 

En laissant de côté pour un moment l’hypocrisie flagrante – il est inutile de se demander si les États-Unis auraient insisté pour servir de médiateur si un combat faisait rage à 180 km de leur frontière (c.-à-d. au Québec, Canada ou à Monterey, Mexique) – la vérité est que le non-règlement de cette récente guerre du Haut-Karabakh n’a pas apporté et n’apportera pas la paix.

Aucune des parties n’est satisfaite. Les tirs n’ont jamais cessé – ils se poursuivent toujours et risquent seulement de s’intensifier.

C’est une trêve, (pas encore tout à fait) une accalmie, avant le prochain round du combat. Seulement, si j’étais parieur, je dirais que les vainqueurs azéris du dernier round – bien plus riches et puissants, et avec bien plus d’amis – vont tenter le KO au prochain coup de cloche.

Lorsque les coups de poing commenceront à pleuvoir, il faut s’attendre à une répétition des réactions de la foule lors du dernier combat : Washington et l’Europe regarderont depuis les sièges bon marché, l’arbitre russe peinera pour séparer les pugilistes qui tombent à terre à cause des coups bas, et les alliés ostensibles de l’Amérique – la Turquie et Israël – joueront le rôle de porte voix des azéris tout en lestant les gants de Bakou dans le coin des tricheurs.

Puis, lorsque Erevan sera à nouveau terrassé, les groupes de réflexion et les têtes parlantes américains jugeront à nouveau les tentatives futiles de Moscou pour repousser l’Azerbaïdjan dans son coin tout en offrant à l’Arménie un compte à rebours bien nécessaire.

Les analystes américains bien-pensants peuvent appeler cela une paix illibérale dans un monde de plus en plus multipolaire (soupir) – mais c’est en réalité un reflet du monde tel qu’il est depuis longtemps, et d’une situation que Washington a en partie provoquée.

Les Azéris ont d’énormes gisements de gaz naturel – les Arméniens aucun. Bakou a fait semblant de jouer le jeu dans la guerre mondiale contre le terrorisme – ce qui fait que Washington a ignoré son terrorisme d’État totalitaire sur son territoire.

L’Azerbaïdjan est géographiquement proche de l’Iran, mais curieusement (puisque des Azéris vivent dans les deux pays qui sont tous deux des États à majorité chiite) n’en est diplomatiquement pas proche – l’Amérique a donc laissé libre cours à un état d’Israël déchaîné pour armer, approvisionner et soutenir des Azéris belliqueux.

En grande partie par désespoir, l’Arménie est techniquement alliée à la Russie – Washington a donc détourné le regard tandis que la Turquie, complètement déchaînée, encourageait et favorisait tout ce satané bain de sang. Erdogan, ce cinglé, a non seulement envoyé à Bakou les drones qui ont été déterminants sur le champ de bataille, mais il a aussi envoyé dans la mêlée des palanquées de mercenaires rebelles islamistes syriens pour servir de chair à canon pour l’invasion azérie.

Et l’Amérique a l’audace de jouer les innocents ? Si vous croyez ça, alors j’ai une offre exceptionnelle à vous proposer pour le pont de Brooklyn.

Marquer des points au prochain round

Ce qui est inquiétant, c’est que l’effusion de sang risque de faire oublier la rivalité qui dure depuis des décennies autour de la région du Haut-Karabakh à majorité arménienne – mais appartenant « officiellement » à l’Azerbaïdjan.

Elle sera alimentée par le nationalisme ethnique azéri, renforcée par le sectarisme, et deviendra une lutte irrédentiste et revancharde pour des voies de passage et une extension des corridors – comme le Zangezur (qui pourrait relier Bakou à l’enclave azérie isolée du Nakhitchevan) et Lachin (qui relie de façon ténue l’Arménie proprement dite au Haut-Karabakh).

Le problème est le suivant : bien que l’accord de cessez-le-feu conclu sous l’égide de Moscou prévoie le déblocage de voies de communication et d’échanges commerciaux depuis longtemps bloquées entre les pays et les enclaves clés – en théorie garanti par les forces de maintien de la paix russes – l’autocrate azéri n’a pas l’air très satisfait.

