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03/08/2017

EUROPE: SANCTIONS ÉTASUNIENNES ET DOMMAGES COLLATÉRAUX !

Dommages collatéraux


Les sanctions étasuniennes contre la Russie heurtent les alliés européens


Par Diana Johnstone – Le 28 juillet 2017 –

 

Source UNZ Review

Réalisent-ils ce qu’ils font ?

Lorsque les membres du Congrès des États-Unis adoptent des sanctions draconiennes visant principalement à neutraliser le président Trump et exclure toute mesure visant à améliorer les relations avec la Russie, se rendent-ils compte que ces mesures constituent une déclaration de guerre économique contre leurs chers « amis » européens ?

Qu’ils le réalisent ou pas, visiblement ils s’en fichent.

Les politiciens américains considèrent le reste du monde comme leur arrière cour, juste bonne à être exploitée, abusée et ignorée en toute impunité.

 

Le projet de loi H.R 3364 intitulé « Contrer les adversaires de l’Amérique par la loi sur les sanctions » a été adopté le 25 juillet par tous les membres de la Chambre des représentants sauf trois.

Une version avait déjà été adoptée par tous les sénateurs, sauf deux. Le passage final à un nombre de voix suffisant pour empêcher un veto présidentiel est une certitude.

Cette crise de colère du Congrès part dans toutes les directions. Les principales victimes risquent bien d’être les chers alliés européens, tant aimés de l’Amérique, notamment l’Allemagne et la France.

Qui sont parfois des concurrents, mais de si vulgaires considérations n’ont pas lieu d’être dans les salles sacrées du Congrès des États-Unis, totalement dévouées à respecter la moralité universelle.

 

Le « soft power » économique frappe fort

Sous ces sanctions étasuniennes, toute nation de l’UE faisant des affaires avec la Russie risque de se trouver confrontée à des problèmes.

Ce dernier projet de loi s’adresse en particulier aux entreprises impliquées dans le financement de Nord Stream 2, un gazoduc conçu pour fournir à l’Allemagne le gaz naturel dont elle a tant besoin.

Du coup, mais juste pour aider, les entreprises américaines vont volontiers vendre leur propre gaz naturel à leurs amis allemands, à des prix beaucoup plus élevés.

Ce n’est qu’un exemple de ce à quoi ce projet de loi soumettrait les banques et les entreprises européennes, des restrictions invalidantes, des poursuites judiciaires et des amendes gigantesques.

Alors que les États-Unis prônent la « libre concurrence », ils prennent constamment des mesures pour biaiser la libre concurrence au niveau international.

Suite à l’accord de juillet 2015 qui garantit que l’Iran ne pourra pas développer des armes nucléaires, des sanctions internationales ont été levées, mais les États-Unis ont conservé leurs propres sanctions.

Depuis lors, toute banque ou entreprise étrangère envisageant un commerce avec l’Iran est susceptible de recevoir une lettre d’un groupe new-yorkais se nommant « Unis contre un Iran nucléaire » qui prévient qu’il existe encore de sérieux risques juridiques, politiques, financiers et de réputation associés aux activités commerciales avec l’Iran, en particulier dans les secteurs de l’économie iranienne comme le pétrole et le gaz ».

La liste des risques encourus inclut des milliards de dollars d’amendes (américaines), la surveillance par « une multitude d’organismes de contrôle », un danger personnel, un risque de non couverture par les assurances, l’insécurité cybernétique, la perte d’activités plus lucratives, le préjudice à la réputation de l’entreprise et une baisse de la valeur de ses actions.

Les États-Unis s’en sortent malgré ce comportement de gangster car, au cours des années, ils ont développé un vaste et obscur labyrinthe juridique et sont capables d’imposer leur volonté sur l’économie du « monde libre » grâce à l’omniprésence du dollar, une collecte de renseignements inégalée ou la simple intimidation.

