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14/03/2020

L' OBJECTIF D' ERDOGAN EN SYRIE ! LU, VU ET ENTENDU !


Le véritable objectif d’Erdogan en Syrie, par Jean-Gilles Malliarakis


Posted: 13 Mar 2020 08:25 AM PDT

 

À l’instar de ses alliés Frères musulmans, le président désormais tout puissant de la ci-devant démocratie turque se pose avec habileté en défenseur des droits de l’Homme et des libertés.

Cela peut se comprendre dans certains pays de traditions dictatoriales. Jusqu’aux printemps arabes de 2011 régnaient des régimes à partis uniques plus ou moins laïcistes, comme en Tunisie, en Irak ou en Égypte.

Bien différente était la situation de la Turquie.

Ce pays jouissait, depuis 1946, d’un statut certes chaotique, mais infiniment plus libéral.

De façon très claire sa réforme constitutionnelle adoptée par référendum en avril 2017 lui confère des pouvoirs sans commune mesure avec ceux d’une démocratie présidentielle.

Néanmoins la naïveté internationale sans limites prend au sérieux le rôle qu’il prétend jouer de lutte contre le régime baasiste de Damas.

Violant ouvertement la souveraineté de la Syrie voisine, il justifie son intervention militaire aux côtés de rebelles, essentiellement islamistes, en invoquant les droits qu’il muselle chez lui.

Cette tartufferie échappe de moins en moins aux responsables européens. Mais il semble que le but de ses agissements échappe encore à l’intelligence de nos technocrates.

Sans doute doit-on se féliciter des réactions indignées, dans divers pays de l’Union européenne, dénonçant le chantage turc à l’invasion migratoire.

On ne peut qu’approuver ainsi celle de M. Le Drian. Le ministre français des affaires étrangères a en effet déclaré à la tribune de l’Assemblée nationale ce 3 mars : “l’usage par la Turquie des migrants comme moyen de pression et de chantage sur l’Europe est absolument inacceptable“.

On doit souligner aussi la nouveauté d’une solidarité, affirmée dans la défense des frontières européennes, aussi bien par Charles Michel que par Mme von der Leyen au nom de la Commission. Cette avancée géopolitique nécessaire doit être saluée.

Ne doutons pas cependant que le politiquement-islamiquement correct n’en restera pas là. Dès le premier jour après avoir lui-même déclenché la ruée vers l’Europe de milliers d’immigrants illégaux, Erdogan et son dévoué ministre Cavutoglu agitaient, avec beaucoup de conviction maintenant, le drapeau des droits de l’Homme.

 

Remarquons qu’ils ont très rapidement été relayés par nos moyens de désinformation.

Le message hypocrite prétend faire honte aux habitants pacifiques des îles de la mer Égée qui, submergés et exaspérés, osent réagir contre ces réfugiés vrais ou faux, qu’ils ont accueillis ou supportés en surnombre depuis 5 ans. Les gens des fameuses “ONG” subventionnaires se montrent plus arrogants encore.

Mais le fond du sujet, l’objectif réel que poursuit le président turc, ne doit pas être dissimulé.

C’est là que réside la cause de ces évènements et des interventions de la Turquie chez sa voisine méridionale, État souverain qui ne fait plus, depuis bientôt un siècle partie de l’Empire ottoman.

 

Le 26 février Recep Tayyip Erdogan s’exprimait devant le Türkiye Büyük Millet Meclisi, le parlement d’Ankara. Il affirmait ce jour-là, sur le ton agressif qu’on lui connaît, avoir dit à son allié d’hier Poutine, ennemi d’avant-hier, rival d’aujourd’hui et adversaire probable de demain : “Ôtez-vous de notre chemin” en Syrie.

Quel chemin ? Vers quel but ?

Le lendemain 27 février, il se souvenait de son appartenance à l’OTAN et demandait à celle-ci de se solidariser, sur le fondement du traité de Washington de 1949.

Le 28 février, le secrétaire général Stoltenberg s’exécutait de bonne grâce et s’exprimait dans ce sens lors d’un point de presse. Il semble toutefois avoir surinterprété le traité d’alliance.

C’est l’article 6 de cet accord, remontant à la guerre froide qui en définit le périmètre d’application. Celui-ci comprend le territoire de ses membres, y compris les départements français d’Algérie.

Cette dernière disposition, devenue caduque en 1963 semble difficilement extensible aux anciens vilayets ottomans de Syrie et d’Irak où s’aventure l’armée turque.