Loin s’en faut. Ilham Aliyev est le genre de « mini-Staline » qui aime voir son visage placardé sur les grands panneaux d’affichage de Bakou, et il faut s’attendre à ce qu’il fasse empirer les choses plutôt que rentrer à la maison.

Alors que les négociations sur l’ouverture de la route vers le Nakhitchevan s’enlisent, il a déclaré sur les ondes de la télévision publique azerbaïdjanaise : « Si l’Arménie l’accepte, nous résoudrons cette question beaucoup plus aisément, sinon, alors nous la résoudrons par la force. »

Cela peut sembler être une simple menace sans lendemain ou vide de sens, sauf que ce cinglé n’a cessé de jacasser en faveur d’une reconquête et de réécrire l’histoire depuis la fin (ou presque) de l’épisode le plus récent de la guerre.

Il y a eu, en fait, toute une série de signaux nationalistes inquiétants émanant de Bakou et de bébé-Aliyev – qui n’est autre que le fils dictatorial de son père.

Tant ses paroles que ses actes sont plus dangereux que jamais, et laissent présager peut-être six (ou soixante) années supplémentaires de conflit.

Aliyev revendique carrément des « droits historiques » sur le territoire Arménien, non seulement dans le Haut-Karabakh, mais aussi autour de la capitale Erevan ainsi que – et c’est là la clé– sur toute la partie sud-est de l’Arménie qui sépare l’Azerbaïdjan proprement dit de son enclave du Nakhitchevan.

Sur le plan symbolique mais c’est révélateur, selon ses médias pro-gouvernementaux, Bakou a commencé à utiliser des noms azerbaïdjanais pour les villes et les monuments situés en Arménie.

En outre, quelques mois à peine après l’armistice, le président Aliyev a inauguré un parc des trophées de la victoire, où sont exposés les casques des soldats arméniens morts, ainsi que leurs mannequins de cire grandeur nature présentant (berk) des traits racialisés exagérés : « nez crochus, sourcils effrayants et dents en mauvais état », comme l’indique un rapport détaillé du New York Times.

Certains commentateurs ont noté les parallèles troublants entre l’exposition de ces trophées et les casques iraniens exposés par Saddam Hussein après la violente guerre Iran-Irak des années 1980.

Concrètement – en quelque sorte dans les tranchées (parfois au sens propre) – depuis la signature de l’accord de cessez-le-feu, les Azéris ont capturé quelque 200 soldats et civils arméniens.

Pas plus tard que la semaine dernière, Bakou a condamné 13 militaires arméniens à six ans de prison pour « franchissement illégal de la frontière, possession d’armes » (les soldats ne sont-ils pas enclins à en porter ?) et – voici le terme qui fait mouche, qu’ils ont sans doute retenu du meilleur de l’Amérique : « délit de terrorisme ».

En outre, un rapport de Human Rights Watch arrive à la conclusion que les prisonniers de guerre arméniens ont été maltraités durant leur détention.

Pas plus tard qu’au mois de mai, les forces azéries ont de nouveau attaqué et avancé de quelque 3,5 kilomètres en territoire arménien. Ce qui est unique cette fois-ci, c’est que les combats se sont déplacés vers le sud et l’ouest du cœur traditionnel du Haut-Karabakh, certains des combats les plus sérieux se déroulant à quelque 80 km de là, le long de la frontière nord de l’enclave azérie du Nakhitchevan.

Puis, hier encore, il semble que les forces azéries ont tenté un nouvel assaut, tuant trois soldats arméniens et en blessant quatre, dans le combat le plus meurtrier depuis le cessez-le-feu de novembre.

