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28/11/2019

GÉOPOLITIQUE : SYRIE : USA ET PÉTROLE .......

 
28.novembre.2019 // Les Crises
 

Les troupes américaines qui restent en Syrie pour « garder le pétrole » ont déjà tué des centaines de personnes

 

Source : Consortium News

Des centaines de soldats américains restent en Syrie, non pas pour assurer la sécurité de groupe de personnes, mais pour occuper les réserves pétrolières du pays et priver le gouvernement syrien des revenus nécessaires à la reconstruction.

Le président américain Donald Trump a rassuré ses partisans en leur disant qu’il « ramène des soldats à la maison » après la guerre « sans fin » en Syrie.

Mais ce n’est tout simplement pas le cas.

Alors que Trump a ordonné le retrait partiel des quelque 1 000 soldats américains présents sur le territoire syrien – qui imposent une occupation militaire illégale en vertu du droit international – les responsables américains et le président lui-même ont admis que certains resteraient.

Et ils resteront sur le sol syrien non pas pour assurer la sécurité d’un groupe de personnes, mais plutôt pour garder le contrôle des champs de pétrole et de gaz.

L’armée américaine a déjà tué des centaines de Syriens, et peut-être même quelques Russes, précisément pour conserver ces réserves de combustibles fossiles syriens.

L’obsession de Washington de renverser le gouvernement syrien refuse de s’éteindre.

 

Les États-Unis demeurent résolus à empêcher Damas de reprendre son propre pétrole, ainsi que sa région productrice de blé, afin de priver le gouvernement de revenus et de l’empêcher de financer ses efforts de reconstruction.

Le Washington Post a noté en 2018 que les États-Unis et leurs alliés kurdes occupaient militairement une part massive de « 30 % de la Syrie, qui est probablement l’endroit où 90 % de la production pétrolière d’avant-guerre a eu lieu ».

Maintenant, pour la première fois, Trump a ouvertement confirmé les arrière-pensées impérialistes derrière le maintien d’une présence militaire américaine en Syrie.

« Nous voulons garder le pétrole », a avoué Trump lors d’une réunion du cabinet le 21 octobre. « Peut-être que nous aurons une de nos grandes compagnies pétrolières pour y aller et le faire correctement. »

 

Trois jours plus tôt, le président tweetait : « Les États-Unis ont pris le contrôle du pétrole. »

Je viens de parler au Président Erdogan de Turquie. Il m’a dit qu’il y avait eu des tirs mineurs de sniper et de mortier qui ont été rapidement éradiqués.

Il veut vraiment que le cessez-le-feu, ou la pause, fonctionne. De même, les Kurdes veulent que cela se produise et que la solution ultime se produise.

Dommage qu’il n’y ait pas eu cette pensée il y a des années. Au lieu de cela, les choses ont toujours été maintenues avec des bouts de sparadrap, et de façon artificielle. Il y a de la bonne volonté de part et d’autres et de grandes chances de succès.

Les États-unis ont pris le contrôle du pétrole, et le contrôle des prisonniers membres de Daesh a été doublement pris par les Kurdes et par la Turquie…

Le New York Times a confirmé la stratégie le 20 octobre. Citant un « haut fonctionnaire de l’administration », le journal a rapporté :

« Le président Trump penche en faveur d’un nouveau plan du Pentagone visant à maintenir un petit contingent de troupes américaines dans l’est de la Syrie, peut-être environ 200, pour combattre l’État islamique et bloquer l’avance du gouvernement syrien et des forces russes dans les champs pétroliers convoités de la région.

… Un avantage secondaire serait d’aider les Kurdes à garder le contrôle des champs de pétrole à l’est, a dit le fonctionnaire. »

M. Trump a ensuite explicitement réitéré cette politique lors d’une conférence de presse de la Maison-Blanche sur le retrait de la Syrie le 23 octobre.

« Nous avons pris le contrôle du pétrole (en Syrie) et, par conséquent, un petit nombre de soldats américains resteront dans la zone où ils ont le pétrole », a dit M. Trump.

« Et nous allons les protéger. Et nous déciderons de ce que nous allons en faire à l’avenir. »

Utilisation de l’EI comme excuse

Le secrétaire américain à la Défense, Mark Esper – l’ancien vice-président des relations gouvernementales du grand fabricant d’armes Raytheon, avant d’être promu par Trump à la tête du Pentagone – a révélé la politique américaine actuelle sur la Syrie lors d’une conférence de presse le 21 :

« Nous avons des troupes dans les villes du nord-est de la Syrie qui sont situées à côté des champs de pétrole. Les troupes dans ces villes ne sont pas dans la phase actuelle de retrait.

 

… Nos forces resteront dans les villes qui sont situées près des champs de pétrole. »

M. Esper a ajouté que l’armée américaine « maintient une patrouille aérienne de combat au-dessus de toutes nos forces sur le terrain en Syrie. »

Contrairement à Trump, Esper a offert une excuse pour justifier la poursuite de l’occupation militaire américaine des champs pétroliers syriens.

Il a insisté pour que les soldats américains restent pour aider les Forces démocratiques syriennes (FDS), dirigées par les Kurdes, à maintenir les ressources et à empêcher les djihadistes de l’EI de les reprendre.

C’est ce qui a conduit les grands médias dominants comme CNN à rapporter : « Le secrétaire à la Défense dit que certaines troupes américaines resteront temporairement en Syrie pour protéger les champs pétroliers de l’EI ».

Mais n’importe quel observateur qui a soigneusement analysé les commentaires d’Esper lors de sa conférence de presse aurait été en mesure de détecter le véritable objectif derrière la présence prolongée des États-Unis dans le nord-est de la Syrie.

Comme l’a dit Esper, « L’un des buts de ces forces [américaines], en collaboration avec les FDS, est de refuser l’accès à ces champs pétroliers à l’EI et à d’autres qui pourraient bénéficier de revenus qui pourraient être générés ».

Extrait de la transcription de la conférence de presse de Mark Esper au Pentagone.

« Et d’autres qui peuvent bénéficier de leurs revenus générés » est un qualificatif crucial. En fait, Esper a utilisé ce langage – « l’EI et autres » – deux fois de plus dans sa conférence de presse.

La stratégie des États-Unis est d’empêcher le gouvernement syrien reconnu par l’ONU et la majorité syrienne qui vit sous son contrôle de reprendre leurs propres champs pétroliers et de récolter les bénéfices de leurs revenus.

Des centaines de personnes massacrées

Il ne s’agit pas seulement de spéculation. CNN l’a dit clairement lorsqu’elle a rapporté ce qui suit dans un passage incontestablement franc, citant des hauts responsables militaires américains anonymes :

« L’armée américaine a depuis longtemps des conseillers militaires intégrés aux Forces démocratiques syriennes près des champs pétroliers syriens à Deir Ezzoir depuis que la région a été prise à l’EI.

La perte de ces champs pétroliers a privé l’EI d’une importante source de revenus, une source de financement ponctuelle qui a fait la différence avec d’ autres groupes terroristes.

Les gisements de pétrole sont également des actifs recherchés depuis longtemps par la Russie et le régime d’Assad, qui est à court d’argent après des années de guerre civile.

Moscou et Damas espèrent utiliser les recettes pétrolières pour aider à reconstruire la Syrie occidentale et à consolider l’emprise du régime.

Pour tenter de s’emparer des champs de pétrole, des mercenaires russes les ont attaqué, ce qui a mené à un affrontement au cours duquel des dizaines, voire des centaines de mercenaires russes ont été tués dans des frappes aériennes américaines, un épisode que Trump a présenté comme la preuve qu’il est dur avec la Russie.

Cette action a contribué à dissuader les forces russes ou les forces du régime de faire des tentatives similaires pour les champs pétroliers.

Les forces américaines près des champs pétrolifères restent en place et de hauts responsables militaires avaient déjà dit à CNN qu’ils seraient probablement parmi les derniers à quitter la Syrie. »

CNN a ainsi reconnu que l’armée américaine avait tué jusqu’à des « centaines » de combattants soutenus par la Syrie et la Russie cherchant à accéder aux champs pétroliers syriens.

Elle a massacré ces combattants non pas pour des raisons humanitaires, mais pour empêcher le gouvernement syrien d’utiliser « les revenus pétroliers pour aider à reconstruire la Syrie occidentale ».

Cet aveu direct et choquant allait à l’encontre du mythe populaire selon lequel les États-Unis gardaient des troupes en Syrie pour protéger les Kurdes d’un assaut de la Turquie, membre de l’OTAN.

Le rapport de CNN faisait apparemment référence à la bataille de Khasham, un épisode peu connu mais important de la guerre internationale par procuration de huit ans contre la Syrie.

La bataille s’est déroulée le 7 février 2018, lorsque l’armée syrienne et ses alliés ont lancé une attaque pour tenter de reprendre d’importantes réserves de pétrole et de gaz dans le gouvernorat syrien de Deir ez-Zor, qui étaient occupées par les troupes américaines et leurs représentants kurdes.

Le New York Times semble se délecter des nouvelles selon lesquelles l’armée américaine a massacré 200 à 300 combattants après des heures de « frappes aériennes impitoyables en provenance des États-Unis ».

Le Times a souligné à plusieurs reprises que Deir ez-Zor est « riche en pétrole ». Il a également cité des responsables américains anonymes qui ont affirmé que bon nombre des combattants massacrés étaient des ressortissants russes de la société militaire privée Wagner Group.

Ces « responsables du renseignement américain » anonymes ont déclaré au Times que les combattants russes présumés étaient « en Syrie pour saisir des champs de pétrole et de gaz et les protéger au nom du gouvernement Assad ».

Le Times a noté que les forces d’opérations spéciales américaines du JSOC [Le Joint Special Operations Command est chargé de diriger et de coordonner les unités des forces spéciales des différentes branches de l’armée américaine, NdT] travaillaient avec les forces kurdes dans un avant-poste près de l’importante usine à gaz de Conoco en Syrie.

 

Les FDS, dirigées par les Kurdes, avaient arraché cette installation à l’EI en 2017 avec l’aide de l’armée américaine. Le Wall Street Journal notait à l’époque que « l’usine est capable de produire près de 450 tonnes de gaz par jour » et était l’une des sources de financement les plus importantes de l’EI.

Le journal a ajouté : « Les Forces démocratiques syriennes dirigées par les Kurdes, soutenues par les frappes aériennes de la coalition dirigée par les États-Unis, se battent contre le régime du président Bachar al-Assad pour des gains territoriaux dans l’est du pays ».

Les sites Web de surveillance des produits de base MarketWatch et OilPrice.com suivaient de près l’histoire et analysaient les forces qui allaient prendre le contrôle de l’une des usines à gaz les plus importantes de Syrie.

Affamer la Syrie en pétrole et en blé

Pour le gouvernement syrien, la reprise du contrôle de ses réserves de pétrole et de gaz dans la partie orientale de son territoire est cruciale pour financer les efforts de reconstruction et les programmes sociaux – surtout à un moment où les sanctions étouffantes des États-Unis et de l’UE ont paralysé l’économie, causé des pénuries de carburant et gravement affecté la population civile syrienne.

Les États-Unis ont cherché à empêcher Damas de reprendre des territoires rentables et à le priver de ressources naturelles, de combustibles fossiles comme de denrées alimentaires de base.

En 2015, le président Barack Obama a déployé des troupes américaines dans le nord-est de la Syrie pour aider la milice kurde, la People’s Protection Units (YPG), à combattre l’EI. Ce qui a commencé comme plusieurs dizaines de forces d’opérations spéciales américaines s’est rapidement transformé en quelque 2 000 soldats, en grande partie stationnés dans le nord-est de la Syrie.

Lorsque ces soldats américains ont permis au YPJ de reprendre le territoire de l’EI, ils ont renforcé le contrôle de Washington sur près d’un tiers du territoire souverain syrien – un territoire qui comprenait 90 % du pétrole syrien et 70 % de son blé, comme par hasard.

Les États-Unis ont par la suite forcé le YPG dirigé par les Kurdes à changer de nom pour devenir les FDS, puis les ont traités comme des mandataires pour essayer d’affaiblir le gouvernement syrien et ses alliés l’Iran et la Russie.

En juin, Reuters a confirmé que les autorités kurdes avaient accepté de cesser de vendre du blé à Damas, après que les États-Unis les eurent pressés de le faire.

The Grayzone a rapporté comment le Center for a New American Security, un important groupe de réflexion en politique étrangère du Parti démocrate, financé par les États-Unis et l’OTAN, a proposé d’utiliser l’« arme du blé » pour affamer la population civile de la Syrie.

Un ancien chercheur du Pentagone, devenu chercheur principal du groupe de réflexion, a déclaré ouvertement : « Le blé est une arme d’une grande puissance dans cette prochaine phase du conflit syrien ».

Il a ajouté : « Il peut être utilisé pour faire pression sur le régime d’Assad et, par le biais du régime sur la Russie, pour forcer des concessions dans le processus diplomatique dirigé par l’ONU ».

M. Trump a semblé faire écho à cette stratégie lors de sa réunion du Cabinet du 21 octobre.

« Nous voulons garder le pétrole, et nous allons trouver une solution avec les Kurdes pour qu’ils aient un peu d’argent, un peu de cash-flow », a-t-il dit. « Peut-être que nous aurons une de nos grandes compagnies pétrolières pour y aller et le faire correctement. »

Alors que Trump s’est engagé à ramener les soldats américains à la maison et à mettre fin à l’occupation militaire du territoire syrien – qui est illégale en vertu du droit international –, il est évident que la guerre plus large pour le changement de régime se poursuit.

Une guerre économique brutale contre Damas s’intensifie, pas seulement au travers des sanctions, mais aussi au moyen du vol des trésors naturels de la Syrie par des puissances étrangères.

 

Source : Consortium News, 24-10-2019

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

27/11/2019

U S A ET DÉMOCRATIE , L' ENNEMI INTÉRIEUR ! ( CHRIS HEDGES )

 
27.novembre.2019 // Les Crises
 

L’ennemi intérieur – Par Chris Hedges

 

Source : Truthdig, Chris Hedges, 04-11-2019

Mr. Fish / Truthdig

Notre démocratie n’est pas en péril – nous ne vivons pas dans une démocratie. L’image de notre démocratie est en péril.

 

L’État profond – généraux, banquiers, industriels, lobbyistes, chefs du renseignement, fonctionnaires du gouvernement et technocrates – est déterminé à sauver la réputation de cette institution.

Il est difficile de se vanter d’être le gardien de la liberté et de la liberté dans le monde avec Donald Trump qui parle de lui-même de façon incohérente, incite à la violence raciste, insulte nos alliés traditionnels ainsi que les tribunaux, la presse et le Congrès, twitte des inepties mal orthographiées et dénonce ou sabote impulsivement la politique intérieure et étrangère bipartite.

