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23/02/2018

NOS MILITAIRES FRANÇAIS EMPÊTRÉS DANS LE BOURBIER DU SAHEL ! TRIBUNE LIBRE !

 
 
Publié par Ftouh Souhail le 23 février 2018

Surpris par l’ampleur d’une guérilla islamique dont ils n’avaient pas pris la mesure, les militaires français entreront probablement dans une phase de reconfiguration de leur dispositif sur le terrain au Sahel.

L’utilisation d’explosifs plus puissants et surtout de bombes télécommandées à distance, sur le modèle employé dans les années 1990 par le Hezbollah au Liban-Sud, a surpris l’état-major français et causé des pertes en hommes et en matériel.

Deux soldats français de l’opération Barkhane ont été tués et un autre blessé, ce mercredi 21 février 2018, dans une explosion dans le nord-est du Mali, une zone frontalière du Niger réputée servir de refuge à des groupes jihadistes que la force conjointe du G5-Sahel menée par la France s’est donnée pour mission de chasser.

 

Un groupe musulman radical dirigé par Abou Walid al-Sahraoui, ex-responsable du Mouvement pour le jihad en Afrique de l’Ouest – Mujao -est responsable de cette attaque contre les forces françaises.

 

Ce leader islamique a depuis un moment un nouveau titre, celui de premier responsable de l’Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Selon plusieurs les médias locales, il serait tantôt au Mali, tantôt au Niger, recrutant au sein des populations et des djihadistes maghrébins.

Au Mali, Iyad Ag Ghali, leader du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), et Abou Walid al-Sahraoui, émir de l’État islamique au grand Sahara (EIGS), ont entamé récemment un rapprochement.

Leur alliance serait surtout effective dans la zone dite des trois frontières (Mali-Burkina-Niger), où la force conjointe G5-Sahel compte se déployer.

Si l’Etat islamique du Grand Sahara considère la force Barkhane de l’armée française comme ennemie, il a dans cette partie du désert un autre adversaire : la force conjointe du G5-Sahel. Face à ces deux forces, les terroristes musulmans, qui évitent les affrontements directs, utilisent surtout la stratégie de l’attaque à l’engin explosif improvisé.

 

 

Situation difficile pour l’armée française et la sécurité des soldats est en jeu

L’armée française, qui est sur-engagée par rapport à ses capacités, reste partagée entre des opérations extérieures et une opération de sécurité renforcée sur le territoire français (gares, synagogues, écoles…). Elle n’est pas capable de déployer sur chacune de ses opérations les effectifs et les moyens nécessaires.

 

Ce faisant, elle a du mal à parvenir à des résultats rapides et convaincants. On l’a vu au Mali et en Centrafrique, on le voit aujourd’hui dans les opérations Barkhane au Sahel.

Le Sahel s’étend sur la zone qui inclut la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, et par extension une partie du Sénégal et du Burkina-Faso.

Soit un ensemble plus vaste que la géographie de l’Europe. Dans cette une région  pullulent d’innombrables groupes terroristes musulmans.

La difficulté de l’opération Barkhane est qu’avec 3000 hommes, dans cette zone qui est plus vaste que l’Europe, des dizaines d’années seraient nécessaires pour aboutir aux résultats recherchés, et des dizaines de soldats français seront sacrifiés. On compte déjà 22 morts. Paris ne semble pas avoir une stratégie de sortie envisageable. Elle veut encore participer directement à la défense de la sécurité des pays africains pour de nombreuses années.

Beaucoup s’interrogent à l’occasion sur l’efficacité de la stratégie mise en place par l’armée française pour lutter contre le terrorisme au Sahel. 

Cinq ans après le début de l’opération Serval et malgré son prolongement, l’opération Barkhane, l’insécurité et le terrorisme islamiste ne cessent de se propager et cela met en danger les troupes françaises.

Le chef d’état-major des armées, le général Pierre de Villiers, a même démissionné en juillet dernier. La sécurité des soldats est en jeu à cause du manque de profondeur stratégique du président Emmanuel Macron. La colère gronde désormais dans les régiments et le président ignore les revendications de la communauté militaire. La guerre au Sahel commence à provoquer une surchauffe à tous les niveaux.

 

Paris ne pourra pas compter sur la force supplétive des États-Unis

A en croire la presse américaine, le département de la Défense envisage de réduire le nombre de missions au sol effectuées en Afrique de l’Ouest. suite à l’attaque au Niger qui a coûté la vie à quatre soldats américains, début octobre 2017, lors d’une embuscade tendue par des islamistes armés affiliés au groupe État islamique (EI) équipés d’armes automatiques, de grenades et de véhicules armés, le New York Times propose de réduire la présence militaire américaine en Afrique de l’Ouest tout en préconisant aux forces de l’Africom (forces américaines en Afrique, dont le QG se trouve à Stuttgart) de prôner une politique de prudence dans cette région.

 

Selon des responsables militaires américains, ces nouvelles recommandations ne vont pas concerner la Libye et la Somalie, où Africom s’est engagé avec les forces locales à combattre plusieurs groupes terroristes, dont Al-Qaîda, les Shebab et l’organisation autoproclamée État islamique.

L’enquête est encore en cours pour savoir les circonstances de cette tragédie.

Pour Washington, le Sahel est donc un trou noir qu’il faut absolument éviter, surtout qu’on annonce le retour dans la région de milliers d’éléments de Daech.

Cette hypothèse est d’ailleurs confirmée par le fait que le projet de rapport sur l’embuscade du Niger recommande instamment que les missions jugées risquées soient contrôlées rigoureusement par le Pentagone à Washington ou le commandement d’Africom à Stuttgart.

«Les commandants militaires sur le terrain ne seront plus autorisés à mener de telles missions de leur propre chef», indique ce rapport cité par le New York Times.

«La nouvelle stratégie pourrait être interprétée comme une volonté des Etats-Unis de privilégier l’engagement diplomatique et politique au Sahel dans un contexte de défis sécuritaires accrus et en l’absence de financements et de coordination pour la force militaire G5 Sahel, commentent des observateurs», ajoute la même source.

 

Un rencontre placée sous l’égide de l’Union européenne et des Nations unies pour la force du G5 Sahel

Une rencontre des pourvoyeurs des fonds du G5 Sahel débute ce vendredi 23 février 2018 à Bruxelles. Outre les chefs d’Etat des pays qui composent le G5 Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso, Mauritanie et Tchad) y participeront la France, l’Union européenne, le représentant des Nations unies et une dizaine de ministres des Affaires étrangères.

Cette rencontre du G5 élargi, qui peine à drainer les fonds (450 millions d’euros) nécessaires au fonctionnement de la force conjointe de ces pays africains, intervient au lendemain de la mort de deux soldats français, portant à 22 le nombre de soldats français de l’opération Barkhane tués au Mali.

Cette force, dont la création a été décidée par la France, est encore paralysée en raison d’un manque de financements. Réunis en sommet les 6 et 7 février 2018 à Niamey, les chefs d’Etat du G5-Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) avaient d’ailleurs réitéré leur demande à la communauté internationale d’un soutien financier supplémentaire pour leur force militaire conjointe lancée début 2017 et qui devrait compter 5 000 soldats.

Ces cinq pays, parmi les plus pauvres du monde, peinent en effet à payer.

Pour l’heure, l’Union européenne en a promis 50 millions d’euros, la France 8 millions, surtout du matériel, et chacun des cinq pays fondateurs 10 millions.

Il faut ajouter à ces sommes une contribution annoncée de l’Arabie Saoudite de 100 millions de dollars (80 millions d’euros) et une promesse américaine d’aide bilatérale globale de 60 millions de dollars (49 millions d’euros) aux cinq pays membres du groupe.

La Grande-Bretagne se prépare à aider Paris avec des hélicoptères militaires pour lutter contre les islamistes au Sahel.

 

Aggravation de la situation sécuritaire au Sahel après la chute de Khadafi

L’effet domino de la déstabilisation, qui fait du Sahel une zone de tous les dangers, a commencé avec l’élimination du régime, longtemps présenté comme digue de stabilisation, de Mouammar Kadhafi, en octobre 2011.

Le tsunami provoqué par le changement de régime en Libye déstabilise actuellement le Mali.

Dans ce pays les gens considèrent que les responsables de la déstabilisation de la Libye et, par ricochet du Mali, sont non seulement Nicolas Sarkozy mais aussi Hussein Obama.

Cela explique la colère de la population locale contre les soldats français. Ce constat est aussi valable dans toute cette région qui est composée de nombreux États faillis.

 

Un panel d’experts soutient, dans un rapport remis au Conseil de sécurité de l’ONU, que l’instabilité qui caractérise la Libye est aggravée par l’intensification des activités des groupes armés tout au long des frontières avec le Tchad et le Soudan.

Mauvaise gouvernance, États faillis et absence de cohésion nationale du fait du morcellement ethnique ont préparé les conditions du chaos de la région livrée aux organisations terroristes islamiques reliées à des agendas politiques des pays comme celle du Qatar et de l’Iran .

 

Les aléas climatiques, les épisodes de sécheresse extrême et un déficit hydrique qui ont eu raison de 90% des réserves du lac Tchad ont ravivé les querelles ancestrales entre nomades et sédentaires et imposé une fragilité structurelle qui n’attendait que les pyromanes islamistes pour attiser un immense brasier.

L’incapacité des États sahéliens à garantir leur propre présence sécuritaire créent un vacuum, foyer de toutes les instabilités.

La matrice idéologique djihadiste a donc planté profond ses racines.

Dans cette région aux nombreuses fragilités, chaque nouvel épisode climatique extrême s’accompagne d’un cortège de malheurs et les ressources, lorsqu’elles ne sont pas pillées, ne sont pas disponibles pour être investies dans l’éducation et la santé.

Ici on enregistre une mortalité infantile record de plus de 3,5% et un faible accès à la santé et à l’éducation.

L’insécurité alimentaire est devenue la règle pour la majorité de la population, couplée à une forte explosion démographique, chaque bouche à nourrir devient fardeau et chaque désespéré candidat à l’exil.

 

Les trafics en tous genres prospèrent ici avec des passeurs et des esclavagistes musulmans.

 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour Dreuz.info.

22/02/2018

LA NOUVELLE POLITIQUE MILITAIRE DES ÉTATS-UNIS ........

La nouvelle politique militaire des États-Unis – attention – danger !

 
US Danger

La nouvelle politique militaire des États-Unis – attention – danger !

 

Robert Bibeau ♦

Qu’y a-t-il de nouveau dans la politique militaire et nucléaire américaine rendue publique par le Pentagone le vendredi 2 février dernier ? (1)

 

Un accroissement des dépenses militaires américaines, du « Déjà vu ».


Le développement de nouvelles armes nucléaires tactiques de faible capacité et de portée limitée.


La menace d’utiliser ces armes nucléaires létales contre un État non nucléarisé.


La menace d’utiliser ces armes létales le premier (et non plus en riposte à une attaque nucléaire) et contre n’importe quel pays où qu’il se trouve sur la planète.

 

Quels pays sont visés par le gouvernement américain par cette nouvelle politique belliqueuse ?