Les dirigeants européens ont réagi avec indignation aux dernières sanctions. Le ministère allemand des Affaires étrangères a déclaré qu’il était « inacceptable que les États-Unis utilisent des sanctions comme instrument pour servir l’intérêt de l’industrie étasunienne ».

Le ministère français des Affaires étrangères a dénoncé l’« extraterritorialité » de la législation étasunienne comme étant illégale et a annoncé que « pour nous protéger contre les effets extraterritoriaux de la législation américaine, nous devrons travailler à l’ajustement de nos lois françaises et européennes ».

En fait, un amer ressentiment contre l’arrogance étasunienne, la poussant à imposer ses propres lois sur d’autres pays, grandit en France et a fait l’objet d’un rapport parlementaire sérieux, présenté aux comités des affaires étrangères et des finances de l’Assemblée nationale française le 5 octobre dernier, sur le thème de l’« extraterritorialité de la législation américaine ».

 

L’extraterritorialité

Le président de la commission d’enquête, Pierre Lellouche, député de longue date à Paris, résume ainsi la situation :

« Les faits sont très simples. Nous sommes confrontés au mur extrêmement dense de la législation américaine dont l’intention précise est d’utiliser la loi pour servir les objectifs de l’imperium économique et politique avec l’idée de gagner des avantages économiques et stratégiques.

Comme toujours aux États-Unis, cet imperium, ce bulldozer normatif, fonctionne au nom des meilleures intentions du monde puisque les États-Unis se considèrent comme un ‘pouvoir bienveillant’, un pays qui ne peut que faire le bien. »

Toujours au nom de la « lutte contre la corruption » ou de la « lutte contre le terrorisme », les États-Unis se donnent le droit de poursuivre judiciairement toute entité considérée légalement comme une « personne étasunienne », qui, en vertu d’une loi américaine étrange, peut se référer à toute entité exerçant des activités dans le pays de la liberté, que ce soit en ayant une filiale américaine, en étant cotée à la bourse de New York, en utilisant un serveur basé aux États-Unis, ou même, tout simplement, en commerçant en dollars, ce qui touche toute grande entreprise internationale.

En 2014, la principale banque française, BNP-Paribas, a accepté de payer une amende de près de neuf milliards de dollars, essentiellement pour avoir utilisé des transferts en dollars dans des accords avec des pays touchés par des sanctions américaines.

Les transactions étaient parfaitement légales en droit français.

Mais parce qu’elles ont été payées en dollars, les paiements ont été transférés par les États-Unis, où des experts en informatique diligents ont pu dénicher cette aiguille dans la meule de foin.

Les banques européennes sont alors confrontées au choix entre des poursuites, ce qui implique toutes sortes de restrictions et de sanctions avant qu’un verdict ne soit atteint, ou bien, conseillées par des avocats d’entreprises américains coûteux, d’entrer dans l’obscure culture du « plea bargain » [le marchandage d’une amende], typique du système judiciaire américain et si peu familier aux Européens. Tout comme pour un pauvre accusé de voler une épicerie, les avocats insistent pour que les grandes entreprises européennes plaident coupables afin d’échapper à des conséquences encore pires.

Alstom, une multinationale importante dont la section ferroviaire produit les trains à grande vitesse français, est un bijou de l’industrie française.

En 2014, sous la pression d’accusations américaines de corruption (probablement des pots-de-vin aux fonctionnaires de quelques pays en développement), Alstom a vendu sa filière électrique à General Electric.

L’accusation sous-jacente est que cette prétendue « corruption » par des entreprises étrangères fait que les entreprises américaines perdent des marchés.

C’est possible, mais il n’y a pas de réciprocité dans ce cas.

Toute une gamme d’agences de renseignement américaines, capables d’espionner les communications privées de tout le monde, sont engagées dans un espionnage commercial qui atteint le monde entier.

À titre d’exemple, le Bureau du contrôle des actifs étrangers, consacré à cette tâche, fonctionne avec 200 employés sur un budget annuel de plus de 30 millions de dollars. Le bureau comparable à Paris emploie cinq personnes.