Mais le péché le plus impardonnable de Trump aux yeux de l’État profond est sa critique des guerres sans fin de l’empire, même s’il manque des compétences intellectuelles et organisationnelles pour superviser un désengagement.

 

L’État profond a commis la plus grande bévue stratégique de l’histoire américaine lorsqu’il a envahi et occupé l’Afghanistan et l’Irak [L’État profond, transcription de l’américain deep state, est un concept politique qui désigne, au sein d’un État ou de sa bureaucratie, une hiérarchie parallèle, une ligue, ou une entité informelle qui détient secrètement le pouvoir décisionnel, manipulant ainsi l’État de droit, NdT].

De tels fiascos militaires fatals, caractéristiques de tous les empires tardifs, sont appelés actes de « micro-militarisme ». Les empires mourants gaspillent historiquement le dernier capital qu’ils possèdent, économique, politique et militaire, en conflits futiles, insolubles et impossibles à gagner jusqu’à ce qu’ils s’effondrent. Ils cherchent dans ces actes de micro-militarisme à reconquérir une ancienne domination et une stature perdue. Les catastrophes s’empilent les unes sur les autres.

Les architectes de notre spirale de la mort impériale, cependant, sont intouchables. Les généraux et les politiciens ignorants qui propulsent l’empire dans un chaos et un effondrement fiscal grandissants réussissent une chose : se maintenir. Personne n’est tenu responsable.

Une presse servile traite ces mandarins avec une vénération quasi religieuse. Des généraux et des politiciens, dont beaucoup auraient dû être renvoyés ou jugés, se voient accorder, au moment de leur retraite, des sièges lucratifs dans les conseils d’administration des fabricants d’armes, pour lesquels ces guerres sont immensément rentables.

Ils sont appelés par une presse sans scrupules à fournir au public une analyse du gâchis qu’ils ont créé. Ils sont présentés comme des exemples d’intégrité, de service désintéressé et de patriotisme.

Après près de deux décennies, tous les objectifs invoqués pour justifier nos guerres au Moyen-Orient ont été balayés. L’invasion de l’Afghanistan était censée anéantir Al-Qaïda.

Au lieu de cela, Al-Qaïda a émigré pour combler les vides de pouvoir provoqués par l’État profond lors des guerres en Irak, en Syrie, en Libye et au Yémen. La guerre en Afghanistan s’est transformée en une guerre avec les talibans, qui contrôlent maintenant la majeure partie du pays et menacent le régime corrompu que nous soutenons à Kaboul. L’État profond a orchestré l’invasion de l’Irak, qui n’a rien à voir avec les attentats du 11 septembre. Il a prédit en toute confiance qu’il pourrait construire une démocratie à l’occidentale et affaiblir le pouvoir de l’Iran dans la région. Au lieu de cela, il a détruit l’Irak en tant que pays unifié, dressant les factions ethniques et religieuses en guerre les unes contre les autres.

L’Iran, qui est étroitement lié au gouvernement chiite dominant de Bagdad, en est sorti encore plus fort. Les rebelles « modérés » en Syrie ont été armés par l’État profond dans le but de renverser le président Bachar Assad, mais lorsqu’il s’est rendu compte qu’il ne pouvait pas contrôler les djihadistes auxquels il avait fourni quelque 500 millions de dollars en armes et assistance, l’État profond a commencé à les bombarder et à armer les rebelles kurdes pour les combattre.

Ces kurdes seront plus tard trahis par Trump. La « guerre contre le terrorisme » s’est propagée comme un fléau de l’Afghanistan, de l’Irak, de la Syrie et de la Libye au Yémen, qui, après cinq ans de guerre, connaît l’une des pires catastrophes humanitaires du monde. Le coût financier de cette misère et ces morts se situe entre 5 000 et 8 000 milliards de dollars.

Le coût humain se chiffre en centaines de milliers de morts et de blessés, des villes en ruines, des villes et des infrastructures détruites et des millions de réfugiés.

Trump a commis une hérésie politique lorsqu’il a osé souligner la folie d’un militarisme incontrôlé. Il va payer pour ça. L’état profond a l’intention de le remplacer par quelqu’un – peut-être Mike Pence, aussi vide moralement et intellectuellement que Trump – qui fera ce que l’on lui dit.

C’est le rôle de l’exécutif américain : Personnifier et humaniser l’empire. A faire en grande pompe. Barack Obama – qui a réinterprété de façon spécieuse l’autorisation de 2001 pour le recours à la force militaire afin de donner à l’exécutif le droit d’assassiner quiconque à l’étranger, même un citoyen américain, considéré comme un terroriste – s’est livré à ce jeu.

La destitution de Trump ne menacerait pas le pouvoir des entreprises. Elle ne rétablirait pas les libertés civiles, y compris notre droit à la vie privée et à l’application régulière de la loi. Elle ne démilitariserait pas la police et ne défendrait pas les droits de la classe ouvrière.

Elle n’entraverait pas les profits des industries des combustibles fossiles et des banques. Elle ne s’attaquerait pas à l’urgence climatique. Cela ne perturberait pas la surveillance sans mandat de la population. Elle ne mettrait pas fin aux extraditions extraordinaires, à l’enlèvement de ceux qui, dans le monde entier, sont considérés comme des ennemis de l’État. Elle ne mettrait pas fin aux assassinats par des drones militarisés.

Cela ne mettrait pas fin à la séparation des enfants de leurs parents et à la rétention de ces enfants dans des conditions insalubres et surpeuplées. Elle ne remédierait pas à la consolidation de la richesse et du pouvoir par les oligarques et à l’appauvrissement de la population.

L’expansion de notre système carcéral et des sites clandestins dans le monde entier, des sites où nous torturons, se poursuivrait, tout comme le massacre de citoyens pauvres et non armés dans les terrains vagues urbains. Plus important encore, les guerres étrangères catastrophiques qui ont abouti à une série d’États en déliquescence et au gaspillage de milliards de dollars des contribuables, resteraient sacro-saintes, accueillies avec enthousiasme par les dirigeants des deux partis dirigeants, pantins de l’État profond.

La destitution de Trump, malgré l’enthousiasme de l’élite libérale, est surtout symbolique.Tout le système politique et gouvernemental est corrompu.

Hunter Biden aurait reçu 50 000 dollars par mois pour siéger au conseil d’administration de la compagnie gazière ukrainienne Burisma Holdings, bien qu’il n’ait aucune formation ou expérience dans l’industrie gazière.

Auparavant, il avait travaillé pour la société de cartes de crédit MBNA, qui était l’un des plus importants donateurs de Joe Biden lorsqu’il était sénateur du Delaware. Hunter Biden a été embauché par Burisma Holdings pour la même raison qu’il l’a été par MBNA. Son père, longtemps instrument du pouvoir des grandes entreprises et du complexe militaro-industriel, bref de l’État profond, fut sénateur et plus tard vice-président. Joe Biden, les Clinton et les dirigeants du Parti démocrate incarnent la corruption légalisée qui définie également leurs rivaux au sein du Parti républicain. Les candidats des deux partis au pouvoir sont présélectionnés, financés et élus.

S’ils ne respectent pas les exigences de l’État profond, qui protège les intérêts des entreprises et la gestion de l’empire, ils sont remplacés.

Il y a même un mot pour cela… primarying [Contestation d’un titulaire d’une charge dans une élection primaire d’un parti. Habituellement utilisé seulement dans le cas d’une contestation qui a réussi ou dont on croit qu’elle a une chance raisonnable de succès, NdT]. Les lobbyistes d’entreprise rédigent les lois. Les tribunaux les appliquent.

Il n’y a aucun moyen dans le système politique américain de voter contre les intérêts de Goldman Sachs, Citigroup, AT&T, Amazon, Microsoft, Walmart, Alphabet, Facebook, Apple, Exxon Mobil, Lockheed Martin, UnitedHealth Group ou Northrop Grumman.

Nous, le public américain, sommes des spectateurs. Un public. Qui sera assis lorsque le jeu des chaises musicales s’arrêtera ? Trump pourra-t-il conserver le pouvoir ? Pence sera-t-il le nouveau président ? Ou bien l’État profond élèvera-t-il à la Maison-Blanche un politicard comme Biden ou un néolibéral comme Pete Butiggieg, Amy Klobuchar ou Kamala Harris ?

Va-t-il recruter Michael Bloomberg, John Kerry, Sherrod Brown ou, Dieu nous en garde, Hillary Clinton ? Et si l’état profond s’effondre ?

Et si la pourriture du Parti républicain, ou ce que Glen Ford appelle le « parti de l’homme blanc » de Trump, est si profonde qu’elle ne veut pas signer pour l’extinction politique du président le plus incompétent de l’histoire américaine ?

La lutte pour le pouvoir, qui consiste notamment à empêcher Bernie Sanders et Elizabeth Warren d’obtenir l’investiture du Parti démocrate, va produire de grandes émissions de télévision pendant des mois et générer des milliards de dollars en recettes publicitaires.

La guerre entre l’État profond et Trump a commencé dès son élection. L’ancien directeur de la CIA John Brennan et l’ancien directeur du Renseignement national James Clapper – tous deux maintenant commentateurs rémunérés de l’actualité sur le câble – et l’ancien chef du FBI James Comey accuseront bientôt Trump d’être un instrument de Moscou. Les services de renseignement ont divulgué des histoires salaces sur les « vidéos d’urines » et le chantage, ainsi que des rapports sur des « contacts répétés » avec les services de renseignement russes. Brennan, Clapper et Comey ont rapidement été rejoints par d’autres anciens responsables du renseignement, dont Michael Hayden, Michael Morell et Andrew McCabe.

Leurs attaques ont ensuite été amplifiées par d’anciens hauts responsables militaires, dont William McRaven, James Mattis, H.R. McMaster, John Kelly, James Stavridis et Barry McCaffrey.

Le complot russe, après la publication du rapport Mueller, s’est avéré être un fiasco. La décision de Trump de faire pression sur le gouvernement ukrainien pour qu’il enquête sur l’affaire Biden a toutefois redonné de l’énergie aux acteurs de l’État profond. Trump, cette fois, semble avoir donné à ses ennemis de l’État profond assez de corde pour le pendre.

La procédure de destitution de Trump marque un nouveau chapitre terrifiant de la politique américaine. L’État profond a montré son visage.

Il a déclaré publiquement qu’il ne tolérerait pas la dissidence, bien que la dissidence de Trump soit rhétorique, lunatique et inefficace.

La tentative de destituer Trump envoie un message inquiétant à la gauche américaine. L’État profond a non seulement l’intention d’empêcher, comme il l’a fait en 2016, Bernie Sanders ou tout autre démocrate progressiste d’accéder au pouvoir, mais il a signalé qu’il détruira tout homme politique qui tente de remettre en question le maintien et l’expansion de l’empire.

Son animosité envers la gauche est beaucoup plus prononcée que son animosité envers Trump. Et ses ressources pour détruire ceux de gauche sont presque inépuisables.

Le philosophe politique Sheldon Wolin avait vu tout cela dans son livre de 2008 « Democracy Incorporated : and the Specter of Inverted Totalitarianism » [Democracy Inc. : La démocratie dirigée et le spectre du totalitarisme inversé, Ndt]. Il a écrit :

« Le rôle politique du pouvoir des entreprises, la corruption des processus politiques et représentatifs par l’industrie du lobbying, l’expansion du pouvoir exécutif au mépris des dispositions constitutionnelles et la dégradation du dialogue politique encouragé par les médias sont les éléments fondamentaux du système et non des facteurs qui contribuent à son extension.

Le système resterait en place même si le Parti démocrate obtenait la majorité ; et si cela devait se produire, le système fixerait des limites strictes aux changements indésirables, comme le laisse présager la timidité des propositions de réforme démocrates actuelles.

En dernière analyse, la stabilité et le conservatisme tant vanté du système américain ne doivent rien aux nobles idéaux et tout au contraire au fait irréfutable qu’il est entaché de corruption et inondé de contributions provenant principalement de riches donateurs et de sociétés.

Lorsqu’un minimum d’un million de dollars est exigé des candidats à la Chambre et des juges élus, et que le patriotisme est une chose vantée par ceux qui échappent à la conscription tandis que le citoyen ordinaire doit servir, dans ces circonstances, c’est un simple acte de mauvaise foi que de prétendre que la politique, comme nous le savons maintenant, peut miraculeusement guérir les maux qui sont essentiels pour son existence. »

 

Il n’y a pas de contrôle interne ou externe de l’État profond. Les institutions démocratiques, y compris la presse, qui permettaient autrefois aux citoyens de s’exprimer et d’avoir leur mot à dire dans l’exercice du pouvoir ont été neutralisées.

L’État profond favorisera la consolidation de la richesse et du pouvoir des entreprises, accentuera l’inégalité sociale qui a plongé la moitié des Américains dans la pauvreté ou la quasi-pauvreté, nous dépouillera de nos libertés civiles restantes et nourrira l’appétit rapace des militaires et de l’industrie militaire.

Les ressources de l’État seront gaspillées au fur et à mesure que le déficit fédéral augmentera. La frustration et le sentiment de stagnation qui ont contribué à l’élection de Trump chez les citoyens démunis et négligés ne feront qu’augmenter.

Il y aura un moment de prise de conscience, comme il y en a eu ces derniers jours au Liban et au Chili. Les troubles sociaux sont inévitables.

Toute population ne peut être poussée dans ses dernier retranchements.

L’État profond, incapable de se réformer et déterminé à conserver son emprise sur le pouvoir, se transformera sous la menace de la contestation populaire en un fascisme entrepreneurial. Il dispose des outils juridiques et physiques nécessaires pour transformer instantanément les États-Unis en un État policier.

 

C’est là le véritable danger derrière la volonté de l’État profond de mettre en cause Trump.

 

C’est un message sombre, obéir ou se taire. Trump, en fin de compte, n’est pas le problème. Nous le sommes. Et si l’État profond ne parvient pas à se débarrasser de Trump, il l’utilisera, même à contrecœur, pour faire son sale boulot.

Trump, s’il réussit à survivre au pouvoir, aura ses défilés militaires. Avec ou sans Trump, nous subirons la tyrannie.

 

 

Source : Truthdig, Chris Hedges, 04-11-2019

Source et Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr.

Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

26/11/2019

GÉOPOLITIQUE : VERS UN NOUVEAU YALTA ! PAR CAROLINE GALACTÉROS .

Caroline Galactéros – Vers un nouveau Yalta


Par Hervé – Source le Saker Francophone

Nous vous proposons aujourd’hui une note de lecture géopolitique sur le dernier livre de Caroline Galactéros, Vers un nouveau Yalta.