La Russie en tant que fournisseur d’énergie et bras armés de la superpuissance économique et financière chinoise, son alliée .


La Chine en tant que première puissance concurrente de l’Amérique économique – financière – boursière et militaire.
La Corée du Nord en tant qu’allié et terrain de confrontation par procuration entre les deux géants se battant pour l’hégémonie mondiale.
L’Iran en tant que fournisseur d’hydrocarbure à la Chine et en tant qu’État récalcitrant tenant tête aux visées hégémoniques américaines. Ainsi l’Iran refuse de faire du dollar américain la seule devise de son commerce international.

 


L’Union européenne alliée des États-Unis qui reçoit cet ultimatum « Vous êtes avec nous dans cette aventure belliqueuse nucléarisée ou vous êtes contre nous ! »

Or, les États européens risquent d’être à nouveau sur la ligne de front comme lors des deux guerres mondiales précédentes et il n’est pas du tout certain que le Grand capital européen mondialisé souhaite jouer la tête de Turc à une troisième reprise.


Tous les pays du monde grands et petits, alliés ou ennemis des États-Unis, que le Pentagone menace ainsi de représailles nucléaires s’ils osent résister à son hégémonie délétère.


Le peuple américain lui-même, si jamais en réaction à sa misère grandissante il osait résister et se soulever contre ses geôliers.

 

Pourquoi cette nouvelle politique militaire est-elle dévoilée à ce moment-ci ? Que cherchent aujourd’hui les États-Unis ?

L’establishment financier américain, et un groupe important de généraux, sont aux abois, car ils sont conscients de l’effondrement économique de l’Amérique.

Le dollar est menacé et à travers lui l’ensemble de l’échafaudage bancal de l’économie américaine.

L’endettement est ahurissant, le déficit commercial titanesque et récurrent, le chômage réel est effarant et la pauvreté s’épand, les tensions sociales palpables et la société précarisée est sur le point d’éclater.

Notre webmagazine publie une série d’articles décrivant la misère qui se répand

http://www.les7duquebec.com/?s=effondrement

 


Comme nous le disons depuis une année, Donald Trump n’est pas un isolationniste, mais un mondialiste.

Les États-Unis renégocient présentement tous ses traités commerciaux avec ses partenaires et concurrents immédiats.

Les forfanteries de Donald l’épouvantail ne visent qu’à conditionner les gouvernements concurrents.


Cette annonce publique largement médiatisée d’une nouvelle politique belliqueuse, vise à intimider les bourgeoisies du monde entier afin qu’elles s’inclinent, conservent le dollar comme principale devise du commerce international, et se soumettent aux dictats commerciaux étatsuniens (exemple pour le Canada dans l’ALENA, qu’il renonce à la gestion de l’offre, etc.)

 

Quelles peuvent être les conséquences de cette nouvelle politique militaire et nucléaire ?

Cette annonce ne peut qu’encourager le camp adverse, Chine – Russie – Iran notamment, à se rapprocher et à se lancer dans une course aux armements, qui ne peut qu’être un gaspillage de ressources ce qui accentuera les problèmes économiques qu’engendrent toujours ces dépenses improductives (déficit budgétaire en hausse, endettement croissant, déplacement des investissements mondiaux de la sphère sociale vers la sphère militaire improductive, grève générale de protestation, etc.)

 

Cette annonce a déjà eu l’effet d’encourager le réarmement des pays européens qui pour certains viennent d’annoncer la croissance de leur budget militaire.

Sans compter que l’Alliance atlantique (OTAN) sera fragilisée suite à cette mise en demeure américaine aux chancelleries européennes qui ne sont plus dans la situation désespérée du Plan Marshall.

L’Union européenne est de facto la première puissance économique et commerciale mondiale.

Elle risque de se le rappeler et de se crisper face à un allié de plus en plus spoliateur (sic).

De nombreux pays déjà nucléarisés, et d’autres pas encore nucléarisés seront poussés à s’équiper d’armes nucléaires de manière à se protéger dans l’éventualité d’un chantage américain à la nucléarisation d’une agression.

Bref, comme nous le disons depuis un certain temps, par cette politique le monde se rapproche dangereusement d’une troisième guerre mondiale – en dépit des plumitifs pacifistes utopistes .

 

Les États-Unis peuvent-ils atteindre leurs objectifs stratégiques par cette nouvelle politique militaire et nucléaire ?

Aucunement. Cette politique de menace nucléaire est la suite logique de la politique de menace militaire que les États-Unis appliquent depuis la naissance de cette puissance au XVIIIe siècle.

Il ne faut pas oublier que ce pays impérialiste est en guerre perpétuelle sur un continent ou sur un autre depuis son apparition.

Les États-Unis n’ont pratiquement jamais été en paix.

Certains pensaient qu’ayant été rossé via leurs mercenaires djihadistes stipendiés en Irak et en Syrie, le Pentagone aurait compris et aurait retiré son contingent de soutien aux pseudo islamistes de l’EI. L’administration américaine vient d’annoncer que ses troupes occuperont la Syrie un temps indéfini, comme en Afghanistan ou pourtant leurs soldats d’occupation sont confinés à un petit périmètre dans Kaboul, justifiant les tueries des talibans.

 

Le budget de la « défense » des États-Unis est le plus important dans le monde, et ce depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, et pourtant, depuis leur défaite au Vietnam (1973) les États-Unis n’ont pratiquement jamais gagné une guerre et ne parviennent qu’à tuer des civils en grand nombre et à s’enliser.

Plus ils injectent d’argent dans l’armement moins ces dépenses sont efficientes. Le problème de l’armée américaine ce n’est pas son armement insuffisant, ce sont les soldats américains qui n’ont plus le cœur à se sacrifier pour les potentats de Wall Street.

Bref, cette nouvelle politique nucléaire est le fruit de l’escalade du désespoir de la part de l’establishment financier américain qui constate l’effondrement éminent de son système économique et financier décadent et ne peut faire autrement que de résister à son essoufflement.


Malgré les sacrifices que la classe capitaliste américaine impose au prolétariat américain, et mondial, l’économie de l’Amérique n’est pas concurrentielle et s’effondre alors que de nouveaux prétendants à l’hégémonie, économique d’abord, politique et militaire ensuite (Chine et ses alliés VS Union européenne) s’avancent pour les écarter.

 

Conclusions

Les États-Unis d’Amérique se retrouvent dans la situation ou se trouvait l’Empire britannique après la Seconde Guerre mondiale.

L’Empire, sur lequel le soleil ne se couchait jamais, avait deux choix face à la concurrence de son allié américain : résister et le confronter, entraînant le monde dans une nouvelle guerre d’Apocalypse ; ou encore, plier, se ranger, négocier une position privilégiée dans l’économie mondiale post-britannique, ce qui donna la City.

Malheureusement, contrairement aux Britanniques, il est peu probable que le Grand capital étatsunien se résigne à cette éventualité.

Source : agora vox

 

LU:   https://metamag.fr/2018/02/21

 

 

  1. « Les États-Unis veulent se doter de nouvelles armes nucléaires de faible puissance en réponse notamment au réarmement de la Russie, selon la nouvelle « posture nucléaire » publiée vendredi par le Pentagone.
  2. Ces nouvelles armes, qui font craindre aux experts une relance de la prolifération et un risque plus élevé de conflits nucléaires, représentent une « réponse à l’expansion des capacités [nucléaires] de la Russie », a indiqué à la presse Greg Weaver, responsable des capacités stratégiques à l’État-major américain. »

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TOUT LES DEUX SONT MEMBRE DE L' OTAN ! LA TURQUIE MENACE LA GRÈCE ???

21/02/2018

LINCOLN , SA RHÉTHORIQUE RACISTE ET SUPRÉMATISTE BLANCHE ....???

Lincoln, une idole ? Vraiment ?


Par Thomas Di Lorenzo – Le 12 février 2018 – Source lewrockwell

 

Le politicien le plus déifié de l’Amérique fête son anniversaire aujourd’hui, célébré dans tout le pays, en particulier dans les think tanks néocon et les tabloïds.

Je parle bien sûr de l’homme que l’aile straussienne du néoconworld appelle « le père », Abraham Lincoln.

 

J’ai donc pensé offrir quelques suggestions de lecture dans le cadre de la célébration d’aujourd’hui.

 

Lincoln était de loin le plus détesté, méprisé et insulté de tous les présidents américains au cours de sa vie, comme l’écrit l’historien Larry Tagg dans son livre « The Unpopular Mr. Lincoln : le président le plus détesté de l’Amérique ». Sa déification a été l’œuvre posthume de la machine de propagande du Parti républicain.

 

Lincoln a été très prudent dans son expression quand il a expliqué au monde, dans son premier discours inaugural et d’autres discours, qu’il était disposé à inscrire explicitement l’esclavage dans le texte de la Constitution (avec l’Amendement Corwin) et qu’il envahirait tout État de l’union qui refuserait de percevoir la taxe tarifaire fédérale nouvellement doublée et d’en envoyer le produit à Washington, DC. Les soi-disant experts universitaires de Lincoln mentent effrontément à ce sujet, en d’autres termes.

 

L’invasion des États du Sud par Lincoln – définis comme libres et indépendants dans la Déclaration d’Indépendance – était la définition même de la trahison en vertu de l’Article 3, Section 3 de la Constitution, qui définit comme seul motif de trahison l’engagement d’une guerre aux États-Unis, ou l’aide et le réconfort accordé à leur ennemi.

 

Le mot « leur » désignant  l’ensemble des États, signifie que la guerre contre la Caroline du Sud, la Virginie etc., est une trahison.

 

Lincoln était le plus grand ennemi que le premier amendement ait jamais eu, même pire que John Adams, il a mis en œuvre l’acte de sédition qui a fait qualifier son administration de criminelle.

Adams a seulement emprisonné quelques opposants, alors que Lincoln a illégalement suspendu l’acte d’Habeas Corpus et a fait emprisonner par son armée des dizaines de milliers d’opposants présents dans les États du nord, tout en fermant plus de 300 journaux d’opposition.

Il a emprisonné les propriétaires de journaux et les rédacteurs, le sénateur Clement L. Vallandigham de l’Ohio, son plus sévère critique au Congrès a été emprisonné, tout comme le maire de Baltimore, et il a déclaré que toute personne qui restait simplement silencieuse, pendant que son administration était mise en cause, était coupable de trahison.

 

Tout au long de sa vie, sa rhétorique raciste et suprématiste blanche aurait fait rougir David Duke.

 

Sans parler de son obsession permanente de déporter tous les Noirs hors d’Amérique (c’est-à-dire, la colonisation), et de son action diligente pour atteindre cet objectif à la Maison Blanche jusqu’à son dernier jour.

 

Même les historiens adorateurs de Lincoln ont admis que si le Sud avait gagné la guerre, il aurait été justifié d’exécuter Lincoln et son haut commandement pour crimes de guerre et massacres en masse des civils sudistes, ici, ici et .

Lincoln a promu et a soutenu généreusement les pires de ces meurtriers de masse, en particulier Sherman, Grant et Sheridan.