Telle était la situation en octobre dernier. Le dernier cycle de sanctions ne peut qu’exposer les banques et les entreprises européennes à des conséquences encore plus sévères, notamment en ce qui concerne les investissements dans le vital gazoduc Nord Stream.

Ce projet de loi est tout simplement le dernier d’une série de mesures législatives américaines tendant à dégrader la souveraineté juridique nationale et à créer une juridiction mondialisée dans laquelle n’importe qui peut intenter des poursuites pour n’importe quoi, avec la capacité d’enquête ultime et le pouvoir exécutif détenus par les États-Unis.

 

Détruire l’économie européenne

Plus d’une douzaine de banques européennes (britanniques, allemandes, françaises, néerlandaises et suisses) ont été victimes de cette justice étasunienne moralisante, alors qu’une seule banque américaine a été touchée : JP Morgan Chase.

Les États-Unis visent les pays fondateurs européens, alors que leur forte influence sur le nord de l’Europe, la Pologne, les États baltes et la Suède, empêche l’Union européenne de prendre des mesures (nécessairement unanimes) contraires aux intérêts étasuniens.

De loin, la plus grande prise dans la partie de pêche financière de l’Oncle Sam est la Deutsche Bank.

 

Comme l’a averti Pierre Lellouche lors de l’audition finale des discussions sur l’extraterritorialité, en octobre dernier, les poursuites étasuniennes contre la Deutsche Bank risquent de toucher l’ensemble du système bancaire européen. Bien qu’elle ait déjà payé des centaines de millions de dollars à l’État de New York, Deutsche Bank est confrontée au risque d’une « amende de 14 milliards de dollars, alors qu’elle n’en vaut que cinq et demi. (…)

En d’autres termes, si cela se réalise, nous risquons un effet domino, une crise financière majeure en Europe ».

Bref, les sanctions étasuniennes représentent une épée de Damoclès menaçant les économies de ses principaux partenaires commerciaux.

Cela risque d’être une victoire à la Pyrrhus, ou plus simplement, tuer la poule aux œufs d’or.

Mais hourra, l’Amérique serait le grand gagnant au milieu d’un champ de ruines.

L’ancienne ministre de la Justice, Elisabeth Guigou, a qualifié la situation de choquante et a fait remarquer que la France avait déclaré à l’ambassade des États-Unis que la situation était « insupportable », insistant sur le fait que « nous devons être fermes ».

Jacques Myard a déclaré que « le droit américain est utilisé pour gagner des marchés et éliminer les concurrents. Nous ne devrions pas être si naïfs et plutôt réaliser ce qui se passe ».

Cette enquête fut un pas de plus dans la sensibilisation et la résistance française  à cette nouvelle forme de « fiscalité sans représentation » exercée par les États-Unis contre ses satellites européens. Les membres du comité ont tous convenu qu’il fallait faire quelque chose.

C’était en octobre dernier. En juin, la France a tenu des élections législatives. Le président de la commission, Pierre Lellouche (républicain), la rapporteuse Karine Berger (socialiste), Elisabeth Guigou (une socialiste de premier plan) et Jacques Myard (républicain) ont tous perdu leurs sièges pour des nouveaux entrants inexpérimentés, recrutés par le parti La République en Marche du président Emmanuel Macron.

Les nouveaux arrivants ont de la difficulté à trouver leur chemin dans la vie parlementaire et n’ont pas de mémoire politique, par exemple de ce Rapport sur l’extraterritorialité.

Quant à Macron, en tant que ministre de l’économie, en 2014, il s’est opposé aux décisions antérieures du gouvernement en approuvant l’achat d’Alstom par GE. Il ne semble pas désireux de faire quoi que ce soit pour déplaire aux États-Unis.

Cependant, certaines choses sont tellement injustes qu’elles ne peuvent pas durer éternellement.