Il s’agit d’un recueil de chroniques de ces 5 dernières années, de 2014 à 2019, articulées autour de 4 axes, l’Occident, la Russie, l’Orient et sur les points de vue de l’auteur autour des récents événements, et notamment la Guerre en Syrie qui concentre les intérêts de tous les grands acteurs géopolitiques.

Ce livre nous a été proposé par Jean Sirapian, des excellentes éditions Sigest qui est aussi l’éditeur de Valérie Bugault. J’avoue que cette association a piqué ma curiosité, Mme Galactéros ayant une vraie surface médiatique, aurait pu faire le choix d’un éditeur plus connu. Voyons ensemble ce que ce livre nous dit du monde contemporain.

 

Par delà les analyses géopolitiques, on sent que l’auteur à une cible, les dirigeants français. « Ouvrez les yeux, arrêtez de vous leurrer, comportez vous comme des dirigeants responsables ». « Soyez des Hommes », pourrait-on même entendre. Elle appelle à retrouver une dynamique gaullienne, un état et des dirigeants au service de la population, défendant ses intérêts sur tous les fronts, extérieur comme intérieur. Elle commence bien l’histoire moderne au moment ou la France échappe à l’AMGOT américain mais même si elle critique assez violemment les États-Unis, ce pays transparaît largement comme un simple monstre froid qui défend férocement ses intérêts, souvent à nos dépends, sans vraiment cette dimension messianique qui occupe souvent nos colonnes.

Il semble donc manquer une partie de l’Histoire. On aurait aimé l’entendre parler de mai 68 comme de la 1ère révolution colorée, des massacres en Amérique centrale, en Asie sous couvert de containment du communisme alors que la part sombre des dirigeants américains consiste souvent à un pillage sauvage de la planète, partout où il est possible de se remplir les poches, au nom d’une destinée manifeste bien commode.

Où sont les millions de morts des guerres américaines, ce pays qui sera passé de la barbarie à la décadence sans connaître la civilisation ?

Il est difficile de savoir si c’est une limite que l’auteur se donne pour rester en contact avec le monde « réel » des plateaux parisiens ou si la marche est difficile à franchir même pour notre si franche colonel. Un des premiers chapitres, où la diplomatie française, fantomatique il est vrai, en prend encore une fois pour son grade, est symbolique avec en sous-titres :

  • Se garder du moralisme
  • Définir notre objectif
  • Se tourner vers la Russie
  • Cesser de se tromper sur l’Iran
  • Augmenter le budget de la défense

Le cadre de la réflexion est institutionnel, trouver au sein de l’état les leviers pour reconfigurer la stratégie de la France, lâcher les licornes et revenir sur terre avec un plan d’actions, des moyens et une vision. Ce chapitre finit par une volonté d’une pédagogie résolue et décomplexée de l’opinion publique. Arrêtons de prendre nos concitoyens pour des imbéciles.

Certes oui mais pour raconter quelle Histoire ? Si certains dossiers étaient dévoilés, que resterait-il de l’Occident ? Il est fort possible que le guillotinage de quelques têtes couronnées ne suffise pas à calmer les populations quand elles vont prendre conscience de ce qui s’est réellement joué depuis 70 ans, sans parler d’avant. Nos oligarchies sont allées trop loin, c’est pour elles un combat de vie ou de mort. L’auteur le dévoile cependant en filigrane de ce livre, la Libye, l’Irak, le Yémen, la Syrie, des centaines de milliers, des millions de morts, il faudra bien que quelqu’un paye pour que ces gens reposent en paix et que leurs familles puissent enfin faire leur deuil.

Il en va sans doute de notre survie collective. Ce ne sont pas seulement les États-Unis ou Israël qui se sont bâtis sur une mer de sang, crime originel qui n’en finit pas de les ronger, mais aussi depuis trois décennies, tout le camp occidental. Il faudra assumer les délires sanglants de nos dirigeants qu’on aura d’une certaine manière laissés faire au delà de la propagande.

Mais on peut aussi s’attacher au contenu strict de ce livre et de ses chroniques. Pour ceux qui viennent de se réveiller du brouillage médiatique ou qui souhaitent repasser le fil de ces dernières années, vous trouverez dans ce livre force détails, analyses, commentaires pour comprendre en quasi temps réel, les divers rebondissements de ces guerres moyen-orientales, cet orient compliqué qui est en train de se transformer en cimetière de nos illusions, en espérant qu’on en reste là et que nos soldats, voire nos enfants n’aillent pas s’y faire trouer la peau dans des combats qui nous concernent si peu.

Si le quai d’Orsay avait pris le temps de lire les analyses de Mme Galactéros, la diplomatie française aurait pu éviter bien des erreurs. Ce livre est donc aussi un formidable témoignage que tout était possible dès les premiers jours et que ce sont des choix issus d’une volonté qui nous ont amenés là ou nous sommes, une volonté incarnée par des gens, des réseaux.

Si vous découvrez la Grand Jeu de la géopolitique, c’est aussi un régal de comprendre touche par touche le petit jeu subtil, puéril parfois, des différents acteurs, d’analyser le stratégie russe ou chinoise, leur patience, leur respect des institutions pourtant souvent hostiles. Le monde diplomatico-militaire réel est fait de rencontres, d’actions, de recul, d’audace, de lâcheté. Ce livre déroule donc des faits, des dates, des lieux, il parcourt aussi les méandres de la géographie aux confins du monde.

L’écriture est dynamique et le style agréable sans trop de circonvolutions, droit au but si je puis dire. On ne s’ennuie pas à lire ou relire les chroniques de cette fin des temps, enfin ceux de ces oligarchies prédatrices dont la fin semble programmée.

On peut remercier l’auteure d’avoir été le témoin courageux de cette époque, préférant le chemin escarpé et étroit de la réalité aux ors de la république fut ce-t-elle en treillis.

 

Pour finir et avant notre traditionnelle interview, nous vous proposons de découvrir Mme Galactéros dans un format long chez Thinkerview.


Interview de Caroline Galactéros du 15 Novembre 2019

Mme Galactéros est docteure en Sciences politiques, auditeur de l’IHEDN, colonel dans la réserve opérationnelle des armées, géopolitologue. Elle a longtemps travaillé dans l’évaluation et la prospective stratégiques pour les Services de l’État.

Elle dirige le cabinet d’intelligence stratégique PLANETING et préside le Think and Action Tank GEOPRAGMA qu’elle a fondé en 2018 et qui se consacre à la promotion du réalisme éthique en relations internationales.

 

Bonjour Mme Galactéros, merci d’avoir accepté cet interview avec le Saker Francophone. J’avoue que vos chroniques sont d’une telle richesse qu’il a été difficile de sélectionner un nombre limité de questions. Vous balayez en 390 pages une grande partie de l’histoire du 20ème siècle depuis la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux derniers développement de la Guerre en Syrie.

 

SF : Pour commencer, je voudrais revenir sur cette curiosité pour moi qu’est le choix des éditions Sigest ?

Est-ce le signe de l’excellence de leur travail ou un choix par défaut devant des portes fermées ?

D’ailleurs, si on s’intéresse aux sources de publications de vos chroniques, on perçoit un net glissement de sites institutionnels vers des sites disons alternatifs y compris votre propre blog.

La réalité de vos analyses est-elle si insupportable à entendre pour certaines oreilles ?

CG : Les Editions Sigest me semblent sérieuses et ce n’est pas un choix par défaut, mais le résultat d’une rencontre cordiale avec leur directeur, Jean Sirapian et de l’opportunité concomitante d’une découverte de l’Arménie que je ne connaissais point. Un voyage passionnant et la confirmation d’un rôle potentiel important de ce pays comme pont entre la France et l’Eurasie…

À ma connaissance, nul ne m’a encore ouvertement fermé de porte et je ne les force jamais. Sans doute le devrais-je parfois, considérant l’urgence de la situation de mon pays et sa déroute diplomatique et stratégique. Par ailleurs, j’achève un essai sur la politique étrangère française telle que je souhaite pour mon pays, qui paraîtra – je l’espère au printemps prochain- chez un grand éditeur connu et reconnu.

Mes analyses que je veux mesurées, équilibrées et sans parti pris ou biais idéologique, dérangent parfois – précisément du fait de ces caractéristiques- certains esprits engoncés dans une pensée dogmatique et hors sol. Ce n’est pas bien grave. Il leur devient de plus en plus difficile de nier certaines évidences géopolitiques et stratégiques. J’ai toujours réfléchi et écrit par conviction et en liberté.

C’est l’histoire en marche qui déchire la fumée d’utopies dangereuses et met désormais du vent dans mes voiles. Du moins je souhaite le croire. Par ailleurs, je publie régulièrement dans le Figaro Vox et chez Marianne qui ne me semblent pas vraiment des médias « alternatifs »

 

SF : Comment s’informe Caroline Galactéros en 2019 ? On parle de l’effondrement du poids des médias officiels. Le ressentez-vous vous aussi ? Quelles sont vos autres sources d’information, notamment des sources étrangères ?

CG : Je lis beaucoup, je voyage aussi le plus possible et je rencontre moults personnes de tous horizons géographiques et politiques. J’écoute le tumulte du monde et j’essaie de sortir de l’ethnocentrisme qui nous afflige tous plus ou moins pour me mettre à la place des autres.

Pour mieux comprendre, il faut aussi ressentir. Je me suis toujours appliquée, depuis le début de ma vie professionnelle, à laisser les situations et les êtres résonner en moi. Je cherche le lien et le partage, qu’il soit celui du malheur, de la fureur ou de l’espoir. J’essaie d’opérer cette « conversion du regard » essentielle pour l’intelligence du monde et des hommes. Au fil des ans et des expériences, cet effort n’en est plus vraiment un, mais bien plutôt un goût et un réflexe.

Pour le reste, je structure mon analyse du monde et des questions stratégiques au sens large à partir de mon expérience pratique des questions internationales et des théâtres de crise ou de conflit qu’il m’a été donné d’approcher.

 

SF : Que pensez vous de cette nouvelle opinion sur Internet qui se pique de se mêler de tout y compris de géopolitique ? Quelles passerelles sont possibles ? Comment imaginez-vous de recréer ces liens distendus ou rompus avec le peuple ?

CG : Je crois que la géopolitique est centrale pour appréhender le monde dans sa richesse et sa complexité. Les affaires sont plus que jamais géopolitiques, l’économie aussi. Nos concitoyens en prennent conscience et s’essaient eux aussi à l’interprétation. Cela donne le pire et le meilleur aussi parfois. Les réseaux sociaux sont une chambre d’écho formidable des préoccupations humaines de toute nature, pas seulement les vecteurs de désinformation, de manipulation ou de fake news.

Finalement, la liberté de conscience progresse et il devient plus difficile pour certains médias encore prisonniers plus ou moins consentants de tabous politiques ou d’inhibition intellectuelle, de contrôler la diffusion et l’interprétation des faits. Après, tout est question de capacité à recouper, à douter, à exercer son esprit critique.

 

 

SF : Pour en venir à votre livre, ce titre un « nouveau Yalta » suggère fortement l’idée que le monde serait à nouveau sur le point d’être découpé en zones d’influence. L’avez-vous écrit pour conjurer le sort ou n’y a-t-il aucune échappatoire face aux forces centrifuges qui menacent d’instaurer une Guerre Froide 2.0 ?

CG : Je crois que le monde, entré en vibration en 1989 puis en 2001, est en train de chercher son équilibre. La « guerre » n’est plus froide mais d’une tiédeur diffuse. L’idéologie occidentale qui se prétendait neutre et universelle a fait la preuve de son cynisme dans bien des pays. L’Occident doit se repenser en grand et stratégiquement, il ne pourra survivre que sur trois pieds : États-Unis (si ils le veulent), Europe et Russie, dans une projection vers l’Eurasie.

Je m’attache en conséquence à faire de la pédagogie stratégique sur cette nécessité vitale à mon sens, et ce n’est pas simple tant les intérêts institutionnels, corporatistes ou matériels sont puissants et rétifs à évoluer. Quoiqu’il en soit, deux grands ensembles autour de la Chine et de l’Amérique se constituent, mais il n’y aura pas cette fois-ci, d’alignement strict et inconditionnel en dessous de ce nouveau duopôle.

`Les autres grands acteurs régionaux ou globaux entendent nouer des partenariats « à la carte » et ont compris que, dans cette nouvelle configuration, leur sécurité comme leur développement dépendront de leur agilité à faire valoir leurs atouts et leur capacité de nuisance aussi…`

 

 

 

SF : Votre premier texte fait remonter le début de nos mauvaises décisions à la Guerre du Kosovo puis au si fameux 11 Septembre. D’autres pensent que c’est la fin du dollar-or en 1971 et plus encore la fin de l’URSS qui sont les vraies dates du début du déclin de l’Empire occidentaliste, comme si la chute d’une civilisation était inscrite dans les gènes de sa surpuissance. Qu’en pensez-vous ?

Peut-on même remonter plus loin, aux révolutions industrielles, peut-être, selon la citation « Les Lumières, c’est désormais l’industrie » qui aurait terrifiée Stendhal ?

CG : C’est la conception de la victoire comme d’une destruction de toute altérité, une volonté de dominer en écrasant les autres et le refus de chercher un équilibre et une coopération sur un pied d’égalité et qui ne soit pas un asservissement qui sont à l’origine du déclin occidental.

Dans le domaine militaire, cela se voit évidemment plus clairement encore comme en témoigne sinistrement l’explosion du terrorisme islamiste. C’est ce que l’on appelle l’impuissance de la puissance. Quant à l’utopie technicienne, elle est source de progrès mais aussi de régressions humaines. J’en avais déjà beaucoup parlé dans mon livre de 2013 « Manières du monde, manières de guerre » (ed Nuvis)

 

 

SF : On peut sentir sans rien trahir votre inclination pour une alliance avec la Russie pour contrebalancer le monde anglo-saxon mais aussi une forte défiance envers la Chine.

Si pour la Russie, ce choix est presque appelé par beaucoup en dehors du Système, la Chine, si elle est une redoutable nation-commerçante, n’a jamais fait preuve d’impérialisme comme l’Occident ou le monde islamique. Pourquoi alors une telle position qui peut laisser supposer une sorte d’alignement  sur la position d’un Kissinger, jouer la Russie contre la Chine ?

Pourquoi pas la Russie et la Chine pour permettre aux trois pôles plus l’Iran et la Turquie, de s’équilibrer tout au long des Routes de la Soie qui ne seraient plus dès lors une exclusivité chinoise ?

CG : Je suis tout à fait d’accord avec vous ! C’est ce que nous devons faire. L’Eurasie est la bonne et juste dimension d’une nouvelle ère de croissance et de coopération pour l’Europe comme pour la Russie et, à l’autre bout du bloc eurasiatique, pour la Chine.