 

Comme Lénine en Russie et Bismarck en Allemagne, il était le seul responsable de la création de l’État centralisé, monopolistique et dictatorial dont les Américains sont désormais esclaves, ainsi que de l’abolition du système américain de fédéralisme ou droit des États.

 

C’est pourquoi il a été félicité outrageusement par son collègue centralisateur Hitler lui-même, et félicité aussi par Karl Marx de son vivant et par les fils et les filles politiques de ce dernier jusqu’à aujourd’hui.

 

Lorsque le juge président de la Cour Suprême Roger B. Taney a émis une opinion selon laquelle la suspension de l’Habeas Corpus était inconstitutionnelle (ce à quoi son propre procureur général a souscrit) Lincoln a émis un mandat d’arrêt contre le juge.

Charles Adams a appelé cela « le grand crime de Lincoln ».

 

C’est Lincoln qui a finalement imposé aux États-Unis le système britannique  pourri et corrompu du mercantilisme, avec le bien-être institutionnalisé des grands trusts et le capitalisme de copinage ; le protectionnisme comme une autre forme hideuse de capitalisme de copinage ; le monopole monétaire fédéral pour payer tout cela et pour finir le premier impôt sur le revenu et une myriade d’autres interventions économiques.

Edgar Lee Masters, auteur de « Lincoln the Man » a appelé cela « du pillage et rien d’autre ».

 

Dans ses derniers jours, lorsque de véritables abolitionnistes – Lincoln se distançait  toujours résolument d’eux – lui demandèrent son aide pour faire voter le Treizième amendement mettant légalement fin à l’esclavage, il refusa de les aider selon l’historien David Donald, dernier spécialiste éminent de Lincoln à à l’université de Harvard, appartenant à la dernière génération.

 

Source et Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

 

SYRIELEAKS : GÉOPOLITIQUE, LA STRATÉGIE OCCIDENTALE ! ( RICHARD LABEVIÈRE )

Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-02-2018

 

 

Conférence sur la sécurité – Munich, 17 février.

Dans un anglais quelque peu familier mais précis, Benjamin Norman – diplomate en charge du dossier Proche et Moyen Orient à l’ambassade de Grande Bretagne à Washington – rend compte dans un Télégramme diplomatique confidentiel (TD)1 du 12 janvier 2018 de la première réunion du « Petit groupe américain sur la Syrie » (Etats-Unis, Grande Bretagne, France, Arabie saoudite et Jordanie), qui s’est tenue à Washington le 11 janvier 2018.

 

 

Dans ce TD de cinq pages, il dévoile le détail de la « stratégie occidentale » en Syrie : partition du pays, sabotage de Sotchi, cadrage de la Turquie et instructions adressées au représentant spécial de l’ONU Staffan de Mistura qui dirige les négociations de Genève.

Un Non Paper (de 8 pages) accompagne ce TD en prévision de la deuxième réunion du « Petit Groupe ». Celle-ci s’est tenue à Paris le 23 janvier dernier, essentiellement consacrée à l’usage des armes chimiques et aux « consignes » adressées par le « Petit Groupe américain » à Staffan de Mistura.

 

Assistaient à cette réunion du 11 janvier à Washington Hugh Cleary (chef du Département Proche et Moyen-Orient du Foreign Office) ; Jérôme Bonnafont (directeur ANMO/Afrique du Nord et Moyen-Orient au Quai d’Orsay) ; David Satterfield (Secrétaire d’Etat-adjoint américain chargé du Moyen-Orient) ; le Jordanien Nawaf Tell et le saoudien Jamal al-Aqeel. L’Américain a ouvert la séance en précisant qu’une deuxième réunion aurait lieu à Paris le 23 janvier.

 

David Satterfield a confirmé que le président Trump avait décidé de maintenir une importante présence militaire américaine en Syrie, malgré la victoire remportée contre l’« Organisation Etat islamique » (Dae’ch) ; le coût de ce maintien étant fixé à quatre milliards de dollars annuels.

Il a précisé que cette présence militaire américaine devait prévenir toute résurgence de Dae’ch, mais surtout empêcher les « Iraniens de s’installer durablement et de s’imposer dans la recherche d’une solution politique ». En troisième lieu, il a insisté sur le fait que la première réunion du « Petit Groupe » devait aussi apporter un « appui matériel et politique important à Staffan de Mistura pour « consolider le processus de Genève ».

L’ensemble des participants a accueilli très positivement cette mise au point afin de « réaliser des progrès substantiels en Syrie durant l’année 2018 » et de « répondre à la propagande d’une victoire russe ».

Ensuite, les participants ont insisté sur le « désir russe d’aboutir à une solution politique » qu’il s’agissait d’utiliser pour rendre « plus opérationnels » les objectifs du « Petit Groupe ».

 

CONSOLIDER LE PROCESSUS DE GENEVE

Les Etats-Unis ont noté qu’ils ne participeraient plus aux réunions d’Astana, ayant réduit « leur participation à un niveau très bas, pour souligner leur engagement envers Genève » ; en des termes définitifs, il est décidé de « tirer un trait conceptuel sur Astana pour revenir à Genève ».

Ils ont ensuite estimé que jusqu’à maintenant « Genève restait un échec, malgré les efforts de Staffan de Mistura ». Ils se sont montrés très prudents quant à l’inclusion du cessez-le-feu dans les discussions de Genève : « la vérité étant que nous n’avons tout simplement pas la capacité d’empêcher le régime de grignoter les poches de l’opposition restantes à Idlib et à l’Est de la Ghouta ».

 

Le TD fait état de grands progrès « réalisés par l’opposition au cours des derniers mois », en soulignant qu’elle « devra encore faire preuve d’une plus grande souplesse pour s’assurer que le Régime ne quitterait pas Genève (…) alors que les Américains n’apportent aucun soutien à l’hypothèse d’un gouvernement de transition tel que le prévoit la résolution 2254 (du Conseil de sécurité des Nations unies) ».

Le texte ajoute qu’il « serait tout de même utile que l’opposition puisse cesser d’agiter cette hypothèse à tout bout de champ… » Il a été aussi convenu que « l’opposition devait faire preuve de plus de flexibilité et arrêter d’agiter l’épouvantail d’un gouvernement de transition », les Américains ajoutant que, sans changer d’objectif final quant à la partition de la Syrie et au départ de Bachar al-Assad, il fallait d’abord « rester en mouvement en procédant à « une manipulation prudente » de l’opposition.

 

Le représentant français – Jérôme Bonnafont – a posé le problème d’une éventuelle participation de Bachar al-Assad à de futures élections.

David Satterfield a répondu que « l’objectif était de créer les conditions et des institutions qui permettraient des élections qu’Assad ne pourrait pas gagner ».

Satterfield a ajouté « qu’il n’y avait pas de raison ‘flagrante’ pour empêcher Assad d’être candidat ».

Dans ces conditions, il s’agissait surtout de tester les intentions de la Russie, notamment pour qu’elle arrive « à ce que le Régime soit amené à discuter d’une nouvelle Constitution, d’élections libres sous le contrôle des Nations unies et de la création d’un environnement susceptible de favoriser ces deux processus ».

 

Accord sans restriction de tous les membres de la réunion du « Petit Groupe » pour « ne plus se satisfaire des propos mielleux de Lavrov, afin de mettre Moscou sous pression ».

Pour Satterfield, il s’agit d’amener les Russes à lâcher Assad, « à travers des réunions du Conseil de sécurité et une large campagne de communication publique », estimant que la ré-élection annoncée de Vladimir Poutine fragilisait positivement la position russe…

 

SABOTER ET INSTRUMENTALISER SOTCHI

L’une des conclusions de cette première réunion du « Petit Groupe » est parfaitement claire : « revigorer Genève pour que Sotchi devienne hors de propos » ; la France réclamant plus de « transparence sur la position russe ».

Mais il s’agit encore de ne pas s’opposer « frontalement » à Sotchi « présentant l’avantage de rassembler une part non négligeable de la société civile syrienne », pour en ramener les « apports les plus positifs à Genève, afin de renouveler et relancer ce format de Genève ».

Les Saoudiens ont mis en garde contre un « risque de fragmentation des différents groupes de l’opposition et demandé de l’aide afin de maintenir la cohésion de celle-ci ».

Satterfield a rétorqué que leurs représentants devraient « s’engager davantage dans la recherche d’une solution politique plutôt que de profiter de salaires mirifiques et de longs séjours dans des hôtels agréables ».

La France a appuyé cette remarque en insistant sur « la communication ».

A cet égard, le TD britannique dresse le commentaire suivant : « malheureusement, la Cinquième République française n’a pas vocation à financer cet effort », les représentants britanniques rappelant « que la communication de l’opposition a été financée en premier lieu par… le Royaume-Uni ».

David Satterfield a, ensuite, expliqué que l’opposition turque aux « Unités de protection du peuple kurde (YPG) » empêchait les Kurdes de participer à Genève. Tout en comprenant la position d’Ankara, il a souligné « qu’on ne pouvait pas ignorer un groupe qui contrôlait le tiers de la Syrie (SIC) et qui avait pris la plus grande part à la lutte contre Dae’ch ».

Il a expliqué que « les Américains cherchaient à établir un leadership multi-ethnique au nord-est de la Syrie afin de diluer l’hégémonie de l’ YPG ». Par contre, il s’agissait d’imposer les FDS (Forces démocratiques syriennes, majoritairement kurdes et sous contrôle américain) dans le processus de Genève.

 

Commentaire de l’auteur du TD : « je comprends que les Etats-Unis vont nommer William (Bill) Roebuck, leur ex-ambassadeur à Bahreïn, comme représentant spécial des FDS. Je vais suivre, mais cela vaut la peine de rappeler – selon les discussions séparées que nous avons eues, par exemple avec Fiona Hill – que les relations entre les Etats-Unis et la Turquie sont déjà mauvaises et ne risquent pas de s’améliorer.

Par conséquent, les Américains ne sont pas les mieux placés pour faire – en solo – le gros boulot avec les FDS et Ankara ».

L’objectif est clairement défini : « amener Staffan de Mistura à accepter à Genève une structure tripartite incorporant l’opposition, Assad et les FDS ».

Du reste, le secrétaire d’Etat adjoint indique qu’un « Non-Paper – Reviving the Syrian Political Track in Geneva– sera communiqué à Staffan de Mistura avant la réunion du 23 janvier à Paris, « afin de mettre les Russes au pied du mur ». Ce document comporte : « une Feuille de route politique, les éléments d’une réforme constitutionnelle, la structure onusienne de supervision des élections et les directives pour l’établissement d’un environnement pacifié ».

 

Pour leur part, les Jordaniens ont qualifié la session du « Petit Groupe » de « la réunion publique la plus secrète de tous les temps ».

Et l’auteur du TD de conclure : « nous devons, pour le moment, garder un groupe constitué uniquement des Etats-Unis, de la Grande Bretagne, de la France, de l’Arabie saoudite et de la Jordanie.

Les prochains à être invités devraient être l’Egypte et l’Allemagne (pour qui nous avons plaidé).