Diana Johnstone

Traduit par Wayan, relu par Catherine pour le Saker Francophone.

AMÉRIQUE LATINE : VENEZUELA , LA VÉRITÉ !

 

La vérité sur ce Venezuela qui plaît tant à Mélenchon

 

Par Jean-Yves Naudet.
Un article de l’IREF-Europe

 

Le 6 décembre 2015, l’opposition, regroupement de partis de droite et de gauche, avait très largement emporté les élections législatives, première défaite de la gauche socialiste depuis qu’Hugo Chavez était arrivé au pouvoir en 1999 ; défaite cuisante pour son successeur, Nicolas Maduro, l’opposition ayant obtenu les deux tiers des voix comme des sièges, et le parti socialiste unifié du Venezuela au pouvoir le tiers restant.

Victoire d’autant plus remarquable que le pouvoir chaviste avait tout fait pour museler l’opposition dans les médias et pour faire pression sur les électeurs, tandis qu’il emprisonnait de nombreux opposants.

Cette défaite s’explique largement par la situation dramatique de l’économie vénézuélienne et la leçon de l’expérience chaviste, une de plus dans l’histoire tragique du socialisme marxiste, est claire : quinze années de socialisme ont détruit l’économie vénézuélienne, pourtant longtemps soutenue par la manne pétrolière.

Certes, la page du socialisme vénézuélien n’est pas encore tournée, car le Président Maduro a montré qu’il ne reculait devant rien, face à cette cohabitation nouvelle pour lui.

Il s’est empressé de prendre certaines mesures, prétendant dialoguer directement avec le peuple (avec un quasi-parlement parallèle) et non avec les parlementaires élus, et retirant certains pouvoirs de nomination au Parlement, alors qu’il contrôle déjà l’armée, la banque centrale et la grande entreprise pétrolière.

Le discours officiel à la télévision est sans ambiguïtés : l’opposition aurait mené « une guerre économique sans merci contre le pouvoir révolutionnaire, permettant une victoire de la droite fasciste. » Discours souvent entendu sous d’autres cieux.

 

Files d’attente et inflation typiques des régimes socialistes

La situation économique du Venezuela est typique des régimes socialistes.

D’abord, ce sont les files d’attente dans les magasins : c’est la pénurie de nombreux produits qui caractérise le système en raison de la destruction du commerce et des importantes restrictions à la liberté d’entreprendre, des contrôles bureaucratiques et des prix fixés arbitrairement par l’État : de quoi faire disparaître les produits des magasins, en particulier les produits de base, du sucre à l’huile, en passant par les médicaments ou le papier toilette.

Mais aussi de quoi alimenter un marché noir, qui, lui, pratique les vrais prix, avec en prime corruption, criminalité et spéculation ! La file d’attente est la première carte de visite de toute économie socialiste, les pays de l’Est en ont fourni l’exemple jusqu’à la chute du mur de Berlin.

Le contrôle des changes vient compléter le tableau, avec des taux de change artificiels (et donc un marché parallèle).

Mais si le contrôle des prix fait disparaitre l’offre des produits contrôlés, le déséquilibre se manifeste ailleurs, avec une inflation ouverte.

Le chiffre n’est plus publié depuis un an, mais une fuite a permis d’obtenir le résultat des douze derniers mois : 270% ! Le pouvoir d’achat est directement atteint : pénuries et hyperinflation ont lourdement pesé sur le vote des électeurs.

 

Effondrement de l’offre et gaspillage de la rente pétrolière

venezuela maduro rené le honzecL’effondrement de l’offre, accentué par tous les contrôles étatiques, se traduit aussi par une récession et le recul du PIB, déjà supérieur à 4% en 2014, s’est accentué en 2015.

 

Le FMI l’évalue à 10%, car les chiffres officiels ont disparu, pour ne pas faire le jeu de la « guerre économique » que l’opposition et « l’impérialisme américain » mèneraient au pouvoir. « Transparencia internacional » a même, en vain, essayé d’agir en justice pour obtenir la publication des statistiques économiques, au nom de la transparence.