Mais il faut pour cela changer profondément d’état d’esprit en Europe, prendre nos intérêts en main, cesser de nous voir comme trop petits ou divisés, jouer collectif et souverain à la fois, ce qui n’est nullement antinomique. Notre problème est un problème de perception, de trop longue inhibition et d’acceptation de diktats d’outre Atlantique qui ne sont plus audibles et qui surtout sont destructeurs pour nos sociétés et nos économies.

On me rétorquera que la France comme l’Europe, n’ont d’autre choix que d’obéir à Washington, car sinon, l’Amérique nous fera payer cher notre rébellion, ruinera nos économies, nous fermera ses marchés, nous isolera, nous diabolisera ad nauseam.

En fait, les règles du jeu et le rapport de force changeront du tout au tout lorsque le dollar aura enfin été détrôné de sa suprématie dans les échanges internationaux et que la Lawfare pratiquée par les États-Unis pour imposer l’extraterritorialité de leurs règles et désignations de l’ennemi en fonction de leurs seuls intérêts aura vécu. C’est en cours mais cela va prendre encore un peu de temps.

Pour l’heure, l’État qui aurait l’audace de prendre la tête d’une telle fronde, par exemple en refusant d’appliquer les sanctions contre la Russie ou l’Iran serait séance tenante cloué au pilori. Ce n’est pas un risque, c’est sans doute une forte probabilité… tant que nous serons seuls.

Mais nous ne le serions pas longtemps. Une fois le choc initial tenu, nombre d’autres États européens -notamment tout le sud de l’Europe- dont les économies sont entravées à l’instar de la nôtre par l’extraterritorialité américaine, nous rejoindraient et les États-Unis alors devraient très vite réviser leurs positions sauf à voir une grande partie de l’Europe leur échapper. Il en va d’ailleurs de même face à l’OTAN, qui ne protège plus l’Europe mais veut juste lui faire rendre gorge pour poursuivre des engagements militaires hasardeux. Et puis, quel sort plus enviable nous attend-il si nous restons pétrifiés et aux ordres ?

La double dévoration américano-chinoise, la découpe et la vente par appartements de l’UE, et la certitude d’une insignifiance stratégique définitive.

L’Amérique elle-même, obsédée depuis plus de dix ans au moins par son nouveau challenger chinois, ne veut maintenir son emprise stratégique et commerciale que pour nous neutraliser et nous empêcher de grandir stratégiquement en faisant masse critique avec la Russie, avec laquelle nous avons pourtant d’évidents intérêts sécuritaires, industriels, énergétiques communs. Les États-Unis lorgnent ultimement sur le marché énergétique chinois, mais ils n’y arriveront pas.

Au plan civilisationnel, il y a évidemment selon moi une bien plus grande convergence entre la Russie et l’Europe qu’entre l’Europe et la Chine, mais je ne vois pas du tout la Chine comme une ennemie ni même une adversaire. C’est un concurrent et un partenaire potentiel crucial pour notre avenir en Eurasie.

Je suis la première à considérer légitime qu’une puissance, quelle qu’elle soit, cherche à promouvoir ses intérêts nationaux. Je suis aussi fervente partisane d’une coopération entre l’Europe et la Chine, mais, de même qu’une alliance stratégique et sécuritaire ne signifie pas l’allégeance, la coopération économique ne doit pas se transformer en dépendance critique ni en renoncement souverain.

L’Europe doit s’affranchir de la tutelle économique, stratégique et normative américaine sans tomber sous une autre dépendance. La dynamique des Routes de la Soie appliquée à certains pays africains ou asiatiques a déjà montré qu’il faut rechercher une coopération équilibrée donc renforcer nos propres économies.

 

 

SF : Sur notre blog, on suit deux dossiers autour de la technologie occidentale et en l’occurrence américaine, les déboires du Boeing 737 Max et ceux du F-35. La corruption généralisée aux États-Unis pourrait même laisser envisager la disparition de Boeing et de Looked-Martin. Comment analyser vous cette situation ? Qu’est ce que cela dit de l’Empire Américain ?

CG : Vous allez bien vite en besogne à mon avis. La lutte en ces domaines est planétaire, et ses enjeux financiers et économiques, donc électoraux, sont colossaux. Ne sous-estimons pas l’Empire, même affaibli.

 

 

SF : Si on prolonge cette question, vous tournez pas mal autour du pot mais en filigrane, vous portez un message assez fort sur nos « partenaires » américains qui se permettent assez largement de s’essuyer les crampons sur les états européens et qui seraient/sont le principal obstacle à notre souveraineté.

Du coup, suivez vous par exemple les débats autour des volontés sécessionnistes aux États-Unis, de la Californie au Texas, les hispanophones qui lorgnent vers le Mexique, même le Vermont qui se sent pousser des ailes ?

Ce pays pourrait-il basculer dans une guerre civile avec une partition du pays de facto avant de l’être de jure ? N’y aurions nous d’ailleurs pas intérêt ?

CG : Je ne suis nullement favorable à la déstabilisation ou au démembrement des États, quels qu’ils soient. La non-ingérence est pour moi l’une des pierres angulaires de la coexistence internationale. Je critique assez les ingérences ou l’interventionnisme occidental au Moyen-Orient ou en Europe même pour ne pas m’autoriser à souhaiter la déstabilisation américaine.

 

 

SF : Pour beaucoup il faut compléter la grille de lecture géopolitique par d’autres à la fois connexes et intriquées. Que pensez vous du rôle de l’énergie dans nos sociétés et des risques en terme d’approvisionnement notamment en Europe ?

Avez vous un avis sur ce fameux Peak Oil théorisé notamment par l’ASPO ? Que pensez vous aussi de la thermodynamique et du concept d’entropie à l’échelle de notre civilisation ?

CG : La civilisation humaine est structurellement entropique. De même que le conflit est partie inhérente, essentielle, des relations humaines de toutes natures. Polemos est au principe même de l’humanité. Quant au Peak Oil, il n’est pas advenu et la fin du pétrole n’est pas pour demain.

Même s’il est intéressant de voir tous les grands groupes énergétiques et pétroliers se lancer dans la recherche de nouvelles sources d’énergie… et de profit.

Plus généralement, la grille de lecture énergétique des conflits me semble structurante pour leur compréhension, notamment pour celle des ingérences extérieures, mais cette dimension est presque systématiquement sous-estimée dans les analyses mainstream qui lui préfère l’explication par les élans moralisateurs et démocratiques ou la ferveur droit-de-l’hommiste qui dissimulent pourtant de bien prosaïques arrières pensées…

 

 

SF : On peut aussi parler de la monnaie. Avec la fin de l’hégémonie américaine, on assiste à la fin du dollar comme monnaie de réserve mondiale. Voyez vous venir un nouveau Bretton Woods ?

 À quoi peut-on s’attendre ? Que pensez-vous aussi des DTS du FMI ?

CG : Vous voyez large… Le Yuan deviendra sans doute un jour la monnaie du « contre monde » dans laquelle se fera une grande partie du commerce mondial.

Le dollar devra composer et l’extraterritorialité américaine perdra son levier principal de pression sur une grande partie du monde qui aura alors le choix de pouvoir s’affranchir sans mourir. Derrière cette lutte se déploie un conflit normatif fondamental, celui de visions différentes du monde et du développement humain et politique souhaitable portées par des « modèles » concurrents.

C’est le propre d’une dimension impériale que de chercher à influer sur tous les aspects du développement des sociétés humaines, bien au-delà de ses propres frontières. On peut le faire par la guerre, l’économie, l’exemple ou les trois… Le hard, le soft, le smart ou le sharp power ne sont que des vecteurs de conviction dans cette projection tous azimuts de la puissance et de l’influence.

 

 

SF : Pour revenir sur la Russie, ce pays semble avoir tout pour lui, de l’espace, des ressources en tout genre, de l’eau, et même une âme… Pourrait-elle avoir à moyen terme, surtout en cas de raréfaction énergétique, une politique donnant-donnant, énergie contre le retour d’une réelle souveraineté des états européens, gage de sécurité pour elle par rapport à une incroyable et ignominieuse cabale russophobe organisée par les oligarchies occidentales ?

Pourquoi devrait-elle nous alimenter en énergie si cela est si mal payé en retour ? Est ce que le fameux discours aux ambassadeurs d’Emmanuel Macron en cette fin août n’est pas le signe d’un pivot européen vers la Russie, timide certes ?

CG : Je l’appelle de mes vœux depuis des années et je l’espère profondément. Nous avons perdu bien du temps en faux procès et en dogmatisme infantile. Pour l‘instant, la Russie cherche son positionnement optimal entre Chine et États-Unis, se déploie vers l’Eurasie, structure à travers l’OCS (Organisation de Coopération de Shangaï) et l’UEE (Union Economique Eurasiatique) une « contre OTAN » et un nouvel espace d’influence politico-économico-sécuritaire.

Elle déploie son influence au Moyen-Orient de manière magistrale (Syrie, Libye, Arabie Saoudite, Égypte, etc…), place ses pions en Afrique (où elle pourrait selon moi utilement coopérer avec la France en matière sécuritaire et économique pour faire pièce aux ambitions chinoises et américaines) et pose les limites de sa bonne volonté en Europe. Les États-Unis (et les Européens avec eux qui en font plus directement les frais, as usual) ont fait une faute stratégique majeure en cherchant à faire basculer de force l’Ukraine dans l’Alliance atlantique.

Ce choc initial pour Moscou a paradoxalement été l’occasion d’un coup d’arrêt mis à son élan trop longtemps unilatéral vers la coopération politique vers l’UE.

L’Ukraine a été un moment de double bascule initiant le reflux de l’influence américaine en Europe et le déploiement de l’influence russe au Moyen-Orient à la faveur du drame syrien.

 

 

SF : Page 35 de votre livre, vous parlez de Nouveau Gouvernorat Mondial. Pourquoi pas gouvernance mondiale ou Nouvel Ordre Mondial, cette fameuse et si controversée expression pourtant employée par nombre de présidents des pays occidentaux dans les années 90 et 2000 ?

Que pensez-vous du mondialisme comme idéologie ? Du désir de certaines élites comme les hommes de Davos de faire disparaître les nations issues du traité de Westphalie ?

CG : La gouvernance mondiale est en crise. Le Nouvel ordre mondial est une utopie occidentaliste qui a vécu. L’hyper puissance américaine aussi. Les États et les peuples sont partout en rébellion de plus en plus ouverte.

Et pas seulement contre des potentats ou des tyrans. Ils résistent à l’arasement identitaire et culturel. Le populisme que l’on dénonce est essentiellement la marque d’un sentiment de dépossession profonde et de mise à mal du sentiment d’appartenance culturelle et nationale.

Il est regrettable que les grands partis de gouvernement, pour céder à l’air du temps ou éviter d’avoir à trancher, se soient à ce point coupés des préoccupations profondes de leurs électorats et les aient jetés dans les bras de formations extrêmes qui ont beau jeu de les récupérer en leur proposant d’autres réductions idéologiques tout aussi stupides que les doxas indigentes des premiers.

Il faut aider les nations et cesser de croire en un mondialisme qui est une violence et une uniformisation grave de la diversité humaine.

Le mondialisme est une dérive, une perversion.

 À rebours des tartes à la crème libertarienne, les États et les frontières sont les plus grands protecteurs des individus, surtout les plus faibles.

Les efforts pour les faire éclater n’ont abouti qu’à la propagation d’un communautarisme dangereux car instrumentalisé par l’extrémisme religieux, et souvent ridicule car outrancier dans ses revendications corporatistes, dérisoires voire indécentes à l’échelle de la misère du monde…

J’appelle de mes vœux un équilibre mondial fondé sur le respect de la souveraineté des États, celui de leurs frontières, la non-ingérence dans leurs affaires intérieures, la coopération sur un pied d’égalité, le dialogue et la confiance.

Comme vous le voyez, la route reste longue, mais passionnante.

 

SF : Merci Madame Galactéros.

 

Source et Relu par Kira pour le Saker Francophone

25/11/2019

UN HÉROS JEAN MOREL NOUS A QUITTER !

Décès de Jean Morel, un des derniers membres du commando Kieffer

Âgé de 97 ans, il avait participé au débarquement en Normandie, en juin 1944.

Par Le Figaro avec AFP
Jean Morel (à droite) aux côtés de René Rossey (gauche) et Léon Gauthier (centre), lors de la commémoration du D-Day, le 5 juin 2014.
Jean Morel (à droite) aux côtés de René Rossey (gauche) et Léon Gauthier (centre), lors de la commémoration du D-Day, le 5 juin 2014. LUDOVIC MARIN / AFP

Jean Morel, l'un des derniers survivants du commando Kieffer, qui a débarqué en Normandie en juin 1944, est décédé à l'âge de 97 ans, a annoncé la secrétaire d'État auprès de la ministre des Armées, Geneviève Darrieussecq. «Un de nos héros nous a quittés aujourd'hui.

Jean Morel était parmi les Français Libres du commando Kieffer qui participèrent au débarquement de Normandie le 6 juin 1944. Nous lui devons tellement. Toutes mes condoléances à sa famille et à ses proches», a-t-elle tweeté dimanche 24 novembre.

 

Les 177 fusiliers marins des Forces françaises libres du commando Kieffer, intégré au Royal Marine Commando N° 4, sont les seuls Français en uniforme à avoir participé au débarquement allié en Normandie le 6 juin 1944.

Portant le nom du capitaine de corvette Philippe Kieffer, qui avait constitué ce groupe de volontaires, le commando, entraîné en Écosse, avait débarqué le 6 juin 1944 à Sword Beach.

Né le 27 septembre 1922 à Paris, Jean Morel avait 17 ans et préparait son engagement dans la Marine lorsque la Deuxième Guerre mondiale avait éclaté.

Après la défaite française de 1940, il avait rejoint les Forces françaises libres en Grande-Bretagne.

«Je suis parti pour combattre les Allemands qui occupaient la France, je voulais libérer mon pays et ma famille», racontait Jean Morel en juin dernier à Cols Bleus, la revue de la Marine nationale française.

Philippe Kieffer «cherchait des hommes pour créer un corps franc, c'est ainsi que je me suis engagé». «Avant de débarquer de la barge, j'étais très interrogatif sur le déroulement de la journée, mes sentiments étaient partagés entre une volonté de combattre, de gagner notre liberté, et la peur, poursuivait-il.

Au moment du débarquement, j'ai sauté, j'ai couru sur la plage ensuite j'ai vu Kieffer blessé qui m'a dit : 'Fais vite !'».

Jean Morel était l'un des trois derniers survivants du commando, avec Léon Gautier et Hubert Faure.