La Turquie devrait également joindre le groupe, mais la discussion avec elle risque d’être empoisonnée par les Kurdes, ce qui rendra plus difficile la neutralisation d’Astana. Il n’y a donc pas urgence à intégrer ces trois derniers pays ».

 

COMMENTAIRES BELLICISTES

Les commentaires en conclusion de ce TD sont fort éloquents en ce qui concerne l’avenir de la stratégie occidentale en Syrie. Les trois conclusions essentielles soulignent « une vraie réaffirmation du leadership des Etats-Unis dans les coulisses… ».

La deuxième perspective consiste à « maintenir la pression sur la Russie, même si celle-ci ne parvient pas à convaincre Moscou de lâcher le régime comme nous l’espérions ».

Sur ce plan, « nous devons continuer – ce que nous faisons déjà – à dénoncer l’horrible situation humanitaire ainsi que la complicité russe dans la campagne de bombardements de cibles civiles ». Enfin, conclut l’auteur du TD, « les Américains m’ont dit combien ils avaient apprécié notre contribution et notre soutien ces derniers mois alors qu’ils étaient en train de finaliser leur stratégie ».

XXX

Voilà qui n’augure pas d’une prochaine sortie de crise en Syrie dans un contexte marquée par quatre évolutions majeures des plus préoccupantes.

1) Les Etats-Unis ont décidé de renforcer et de diversifier leur posture nucléaire.

Le Pentagone vient d’annoncer qu’il va développer des armes nucléaires tactiques miniaturisées « pour s’adapter aux nouvelles menaces internationales ».

Le président iranien Hassan Rohani a répondu : « comment quelqu’un peut-il parler de paix mondiale et en même temps annoncer qu’il développe de nouvelles armes nucléaires destinées à ses principaux ennemis ? »

 

2) Les ministres de la Défense de l’OTAN se sont entendus les 14 et 15 février derniers à Bruxelles sur les grandes lignes d’une nouvelle refonte des structures de commandement de l’Alliance Atlantique. Cette « adaptation – la plus grande depuis la fin de la Guerre froide », selon le secrétaire général Jens Stoltenberg, est proposée par les militaires américains. Elle vise à rendre l’Alliance plus efficace en cas de crise de haute intensité. En clair, il s’agit de « mieux dissuader et répondre aux nouvelles menaces venant de certains Etats, au premier rang desquels la Russie ».

3) Aux lendemains de la destruction d’un chasseur israélien dans l’espace aérien syrien et, alors que la police israélienne demande l’inculpation du premier ministre Benyamin Netanyahou pour corruption, Tel-Aviv accuse l’Iran de s’implanter en Syrie et menace de multiplier ses opérations militaires.

Ce n’est pas la première fois que le premier ministre israélien – qui refuse de démissionner – utilise les regains de tension régionale pour consolider son pouvoir personnel et son alliance avec l’extrême-droite du pays.

4) Enfin, le soutien militaire de Washington aux Kurdes de Syrie continue à provoquer l’Ire d’Ankara. La crise de confiance est consommée et l’axe turco-américain est au bord de la rupture.

Deuxième contingent de l’OTAN, l’armée turque a dû accompagner le tournant conservateur et anti-occidental après le putsch raté de juillet 2016. Mission vient d’être donnée à un général aux tendances conservatrices et islamistes de restructurer l’armée turque dégarnie par les purges.

 

En définitive, le TD britannique reflète parfaitement la stratégie occidentale en Syrie : saboter les efforts de paix de Sotchi, ajouter deux nouvelles guerres à la crise syrienne : celle des Turcs contre les Kurdes et celles des Israéliens contre l’Iran et le Hezbollah libanais.

« Les Américains n’ont jamais admis leur défaite militaire en Syrie et ne veulent pas lâcher le morceau et surtout leur objectif stratégique principal », commente un haut diplomate français, « celui d’un démantèlement de la Syrie, du type de celui qui a été conduit en Irak et en Libye.

Leur volonté est d’armer les Kurdes pour contrôler les régions pétrolières de l’Est syrien afin de pouvoir peser sur la reconstruction politique et économique du pays ».

 

La paix n’est donc pas pour demain.

 

Richard Labévière

1 Benjamin Norman/Foreign and Security Policy – Middle East/British Embassy – 3100 Massachusetts Avenue, NW/Washington DC/20008/USA. Phone : 202 588 6547/FTN : 8430 6547. Email : Benjamin.norman@fco.gov.uk

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Source : Proche & Moyen-Orient, Richard Labévière, 19-02-2018

LA SYRIE EST EN GUERRE DEPUIS SEPT ANS ! HALTE AUX MENSONGES OCCIDENTAUX !

Source : IVERIS, Michel Rimbaud, 19-02-2018

 

Depuis maintenant sept ans, la Syrie est en guerre.

Ce pays aimable, tolérant, hautement civilisé que même ses détracteurs ne pouvaient s’empêcher de trouver beau et attachant est d’ores et déjà confronté à un formidable défi, celui de l’après-guerre.

 

Les assaillants barbares venus de cent pays, atlantistes comme islamistes, se sont acharnés à vouloir en détruire les richesses, les infrastructures, les capacités, les monuments, les beautés naturelles afin de le rayer de la carte. Ils ont aussi et surtout tenté de broyer le peuple syrien, d’effacer sa mémoire et son identité afin de l’anéantir.

 

Le Lion de Palmyre, datant du 1er siècle avant Jésus-Christ, a été détruit par Daech à la pelle mécanique en 2015. Désormais restaurée, cette pièce maîtresse du musée de Palmyre est exposée dans les jardins du musée de Damas. (Photo IVERIS)

 

Avec la complicité d’une soi-disant « communauté internationale » en trompe-l’œil, ils s’emploient maintenant à le priver, autant qu’il sera possible, de toute perspective d’avenir, en lui volant ses droits imprescriptibles : disposer de lui-même, décider, sans ingérence étrangère, de son destin et de son régime politique.

Sans pudeur et sans vergogne, les mêmes assaillants ne cachent pas leurs velléités de replacer l’avenir, notamment constitutionnel, de la Syrie sous « tutelle onusienne », c’est-à-dire sous mandat, autant dire sous le joug colonial.

Afin d’effacer l’empreinte géographique d’une Syrie mère de la civilisation (y compris la nôtre), peut-il y avoir un moyen plus efficace que de disperser un peuple et surtout de briser un Etat qui a commis le crime de lèse-majesté ?

 

En effet, au final, l’entreprise est destinée à faire de ce qui fut jadis une grande Syrie un archipel de mini-entités, et de son peuple une mosaïque tribalisée ayant vocation à être vaporisée en une vaste diaspora : dans une première approche, ce crime inqualifiable mérite la double qualification de « politicide » – la dissolution d’un Etat qui dérange – et d’ethnocide – l’anéantissement d’un peuple qui résiste.

 

C’est ce qui est inscrit dans le « grand dessein » néoconservateur. Ce dernier, notons-le au passage, reviendrait à infliger à la Syrie le destin réservé depuis 70 ans à la Palestine, pan de terre volé sous l’égide du colonialisme triomphant.

Le sort des Syriens pourrait alors ressembler à celui des Palestiniens, irrémédiablement spoliés au nom d’une « mission divine ». Le sinistre destin des peuples amérindiens, éliminés de l’histoire, est là pour rappeler de quoi sont capables les colons venus d’ailleurs.

 

Les dégâts sont immenses, se chiffrant en centaines de milliards de dollars, auquel il conviendrait d’ajouter – mais c’est leur problème – les millions, billions ou trillions dépensés par les « puissances » assaillantes pour conduire leurs batailles « pour la démocratisation ».

Il ne sert à rien d’invoquer les valeurs de la morale, naturelle ou religieuse, le droit international et la légalité onusienne, voire la simple décence, face à des agresseurs sans foi ni loi.

On ne peut attendre d’Etats qui s’érigent en gendarmes de la planète tout en se comportant comme des régimes voyous une quelconque logique.

Il est paradoxal, après tout ce temps, ces horreurs, ces massacres, ces actes de sauvagerie, cette barbarie, que l’on trouve encore dans le grand Occident « démocratique » tant de défenseurs de l’indéfendable, tant d’admirateurs des djihadistes présentés comme démocrates ou « modérés ».

Les intellectuels sont piégés par leur aveuglement initial, les médias sont plombés par l’omerta, les politiques sont otages de leur doxa néoconservatrice, dans l’Hexagone comme dans tout le monde judéo-chrétien.

 

Pourquoi un tel acharnement, une telle obstination dans le mensonge ? C’est que la Syrie est depuis longtemps dans le collimateur de l’Amérique, de la Grande-Bretagne et d’Israël.

La Syrie historique est le centre de gravité du Proche-Orient, le lieu de naissance des trois religions révélées, le cœur battant de l’arabisme, symbole de l’islam moderne et tolérant, siège des premiers califes : un héritage très lourd à assumer, mais qui a assuré à ce « phare de l’Orient » un prestige indéniable auprès des Arabes et une aura de sympathie chez les Musulmans.

Tolérante, multiconfessionnelle, moderne, républicaine, forte de son identité et de sa conscience historique, elle représente ce que les extrémistes de tout bord exècrent par-dessus tout.

 

Depuis son indépendance et la création d’Israël, la Syrie n’a cessé d’apporter un soutien indéfectible à la cause palestinienne et est toujours apparue comme un Etat rebelle à l’ordre israélo-atlantique.

 

Face au délabrement du monde arabe, la Syrie s’est inscrite dans l’axe de la résistance et elle résiste.

Son armée nationale a tenu le coup seule contre tous durant quatre ans, puis, aidée de ses alliés, a entamé la reconquête, s’affirmant au passage comme le principal artisan de l’éradication de Da’esh, malgré les mensonges et prétentions des usurpateurs fanfarons.

L’Etat syrien contrôle désormais les quatre cinquièmes du territoire national, ayant mis en échec, par sa résilience, les plans des agresseurs.

Pour ceux-ci, la Syrie de 2018, après tant de batailles et tant d’essais non transformés, constitue une réalité impensable et intolérable.

Il faut donc la faire disparaître de la carte, ne serait-ce qu’en l’ignorant.

Il convient pour cela de délégitimer l’Etat, présenté systématiquement comme un « régime », ses institutions, sa constitution, son gouvernement, diaboliser son Président, ignorer les volontés de son peuple, les succès de son armée en les attribuant à ses alliés, voire à ses ennemis.

 

Il faut dénier au Président et à son entourage tout pouvoir, tout rôle à venir, tout droit de véto, et faire en sorte qu’il ne puisse y avoir de solution politique « syrienne » issue d’un dialogue national, sous l’égide de ses alliés et de ses amis.

Il faut au contraire que son sort soit décidé par ses ennemis, par la « communauté internationale » aux aguets, par trois Etats représentant 470 millions de personnes soit 6 à 7% de l’humanité, lesquels pestent de ne plus pouvoir imposer leur loi au Conseil de Sécurité

 

Décidément, le monde est tombé sur la tête puisqu’il n’y a plus de légalité internationale, plus de respect du droit onusien, censé être la bible des diplomates.