 

Dès lors, le 29 février, Erdogan entreprenait de tordre le bras à l’Union européenne, la menaçant sur ses frontières en exigeant que celle-ci s’aligne sur la position de l’OTAN.

Le 2 mars, le président bulgare Borissov se rendit aussitôt à Ankara pour tenter d’organiser une négociation, ce que son interlocuteur refusa.


Certains ne veulent y voir que la conséquence de sa mégalomanie ou des difficultés de sa politique intérieure voire de son économie.

C’est méconnaître le fond du personnage et de la synthèse islamo-nationaliste qui l’inspire désormais. Sa nouvelle doctrine est tournée vers la restauration d’un Empire que l’on croyait disparu depuis un siècle.

Et cette idée fait novation par rapport aux traditions politiques de la république jacobine fondée par Mustafa Kemal.

 

 

En 2016, en effet le maître d’Ankara se trouvait en conflit à la fois :

 

1° avec les musulmans modernistes du mouvement Hizmet inspirés par Fethullah Gülen.

Ceux-ci, ses anciens alliés, semblent avoir découvert sa dérive mafieuse en 2013. Avec les Gülenistes, dès lors, il pratiqua, d’une part la calomnie systématique les rendant responsables de l’étrange tentative de coup d’État militaire, d’autre part une surenchère religieuse sunnite en se servant des réseaux des Frères musulmans chassés d’Égypte.

 

2° vis-à-vis des kémalistes, qu’il a toujours combattus, il entendait se montrer plus nationaliste que ces démocrates, ces laïcs de gauche, qu’il dénonce comme “crypto-francs-maçons”.

Pour comprendre sa politique il faut ne jamais perdre de vue la forte personnalité de son épouse née Emine Gülbaran. Recep Tayyip Erdogan l’a rencontrée en 1977.

Agée de 22 ans, elle militait en tant responsable de l’Association des femmes idéalistes, mouvement de jeunesses du parti MHP clairement fasciste plus connu sous l’appellation des Loups Gris. L’occasion était lors d’un meeting du parti islamiste dit du salut national, Millî Selamet Partisi.

Depuis son adolescence, Erdogan avait été formé dans les rangs de cette organisation islamiste flamboyante, fondée et dirigée par Necmettin Erbakan.

Il ne se séparera de son vieux chef que pour des raisons d’efficacité, 20 ans plus tard, après un séjour en prison.

Or, le parti des Loups Gris, le MHP, nationaliste et pantouranien, tourné vers les terres ancestrales de l’Asie centrale, longtemps rival des islamistes, est aujourd’hui ouvertement associé à la majorité gouvernementale de l’AKP.

La réaffirmation par Erdogan du pacte national turc Misak i-Milli de 1920, correspond ainsi à une surenchère par rapport au kémalisme qui remonte aux années 2015-2016, période très trouble après que l’organisation État islamique se soit emparé de Mossoul en juin 2014 et que les kémalistes aient accusé les services spéciaux d’Ankara, le MIT, de lui avoir fourni des armes.

Le pacte national, Misak-ı Milli, réaffirmé par Erdogan en 2016 est le nom du manifeste en six points adopté à l’unanimité le 28 janvier 1920 par la dernière assemblée ottomane, Meclis-i Mebusan.

 

A l’époque les revendications turques visaient les territoires suivants :

1. Une partie de la Thrace occidentale

2. Rhodes et le Dodécanèse

3. le district arménien de Kars, Ardahan et la ville aujourd’hui géorgienne de Batoumi

4. le vilayet d’Alep en Syrie, incluant la zone que les Kurdes appellent Rojava, mais aussi le sandjak syrien d’Alexandrette et l’ancienne Antioche sous mandat français, devenu la province turque de Hatay, ainsi que Lattaquié

5. Le vilayet alors majoritairement kurde de Mossoul et Erbil en Irak 6. Le sandjak de Deir ez-Zor et 7. L’île entière de Chypre.

 

Au gré d’accords successifs, avec Lénine en 1921, avec les anglo-français en 1939, au prix de l’occupation du nord de Chypre en 1974, ce programme, morceau par morceau, a été mis en œuvre par les kémalistes sur un siècle.

Erdogan veut le réaliser par la force et la ruse, prétendant combattre le “régime” de Damas et en y réimplantant les 3,7 millions de Syriens qu’il menace sinon de nous envoyer.

Y parviendra-t-il ?

Il prend les Européens pour des lâches et des imbéciles. A-t-il tort ?

 

 

Par Jean-Gilles Malliarakis

Article paru sur le site de L’Insolent

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