 

» À voir aussi - D-Day: Macron rend hommage au commando Kieffer

 
D-Day: Macron rend hommage au commando Kieffer
 
Ils étaient 177 en juin 1944 et ne sont plus que trois survivants.
 
A Colleville-Montgomery, Emmanuel Macron et la ministre des Armées Florence Parly rendent hommage aux «héros» français du commando Kieffer.
 

 

 

 
 
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13/11/2019

SAHEL: DEUX MILITAIRES TUÉS , ET MAINTENANT ?

Sahel : et maintenant, que faire ?

 
Le ministère français des armées annonce avoir tué l’un des chefs d’Aqmi

Par Bernard Lugan.

 

Au Sahel, dans la même semaine, un militaire français a été tué, les armées du Mali et du Burkina Faso ont subi plusieurs graves défaites, perdant plus d’une centaine de morts, cependant que cinquante travailleurs civils employés d’une mine canadienne ont été massacrés au Burkina Faso, un pays en phase de désintégration. Même si la France annonce avoir tué un important chef jihadiste, la situation échappe donc peu à peu à tout contrôle.

 La réalité est que les Etats africains faillis étant incapables d’assurer leur propre défense, le G5 Sahel étant une coquille vide et les forces internationales déployées au Mali utilisant l’essentiel de leurs moyens à leur autoprotection, sur le terrain, tout repose donc sur les 4500 hommes de la force Barkhane.

Or :

1. Avons-nous des intérêts vitaux dans la région qui justifient notre implication militaire ? La réponse est non.

2. Comment mener une véritable guerre quand, par idéologie, nous refusons de nommer l’ennemi ? Comment combattre ce dernier alors-que nous faisons comme s’il était surgi de nulle part, qu’il n’appartenait pas à des ethnies, à des tribus et à des clans pourtant parfaitement identifiés par nos services ?

3. Quels sont les buts de notre intervention ? Le moins que l’on puisse en dire est qu’ils sont « fumeux » : combattre le terrorisme par le développement, la démocratie et la bonne gouvernance, tout en nous obstinant, toujours par idéologie, à minorer, ou parfois même, à refuser de prendre en compte l’histoire régionale et le déterminant ethnique qui en constituent pourtant les soubassements ?

4. Les Etats africains impliqués ont-ils les mêmes buts que la France ? Il est permis d’en douter…

 L’échec est-il donc inéluctable ? Oui si nous ne changeons pas rapidement de paradigme. D’autant plus que le but prioritaire de l’ennemi est de nous causer des pertes qui seront ressenties comme intolérables par l’opinion française.

Dans ces conditions, comment éviter la catastrophe qui s’annonce ?

Trois options sont possibles :

• Envoyer au moins 50.000 hommes sur le terrain afin de le quadriller et de le pacifier. Cela est évidemment totalement irréaliste car nos moyens nous l’interdisent et parce que nous ne sommes plus à l’époque coloniale.

• Replier nos forces. Barkhane est en effet dans une impasse avec des possibilités de manœuvre de plus en plus réduites, notamment en raison de la multiplication des mines posées sur les axes de communication obligés. Mais aussi parce qu’elle consacre désormais une part de plus en plus importante de ses faibles moyens à son autoprotection.

• Donner enfin à Barkhane les moyens «  doctrinaux » de mener efficacement la contre-insurrection. Et nous savons faire cela, mais à la condition de ne plus nous embarrasser de paralysantes considérations « morales » et idéologiques.

Cette troisième option reposerait sur trois piliers :

1. Prise en compte de la réalité qui est que la conflictualité sahélo-saharienne s’inscrit dans un continuum historique millénaire et que, comme je le démontre dans mon livre Les Guerres du Sahel des origines à nos jours, nous ne pouvons prétendre avec 4500 hommes changer des problématiques régionales inscrites dans la nuit des temps. 

2. Eteindre prioritairement le foyer primaire de l’incendie, à savoir la question touareg qui, en 2011, fut à l’origine de la guerre actuelle. En effet, si nous réussissions à régler ce problème, nous assécherions les fronts du Macina, du Soum et du Liptako en les coupant des filières sahariennes. Mais, pour cela, il sera impératif de « tordre le bras » aux autorités de Bamako en leur mettant un marché en main : soit vous faites de véritables concessions politiques et constitutionnelles aux Touareg qui assureront eux-mêmes la police dans leur région, soit nous partons et nous vous laissons vous débrouiller seuls. Sans parler du fait qu’il devient insupportable de constater que le gouvernement malien tolère des manifestations dénonçant Barkhane comme une force coloniale alors que, sans l’intervention française, les Touareg auraient pris Bamako…

3. Ensuite, une fois le foyer nordiste éteint et les Touareg devenus les garants de la sécurité locale, il sera alors possible de nous attaquer sérieusement aux conflits du sud en n’hésitant pas à désigner ceux qui soutiennent les GAT  (Groupes armés terroristes) et à armer et à encadrer ceux qui leur sont hostiles. En d’autres termes, nous devrons opérer comme les Britanniques le firent si efficacement avec les Mau-Mau du Kenya quand ils lancèrent contre les Kikuyu, ethnie-matrice des Mau-Mau, les tribus hostiles à ces derniers. Certes, les partisans éthérés des « droits de l’homme » hurleront, mais, si nous voulons gagner la guerre et d’abord éviter d’avoir à pleurer des morts, il faudra en passer par là. Donc, avoir à l’esprit, que, comme le disait Kipling,  « le loup d’Afghanistan se chasse avec le lévrier afghan ». Il ne faudra donc plus craindre de dénoncer les fractions Peul et celles de leurs anciens tributaires qui constituent le vivier des jihadistes. Mais, en même temps, et une fois encore, il faudra imposer aux gouvernements concernés de proposer une solution de sortie aux Peul.

Il sera alors possible d’isoler les quelques clans donnant des combattants aux « GAT », ce qui empêchera l’engerbage régional. Le jihadisme qui affirme vouloir dépasser l’ethnisme en le fondant dans un califat universel se trouvera ainsi pris au piège d’affrontements ethno-centrés et il pourra alors être réduit, puis éradiqué. Restera la question démographique et celle de l’ethno-mathématique électorale qui ne pourront évidemment pas être réglées par Barkhane.

Placées à la confluence de l’islamisme, de la contrebande, des rivalités ethniques et des luttes pour le contrôle de territoires ou de ressources, nos forces percutent  régulièrement les constantes et les dynamiques locales. Or, le chemin de la victoire passe  par la prise en compte et par l’utilisation de ces dernières. Mais encore faut-il les connaître…  

 

le blog officiel de Bernard Lugan

11/11/2019

BOLIVIE : LE CHAOS S'INSTALLE , MORALÈS EN FUITE .......

Bolivie: Le chaos s'installe, Morales en fuite

Publié par wikistrike.com sur 11 Novembre 2019, 10:55am

Catégories : #Politique internationale

 

Bolivie: Le chaos s'installe, Morales en fuite

Des scènes de violence ont éclaté à La Paz et à El Alto, une ville proche de la capitale bolivienne, à la suite de la démission du président Evo Morales, lâché par l'armée et la police.

Des manifestants ont notamment envahi l'ambassade vénézuélienne.

Scènes de violence et de chaos, dans la nuit du 10 au 11 novembre, après l'annonce de la démission du président bolivien Evo Morales, qui a dénoncé un «coup d'Etat».

L'AFP, citant la presse bolivienne, rapporte que de nombreux autobus et des domiciles de personnalités avaient été incendiés, dans la capitale La Paz et dans une ville à proximité de celle-ci, à El Alto.

Le service municipal de transport public de La Paz a ainsi annoncé dans la nuit que des dizaines de manifestants étaient «entrés dans [leurs] installations et [étaient] en train d'incendier les autobus».

Les médias ont montré que 15 véhicules étaient en flammes dans le centre d'entretien des autobus.

 

De plus, l'AFP rapporte que plusieurs dizaines de personnes semaient la peur au cours de la nuit dans le quartier aisé d'Achumani, dans le sud de La Paz.

Au milieu de la nuit, des patrouilles de l'armée ont commencé à parcourir les rues de La Paz et d'El Alto, selon l'agence.

En revanche, les policiers, dont de nombreuses unités s'étaient mutinées ces derniers jours contre le président Morales, n'effectuaient pas de patrouilles, sans que leur absence actuelle ne soit expliquée par leur commandement.

 

Attaque des domiciles d'Evo Morales et d'anciens ministres

L'ex-président, dont la presse ignore sa localisation à ce jour, a dénoncé l'attaque de son domicile, dans la nuit du 10 au 11 novembre : 

«Des groupes violents ont attaqué mon domicile. Les putschistes détruisent l'Etat de droit.»

 

Un ancien ministre, Juan Ramon Quintana, a également déclaré à la télévision que son domicile avait été pillé par des inconnus, qui auraient emporté tous ses documents.

De même, le président de l'Assemblée nationale bolivienne, Victor Borda, a démissionné le 10 novembre après l'incendie de son domicile par des manifestants, tandis que César Navarro, ministre des Mines démissionnaire, a déclaré que son frère avait été pris en otage à son domicile de Potosi (sud-ouest).

En outre, Waldo Albarracin, recteur de l'université d'Etat de La Paz et dirigeant d'un collectif de citoyens qui a œuvré aux demandes de démission d'Evo Morales, a déclaré que sa maison avait été incendiée et détruite par «une foule» de membres du Mouvement vers le socialisme (MAS), le parti d'Evo Morales.

 

L'ambassade vénézuélienne occupée par des manifestants cagoulés

Egalement dans la capitale, le siège de l'ambassade du Venezuela a été occupé par des manifestants.

L'ambassadrice vénézuélienne Crisbeylee Gonzalez a déclaré à l'agence de presse bolivienne ABI : «Equipés de dynamite, des manifestants cagoulés avec des boucliers ont pris l'ambassade du Venezuela en Bolivie.

Nous allons bien et sommes à l'abri, mais ils veulent faire un massacre. Aidez-nous à dénoncer cette barbarie».

Le 11 novembre, le président vénézuélien Nicolas Maduro avait condamné «catégoriquement le coup d'Etat survenu contre le frère président Evo Morales» – de même que le chef d'Etat cubain, Miguel Diaz-Canel, qui a évoqué un «coup d'Etat violent et lâche de la droite contre la démocratie en Bolivie».

 

Evo Morales dénonce un «coup d'Etat civil-politique-militaire»  

 

Dénonçant un «coup d'Etat civil-politique-militaire» avec le concours de groupes violents, Evo Morales a présenté sa démission ce 10 novembre.

 

Le leader socialiste, dont la réélection est contestée par l'opposition, avait d'abord proposé, en vain, de nouvelles élections pour sortir de la crise et lever les doutes.

Mais, lâché par l'armée et la police, il a finalement exposé les raisons de son départ lors d'une allocution télévisée : 

«J'ai décidé de démissionner de mon poste pour que [les opposants] Carlos Mesa et Luis Camacho cessent de maltraiter et de porter atteinte à des milliers de frères.»

Rappelant ses responsabilités en tant que «président indigène et président de tous les Boliviens», il a ajouté : «J'ai l'obligation de rechercher la paix et cela me fait très mal que nous nous affrontions, entre Boliviens.»

L'opposition ne reconnaît pas les résultats de l'élection présidentielle du 20 octobre, qu'Evo Morales a remportée dès le premier tour.

 

Source

09/11/2019

SYRIE: LE CHAOS BIEN PLANIFIÉ .......

La débâcle syrienne est en fait un chaos bien planifié


Par Brandon Smith − Le 16 octobre 2019 −

Source Alt-Market.com


Depuis de nombreuses années, j’ai concentré une quantité considérable d’analyses sur le sujet de la Syrie [publiée en 2012, NdT], en mettant l’accent sur l’importance du pays pour les élites globales en tant que sorte de détonateur géopolitique ; le premier domino dans une chaîne de dominos qui pourrait mener à une guerre impliquant des puissances internationales.

Je crois que cette guerre va se développer sur de multiples fronts, surtout sur le plan économique, mais elle pourrait très bien se transformer en une guerre meurtrière impliquant de nombreux acteurs.


La Syrie est en fait si importante que l’establishment a pris soin d’étouffer toute discussion sur ce qui s’y passe réellement dans un brouillard de propagande.

Et ne vous y trompez pas, les deux partis, républicains et démocrates, ainsi que les gouvernements de l’Est et de l’Ouest participent à ces mensonges et à cette mauvaise orientation. 

Évidemment, le premier et le plus important mensonge est un mensonge multiforme, et nous ne pouvons pas continuer à avancer tant qu’il n’est pas disséqué – je parle du mensonge de l’implication américaine dans la région.

 

Mensonge #1 : Les États-Unis ont une légitimité dans le conflit syrien original

Tout d’abord, la plupart des gens qui lisent ces lignes devraient savoir que les services secrets américains (entre autres) ont été à l’origine de la « révolution » en Syrie contre Bachar al-Assad. La majorité des combattants arrivant dans la région ont été entraînés et équipés en Jordanie dans des camps gérés par des agences occidentales. Le programme s’appelait « Operation Timber Sycamore«  et a été lancé en plusieurs étapes de 2011 à 2013.

Il est clair, d’après les preuves, que le printemps arabe et le conflit en Syrie étaient le produit d’une ingérence de l’establishment global dans la région. Les armes ont été acheminées de la crise libyenne vers les mains des « rebelles » qui se sont infiltrés en Syrie, et l’équipement fourni directement par les États-Unis s’est retrouvé entre les mains de groupes qui ont fini par devenir ce que nous appelons désormais ISIS.

L’administration Obama, Hillary Clinton, John McCain, John Bolton et beaucoup d’autres ont été intimement impliqués dans Timber Sycamore. La guerre en Syrie a été entièrement conçue dans les coulisses.

Le point clé : Les États-Unis n’ont aucune légitimité à cet égard.

Au sein du Mouvement pour la liberté, nous parlons souvent de cette conspiration, mais je ne pense pas que beaucoup de gens en considèrent les implications plus larges. Le but était-il simplement de renverser Assad ? S’agissait-il d’installer un gouvernement hostile à la Russie ?

Était-ce pour attirer l’Iran dans une position vulnérable ? Tout n’était-il qu’une question de pétrole ? La réponse est non à la plupart de ces questions. Ce sont des explications superficielles qui ne satisfont pas les faits connus. La Syrie est bien plus qu’il n’y paraît.

 

Mensonge #2 : Le conflit originel en Syrie est le conflit actuel

Posons quelques faits primaires : les États-Unis et d’autres pays ont créé ISIS et délibérément déstabilisé la Syrie. L’establishment a ensuite tenté de convaincre l’opinion publique américaine de soutenir l’utilisation des forces militaires dans la région pour soutenir les insurgés et la guerre civile qu’ils ont créée. Ce plan initial a échoué.