 

Les faux gendarmes du monde qui en sont les fauteurs de désordre, les cambrioleurs qui crient au vol, les violeurs de la légalité qui crient au viol, les agresseurs qui s’indignent des agressions de l’armée syrienne, les pratiquants d’ingérences illégales qui s’indignent de l’intervention légale des alliés et partenaires de l’Etat, tout ce beau monde s’agite et manœuvre au grand jour.

 

Exit les comparses et les forces écran, voilà que les commanditaires et les parrains véritables ont jeté le masque et s’emploient à réaliser ouvertement ce qu’ils ont échoué à faire par procuration durant sept ans. Israël au Sud, l’Amérique et ses affidés européens au nord–est en appui des forces kurdes portées aux nues, la Turquie au nord-ouest contre les projets des Kurdes et tous contre Bachar al-Assad.

Le prétexte de la lutte contre Da’esh et le terrorisme apparaît maintenant pour ce qu’il était, une fumisterie que défendent les ennemis de la Syrie légale et à laquelle ne croient plus que les imbéciles.

 

Jean-Yves Le Drian exige (sic) « le retrait de tous ceux qui n’ont rien à faire en Syrie ». Il ose.

 

Devinez qui sont pour lui ceux qui n’ont rien à faire en Syrie ?

Oui, vous avez gagné : l’Iran, le nouveau diable à la mode, le Hezbollah terreur d’Israël, la Russie, les forces « chiites » d’Irak.

 

Vous savez donc quels sont les pays qui ont à y faire : les trois obsédés du bombardement humanitaire, ceux qui possèdent des armes de destruction massive, violent systématiquement le droit international, soutiennent le terrorisme quand ils ne l’ont pas créé, ceux qui souhaitent piller tranquillement les ressources pétrolières et gazières de la Syrie et de la région : en d’autres mots, l’Amérique et ses fidèles.

Pour faire bon poids bonne mesure, ajoutons Israël, ami des « révolutions arabes » qui détruisent les Etats du même nom, la Saoudie, grande démocratie devant l’éternel et spécialiste en constitutions, en droits de l’homme et de la femme, et en tolérance religieuse, la Turquie membre éminent de l’OTAN, ennemie des turcs des montagnes, mais amie des séparatistes kurdes de Syrie ou d’Irak et soutien des djihadistes, le Qatar à condition qu’il continue à acheter tout et n’importe quoi dans notre pays en difficulté.

 

Pour le reste, la Syrie a tenu bon pendant de longues années, son armée est capable de soutenir les assauts d’Israël et d’abattre les avions qui l’attaquent.

Elle est solidement ancrée dans un axe de la résistance résolu et bien coordonné, soutenue par des alliés fiables, à commencer par la Russie.

La Syrie n’est pas un figurant, elle est au centre d’une guerre globale. Combien d’Etats auraient résisté comme elle l’a fait ?

Messieurs les « amis de la Syrie », ennemis de son « régime » et de son Président, vous avez maintenu la fiction d’un soulèvement populaire contre un « tyran massacreur ».

En quoi cela vous regarde-t-il ? Vous avez d’ailleurs tout faux et le savez bien puisqu’en réalité le pays qui vous obsède est avant tout victime d’une guerre d’agression qui met en danger son existence.

 

L’Etat syrien a sûrement le droit de piloter les négociations qui décideront de son avenir et de récuser toute ingérence des agresseurs.

Il a le droit de refuser vos ingérences, vos plans de partition et vos projets tordus.

Les guerres de Syrie sont depuis belle lurette les composantes d’une guerre universelle en passe de devenir « mondiale ».

Si cette agression regarde la « communauté internationale », c’est selon les critères du droit international, codifiés par la Charte des Nations-Unies, qu’elle doit être considérée… Là, on comprendra très bien que cette approche, la seule envisageable, vous pose un léger problème.

Ce problème n’est pas celui du pays agressé.

Il est celui de l’agresseur que vous êtes et qui traite la Syrie comme un « pays ouvert » à toutes les aventures et à toutes les entreprises hostiles.

Messieurs les agresseurs, n’oubliez jamais que votre présence en Syrie est illégitime et illégale, y compris s’agissant de vos barbouzes, de vos conseillers spéciaux ou de vos forces-au-sol.

 

Et s’il y a une présence légitime par excellence, ce n’est pas la vôtre, c’est celle de l’Etat syrien, celle des alliés et partenaires du gouvernement de Bachar al-Assad, dont vous exigiez le départ.

 

S’il y a un retrait qu’impose le respect du droit international, c’est celui des pays qui n’ont rien à faire en Syrie, vos pays.

 

Michel Raimbaud
Ancien ambassadeur
Professeur et conférencier

Source : IVERIS, Michel Rimbaud, 19-02-2018

20/02/2018

GÉOPOLITIQUE: SYRIE, LES KURDES VALSENT AVEC BACHAR EL ASSAD ......

Bataille d’Afrin: les Kurdes valsent avec Bachar

Nouvelles alliances, nouveaux enjeux et jeu complexe

 
 

Les grands regroupements géopolitiques qui s’esquissent en Orient sont instables ainsi qu’on le découvre depuis 24 heures en Syrie.

 

Arabie Saoudite-Israël-Etats-Unis vs. Iran-Turquie-Russie

En simplifiant à l’extrême, un bloc d’intérêts communs Arabie Saoudite-Israël-Etats-Unis s’est constitué face à un autre bloc aux intérêts nationaux et géopolitiques convergents, opposé au précédent : Iran-Turquie-Russie.

 

Les critères de ces regroupements sont infiniment compliqués, et sur le champ de bataille syro-irakien, sont appelés à se renverser rapidement, de façon parfois en apparence illogique.

Il est néanmoins aisé de voir que le régime syrien lutte pour sa survie avec l’aide décisive de la Russie, que l’Iran aide tout ce qui est chiite et anti-américain, et que la Turquie rejette tout ce qui ressemble de près ou de loin à une admission du fait kurde.

 

L’armée turque, appuyée par des rebelles syriens (souvent des ex-djihadistes), mène depuis un mois une offensive terrestre et aérienne au nord de la Syrie pour en chasser les Unités de protection du peuple (YPG), milice considérée comme « terroriste » par Ankara mais alliée des Etats-Unis et équipée par eux dans la lutte contre le groupe Etat islamique en Syrie.

 
 

Les Kurdes syriens s’allient à Assad…

Or, les Kurdes du nord de la Syrie, en grand péril, ont passé un accord avec le gouvernement d’Assad, ce qui surprendra les imprudents commentateurs qui, il y a encore 24 heures, affirmaient mordicus qu’Assad voyait d’un bon œil l’invasion militaire turque sur son sol contre les autonomistes kurdes.

A lire aussi: A Davos, Trump met fin au multilatéralisme absolu

 

Le régime de Damas et les partis kurdes viennent d’affirmer hier que cet accord, conclu le 17 février, prévoit le déploiement d’unités de l’armée syrienne dans la région d’Afrin pour faire face à l’offensive turque.

Un responsable kurde (Cheikho Bilo) a affirmé hier que l’armée syrienne pourrait se déployer à Afrin (menacée par l’avancée turque) à partir de ce lundi 19 février.

Cette négociation qui s’est déroulée avec la participation de la Russie devrait différer les questions portant sur la gestion de l’enclave d’Afrin, actuellement dirigée par une administration autonome kurde, et sur le retour de l’administration centrale syrienne.

 

…avec l’accord des Etats-Unis ?

Citée par Reuters, l’agence officielle syrienne Sana indique que : « Les forces populaires vont arriver à Afrine dans les prochaines heures pour soutenir ses habitants contre l’attaque du régime turc », et vont « se joindre à la résistance contre l’agression turque », afin de« défendre l’unité territoriale et la souveraineté de la Syrie ».

Mais on n’imagine pas que cela ait pu se faire sans l’assentiment au moins implicite des Etats-Unis dont l’implication au sol a été et demeure forte auprès des milices kurdes, décisives dans la lutte contre Daech.

Les Russes font indirectement savoir à Recep Tayyip Erdogan qu’il doit arrêter sa guerre d’annexion… car on ne pense pas une seconde que Damas ait agi sans l’aval des Russes.

 

La Turquie, ennemi intérieur de l’Otan

Erdogan, qui a abattu des aéronefs russes et menace explicitement les conseillers militaires américains, va se retrouver seul dans son aventure.

Et sa position dans l’OTAN devient désormais un problème, ce qui soulève de surcroît la question de la nécessité de maintenir l’OTAN dans sa conception actuelle.

A lire aussi: Israël-Iran: la guerre promise peut avoir lieu

Dans ce contexte, il serait temps que la guerre des services américains (FBI, CIA, NSA) cesse et que les Démocrates laissent sa chance à l’administration Trump.

Les Russes ont pris une position dominante en Orient mais les Etats-Unis ne seront pas de trop pour trouver les compromis vers une paix durable.

 

Quant à la France, elle a oublié sa propre histoire, et notamment les belles pages du Levant français…

 

Source:    https://www.causeur.fr/syrie-kurdes-assad-turquie-etats-unis-149632?

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19/02/2018

DOSSIER: LES GUERRES ILLÉGALES DE L' OTAN ..... ( DANIEL GANSER )

Des criminels de guerre en liberté


Beaucoup de militaires et de responsables politiques occidentaux devraient être jugés et passer la fin de leur vie derrière les barreaux.


Par Daniele Ganser – Le 13 janvier 2018 – Source rubikon.news via Les éditions DemiLune

Kriegsverbrecher auf freiem Fuß

C’est une idée fausse très répandue que les démocraties ne déclenchent pas de guerres d’agression ni ne mènent d’attaques terroristes.

Les faits historiques pour la période allant de 1945 à aujourd’hui, montrent une réalité totalement différente : au cours des 70 dernières années, des États démocratiques d’Europe et d’Amérique du Nord ont sans cesse participé à des guerres d’agression voire à des attentats terroristes.


Il y a tant de cas qu’il est impossible de tous les énumérer ici.

 

À titre d’exemple, j’ai sélectionné trois événements de décennies différentes :

  • L’attaque illégale de l’Égypte en 1956 par des démocraties européennes, le Royaume-Uni et la France ;
  • L’attaque terroriste contre le navire Rainbow Warrior de l’organisation écologiste Greenpeace en 1985 par la démocratie française ;
  • L’attaque illégale de la Syrie le 7 avril 2017 par le Président Donald Trump.

La croyance erronée que les démocraties n’entament jamais de guerres et n’utiliseraient jamais la terreur comme un instrument politique, perdure obstinément dans la population, parce que les médias de masse des démocraties européennes ou américaines n’ont pas ouvertement abordé et critiqué ces crimes et aussi parce que, jusqu’à présent, les responsables politiques concernés n’ont pas été condamnés par un tribunal.