L’Amérique illibérale

Le fait est qu’Aliyev – comme la plupart des hommes forts – a besoin que le conflit se poursuive, qu’il mette au premier plan la fièvre guerrière pour mieux asseoir son autoritarisme archaïque. D’un autre côté, l’humiliation d’Erevan lors du dernier round de combat nuit à ses récentes perspectives réelles de démocratie après la « révolution de velours » de 2018. Ironie du sort, ce soulèvement populaire, et les résultats électoraux quelque peu libéraux qui en ont découlé, ont en fait éloigné l’Arménie de ses protecteurs russes historiques.

La récente défaite d’Erevan, en revanche – malgré la remarquable retenue de la Russie, qui n’a pas soutenu son allié (technique) du traité – ne peut que ramener l’Arménie dans le giron (pourtant peu fiable) de Moscou. En d’autres termes, voici encore un exemple où les États-Unis soutiennent tacitement ou ouvertement le camp le moins démocratique d’un conflit.

Et, lorsque le combat reprendra de plus belle au-dessus du Nakhitchevan – ne vous attendez pas à de grands changements dans la complaisance de Washington. Au lieu de cela, branchez-vous sur les propos « illibéraux » d’une Amérique qui se contente de jouer la ritournelle du libéralisme uniquement à la télévision.

Danny Sjursen est officier de l’armée américaine en retraite, directeur du Eisenhower Media Network (EMN), chargé de recherche au Center for International Policy (CIP), collaborateur d’Antiwar.com et co-animateur du podcast « Fortress on a Hill ». Ses travaux sont parus dans le NY Times, le LA Times, ScheerPost, The Nation, HuffPost, The Hill, Salon, Popular Resistance, Tom Dispatch, The American Conservative et Mother Jones, entre autres publications.

Il a effectué des missions de combat avec des unités de reconnaissance en Irak et en Afghanistan et a enseigné l’histoire à West Point, son alma mater (université où il a étudié).

Il est l’auteur de mémoires et d’une analyse critique de la guerre d’Irak, Ghostriders of Baghdad : Soldiers, Civilians, and the Myth of the Surge, Patriotic Dissent : America in the Age of Endless War, et plus récemment A True History of the United States. Sjursen a récemment été sélectionné comme lauréat 2019-20 de la Fondation Lannan pour la liberté culturelle.

Vous pouvez le suivre sur Twitter @SkepticalVet.

Vous trouverez sur son site Web professionnel des informations pour le contacter, pour programmer des exposés ou des apparitions dans les médias, ainsi que pour accéder à ses travaux antérieurs.

Source : antiwar.com, Danny Sjursen, 29-07-2021
Source et Traduit par les lecteurs du site Les-Crises

10/09/2021

IRAN : LES MOLLAHS PLUS PROCHE DE L' ARME NUCLÉAIRE ..

Thèmes connexes:  Iran, Programme Nucléaire Iranien

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01/09/2021

DANS LES ARCHIVES DE LA GUERRE D' ALGÉRIE ..........

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Paras, bérets bleus, verts et rouges, tous unis !

Forum pour Parachutistes et Sympathisants de par le Monde
 
Ouverture des archives sur la guerre d’Algérie
 
C'est un tournant dans la délicate question des disparus de la guerre d'Algérie. `

 

En ouvrant au public par arrêté du 9 avril 2020 des dossiers auparavant classés secret-défense, le gouvernement a rendu accessibles à tous les fonds d'archives sur les disparitions survenues pendant la guerre d'Algérie.

 

L’historien Jean-Jacques JORDI a, ainsi, pu constituer un dossier édifiant sur les disparitions d’Européens, civils et militaires.
Après les accords d'Evian et l'indépendance de l'Algérie, de nombreuses disparitions suspectes d'Européens ont lieu dans le pays.

Cette étude démontre que le gouvernement français était au courant des exactions perpétrées contre ses ressortissants en Algérie sans intervenir autrement que par de vaines protestations.
 