Ensuite, l’establishment a utilisé les groupes terroristes qu’ils ont créés en Syrie comme argument pour expliquer pourquoi les États-Unis avaient besoin d’envoyer des troupes en Syrie. Ce plan a partiellement réussi, mais n’a pas réussi dans l’ensemble à obtenir le soutien du public en faveur d’une plus grande participation des États-Unis.

Les tribus kurdes du nord de la Syrie ont alors été contraintes de se défendre contre la propagation du fléau ISIS.

Les kurdes se sont battus courageusement pour défendre leurs foyers contre la menace terroriste que les agences occidentales avaient évoquée, perdant 11 000 combattants dans ce processus. Ils semblent être les seuls innocents impliqués dans cette affaire [Pour être complet, des kurdes ont aussi épuré ethniquement certaines régions sous leur contrôle et se sont alliés aux États-Unis et à Israël, NdT]. Ils ont rejoint les États-Unis en tant qu’alliés en supposant que l’objectif des États-Unis était de détruire ISIS.

Ce n’était PAS l’objectif des États-Unis. Ni sous Obama, ni sous Trump. Le véritable objectif a toujours été d’utiliser ISIS comme excuse pour maintenir une présence américaine en Syrie (nous verrons pourquoi dans un instant).

Aujourd’hui, la guerre a de nouveau changé. Cette fois, la Turquie envahit la Syrie en prétendant que les kurdes représentent un danger existentiel.

La réalité est que le gouvernement turc a cherché à effacer toute la culture kurde de la Turquie et du nord de la Syrie depuis les années 1970, y compris en interdisant la langue kurde et les noms et vêtements kurdes. Même le mot « kurde » a finalement été interdit.

Les kurdes ont réagi en formant le PKK et en appelant à un État kurde souverain qui leur permettrait de vivre sans oppression. Les Kurdes ne se sont pas tournés vers l’action directe avant les années 1980, après de nombreuses années d’assujettissement totalitaire.

L’invasion turque d’aujourd’hui est rendue possible par le retrait surprise plutôt commode des forces américaines de la frontière nord. Maintenant, il y a encore une autre excuse pour une plus grande implication en Syrie. Les États-Unis ne sont pas sortis de la guerre ; la guerre ne fait que commencer.

Chaque fois que le problème syrien commence à s’estomper et qu’il semble qu’il sera résolu, quelque chose d’autre se produit qui déclenche une nouvelle explosion des combats. Ce n’est pas une coïncidence.

Mensonge #3 : L’administration de Trump retire les troupes américaines de Syrie

Ce n’est pas le cas, et quiconque croit que Trump met fin à l’implication des États-Unis a été dupé. Ce n’est pas non plus la première fois que Donald Trump nous fait des promesses sur la fin des guerres au Moyen-Orient.

Il y a plus d’un an, Trump a proclamé qu’il retirerait ses troupes de Syrie, mais seulement une semaine plus tard, il a été décidé qu’elles resteraient. Récemment, Trump a de nouveau fait cette affirmation et quelques jours plus tard, le Pentagone a admis que les troupes américaines allaient seulement être ramenées à la frontière tandis que les Kurdes, nos anciens alliés, allaient être attaqués par les forces turques.

Le porte-parole militaire turc a déclaré qu’il « corrigera la démographie changée par les YPG (unités de défense kurdes qui ressemblent beaucoup aux milices citoyennes) dans le nord-est de la Syrie ». En d’autres termes, l’objectif est le nettoyage ethnique, et comme nous l’enseigne le génocide arménien, les turcs ne sont pas étrangers au nettoyage ethnique.

Trump n’est pas non plus le seul leader global à faire ce genre de cascade. Vladimir Poutine a fait la même chose en 2016, en annonçant la fin de l’action militaire de la Russie en Syrie et le retrait des troupes, alors que les forces russes y sont restées bien retranchées.

La présence russe n’a pas fait grand-chose pour empêcher une vague de frappes aériennes israéliennes contre la Syrie, pas plus qu’elle n’a agi pour empêcher l’invasion turque, de sorte que nous devons nous demander ce que la Russie y fait encore exactement autant que les États-Unis.

 

Ces simulacres constants de retrait syrien ne sont destinés qu’au grand public pour apaiser les inquiétudes, et cela semble fonctionner. Jusqu’à ce jour, beaucoup de gens croient encore que Trump a retiré les troupes américaines de Syrie (ou est en train de les retirer maintenant) et que Poutine a retiré les troupes russes après avoir « vaincu ISIS ».

Rien de tout cela ne s’est jamais produit. Si vous racontez un mensonge assez souvent, les masses sans éducation commenceront à l’adopter comme la vérité.

 

Mensonge #4 : La communauté internationale est sincèrement préoccupée par un génocide kurde

Ouah, ça me fait vraiment chaud au cœur d’être témoin de l’afflux soudain de soutien international en faveur des kurdes en Syrie. Des torchons de l’establishment comme le Washington Post et le New York Times, le gouvernement de l’UE, le gouvernement israélien, et même Trump lui-même annoncent tous leur soutien aux Kurdes et réprimandent les actions turques. Ils sont tous prêts à appliquer des sanctions ou même à partir en guerre au nom de la défense du peuple kurde. Quelle noblesse….

La vérité, c’est qu’aucun de ces agents du désespoir ne se soucie des Kurdes, et ils ne feront rien pour les sauver avant qu’il ne soit trop tard. Plus tard, ils agiront, mais pas pour sauver les kurdes restants. Un génocide kurde n’est qu’un moyen d’arriver à une fin. Et c’est là que l’on commence à voir toute la raison de la crise syrienne se dérouler…

Mensonge n° 5 : Les kurdes ne nous concernent pas, ou ils « ont eu ce qu’ils méritent »

De l’autre côté du paradigme, je vois les adorateurs du culte de Trump poser des arguments farfelus (comme ils le font toujours) pour rationaliser les actions politiques bizarres et abruptes du président. Le premier argument prétend qu’« il est temps » qu’un président « s’oppose à l’État profond » et mette fin à l’engagement des États-Unis en Syrie, et nous devrions laisser la Turquie et les kurdes régler leur propre problème. Je répète que Trump ne laisse pas la Syrie ni aucun autre pays du Moyen-Orient sans une présence militaire américaine. Il ne fait que retirer les troupes et laisser la porte ouverte aux attaques turques.

Je voudrais également souligner une fois de plus que ce n’est pas « leur désordre », c’est un désordre créé par les gouvernements occidentaux, y compris les États-Unis.

Les kurdes ont perdu des dizaines de milliers de combattants lors des combats contre ISIS, et l’incursion turque en Syrie semble profiter de leurs défenses affaiblies. C’est une situation que les États-Unis ont créée.

L’invasion turque est un résultat DIRECT de la déstabilisation de la Syrie, et le retrait de Trump de la frontière nord était la cerise sur le gâteau.  Il s’agit d’une forme de permission de la part des États-Unis pour laisser la Turquie faire maintenant tout ce qu’elle veut (pour un temps).

Je vois aussi le récit selon lequel les kurdes « obtiennent ce qu’ils méritent ».

Certains prétendent que les kurdes ont été stupides parce qu’ils ont fait confiance au gouvernement américain en tant qu’allié et qu’ils en récoltent maintenant les conséquences.

Ce n’est pas une affirmation valable. Punir les victimes d’escroquerie pour s’être fait arnaquer n’est pas la méthode américaine.

Du moins, ça ne devrait pas l’être. De plus, les kurdes ne sont pas la véritable cible de cette campagne de désinformation ; les conservateurs sont la cible et ils tombent dans le piège.  Je crois qu’il s’agit d’un récit de propagande destiné à faire passer les conservateurs pour des sociopathes.

L’affirmation de Trump selon laquelle les kurdes n’étaient « pas vraiment nos alliés » car « ils ne nous ont pas aidés pendant la Seconde Guerre mondial », et qu’ils ne faisaient que défendre leurs maisons au lieu de soutenir nos efforts contre ISIS montre une campagne de désinformation ignoble (mais calculée) destinée à rendre les conservateurs monstrueux et indignes de foi.

Si Trump était vraiment contre l’« état profond », il n’essaierait pas de ternir l’image de nos seuls alliés légitimes dans la région.

Enfin, un autre récit qui se répand, c’est que parce que les kurdes ont une forme de gouvernance socialiste, ils méritent d’être anéantis.

Je rappelle à ceux qui prétendent cela que les kurdes n’essaient d’imposer leurs idéologies politiques à personne et que le turc Erdogan est un dictateur totalitaire classique qui a renforcé son emprise sur la nation en utilisant toutes les astuces possible, y compris une fausse tentative de coup d’État.

Socialistes ou pas, les kurdes ne méritent pas un nettoyage ethnique.

Oui, les États-Unis n’auraient jamais dû être en Syrie, mais encore une fois, nous SOMMES en Syrie, et il ne semble pas que nous partions, alors si nous y sommes, nous pourrions aussi bien faire quelque chose de bien avec notre présence et agir comme dissuasif contre une tentative turque manifeste d’effacer les Kurdes (nos alliés qui ont combattu une menace terroriste – financé par le gouvernement américain) de cette zone. Bien sûr, il est trop tard pour ça maintenant…

Que se passe-t-il vraiment en Syrie ?

Si vous n’êtes pas d’accord avec le discours dominant, vous vous demandez peut-être pourquoi Donald Trump abandonnerait soudainement la frontière syrienne pour permettre à la Turquie d’envahir ?

Vous vous demandez peut-être aussi pourquoi il menacerait alors immédiatement d’« écraser » la Turquie par des sanctions économiques et de placer des « milliers de troupes américaines » sur le terrain si son objectif était de mettre fin à l’implication américaine en Syrie ?

La réponse est dans la macro-image. En d’autres termes, nous devons nous poser la question la plus importante de toutes : à qui cela profite-t-il ?

Comme je l’ai mentionné dans des articles précédents, les événements géopolitiques sont exploités par l’establishment globaliste comme diversion et couverture pour leur démolition contrôlée de l’économie.

Ils ont besoin de boucs émissaires pour l’implosion de la bulle de Tout, une implosion qu’ils ont commencée en 2018 avec des politiques de resserrement des liquidités qui s’est maintenant accélérée en une véritable crise financière. L’invasion turque de la Syrie est peut-être l’événement phare de cette distraction.

Avec le chaos artificiel en Syrie, les maîtres-chiens globalistes de Trump peuvent atteindre un niveau historique de chaos tout en évitant la culpabilité directe. Qu’obtenons-nous lorsque nous combinons tous les éléments énumérés ci-dessus avec des mensonges des deux côtés du paradigme politique ? Eh bien, nous obtenons une justification pour la guerre. Nous avons aussi un autre événement qui fait passer Trump pour un méchant et les conservateurs pour des imbéciles ou des robots sans âme.

Par extension, toute tension avec la Turquie suggère le début de la fin pour l’OTAN. Comme je l’avais prédit en janvier 2019, il semble que la Turquie, un élément clé de l’alliance occidentale, soit sur le point de se retirer.

Cela va dans le sens de l’objectif globaliste de la détérioration de l’Occident, du déclin de l’ancien ordre global et de son « nouvel ordre global » dans lequel les puissances orientales joueront un rôle plus important, en conjonction avec certains éléments européens. Un globaliste dynamique comme George Soros en a discuté publiquement et fièrement dans le passé.

Les kurdes peuvent également être une cible directe de l’agenda globaliste. Dans un document déclassifié de la CIA intitulé « Le problème des minorités kurdes« , l’agence indiquait que l’establishment considérait les Kurdes comme un facteur inconnu (ce qu’ils n’aiment pas) qui est extrêmement indépendant (ce qu’ils n’aiment vraiment pas) dès les années 1940. La CIA suggère que les kurdes sont un élément incontrôlé qui pourrait rendre difficile l’établissement d’objectifs dans la région.

Dans les années 1970, les États-Unis ont manipulé les kurdes dans des actions contre l’Irak, qui amassait des forces contre le Shah d’Iran et menaçait d’envahir les territoires occupés par les kurdes. Une fois le Shah retiré du pouvoir par la révolution iranienne, les États-Unis ont abandonné leur soutien aux kurdes.

Le gouvernement irakien a profité de l’occasion pour tenter un génocide contre eux en utilisant des armes chimiques qui lui ont été vendues par le gouvernement américain. L’histoire semble en effet se répéter.

Je pense que parce que les kurdes sont une force tribale de millions de personnes qui pourraient s’opposer à l’agenda globaliste au Moyen-Orient, il se peut qu’ils soient destinés à être effacés, et ce dernier événement n’est que l’un d’une longue série d’événements visant à liquider les kurdes.

Ou, à tout le moins, en tuer le plus possible est un bonus pour l’establishment.

Au-delà de la question kurde, une nouvelle crise syrienne et l’opposition de l’UE à Erdogan pourraient entraîner une nouvelle vague de migrants musulmans en Europe.

La dernière fois que cela s’est produit, l’UE s’est retrouvée dans une impasse économique et politique. Elle ouvre également la porte à plus de peur en Europe et fournit une couverture supplémentaire pour un krach financier dans cette région.

Et, en fin de compte, l’invasion turque fournit une excuse parfaite pour attirer un certain nombre de camps opposés en un seul endroit à proximité immédiate. Les kurdes se tournent vers Assad pour obtenir une aide et une protection de la Turquie. L’Iran est un allié militaire d’Assad.

La Russie est toujours fortement impliquée dans la région, de même que les États-Unis et Israël. Je pense que n’importe qui avec n’importe quelle intelligence peut voir où cela va nous mener.

Les élites obtiennent une nouvelle justification pour une plus grande implication militaire américaine au cours de l’année. L’incertitude économique s’accroît à mesure que les grandes puissances se disputent la dynamique de la région.

Elles trouvent un bouc émissaire pour l’effondrement de la bulle de Tout, à mesure que le potentiel d’une guerre économique ou cinétique plus large augmente.

Elles trouvent un bouc émissaire dans Donald Trump et ses partisans conservateurs, qui assumeront non seulement la responsabilité de la crise économique, mais aussi de toute tragédie qui frappera les Kurdes. Enfin, ils obtiennent une justification pour la fin de l’OTAN, qui serait la prochaine étape pour mettre fin à l’ancien ordre mondial occidental.

Cela ouvre la voie à l’introduction d’un nouvel ordre mondial entièrement global et entièrement centralisé ; un monde sans frontières économiques ou nationales dans lequel les élites gouvernent ouvertement plutôt que par derrière.