 

« Des démocraties qui appartiennent à l’alliance militaire de l’OTAN, siègeant de manière permanente au Conseil de sécurité de l’ONU et disposant d’un droit de veto qui peut les absoudre d’une condamnation internationale, ont à plusieurs reprises attaqué d’autres pays. »

 

Ceci est illégal. Parce que la Charte des Nations Unies de 1945 stipule dans l’article 2, paragraphe 4 :

« Les membres de l’organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force (…) »

La Charte n’approuve le recours à la force que si un État attaqué se défend ou si le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé l’intervention militaire. Dans tous les autres cas, l’Organisation des Nations Unies interdit les guerres.

Les attentats terroristes sont également interdits.

 

 

L’agression de l’Égypte en 1956

Grâce au canal de Suez, l’Égypte est un pays stratégiquement important. Ouvert en 1869 et long de 160 kilomètres, il joue un rôle central dans l’approvisionnement en pétrole de l’Europe car il relie la mer Rouge à la Méditerranée et évite un contournement de l’Afrique aux navires qui vont du golfe Persique à l’Europe. Il est ainsi emprunté quotidiennement par des navires-citernes qui transportent du pétrole et du gaz naturel liquéfié vers le marché européen.

Pour Gamal Abdel Nasser, Président de l’Égypte depuis 1954, le canal de Suez était le symbole honni du colonialisme européen. La longue et étroite route navale traversant le désert égyptien avait, en effet, été construite par les Français, et était ensuite devenue une possession privée de la France et de la puissance coloniale de l’Égypte, la Grande-Bretagne, sous la forme de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez.

Pendant la guerre froide, Nasser renforça la coopération avec l’Inde et la Yougoslavie car il était inspiré par leur non-alignement, et développa une politique nationaliste et neutre. Pour éviter que le pays ne tombe sous l’influence de l’Union soviétique communiste, les Américains et les Britanniques lui promirent un prêt de la Banque mondiale à la fin de l’année 1955 pour la construction du Haut barrage d’Assouan. Son réservoir devait permettre à Nasser de réguler l’eau du Nil pour l’agriculture lors des crues annuelles et de produire de l’électricité renouvelable pour l’industrie nationale.

Mais en juillet 1956, le Président Dwight Eisenhower changea d’avis et expliqua, après concertation avec Londres et la Banque mondiale, que l’Égypte ne serait pas solvable, parce que Nasser reconnaissait la Chine et qu’il aurait affirmé ouvertement son intention de détruire Israël. Exaspéré, Nasser décida de financer la construction planifiée du barrage d’Assouan avec les taxes prélevées sur le transport du pétrole utilisant le canal de Suez. Il nationalisa donc la Compagnie franco-britannique le 26 juillet 1956, au grand dam de ces deux pays.

Choqué, le Premier ministre britannique Anthony Eden craignait que les Soviétiques n’étendent leur sphère d’influence. En avril 1956, peu avant la nationalisation du Canal de Suez, Eden avait explicitement averti le chef de l’État soviétique Nikita Khrouchtchev :

« En ce qui concerne le pétrole, je dois vous donner mon avis de façon directe : nous sommes prêts à nous battre pour cela […] Nous ne pourrions pas vivre sans pétrole et […] nous n’avons pas l’intention de nous laisser étrangler. »

Après la nationalisation, le secrétaire d’État US John Foster Dulles insista auprès des ministres des Affaires étrangères britanniques et français, estimant qu’une « possibilité devrait être trouvée […] pour que Nasser recrache le canal ». 1.

 

Le Royaume-Uni, décida de recourir à des moyens militaires pour l’accès au pétrole du Proche-Orient. « Nous sommes réellement confrontés à un dilemme épouvantable » nota le chancelier de l’Échiquier britannique Harold Macmillan dans son journal :

« Si nous agissons énergiquement contre l’Égypte, provoquant ainsi la fermeture du canal, l’interruption des pipelines du Levant et l’exploitation du pétrole ainsi que la déstabilisation du golfe Persique, alors la Grande-Bretagne et l’Europe occidentale seront ‘hors-jeu’. 

Mais si nous essuyons une défaite diplomatique, si Nasser s’en ‘sort indemne’ et que les pays du Proche-Orient se mettent d’accord sur la nationalisation du pétrole […] alors nous serons également ‘hors-jeu’. Dès lors, avons-nous d’autres choix ? […] Notre seule chance se trouve dans l’action énergique, en espérant que nos amis au Proche-Orient nous resteront fidèles, que nos ennemis seront vaincus et que nous pourrons sauver le pétrole – mais c’est une décision capitale ». 2. »

 

Dans le cadre d’une conspiration – définie comme la concertation secrète de deux personnes ou plus pour la réalisation d’un but commun – de hauts représentants de la Grande-Bretagne, de la France et d’Israël se réunirent du 22 au 24 octobre 1956 dans une villa à Sèvres près de Paris, pour planifier la très secrète « Opération Mousquetaire ».

La délégation britannique était menée par le Secrétaire d’État aux Affaires étrangères John Selwyn Lloyd, la française par le Premier ministre Guy Mollet et l’israélienne par le Premier ministre David Ben Gourion. Les conspirateurs décidèrent qu’Israël devait attaquer l’Égypte et progresser militairement vers le canal de Suez par la péninsule peu densément peuplée du Sinaï. La France et la Grande-Bretagne lanceraient ensuite un ultimatum que Nasser ne pourrait accepter, créant ainsi un prétexte pour occuper le canal de Suez. Le but de l’action était d’en obtenir le contrôle et, comme l’espérait Israël, de renverser Nasser.

Évidemment, ce projet de guerre était illégal, car il contrevenait à l’interdiction de la force inscrite dans la Charte de l’ONU. Mais les conspirateurs ne se souciaient pas du droit international. Le 29 octobre 1956, l’armée israélienne attaqua d’Égypte conformément au plan établi, et occupa la péninsule du Sinaï. Israël se rendit ainsi coupable du crime d’agression.

Les États-Unis comprirent rapidement de quoi il s’agissait, et convoquèrent une réunion d’urgence du Conseil de sécurité dès le lendemain. L’ambassadeur US Henry Lodge réclama l’arrêt immédiat des actions militaires d’Israël contre l’Égypte. Le représentant égyptien auprès de l’ONU, Omar Loutfi, condamna l’attaque d’Israël contre son pays de façon acerbe. « Des troupes israéliennes sont entrées sur le territoire égyptien en différents endroits » et cela constituait d’après lui « un acte d’agression très dangereux ». 3.

L’ambassadeur d’Israël Abba Eban ne nia pas l’attaque de l’Égypte par l’armée israélienne, mais souligna que cela constituait un acte de défense. L’ambassadeur français à l’ONU se rangea comme prévu aux côtés d’Israël. Selwyn lui, affirma que « l’impérialisme égyptien » tenterait de contrôler le vaste territoire qui va de l’Atlantique au golfe Persique et aurait pour objectif « la destruction d’Israël ». De plus, à l’encontre de toutes ses obligations légales, l’Égypte aurait saisi une infrastructure « indispensable à la vie des Nations ».

Puis la France et la Grande-Bretagne posèrent comme prévu leur ultimatum et exigèrent que les forces armées de l’Égypte et d’Israël se retirent à une distance de 10 miles de la voie maritime et permettent aux troupes britanniques et françaises de contrôler les positions stratégiques sur le canal de Suez. « Nous attendrons seulement 12 heures pour obtenir une réponse » avertit l’ambassadeur britannique Sir Pierson Dixon, après quoi « les troupes britanniques et françaises interviendraient avec des moyens appropriés ». 4

Bien sûr, cet ultimatum, inacceptable pour l’Égypte, devait servir de prétexte à la France et la Grande-Bretagne pour attaquer l’Égypte. Comme celle entreprise par Israël, l’offensive de ces deux pays de l’OTAN était naturellement illégale, car ils ne disposaient d’aucun mandat du Conseil de sécurité. Le complot qui existait avant l’attaque des trois pays est resté secret à l’époque et fut révélé seulement des années plus tard par les historiens.

« Nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour désamorcer la tension au Proche-Orient » déclara hypocritement l’ambassadeur britannique Dixon. « Et si celle-ci a augmenté, c’est que malheureusement ni Israël ni ses voisins arabes n’ont écouté nos conseils et ceux de nos amis. »

Dixon conclut son discours mensonger en se disant « convaincu que la majorité des membres du Conseil de sécurité serait d’accord [avec lui] sur le fait que les actions de la France et de la Grande-Bretagne servent la paix et la sécurité ». 5

Les États-Unis présentèrent une résolution au Conseil sécurité de l’ONU, condamnant l’attaque de l’Égypte par Israël et exigeant le retrait immédiat des forces israéliennes. Mais la France et la Grande-Bretagne, disposant du droit de veto, votèrent le 30 octobre 1956 contre la résolution, qui ne fut donc pas acceptée. Le Conseil de sécurité était complètement bloqué.

Le lendemain, 31 octobre, les Britanniques et les Français commencèrent à bombarder des aéroports égyptiens. Une fois de plus, il s’agissait d’une guerre illégale d’agression, qui violait la Charte de l’ONU. Le Président Nasser, surpris et révolté par l’attaque, décida d’interrompre le flux de pétrole vers l’Europe.

Le jour même, alors que les bombes britanniques et françaises tombaient sur l’Égypte, des commandos égyptiens coulèrent des douzaines de bateaux chargés de pierres et de ciment dans le canal de Suez, large d’environ 300 mètres, le rendant impraticable à la navigation. Étant donné que des ingénieurs syriens sabotèrent au même moment des pipelines en Syrie sur demande de Nasser, le flux de pétrole du Proche-Orient vers l’Europe s’interrompit en novembre 1956, ce qui créa une grande inquiétude en Europe occidentale.

Les tankers vides en route depuis l’Europe vers le canal de Suez croisaient dans la Méditerranée pendant que les navires-citernes chargés attendaient, immobiles, en mer Rouge. Personne ne savait quand Nasser allait suspendre le blocus du canal. Au sein de l’OTAN, on commença à se disputer sérieusement.

Le Président américain Eisenhower était outré par l’aventure coloniale des Britanniques, Français et Israéliens, car ils n’avaient pas fait part de leur conspiration aux États-Unis. Les USA refusaient d’aider l’Europe avec des livraisons de pétrole via l’Atlantique, alors qu’ils auraient pu le faire. Washington et Moscou exigèrent sous la forme d’un ultimatum que les Français et les Britanniques mettent un terme à leur guerre d’agression.

Cela scella la défaite des Européens. Le 6 novembre, la France et la Grande-Bretagne firent taire leurs armes, et tous les soldats britanniques et français étaient rentrés chez eux pour Noël 1956. Les Européens étaient humiliés et perdirent la position dominante dont ils jouissaient jusqu’alors dans la région.

Nasser triomphait, car il avait réussi à transformer sa défaite militaire en victoire politique sur deux grandes puissances européennes, devenant ainsi le leader du monde arabe. Les bateaux coulés par Nasser bloquèrent encore le canal de Suez jusqu’au printemps 1957, après quoi tous les dommages furent réparés et la voie redevint navigable. Les troupes israéliennes se retirèrent de la péninsule du Sinaï. Nasser construisit le barrage d’Assouan dans les années suivantes avec l’aide de milliers d’ingénieurs et d’architectes soviétiques, et l’ouvrage de prestige fut inauguré en 1971.