Jean-Jacques Jordi, docteur en histoire est spécialiste des migrations en Méditerranée occidentale aux 19e et 20e siècles et spécialiste de l’histoire de la colonisation. Il est actuellement directeur territorial-administrateur des Musées pour la ville de Marseille.
 
   image002.jpgDOCUMENTS : Durant quatre ans, Jean-Jacques Jordi a pu "fouiller" les archives secrètes de la guerre d'Algérie.
    Les résultats de son enquête sont stupéfiants. Extraits.
   TORTURE : le FLN Aussi
    La torture n'est plus une " spécialité " de l'armée française: elle a été largement utilisée pur le FLN et l'ALN. c'est ce qui ressort de " la quasi totalité des archives consultées " par l'auteur. Parmi d'autres, le général Gravil, chef du 2e bureau, évoque les " cas tragiques de ces ressortissants impunément torturés, assassinés, contre tous les termes, tant sur le fond que sur la forme, des accords d 'Evian " Un rapport relate le calvaire de Roland Planté, garde champêtre à El Rahel (département d'Oran) : " le 20 juillet 1962, à 6 heures du matin, quatre hommes du FLN se présentent à son domicile, le ligotent et le jettent dans une voiture. Il est emmené au douar Amadoueh, ou il reste une journée entière, un sac sur la tête et les mains ligotés par du fil de fer. [Le lendemain], il est cravaché par la population musulmane qui l'amène dans une autre mechta à quelques centaines de mètres ou il est alors plus violemment frappé. [Le surlendemain], il est frappé sans discontinuer par deux hommes et deux femmes dont une le brule avec une cigarette. Il s'évanouit. " Libéré le 27 juillet dans un état " hagard " et " sérieusement ébranlé sur le plan de l'équilibre nerveux ", le médecin militaire qui l'examine constate de " nombreux traumatismes sur son corps (tronc, bras et tête) avec fractures multiples des cotes, du sternum... "
    " Le 8 septembre, rapporte un autre document, une dizaine d'Européens étaient libérés. [. . .] Toutes ces personnes ont été torturées, soit par électricité, soit par noyade, soit par introduction de corps étrangers dans l'anus. " La découverte de dizaines de charniers confirme ces pratiques. L'un d'eux contient les corps de neuf Français qu'" il ne fut plus possible de reconnaitre tant les personnes étaient affreusement mutilées ". Parmi ces cadavres, " 2 ont été tués a l'arme blanche, les autres par balles et portent des traces de coups dus a un acharnement sur leur corps " constate le médecin colonel. Un rapport évoque aussi des " cadavres ensevelis par la population après avoir été déchiquetés. Le 9 mars 1962, a Eckmühl, " 16 personnes dont 5 femmes périssent carbonisées dans un garage ou elles s'étaient réfugiées et qui est incendié par un commando FLN ".
    Ces tortures, que Jordi qualifie de " systématiques ", vont durer longtemps après l'indépendance.
     Le 30 janvier 1963, le consul général d'Alger attire encore l'attention du ministre algérien des Affaires étrangères, Mohamed Khemisti, sur l'existence de " locaux de torture dans une villa située chemin Laperlier à El Biar ainsi qu'au cinquième étage de la préfecture d'Alger " d'ou un Français, M. Bordier, s'est " suicidé eu se jetant par la fenêtre, pour échapper à sou supplice ".
   Plusieurs documents vont jusqu'à relater le cas de personnes enlevées pour " donner leur sang " jusqu'à la mort.
    Un rapport parle de la découverte des corps de " 40 Européens séquestrés, jouant le rôle de donneurs de sang pour les combattants FLN ". Le 21 avril 1962, des gendarmes d'Oran en patrouille découvrent " quatre Européens entièrement dévêtus, la peau collée aux os et complètement vidés de leur sang. Ces personnes n'ont pas été égorgées, mais vidées de leur sang de manière chirurgicale ". Cette collecte de sang se déroule parfois avec la complicité de " médecins français acquis à l'indépendance. Aucun ne sera inquiété après leur retour en France. "