 

Le gouvernement s’est lancé dans une fuite en avant monétaire, prenant totalement le pouvoir à la banque centrale, qui finance ainsi l’incroyable déficit budgétaire (25% du PIB) et les nombreuses entreprises publiques.

Cette dégradation rapide de l’économie a eu lieu en dépit de la rente pétrolière, qui représente 96% des exportations et 25% du PIB. Cette rente a été totalement gaspillée en mesures démagogiques destinées à calmer l’opinion, tandis que le reste de l’économie se délabrait peu à peu.

Mais le pétrole n’a pas empêché le surendettement du pays.

Certains mettent en avant la chute des cours du pétrole pour expliquer la débâcle actuelle, mais l’économie était déjà en crise quand le pétrole était au plus haut, et la chute récente n’a fait que révéler le désastre du reste de l’économie, que masquait la rente pétrolière.

Un des pires indices de liberté économique

Cette catastrophe économique est parfaitement illustrée par l’indice de liberté économique publié chaque année par la Fondation Heritage et le Wall Street Journal. Il montre que le Venezuela se situe, pour les libertés économiques, à la 175ème place sur 178 pays !

On ne trouve de pire que le Zimbabwe, Cuba et la Corée du nord, de quoi faire rêver !

La note sur 100 du Venezuela est de 36,4 quand celle du premier pays, Hong Kong, est supérieure à 90. Même la France, pourtant lourdement étatisée, à la 70ème place, a une note presque double, 63,5 !

Remarquons d’ailleurs que le Venezuela n’est pas seul en Amérique latine à être sinistré en matière de libertés économiques, car, outre Cuba, on trouve aussi l’Argentine (168ème), l’Équateur (159ème) et la Bolivie (158ème).

Cet indice mesure en particulier la liberté d’entreprendre et celle des échanges, le poids des impôts et des dépenses publiques, la protection de la propriété ou encore la liberté sur le marché du travail. Indice de libertés pour les notes élevées, il devient donc a contrario un indice de socialisme pour les notes basses.

L’effondrement économique des pays du bas du classement, en Amérique latine comme ailleurs, a une cause simple : c’est la conséquence des mesures socialistes d’étatisation mises en place et de la faiblesse de l’état de droit.

La leçon de l’ex-URSS et des pays d’Europe Centrale et Orientale, comme d’autres en Asie ou ailleurs, et la souffrance de leurs populations n’ont donc pas suffi à ouvrir les yeux. Le Venezuela est désormais à la croisée des chemins, car les chavistes feront tout pour rester au pouvoir.

Mais la leçon est claire, une fois de plus : le socialisme est un outil efficace de destruction économique, alors que la liberté est le moteur de la prospérité.

 

Cet article a été publié une première fois le 16 avril 2017.

Sur le web

 

 

ET AUSSI

 

 

 

La passivité criminelle de la gauche castrochaviste

Face aux violations des droits humains commises par les régimes en place à Cuba et au Venezuela, force est de constater qu’il ne reste aucun principe, de ceux brandis autrefois par la gauche radicale, qu’elle n’ait trahi et adultéré.

Par Fabio Rafael Fiallo.

Au siècle dernier, époque où les dictatures militaires de droite semaient la désolation en Amérique latine, les mouvements de gauche jouèrent un rôle majeur dans le combat contre la perpétuation au pouvoir (continuisme) des caudillos du moment et les coups d’États militaires, ainsi qu’en faveur du respect des droits humains.

Inspirés d’une idéologie marxiste qu’ils croyaient « scientifique », ils se proclamaient, en outre, hérauts d’une société juste et égalitaire.

Pour une si louable attitude, ses membres (ni moins ni plus que les porte-drapeaux d’idéaux libéraux, antitotalitaires et donc anticommunistes) payèrent un lourd tribut en termes d’emprisonnements, de tortures et d’assassinats.