 

L’attentat terroriste contre un bateau de Greenpeace en 1985

Quand un pays démocratique comme la France commet un attentat terroriste à l’étranger, il le fait en secret et essaye d’effacer ses traces. Pour procéder à des opérations secrètes, les démocraties en Europe et en Amérique du Nord utilisent leurs agences de renseignement et des unités militaires spéciales, car cela n’est que peu supervisé par le Parlement et les médias. Beaucoup de ces opérations secrètes ne seront jamais révélées ou restent cachées pendant de longues années.

Célèbre et connue dans le monde entier, la CIA, avec ses collègues britanniques du MI6, a renversé en 1953 le gouvernement de Mohammad Mossadegh, le Premier ministre démocratiquement élu en Iran, puis, 20 ans plus tard, le gouvernement démocratiquement élu du Président du Chili Salvador Allende. Les deux opérations étaient évidemment illégales.

Le service de renseignement extérieur français est beaucoup moins connu que la CIA. Il s’appelle Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) et son siège est à Paris. Les tâches de la DGSE se composent d’espionnage et de contre-espionnage à l’extérieur du territoire. Plus de 3 000 employés civils et 1500 militaires travaillent actuellement pour ce service de renseignement. La DGSE est subordonnée au ministère de la Défense.

La France est une puissance nucléaire et a testé ses bombes atomiques dans le Pacifique Sud. Cela a entraîné la protestation des écologistes de l’organisation Greenpeace. L’endroit le plus célèbre pour les essais nucléaires français est l’atoll de Mururoa. Là-bas, la France a fait exploser 188 bombes atomiques de 1966 à 1996, un total de 41 dans l’atmosphère et 147 souterraines. Les essais à Mururoa ont cessé en 2000. L’atoll est une zone contaminée, où beaucoup de déchets radioactifs sont aujourd’hui stockés.

En protestation contre les essais nucléaires français, Greenpeace envoya le navire Rainbow Warrior dans le Pacifique Sud. Ceci causa un émoi dans le monde entier et agaça le président François Mitterrand, parce que la présence de Greenpeace empêchait la poursuite des essais nucléaires. Par conséquent, la démocratie française utilisa l’instrument du terrorisme et fit couler le navire avec une bombe.

Le navire de Greenpeace était dans le port d’Auckland, en Nouvelle-Zélande, quand il fut coulé peu avant minuit, le 10 juillet 1985 par deux engins explosifs. La DGSE baptisa (non sans justesse) « Opération Satanique » cette action terroriste commanditée par l’État.

« La vérité est que la France a organisé cet attentat (…) Mitterrand a donné l’ordre » écrivit le journaliste Edwy Plenel alors au journal Le Monde. La recherche de Plenel a aidé à révéler l’opération secrète et obligé le ministre de la Défense Charles Hernu à démissionner. 6.

Au total, une douzaine d’agents de la DGSE participèrent à l’opération. Tout d’abord, le voilier Ouvéa apporta les explosifs en Nouvelle-Zélande. Deux agents de la DGSE, Dominique Prieur et Alain Mafart, s’étaient rendu en Nouvelle-Zélande avec de faux passeports suisses en tant que couple Turenge en lune de miel, puis ont transporté par le port les explosifs du yacht dans une fourgonnette dans l’obscurité et les amenèrent sur un bateau pneumatique avec un équipage de trois agents.

L’agent de la DGSE Gérard Royal approcha le canot du navire de Greenpeace. À  500 mètres de la cible, les nageurs de combat de la DGSE Jean-Luc Kister et Jean Cammas plongèrent et posèrent les deux mines à fusibles de temporisation sous la ligne de flottaison, sur la coque en acier du navire. Après l’explosion des deux bombes, le commando s’enfuit immédiatement avec le bateau gonflable.

La première bombe explosa à 23h48 et ouvrit une voie d’eau. Le capitaine de Greenpeace et écologiste Peter Willcox, était à bord et dormait dans sa couchette. L’explosion l’a réveillé, après quoi l’équipage quitta le navire. « Le navire a coulé si rapidement que nous avons à peine eu le temps d’évacuer le navire » raconta plus tard Willcox.

Le photographe de Greenpeace Fernando Pereira voulant sauver son matériel photographique et les images déjà prises, s’est trouvé coincé dans sa cabine par la deuxième bombe à 23h51 et s’est noyé. « Mon père a été assassiné » dit sa fille Marelle Pereira, qui était alors âgée de huit ans. Pour le capitaine Peter Willcox aussi, c’était clairement une tentative de meurtre. 7

Bien sûr, l’explosion dans le port d’Auckland déclencha immédiatement une enquête. Les deux faux époux Turenge et vrais agents de la DGSE furent arrêtés par la police locale. À Berne, la police néo-zélandaise demanda si les passeports suisses étaient réels. Les autorités suisses répondirent que c’était des faux. Les deux agents de la DGSE Dominique Prieur et Alain Mafart ont été condamnés à 10 ans de prison pour homicide.

Pour les historiens comme moi, l’explosion du navire de Greenpeace Rainbow Warrior est un domaine de recherche très délicat. Doit-on appeler les agents impliqués de la DGSE des terroristes ? Sans aucun doute, c’est assurément un attentat terroriste. De nombreuses années durant, on ne savait pas qui avait placé la bombe, et aucun des poseurs de bombes impliqués ne voulait parler. Tirer au clair un attentat terroriste prend de nombreuses années aux historiens.

 

Aujourd’hui, nous connaissons la vérité. L’agent de la DGSE Jean-Luc Kister a brisé son silence en 2015, exactement 30 ans après l’attaque. À la télévision néo-zélandaise, il a déclaré :

« Nous ne voulions tuer personne. La mort de Fernando Pereira était un accident. Je voudrais saisir cette occasion pour présenter mes excuses à Marelle Pereira et à sa famille (…) Je présente mes excuses aussi à Greenpeace. Et je tiens à m’excuser auprès de la Nouvelle-Zélande pour cette opération secrète injuste que nous avons effectuée dans un pays paisible (…) L’ordre est venu d’en haut (…) Nous étions soldats et devions obéir aux ordres. Maintenant, je suis à la retraite et dois seulement obéir à ma conscience. C’était mal. Vraiment mal. 8

Suite au scandale, l’amiral Pierre Lacoste, directeur de la DGSE depuis 1982, a été contraint de démissionner le 12 septembre 1985. Toutefois, le Président François Mitterrand survécut à l’affaire du Rainbow Warrior. Fervent partisan des essais nucléaires français, il était aux affaires depuis 1981 et fut remplacé par le Président Jacques Chirac en 1995. Mitterrand n’a jamais admis qu’il avait donné l’ordre de l’attaque terroriste.

La question demeure : pourquoi les agents de la DGSE étaient-ils prêts à attaquer des militants de Greenpeace et à couler leur bateau. « On nous disait que Greenpeace avait été infiltré par le KGB. C’est l’explication, qu’on nous avait donné » rappelle Jean-Luc Kister. Il a été implicitement suggéré que Moscou luttait contre les essais nucléaires de la France, ce qui n’était pas la vérité.

Bien sûr, la France aurait pu faire exploser le navire de Greenpeace en pleine mer. Cela aurait été le moyen le plus sûr pour la DGSE, car alors aucune trace n’aurait pu être trouvée. Mais alors, tout l’équipage serait mort, et cela, on ne le voulait pas. Par conséquent, ils firent sauter le navire dans le port. La DGSE voulait faire évacuer les occupants avec la première bombe, et couler le navire avec la seconde.

Pour moi, historien, la destruction du Rainbow Warrior par les services secrets français est clairement un attentat terroriste. Les agents impliqués ne veulent pas être qualifiés de terroristes et évitent le mot. « Ce n’était pas un attentat terroriste ? » a-t-il été demandé à Jean-Luc Kister. À quoi il a répondu :

« Pour nous, c’était une opération de sabotage, rien de plus. » Qu’un innocent civil ait été tué, Kister le regrette beaucoup. « Ma femme était très choquée que quelqu’un ait été tué dans cette opération, parce qu’elle ne savait pas où je me trouvais. Et quelques années plus tard survint le divorce, comme chez beaucoup d’autres aussi. » 9

 

L’attaque illégale de la Syrie en 2017

En janvier 2017, avec l’accession de Donald Trump à la Maison-Blanche, les observateurs critiques demandaient combien de temps cela prendrait jusqu’à ce que les États-Unis bombardent de nouveau un autre pays. Dès le 7 avril, le Président Trump, commandant en chef des armées, attaquait la Syrie :

« Deux navires de guerre américains dans la Méditerranée ont tiré 59 missiles de croisière de type Tomahawk du groupe de défense Raytheon sur l’aéroport militaire syrien Al-Chaayrat. »

 

Les premières frappes américaines, contribuant à l’objectif défini par la Maison Blanche, volèrent à une vitesse de 800 km/h et à la très basse altitude de 15 à 100 m au-dessus du sol syrien, avant de frapper et d’exploser.

Celui qui s’accroche encore à la croyance erronée que les démocraties européenne ou américaine n’attaquent pas des États souverains ignore l’histoire récente. Déjà, le prédécesseur de Trump, le Président Barack Obama, avait commencé en septembre 2014 à bombarder la Syrie. Mais les attaques d’Obama tout comme celle de Trump en Syrie étaient illégales, car les États-Unis n’ont pas de mandat du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Comme je l’ai indiqué et abondamment illustré par beaucoup d’exemples dans mon livre « Les Guerres illégales de l’OTAN » la Charte de l’ONU ne tolère le recours à la force que si un État attaqué se défend ou si le Conseil de sécurité de l’ONU a approuvé l’intervention militaire. En l’espèce, ce n’était pas le cas. Le Président de la Syrie Bachar el-Assad n’ayant pas attaqué les États-Unis, ce n’était pas un cas de légitime défense. Et le Conseil de sécurité de l’ONU n’a donné de mandat, ni au Président Obama, ni au Président Trump, pour bombarder la Syrie. 10.

« Il est devenu gênant d’être américain » a regretté l’Américain Paul Craig Roberts, très critique, au printemps 2017. « Trump a attaqué la Syrie avec les forces armées américaines et est devenu, dès le début de son règne, un criminel de guerre » dit-il en termes clairs. En 1939, Roberts en a beaucoup vu lui-même et a été le chef de la politique économique au département du Trésor sous la présidence de Ronald Reagan.

Roberts sait que la Charte des Nations Unies interdit les guerres d’agression. Par conséquent, il a critiqué le Président Bill Clinton quand, en 1999, ce dernier a bombardé la Serbie sans mandat des Nations Unies ; quand en 2003 le Président George Bush junior a attaqué l’Irak, à nouveau sans un mandat des Nations Unies ; quand en 2014 le Président Barack Obama a bombardé la Syrie ; et quand maintenant le nouveau Président Trump, lui aussi, bafoue le droit international. « Notre pays a eu quatre présidents criminels de guerre de suite » dit Roberts dans une conclusion qui donne à réfléchir. 11.