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   Travaux forcés et camps a l'étranger
    Des centaines de Français détenus ont été envoyés dans des " camps de travail " du FLN. Ils sont souvent " inscrits sous des noms d'emprunt " afin de " déjouer les démarches faites par les commissions de contrôle et par la Croix-Rouge ". Un rapport militaire chiffre à 200 le nombre de prisonniers " occupés à des travaux pénibles dans un camp au sud de Cherchell ". Le fils et la belle fille de Maurice Penniello, prisonniers dans le camp de Tendara, " sont employés à la construction d'un hôpital pour les blessés du FLN ". Avant l'indépendance, plusieurs " camps de détention " étaient installés au Maroc et Tunisie, avec la complicité des deux Etats. " Certaines des personnes enlevées sont prisonnières [. . .] dans les camps de l'ALN au Maroc et en Tunisie ", écrit Christian Fouchet, le haut commissaire de la République française.

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Les bordels du FLN
    De nombreux document évoquent des " viols d'Européennes ", notamment après le " cessez-le-feu ".
    A partir du 19 mars, sont cités des " dépôts de plainte quotidiens sur tout le territoire de l'Algérie et plus précisément dans les villes ". Les violeurs sont le plus souvent laissés en liberté : " au soir du 13 septembre 1962, dans Alger centre, trois Européennes sont violées, portent plainte, désignent leurs violeurs qui ne sont pos inquiétés ", expose un rapport.
   Le 8 novembre 1962, Amar Oucheur, accuse de Viol et de tentative d'assassinat sur une Française à la fin octobre, est " remis en liberté sans suivi judiciaire ". Concernant le sort des femmes enlevées, nombre d'entre elles sont " livrées à la prostitution " ou " réduites en esclavage dans le Sud ".
    Preuve de l'importance de ce phénomène : en janvier 1963, le ministre algérien de l'intérieur ordonne le recensement des Françaises " placées " dans les bordels militaires de campagne (BMC) algériens !
 

 
  
 Dans un courrier classé " secret ", le colonel de Reals, attaché militaire auprès de l'ambassade de France, demande des informations à un officier d'état-major :
    " D'après des renseignements récents [13 septembre], mademoiselle Claude Perez, institutrice ai Inkermann, enlevée le 23 avril 1962 par le FLN [. . .] est en ce moment dans un " centre de repos " du FLN situé au bord de la mer près de Ténès. Elle est détenue là avec deux autres captives enlevées a Dilian et à Orléansville. " L'auteur cite aussi le cas de " Mme Valadier enlevée à Alger le 14juin 1962 par le FLN et retenue dans une maison close de la basse casbah. " Parvenue à s'enfuir et à rentrer en France, elle sera hospitalisée en neurologie à Nîmes en 1963. Son témoignage, cité à l'époque par plusieurs associations de rapatriés, ne sera jamais reconnu par la France. Il était pourtant vrai !
   Avec la caution du pouvoir algérien
    Militaires, policiers et proches du pouvoir FLN sont directement impliqués dans nombre d'exactions. Le 12 juillet 1962, la gendarmerie d'Harrach rédige une note indiquant clairement que des " interrogatoires au moyen de la torture sont menés par le lieutenant Saïd, qui appartient à la " Commission mixte ", créée dans le cadre des accords d'Evian pour " gérer " la transition !
    Le 22 janvier 1963, le général de Brebisson avertit l'ambassadeur de France en Algérie de " brutalités exercées contre les Français arrêtés par la police algérienne ". Il joint a sa correspondance plusieurs dizaines de témoignages. En vain. Selon les documents, " aucune des plaintes déposées après juillet 1962 par des Européens à l'encontre de musulmans pour des occupations d'appartements, vols, pillages, viols, enlèvements et meurtres n'ont eu de suivi, quand bien même les auteurs de ces crimes étaient identifiés ". C'est notamment le cas de " deux tortionnaires identifiés d'un certain Giuseppe Vaiasicca soumis a l'électricité le 19 septembre 1962 " ; deux inspecteurs de la sécurité algérienne faisant office de gardes du corps d'Ahmed ben Bella, nouveau président du gouvernement algérien !
    Rendu a ses bourreaux
     Le 11 mai à Belcourt, des Européens sont témoins d'un enlèvement, raconte une note. Aussitôt, le sous-officier se présente à l'officier responsable du secteur pour demander son intervention. Il obtient pour toute réponse : " On en a fini avec le FLN Nous Luttons maintenant contre l'OAS. Oubliez donc ce que vous venez d'apprendre et de voir. " Histoire édifiante révélée par une autre archive : en 1962, figure parmi les libérés d'un camp de détention un certain Christian Bayonnas, mécanicien auto, que les autorités françaises connaissent bien. Apres avoir été " torturé a l'électricité et battu ", il était en effet parvenu à s'enfuir et a se " refugier dans le cantonnement des gendarmes mobiles ", ou il pensait être en sécurité. Mais les inspecteurs algériens le récupèrent sans que les gendarmes s'y opposent ! Ramené a la villa Leperlier, il sera a nouveau battu pendant plusieurs heures.
   Barbouzes et Mission C (voir ici) 
 