Une « erreur » (ou un faux drapeau) pourrait déclencher une conflagration entre les nations impliquées. C’est pourquoi l’UE, les Russes, les Israéliens et Trump se préoccupent tant du sort des kurdes. Ils ont CRÉÉE la situation critique des kurdes, et maintenant ils vont s’en servir pour transformer la Syrie en une immense poudrière. La Syrie est un « linchpin«  fabriqué artificiellement, comme l’appellerait la DARPA.

 

Il est conçu pour provoquer une catastrophe tout en maintenant un déni plausible pour l’establishment. Les actions de Trump en Syrie peuvent sembler aléatoires, mais elles sont tout à fait sensées quand on sait qu’il sert un programme plus ambitieux.

 

Le « retrait » américain n’est pas un retrait, c’est le prélude à un conflit plus vaste qui profite à la cabale globaliste.

Par Brandon Smith

Note du Saker Francophone

L'auteur s'engage sur un terrain glissant dont il ne maîtrise sans doute pas toutes les ficelles
mais il en parle en tant qu'américain, critique de la politique de son pays. Il semble avoir
succombé à l'idée de kurdes anarchistes ... de communautés auto-gérées ... Il est parfois
intéressant de comprendre les limites d'un auteur pour mieux comprendre sa critique du système.

 

 

Source et Traduit par Hervé, relu par Kira pour le Saker Francophone

SYRIE: LE CHAOS BIEN PLANIFIÉ .......

La débâcle syrienne est en fait un chaos bien planifié


Par Brandon Smith − Le 16 octobre 2019 −

Source Alt-Market.com


Depuis de nombreuses années, j’ai concentré une quantité considérable d’analyses sur le sujet de la Syrie [publiée en 2012, NdT], en mettant l’accent sur l’importance du pays pour les élites globales en tant que sorte de détonateur géopolitique ; le premier domino dans une chaîne de dominos qui pourrait mener à une guerre impliquant des puissances internationales.

Je crois que cette guerre va se développer sur de multiples fronts, surtout sur le plan économique, mais elle pourrait très bien se transformer en une guerre meurtrière impliquant de nombreux acteurs.


La Syrie est en fait si importante que l’establishment a pris soin d’étouffer toute discussion sur ce qui s’y passe réellement dans un brouillard de propagande.

Et ne vous y trompez pas, les deux partis, républicains et démocrates, ainsi que les gouvernements de l’Est et de l’Ouest participent à ces mensonges et à cette mauvaise orientation. 

Évidemment, le premier et le plus important mensonge est un mensonge multiforme, et nous ne pouvons pas continuer à avancer tant qu’il n’est pas disséqué – je parle du mensonge de l’implication américaine dans la région.

 

Mensonge #1 : Les États-Unis ont une légitimité dans le conflit syrien original

Tout d’abord, la plupart des gens qui lisent ces lignes devraient savoir que les services secrets américains (entre autres) ont été à l’origine de la « révolution » en Syrie contre Bachar al-Assad. La majorité des combattants arrivant dans la région ont été entraînés et équipés en Jordanie dans des camps gérés par des agences occidentales. Le programme s’appelait « Operation Timber Sycamore«  et a été lancé en plusieurs étapes de 2011 à 2013.

Il est clair, d’après les preuves, que le printemps arabe et le conflit en Syrie étaient le produit d’une ingérence de l’establishment global dans la région. Les armes ont été acheminées de la crise libyenne vers les mains des « rebelles » qui se sont infiltrés en Syrie, et l’équipement fourni directement par les États-Unis s’est retrouvé entre les mains de groupes qui ont fini par devenir ce que nous appelons désormais ISIS.

L’administration Obama, Hillary Clinton, John McCain, John Bolton et beaucoup d’autres ont été intimement impliqués dans Timber Sycamore. La guerre en Syrie a été entièrement conçue dans les coulisses.

Le point clé : Les États-Unis n’ont aucune légitimité à cet égard.

Au sein du Mouvement pour la liberté, nous parlons souvent de cette conspiration, mais je ne pense pas que beaucoup de gens en considèrent les implications plus larges. Le but était-il simplement de renverser Assad ? S’agissait-il d’installer un gouvernement hostile à la Russie ?

Était-ce pour attirer l’Iran dans une position vulnérable ? Tout n’était-il qu’une question de pétrole ? La réponse est non à la plupart de ces questions. Ce sont des explications superficielles qui ne satisfont pas les faits connus. La Syrie est bien plus qu’il n’y paraît.

 

Mensonge #2 : Le conflit originel en Syrie est le conflit actuel

Posons quelques faits primaires : les États-Unis et d’autres pays ont créé ISIS et délibérément déstabilisé la Syrie. L’establishment a ensuite tenté de convaincre l’opinion publique américaine de soutenir l’utilisation des forces militaires dans la région pour soutenir les insurgés et la guerre civile qu’ils ont créée. Ce plan initial a échoué.

Ensuite, l’establishment a utilisé les groupes terroristes qu’ils ont créés en Syrie comme argument pour expliquer pourquoi les États-Unis avaient besoin d’envoyer des troupes en Syrie. Ce plan a partiellement réussi, mais n’a pas réussi dans l’ensemble à obtenir le soutien du public en faveur d’une plus grande participation des États-Unis.

Les tribus kurdes du nord de la Syrie ont alors été contraintes de se défendre contre la propagation du fléau ISIS.

Les kurdes se sont battus courageusement pour défendre leurs foyers contre la menace terroriste que les agences occidentales avaient évoquée, perdant 11 000 combattants dans ce processus. Ils semblent être les seuls innocents impliqués dans cette affaire [Pour être complet, des kurdes ont aussi épuré ethniquement certaines régions sous leur contrôle et se sont alliés aux États-Unis et à Israël, NdT]. Ils ont rejoint les États-Unis en tant qu’alliés en supposant que l’objectif des États-Unis était de détruire ISIS.

Ce n’était PAS l’objectif des États-Unis. Ni sous Obama, ni sous Trump. Le véritable objectif a toujours été d’utiliser ISIS comme excuse pour maintenir une présence américaine en Syrie (nous verrons pourquoi dans un instant).

Aujourd’hui, la guerre a de nouveau changé. Cette fois, la Turquie envahit la Syrie en prétendant que les kurdes représentent un danger existentiel.

La réalité est que le gouvernement turc a cherché à effacer toute la culture kurde de la Turquie et du nord de la Syrie depuis les années 1970, y compris en interdisant la langue kurde et les noms et vêtements kurdes. Même le mot « kurde » a finalement été interdit.

Les kurdes ont réagi en formant le PKK et en appelant à un État kurde souverain qui leur permettrait de vivre sans oppression. Les Kurdes ne se sont pas tournés vers l’action directe avant les années 1980, après de nombreuses années d’assujettissement totalitaire.

L’invasion turque d’aujourd’hui est rendue possible par le retrait surprise plutôt commode des forces américaines de la frontière nord. Maintenant, il y a encore une autre excuse pour une plus grande implication en Syrie. Les États-Unis ne sont pas sortis de la guerre ; la guerre ne fait que commencer.

Chaque fois que le problème syrien commence à s’estomper et qu’il semble qu’il sera résolu, quelque chose d’autre se produit qui déclenche une nouvelle explosion des combats. Ce n’est pas une coïncidence.

Mensonge #3 : L’administration de Trump retire les troupes américaines de Syrie

Ce n’est pas le cas, et quiconque croit que Trump met fin à l’implication des États-Unis a été dupé. Ce n’est pas non plus la première fois que Donald Trump nous fait des promesses sur la fin des guerres au Moyen-Orient.

Il y a plus d’un an, Trump a proclamé qu’il retirerait ses troupes de Syrie, mais seulement une semaine plus tard, il a été décidé qu’elles resteraient. Récemment, Trump a de nouveau fait cette affirmation et quelques jours plus tard, le Pentagone a admis que les troupes américaines allaient seulement être ramenées à la frontière tandis que les Kurdes, nos anciens alliés, allaient être attaqués par les forces turques.

Le porte-parole militaire turc a déclaré qu’il « corrigera la démographie changée par les YPG (unités de défense kurdes qui ressemblent beaucoup aux milices citoyennes) dans le nord-est de la Syrie ». En d’autres termes, l’objectif est le nettoyage ethnique, et comme nous l’enseigne le génocide arménien, les turcs ne sont pas étrangers au nettoyage ethnique.

Trump n’est pas non plus le seul leader global à faire ce genre de cascade. Vladimir Poutine a fait la même chose en 2016, en annonçant la fin de l’action militaire de la Russie en Syrie et le retrait des troupes, alors que les forces russes y sont restées bien retranchées.

La présence russe n’a pas fait grand-chose pour empêcher une vague de frappes aériennes israéliennes contre la Syrie, pas plus qu’elle n’a agi pour empêcher l’invasion turque, de sorte que nous devons nous demander ce que la Russie y fait encore exactement autant que les États-Unis.

 

Ces simulacres constants de retrait syrien ne sont destinés qu’au grand public pour apaiser les inquiétudes, et cela semble fonctionner. Jusqu’à ce jour, beaucoup de gens croient encore que Trump a retiré les troupes américaines de Syrie (ou est en train de les retirer maintenant) et que Poutine a retiré les troupes russes après avoir « vaincu ISIS ».

Rien de tout cela ne s’est jamais produit. Si vous racontez un mensonge assez souvent, les masses sans éducation commenceront à l’adopter comme la vérité.

 

Mensonge #4 : La communauté internationale est sincèrement préoccupée par un génocide kurde

Ouah, ça me fait vraiment chaud au cœur d’être témoin de l’afflux soudain de soutien international en faveur des kurdes en Syrie. Des torchons de l’establishment comme le Washington Post et le New York Times, le gouvernement de l’UE, le gouvernement israélien, et même Trump lui-même annoncent tous leur soutien aux Kurdes et réprimandent les actions turques. Ils sont tous prêts à appliquer des sanctions ou même à partir en guerre au nom de la défense du peuple kurde. Quelle noblesse….

La vérité, c’est qu’aucun de ces agents du désespoir ne se soucie des Kurdes, et ils ne feront rien pour les sauver avant qu’il ne soit trop tard. Plus tard, ils agiront, mais pas pour sauver les kurdes restants. Un génocide kurde n’est qu’un moyen d’arriver à une fin. Et c’est là que l’on commence à voir toute la raison de la crise syrienne se dérouler…

Mensonge n° 5 : Les kurdes ne nous concernent pas, ou ils « ont eu ce qu’ils méritent »

De l’autre côté du paradigme, je vois les adorateurs du culte de Trump poser des arguments farfelus (comme ils le font toujours) pour rationaliser les actions politiques bizarres et abruptes du président. Le premier argument prétend qu’« il est temps » qu’un président « s’oppose à l’État profond » et mette fin à l’engagement des États-Unis en Syrie, et nous devrions laisser la Turquie et les kurdes régler leur propre problème. Je répète que Trump ne laisse pas la Syrie ni aucun autre pays du Moyen-Orient sans une présence militaire américaine. Il ne fait que retirer les troupes et laisser la porte ouverte aux attaques turques.

Je voudrais également souligner une fois de plus que ce n’est pas « leur désordre », c’est un désordre créé par les gouvernements occidentaux, y compris les États-Unis.

Les kurdes ont perdu des dizaines de milliers de combattants lors des combats contre ISIS, et l’incursion turque en Syrie semble profiter de leurs défenses affaiblies. C’est une situation que les États-Unis ont créée.

L’invasion turque est un résultat DIRECT de la déstabilisation de la Syrie, et le retrait de Trump de la frontière nord était la cerise sur le gâteau.  Il s’agit d’une forme de permission de la part des États-Unis pour laisser la Turquie faire maintenant tout ce qu’elle veut (pour un temps).

Je vois aussi le récit selon lequel les kurdes « obtiennent ce qu’ils méritent ».

Certains prétendent que les kurdes ont été stupides parce qu’ils ont fait confiance au gouvernement américain en tant qu’allié et qu’ils en récoltent maintenant les conséquences.

Ce n’est pas une affirmation valable. Punir les victimes d’escroquerie pour s’être fait arnaquer n’est pas la méthode américaine.

Du moins, ça ne devrait pas l’être. De plus, les kurdes ne sont pas la véritable cible de cette campagne de désinformation ; les conservateurs sont la cible et ils tombent dans le piège.  Je crois qu’il s’agit d’un récit de propagande destiné à faire passer les conservateurs pour des sociopathes.

L’affirmation de Trump selon laquelle les kurdes n’étaient « pas vraiment nos alliés » car « ils ne nous ont pas aidés pendant la Seconde Guerre mondial », et qu’ils ne faisaient que défendre leurs maisons au lieu de soutenir nos efforts contre ISIS montre une campagne de désinformation ignoble (mais calculée) destinée à rendre les conservateurs monstrueux et indignes de foi.

Si Trump était vraiment contre l’« état profond », il n’essaierait pas de ternir l’image de nos seuls alliés légitimes dans la région.

Enfin, un autre récit qui se répand, c’est que parce que les kurdes ont une forme de gouvernance socialiste, ils méritent d’être anéantis.

Je rappelle à ceux qui prétendent cela que les kurdes n’essaient d’imposer leurs idéologies politiques à personne et que le turc Erdogan est un dictateur totalitaire classique qui a renforcé son emprise sur la nation en utilisant toutes les astuces possible, y compris une fausse tentative de coup d’État.

Socialistes ou pas, les kurdes ne méritent pas un nettoyage ethnique.

Oui, les États-Unis n’auraient jamais dû être en Syrie, mais encore une fois, nous SOMMES en Syrie, et il ne semble pas que nous partions, alors si nous y sommes, nous pourrions aussi bien faire quelque chose de bien avec notre présence et agir comme dissuasif contre une tentative turque manifeste d’effacer les Kurdes (nos alliés qui ont combattu une menace terroriste – financé par le gouvernement américain) de cette zone. Bien sûr, il est trop tard pour ça maintenant…

Que se passe-t-il vraiment en Syrie ?

Si vous n’êtes pas d’accord avec le discours dominant, vous vous demandez peut-être pourquoi Donald Trump abandonnerait soudainement la frontière syrienne pour permettre à la Turquie d’envahir ?

Vous vous demandez peut-être aussi pourquoi il menacerait alors immédiatement d’« écraser » la Turquie par des sanctions économiques et de placer des « milliers de troupes américaines » sur le terrain si son objectif était de mettre fin à l’implication américaine en Syrie ?

La réponse est dans la macro-image. En d’autres termes, nous devons nous poser la question la plus importante de toutes : à qui cela profite-t-il ?

Comme je l’ai mentionné dans des articles précédents, les événements géopolitiques sont exploités par l’establishment globaliste comme diversion et couverture pour leur démolition contrôlée de l’économie.

Ils ont besoin de boucs émissaires pour l’implosion de la bulle de Tout, une implosion qu’ils ont commencée en 2018 avec des politiques de resserrement des liquidités qui s’est maintenant accélérée en une véritable crise financière. L’invasion turque de la Syrie est peut-être l’événement phare de cette distraction.