Parce que la Russie luttait aux côtés de l’armée syrienne contre la milice terroriste État Islamique en Syrie, l’attaque de Tramp faisait courir le risque d’une confrontation directe des deux puissances nucléaires que sont les États-Unis et la Russie. La base de Chaayrat frappée illégalement par Trump comportait aussi des installations pour les soldats russes et du matériel militaire russe.

Peu avant l’attentat, Washington avait informé les militaires russes, afin qu’aucun de leurs soldats ne soit tué par les Tomahawks américains. Depuis que les systèmes de défense aériens russes S-300 et S-400 sont stationnés en Syrie, la confrontation indirecte entre puissances nucléaires menaçait dangereusement, ce qui rappelle de la crise des missiles de Cuba en 1962.

« Il est déprimant que de plus amples dommages soit ajoutés à la relation déjà brisée entre la Russie et les États-Unis » a regretté le ministre des Affaires étrangères russe Sergueï Lavrov. Et le porte-parole du Président Poutine, Dimitri Peskov a condamné « l’agression contre un État souverain » et la violation de la Charte des Nations Unies. 12.

Dieter Deiseroth, ancien juge à la Cour administrative fédérale de Leipzig, estime également l’attaque de Trump contre la Syrie très dangereuse. « L’attaque était illégale » souligne Deiseroth et « attente gravement à l’intégrité territoriale de l’État membre de l’ONU qu’est la Syrie ». Conformément au principe de légitime défense en droit international, la Syrie aurait désormais le droit de se défendre ainsi que ses alliés (la Russie et l’Iran) contre l’attaque américaine.

« La Syrie avait et a encore à l’avenir le droit, face à d’autres actions militaires américaines de même type, à l’autodéfense individuelle et collective et pourrait donc également demander de l’aide militaire à ses alliés – comme la Russie et l’Iran – et cela serait parfaitement légal. Il s’agirait alors de défense collective de ces pays contre les États-Unis » explique Deiseroth.

Cela serait « une situation très explosive » parce qu’une confrontation directe des deux puissances nucléaires (États-Unis et Russie) aurait des conséquences importantes. 13.

Deux jours avant l’attaque contre la Syrie, l’ambassadrice américaine à l’ONU Nikki Haley, se référant à l’attaque non élucidée au gaz chimique à Khan Cheikhoun le 4 avril 2017, annonça une action militaire, illégale et unilatérale :

« Quand les Nations Unies échouent régulièrement pour se conformer à leur obligation d’entamer une action commune, il est un moment dans la vie des États où nous sommes obligés de lancer nos propres actions » a-t-elle averti. 14.

Mais aucun des 193 membres de l’ONU n’a le droit de lancer des guerres d’agression, pas même les États-Unis. Le crime que représente l’utilisation sournoise d’armes chimiques doit être élucidé, mais ne justifie aucune violation du droit international par les États-Unis. Les mensonges de guerre du Président George Bush junior, qui fonda sa guerre illégale d’agression contre l’Irak en 2003 sur la prétendue prolifération des armes de destruction massive de Saddam Hussein, sont encore présents à l’esprit de tous.

 

Conclusion

Il est temps que les populations des démocraties d’Europe et d’Amérique du Nord discutent ouvertement de la spirale mondiale de la violence où nous nous trouvons.

Bien sûr, ce n’est pas seulement les démocraties occidentales qui fomentent cette spirale de violence. Mais il me semble important qu’on parle de façon ouverte en Autriche, en Suisse, en Allemagne, en France du rôle de l’Occident dans cette escalade.

Les crimes des pays de l’OTAN doivent être analysés honnêtement afin que les conclusions puissent être tirées. L’attaque illégale de la France et de la Grande-Bretagne contre l’Égypte en 1956, l’attentat terroriste illégal de la France contre le navire de Greenpeace en 1985 et l’attaque illégale des États-Unis en Syrie en 2017 sont trois exemples parmi tant d’autres qui montrent clairement que les démocraties entretiennent également la spirale de la violence.

Nous voyons trop souvent la paille dans l’œil du voisin, mais pas la poutre dans le nôtre.

Daniele Ganser

Les Guerres illégales de l'OTAN

Historien et irénologue, Daniele GANSER est un spécialiste de l’Histoire contemporaine depuis 1945 et un expert en politique internationale. Ses principaux axes d’étude sont la recherche pour l’énergie et la géostratégie, les mises en œuvre de guerres secrètes, les conflits pour les ressources et la politique économique.

Il est le fondateur et le directeur du SIPER (Swiss Institute for Peace and Energie Research) à Bâle (www.siper.ch). Son précédent ouvrage en français est « Les Armées secrètes de l’OTAN ». Père de deux enfants, le professeur Ganser vit avec sa famille dans les environs de Bâle (en Suisse).

 

Source et Traduit par Les éditions DemiLune

 
  1. Daniel Yergin, « Der Preis. Die Jagd nach Öl, Geld und Macht » Fischer 1991, p.605 et 608 ↩
  2. Daniel Yergin, p.609 ↩
  3. Conseil de Sécurité de l’ONU, 30 octobre 1956 ↩
  4. Ibid ↩
  5. Ibid ↩
  6. Edwy Plenel. Zitiert dans « French Secret Service Agent Who Led Fatal 1985 Bombing of Greenpeace Ship Breaks His Silence ». Democracy Now, 8 septembre 2015. Note du traducteur : en France, le premier journaliste à avoir écrit un article sur l’implication des services français dans l’attentat contre le Rainbow Warrior est M. Jacques-Marie Bourget, en août dans VSD « La DGSE a fait couler le Rainbow Warrior » ↩
  7. Ibid ↩
  8. Ibid ↩
  9. Ibid ↩
  10. Voir le chapitre sur la Syrie, dans le livre de Daniele Ganser : « Les Guerres illégales de l’OTAN. Une chronique de Cuba à la Syrie » Editions Demi-Lune, 2017 ↩
  11. Paul Craig Roberts : « A Government of Morons » 15 avril 2017, www.paulcraigroberts.org ↩
  12. « Diesmal präsentieren sie nicht einmal Fakten ». Tages Anzeiger, 7 avril 2017 ↩
  13. Marcus Klöckner : « Der von Trump angeordnete Raketenangriff ist eine schwere völkerrechtswidrige Straftat ». Interview de Dieter Deiseroth. NachDenkSeiten, 10 avril 2017 ↩
  14. « Trump im Syrien-Dilemma ». Die Welt, 7 avril 2017 ↩

 

18/02/2018

L' ALGÉRIE ET LA MOSQUÉE BOUTEFLIKA .......

17 février 2018
Algérie : le coût de construction de la « mosquée Bouteflika » représente 75 % des exports hors hydrocarbures du pays

 

120 000 fidèles, un minaret colossal, des milliards d’euros d’investissement : l’édifice est un vrai défi. Son chantier concentre tous les maux de l’Algérie. (…) « Ce projet est celui du président.

Tous les moyens sont mis à disposition de ce chantier. Retards, coûts, polémiques, on gère, mais ce n’est pas important. Le plus important, c’est que le projet présidentiel avance… coûte que coûte » : un responsable du projet résume l’état d’esprit ambiant, balayant les couacs et les mésaventures du gigantesque chantier.

 

Placée presque au centre de l’arc de la côte ceinturant la baie d’Alger, à l’embouchure de l’oued El-Harrach, la plus grande mosquée d’Afrique – et 3e au monde après celles de La Mecque et de Médine – repose sur une assise d’un peu plus de 27 hectares et pourra accueillir 120 000 fidèles.

Son minaret – le plus haut du monde, qui culmine à 267 mètres de hauteur (60 de plus que celui de la mosquée Hassan-II de Casablanca) – abritera un musée sur l’art et l’histoire de l’islam en Algérie sur 15 étages.

 

La salle de prière occupera 20 000 mètres carrés. Il y aura aussi une bibliothèque de 1 million de livres pouvant accueillir 1 800 personnes, un centre culturel (3 000 personnes), un institut La Maison du Coran et un parking de 4 000 places, sans oublier une salle de cinéma, une salle de conférence, des restaurants, des cafés, des boutiques d’artisanat…

Dès la genèse du projet, les critiques ont fusé. (…)

Autre épisode du feuilleton « grande mosquée » : la nature instable du terrain.

 

L’alerte a été lancée par le président du Club des risques majeurs, le Pr Abdelkrim Chelghoum, qui s’inquiète des dégâts que pourrait provoquer un séisme.

En particulier de la liquéfaction du sol, qui serait ici favorisée par la nature du site, sur une rive, et celle du terrain. En 2008, le ministre des Affaires religieuses de l’époque avait déjà tonné contre ceux qui s’opposaient au choix de cet emplacement : « Il n’est pas question de changer de terrain.

L’étude du choix du site a été faite par des spécialistes et les autorités l’ont agréée. »

Puisque c’est Bouteflika qui a choisi la maquette et le site, le débat est clos.

Selon l’expert, si un séisme « superficiel » (qui a lieu dans les 100 premiers kilomètres de profondeur) de 7 sur l’échelle de Richter venait à secouer Alger, le minaret accuserait des dégâts très préjudiciables, avec un grand risque de basculement.

Chez des compagnies d’assurances mondialement réputées, une plaisanterie circule déjà sur la « tour de Pise d’Alger » que personne ne voudrait assurer…

Excédé, l’ex-Premier ministre Tebboune, qui avait suivi le projet, traitait les lanceurs d’alertes de « malades qui cassent tout ce qui est algérien ».

 

(…) Lors de la signature du contrat, en 2008, la CSCEC avait estimé le projet à 900 millions de dollars, avec un délai de réalisation de quatre ans !

Dix ans plus tard, après plusieurs surcoûts et de nombreux délais non respectés, la facture s’est considérablement alourdie.

Depuis 2016, les chiffres qui ont filtré sur le coût global (hors budget décoration) flirtaient avec les 2,2 milliards de dollars.

« Vu la taille du projet, les matériaux et les technologies employés, nous estimons le coût global actuel entre 3,5 et 4 milliards de dollars », affirme un bureau d’études consulté par Le Point.

« Son coût au départ aurait permis de construire vingt CHU. Dix ans après, je vous laisse imaginer le gouffre financier et tout le gâchis de temps et d’énergie pour la plus grande gloire d’un chef », regrette un opposant politique. .

 

Le journaliste et écrivain Yassine Temlali tente aussi des parallèles : la mosquée et ses annexes devraient coûter 1,5 milliard de dollars, soit 2 % du total des revenus des exportations algériennes et les trois quarts des exportations, hors hydrocarbures.

(…) Aujourd’hui, les travaux se poursuivent et les 17 000 ouvriers du chantier – 10 000 Algériens et 7 000 Chinois – s’activent autour du dôme d’acier gigantesque fabriqué en Chine et transporté depuis Shanghai par un cargo spécialement adapté.

 

L’opinion et même les médias algérois, lassés par les retards accumulés et non assumés, se laissent à aller à la fatalité : la mosquée se terminera quand Dieu le voudra.

(…) Le Point

via http://www.fdesouche.com/956769-algerie-cout-de-construction-de-mosquee-bouteflika-represente-75-exports-hydrocarbures-pays