Enlèvements de masse
       Le premier document retrouvé concernant les " enlèvements " perpétrés par le FLN date du 15 décembre 1957. Intitulée " Note au sujet des personnes enlevées par les rebelles algériens ", elle émane de l'état-major mixte et est remise " de la main à la main ", est-il précisé, au colonel Magnv. Le but recherche par les ravisseurs y est ainsi résumé : " affermir par la terreur l'emprise du FLN ".
    " L'enlèvement de civils devait devenir une volonté de pression sur les familles touchées par le drame, ajoute Jordi. Quand bien même les personnes avaient été tuées, il fallait faire en sorte qu'on ne puisse les retrouver. " La plupart des personnes enlevées seront néanmoins découvertes assassinées. Hommes, femmes et enfants sont concernés, ainsi des " jeunes Jean-Paul Morio (15 ans), Jean Almeras (14 ans) et Gilbert Bousquet (15 ans), enlevés alors qu'ils faisaient du vélo " et dont " les cadavres seront retrouvés quelques jours plus tard dans un puits ".

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    Les autorités françaises fermeront souvent les yeux sur ces enlèvements. Le 13 mai 1962 à Alger,        " 5 fidaynes [sic !] armés s'emparent de l'employé du cinéma le Rex qui se débat ". Une patrouille des forces de l'ordre intervient : l'employé est relâché, " mais les cinq musulmans ont pu repartir sans ennuis " ! Quant à l'employé du Rex, il sera enlevé le lendemain dans les mêmes conditions. Au même moment, " à la hauteur du Monoprix de Belcourt, Félix Croce est enlevé par un groupe de musulmans sous les yeux d'une patrouille militaire des forces de l'ordre. Des civils européens, témoins de l'enlèvement, prennent à partie la patrouille en raison de son attitude passive. Le chef de patrouille répond alors "qu'en exécution des instructions reçues, il lui était impossible de s'opposer à de tels faits" ". Félix Croce sera au nombre des cinq Européens fusillés par le FLN le lendemain rue Albert-de-Mun.
    Des dizaines de documents en témoignent : les autorités françaises savent avec précision où se trouvent les principaux lieux de séquestration, mais n'interviennent presque jamais : " Nous sommes impuissants, nous n'y pouvons rien, nous avons reçu l'ordre de les laisser faire ", regrette un militaire dans une note.
    La vague d'enlèvements - plusieurs dizaines de milliers au total - atteint son point culminant après le "cessez-le-feu" et l'indépendance ; " en deux mois et demi, du 19 mars à la fin mai 1962, écrit Jordi, il y a eu plus d'enlevés et de disparus qu'entre novembre 1954 et le 18 mars 1962.

" A partir d'avril, " les enlèvements d'Européens par le FLN sont quasi systématiques ", ajoute un rapport. Extraits d'une directive interne du FLN saisie par le renseignement militaire : " désormais, les enlèvements ne seront plus effectués sur des individus mais sur des familles entières ".

Il reste aujourd'hui près de 4 OOO disparus dont les corps n'ont jamais été retrouvés.
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