Avec le chaos artificiel en Syrie, les maîtres-chiens globalistes de Trump peuvent atteindre un niveau historique de chaos tout en évitant la culpabilité directe. Qu’obtenons-nous lorsque nous combinons tous les éléments énumérés ci-dessus avec des mensonges des deux côtés du paradigme politique ? Eh bien, nous obtenons une justification pour la guerre. Nous avons aussi un autre événement qui fait passer Trump pour un méchant et les conservateurs pour des imbéciles ou des robots sans âme.

Par extension, toute tension avec la Turquie suggère le début de la fin pour l’OTAN. Comme je l’avais prédit en janvier 2019, il semble que la Turquie, un élément clé de l’alliance occidentale, soit sur le point de se retirer.

Cela va dans le sens de l’objectif globaliste de la détérioration de l’Occident, du déclin de l’ancien ordre global et de son « nouvel ordre global » dans lequel les puissances orientales joueront un rôle plus important, en conjonction avec certains éléments européens. Un globaliste dynamique comme George Soros en a discuté publiquement et fièrement dans le passé.

Les kurdes peuvent également être une cible directe de l’agenda globaliste. Dans un document déclassifié de la CIA intitulé « Le problème des minorités kurdes« , l’agence indiquait que l’establishment considérait les Kurdes comme un facteur inconnu (ce qu’ils n’aiment pas) qui est extrêmement indépendant (ce qu’ils n’aiment vraiment pas) dès les années 1940. La CIA suggère que les kurdes sont un élément incontrôlé qui pourrait rendre difficile l’établissement d’objectifs dans la région.

Dans les années 1970, les États-Unis ont manipulé les kurdes dans des actions contre l’Irak, qui amassait des forces contre le Shah d’Iran et menaçait d’envahir les territoires occupés par les kurdes. Une fois le Shah retiré du pouvoir par la révolution iranienne, les États-Unis ont abandonné leur soutien aux kurdes.

Le gouvernement irakien a profité de l’occasion pour tenter un génocide contre eux en utilisant des armes chimiques qui lui ont été vendues par le gouvernement américain. L’histoire semble en effet se répéter.

Je pense que parce que les kurdes sont une force tribale de millions de personnes qui pourraient s’opposer à l’agenda globaliste au Moyen-Orient, il se peut qu’ils soient destinés à être effacés, et ce dernier événement n’est que l’un d’une longue série d’événements visant à liquider les kurdes.

Ou, à tout le moins, en tuer le plus possible est un bonus pour l’establishment.

Au-delà de la question kurde, une nouvelle crise syrienne et l’opposition de l’UE à Erdogan pourraient entraîner une nouvelle vague de migrants musulmans en Europe.

La dernière fois que cela s’est produit, l’UE s’est retrouvée dans une impasse économique et politique. Elle ouvre également la porte à plus de peur en Europe et fournit une couverture supplémentaire pour un krach financier dans cette région.

Et, en fin de compte, l’invasion turque fournit une excuse parfaite pour attirer un certain nombre de camps opposés en un seul endroit à proximité immédiate. Les kurdes se tournent vers Assad pour obtenir une aide et une protection de la Turquie. L’Iran est un allié militaire d’Assad.

La Russie est toujours fortement impliquée dans la région, de même que les États-Unis et Israël. Je pense que n’importe qui avec n’importe quelle intelligence peut voir où cela va nous mener.

Les élites obtiennent une nouvelle justification pour une plus grande implication militaire américaine au cours de l’année. L’incertitude économique s’accroît à mesure que les grandes puissances se disputent la dynamique de la région.

Elles trouvent un bouc émissaire pour l’effondrement de la bulle de Tout, à mesure que le potentiel d’une guerre économique ou cinétique plus large augmente.

Elles trouvent un bouc émissaire dans Donald Trump et ses partisans conservateurs, qui assumeront non seulement la responsabilité de la crise économique, mais aussi de toute tragédie qui frappera les Kurdes. Enfin, ils obtiennent une justification pour la fin de l’OTAN, qui serait la prochaine étape pour mettre fin à l’ancien ordre mondial occidental.

Cela ouvre la voie à l’introduction d’un nouvel ordre mondial entièrement global et entièrement centralisé ; un monde sans frontières économiques ou nationales dans lequel les élites gouvernent ouvertement plutôt que par derrière.

Une « erreur » (ou un faux drapeau) pourrait déclencher une conflagration entre les nations impliquées. C’est pourquoi l’UE, les Russes, les Israéliens et Trump se préoccupent tant du sort des kurdes. Ils ont CRÉÉE la situation critique des kurdes, et maintenant ils vont s’en servir pour transformer la Syrie en une immense poudrière. La Syrie est un « linchpin«  fabriqué artificiellement, comme l’appellerait la DARPA.

 

Il est conçu pour provoquer une catastrophe tout en maintenant un déni plausible pour l’establishment. Les actions de Trump en Syrie peuvent sembler aléatoires, mais elles sont tout à fait sensées quand on sait qu’il sert un programme plus ambitieux.

 

Le « retrait » américain n’est pas un retrait, c’est le prélude à un conflit plus vaste qui profite à la cabale globaliste.

Par Brandon Smith

Note du Saker Francophone

L'auteur s'engage sur un terrain glissant dont il ne maîtrise sans doute pas toutes les ficelles
mais il en parle en tant qu'américain, critique de la politique de son pays. Il semble avoir
succombé à l'idée de kurdes anarchistes ... de communautés auto-gérées ... Il est parfois
intéressant de comprendre les limites d'un auteur pour mieux comprendre sa critique du système.

 

 

Source et Traduit par Hervé, relu par Kira pour le Saker Francophone

08/11/2019

SYRIE : LE DOUBLE JEUX DE LA TURQUIE

La Turquie continue de protéger État Islamique …


Et cela va mal finir pour elle


2015-05-21_11h17_05Par Moon of Alabama − Le 6 novembre 2019

Lorsque la guerre contre la Syrie a commencé, Il y a huit ans et demi, la Turquie a joué le rôle le plus important.

Des armes ont été introduites clandestinement, venant de Libye et passant par la Turquie pour être livrées aux « rebelles syriens ».

Au fil des ans, des dizaines de milliers de djihadistes étrangers ont traversé la Turquie pour se joindre aux divers groupes qui luttaient contre le gouvernement syrien.

Quand État islamique (EI) a été créé, cela en a attiré encore plus.

 

Lorsque les États-Unis ont changé de stratégie et ont commencé à combattre EI, ils ont exhorté la Turquie à tarir ce flot de nouveaux combattants. La Turquie l’a fait, dans une certaine mesure, après que plusieurs attentats à la bombe, revendiqués par EI, eurent tué des dizaines de personnes dans le pays. Mais des événements récents montrent que la Turquie ne voit toujours pas EI comme un adversaire. Ses dirigeants ne craignent pas non plus les autorités turques.

Le 26 octobre 2019, le président Donald Trump annonçait que les forces spéciales américaines avaient tué le dirigeant d’EI, Abu Bakr al-Baghdadi.

Bagdadi et deux de ses femmes ont été retrouvés dans une maison du village de Barisha, dans le gouvernorat d’Idleb, en Syrie. Barisha n’est qu’à 5 kilomètres de la frontière turque et de la ville turque de Reyhanli.

La région d’Idleb (vert plus foncé) est sous le contrôle des djihadistes, mais la Turquie y possède plusieurs avant-postes.


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Le Guardian a rapporté que l’entourage de Bagdadi avait rejoint Idleb, depuis l’est de la Syrie, en passant par la Turquie :

Des responsables irakiens affirment qu'à la mi-septembre, ils avaient identifié un Syrien qui avait été utilisé pour faire passer clandestinement les femmes de deux frères de Bagdadi, Ahmad et Jumah, vers la province d'Idlib, via la Turquie. Le même trafiquant avait déjà aidé les enfants de Bagdadi à quitter l’Irak. Les agents des services de renseignement irakiens disent qu'ils avaient réussi à à faire coopérer l'homme et la femme que l'on croyait être son épouse, ainsi que l'un des neveux de Bagdadi, pour leur fournir des informations sur la route que ce dernier avait empruntée et la destination des personnes voyageant avec lui. C'était une information exceptionnelle, et elle a rapidement été transmise à la CIA.

Le lendemain de la mort de Bagdadi, les forces américaines ont tué le porte-parole d’EI, Abu al-Hassan al-Muhajir, dans le village d’Ayn al-Bayda, près de Jarabulus. La région de Jarabulus en Syrie est sous contrôle turc (vert clair).

Le 28 octobre 2019, des hélicoptères américains ont de nouveau atterri à Jarablus et ont capturé quelqu’un ou exfiltré un agent :

Within Syria @WithinSyriaBlog - 19:33 UTC - 28 oct 2019

4-Selon des sources locales, l'un des hélicoptères de la coalition a atterri pendant une dizaine 
de minutes près du pont al-Shuiyukh, au sud de la ville de Jarabulus. 5-Certains militants affirment que des hélicoptères de la coalition ont arrêté un membre d’EI,
originaire d'Alep, la famille du terroriste a également été évacuée par la coalition. 6-Les hélicoptères de la coalition ont terminé l'opération, aucun coup de feu n'a été entendu, du
moins on le suppose. Les hélicoptères sont retournés dans les zones contrôlées par
les Syrian Democratic Forces (SDF), sur la rive est de l'Euphrate.

La Turquie possède des drones, des avant-postes militaires et écoute les communications dans l’ensemble de ces régions. Elle dispose de nombreux moyens de renseignement sur le terrain. Et personne ne savait que les dirigeants d’EI vivaient dans cette région ?

Les trois opérations américaines ont été lancées à partir de l’Irak ou de zones contrôlées par les Kurdes dans le nord-est de la Syrie, même si le temps de vol depuis la base américaine d’Incirlik, en Turquie, aurait été beaucoup plus court. Il semble que les États-Unis n’aient pas fait confiance en leur allié de l’OTAN et craignait qu’il n’apprenne prématurément l’existence de telles missions.

Après avoir été humiliée pour sa négligence délibérée à l’égard des activités d’EI dans les zones qu’elle contrôle, la Turquie a pris quelques mesures de diversion.

Le 1er novembre, elle a capturé, à Kilis, en Turquie, Fatima Benmezian, membre belge de État Islamique. Benmezian s’était échappée d’un camp de réfugiés dans le nord-est de la Syrie, il y a quelques semaines, quand celui-ci a été bombardé par la Turquie.

Le 4 novembre, les forces turques ont capturé la sœur de Bagdadi, Rasmiya Awad, avec son mari et sa belle-fille. Ils vivaient dans une remorque porte-conteneurs près de la ville d’Azaz, dans la province d’Alep. Azaz n’est qu’à quelques kilomètres au sud de Kilis et sous contrôle turc.

Aujourd’hui, la Turquie a prétendu avoir capturé une autre femme de Bagdadi, mais sans dire où elle avait été trouvée.

Aucune de ces personnes que la Turquie a arrêtées n’a de valeur opérationnelle. Ce sont des personnes sans valeur.

Mais il est vraiment remarquable que tous ces membres de EI vivaient dans des zones contrôlées par la Turquie, près de la frontière turque.

Faudrait-il croire qu’ils aient choisi une région où ne se trouve aucun autre membre de EI ? Il est plus probable qu’il y ait encore beaucoup d’autres membres de EI qui vivent dans ces zones frontalières de la Syrie, qui sont plus ou moins sous contrôle turc.

 

Certains d’entre eux voyagent même souvent en Turquie :

Un frère du dirigeant de EI, Abu Bakr Al Baghdadi, s'est rendu plusieurs fois à Istanbul, la plus 
grande ville d'Europe, depuis le nord de la Syrie, dans les mois précédant la mort du chef
terroriste, agissant comme l'un de ses messagers de confiance pour fournir et récupérer des
informations sur les opérations du groupe en Syrie, Irak et Turquie, selon deux responsables
irakiens des renseignements. ... "Nous observions quelqu'un qui servait de messager à Al Baghdadi et il faisait de fréquents
allers
retours en Turquie"
, a déclaré un haut responsable du renseignement irakien. "C'était le frère
d'Al Baghdadi."
... Un agent des renseignements irakiens qui a travaillé directement sur l'opération de traque de Juma

a déclaré que le frère du chef terroriste a continué à réapparaître dans les mois suivants,
jusqu'à sa dernière visite enregistrée à Istanbul en avril. Il serait alors retourné dans le
nord-ouest de la Syrie, des mois avant que l'emplacement de la planque de son frère ne soit
révélé.
Il est peu probable qu'il ait été introduit clandestinement de l'autre côté de la frontière, a dit
l'agent, mais qu'il l'ait plutôt traversé librement. ... "Il est impossible pour les services de renseignement turcs d’ignorer sa présence à cinq ou sept
kilomètres de la frontière turque"
, a déclaré un ancien officier militaire turc de haut rang.


De toute évidence, la Turquie est en train de devenir un autre Pakistan. Ce pays est allé de mal en pis lorsqu’il a soutenu une insurrection islamiste contre le régime communiste de son pays voisin [l’Afghanistan, NdT]. Cette guerre a radicalisé des millions de personnes à l’intérieur de ses propres frontières. De nombreuses familles de combattants se sont installées au Pakistan, ce qui a renforcé l’extrémisme dans le pays. Cela a parfois mené à une sorte de guerre civile et des insurrections dans plusieurs provinces du Pakistan.

Erdogan, le président turc, semble croire que le fait de protéger les membres de EI et d’autres radicaux ne fera pas de mal à son pays. En avril dernier, EI publiait une vidéo dans laquelle on voyait Bagdadi :

À un moment donné, l'une des trois autres personnes lui donne un dossier avec des plans. Le dossier porte l'inscription Wilayat Turkey. (Wilayat signifie une province d'État islamique).

                               Agrandir

Puis ça :

Lindsey Snell @LindseySnell - 19:48 UTC - 6 nov, 2019

Il y a 5000 membres de EI, provenant de 28 pays, dans cette prison gérée par les SDF à Hasakah. 
Nous avons demandé à un membre turc de EI s'il voulait retourner en Turquie et il a répondu "evet !
"
[Oui en turc, NdT]. Il dit connaître de nombreux membres de EI qui sont rentrés en Turquie, ont été détenus pendant

une semaine environ, puis libérés.

Erdogan pense qu’il peut garder les cellules de EI sous contrôle dans son pays. C’est peu probable. Je crains qu’au cours des prochaines années, la Turquie ne vive un réveil plutôt brutal.

 

Par Moon of Alabama

Source et Traduit par Wayan, relu par Jj pour le Saker Francophone