 

Silence face aux violations des droits de l’homme

Aujourd’hui, à la lumière de l’indolence complice de la gauche radicale latino-américaine et de ses alliés européens (Podemos, le Monde diplo et autres Mélenchon) face aux violations des droits humains commises par les régimes en place à Cuba et au Venezuela, force est de constater qu’il ne reste aucun principe, de ceux brandis autrefois par la gauche radicale, qu’elle n’ait trahi et adultéré.

À commencer par la dénonciation du continuisme. Tout comme hier, ils s’insurgent contre les tentatives de réélection des dirigeants politiques placés à droite ou même au centre de l’échiquier politique.

En revanche (et là réside l’incohérence), ils comprennent, justifient, et vont jusqu’à applaudir, la plus longue et tragique perpétuation au pouvoir connue en Amérique latine, celle de la gérontocratie castriste, ainsi que le continuisme des mégalomanes du « socialisme du 21e siècle », tels Hugo Chavez (aujourd’hui défunt), Evo Morales (Bolivie) et Daniel Ortega (Nicaragua).

 

L’autoritarisme de Maduro

Ils comprennent et justifient également que le Président du Venezuela, Nicolas Maduro, détesté par la population selon tous les sondages, essaie de se maintenir au pouvoir en convoquant – sans respecter la procédure prévue à cet effet par la Constitution léguée par Hugo Chavez – une assemblée constituante qui n’a pour but que de remplacer l’Assemblée nationale (élue par le peuple et dans laquelle l’opposition est largement majoritaire) et de permettre à Maduro de réprimer encore plus aisément le mécontentement populaire.

Il convient de signaler que l’assemblée constituante concoctée par Maduro est rejetée, non seulement par l’opposition vénézuélienne, mais aussi par un nombre croissant de figures importantes du chavisme.

Ainsi, pendant que des chavistes de la première heure se démarquent de leur président, la gauche radicale de l’Amérique latine et ses alliés européens ferment les yeux devant les dizaines de tués, les centaines de blessés et de torturés et les milliers de détenus par le régime vénézuélien pour avoir pris part aux manifestations de rue qui, depuis déjà plus de 100 jours, réclament le départ de Maduro et la tenue d’élections libres.

 

La gauche aveugle

La nature despotique du régime vénézuélien est dénoncée même par la procureure générale de la Nation, Luisa Ortega Diaz, en rupture avec Maduro à cause des méthodes dictatoriales employées par ce dernier. Mais la gauche radicale opte pour ignorer avec dédain les graves accusations lancées par cette figure clé du chavisme.

 Même ambivalence à l’égard des coups d’État. Pour la gauche radicale, les putschs sont bons tant qu’ils proviennent des « forces progressistes ».

Cela fut le cas, à la fin des années 60 du siècle dernier, des coups d’État du général Velasco Alvarado au Pérou et du général Omar Torrijos au Panama, puis de la tentative de putsch d’Hugo Chavez en 1992.

Par contre, cette gauche moralement hémiplégique aura crié haro sur la tentative de renversement du président Hugo Chavez en 2002, ainsi que sur l’éviction du pouvoir (faite pourtant en conformité avec les procédures constitutionnelles) des alliés du castrochavisme Manuel Zelaya (Honduras) et Fernando Lugo (Paraguay).

 

Rien sur la bolibourgeoisie

Le deux poids, deux mesures de la gauche castrochaviste a aussi fait voler en éclats les prétentions égalitaristes de celle-ci.

Ses membres saisissent toutes les occasions, comme à l’accoutumée, pour condamner les inégalités dans les sociétés capitalistes ; mais ne disent pas un mot sur la nouvelle classe corrompue du Venezuela (la bolibourgeoisie ou bourgeoisie bolivarienne), dont les fortunes sont placées sur des comptes bancaires à l’étranger ou investies dans des entreprises ou des immeubles luxueux dans « l’empire » haï (les États-Unis).

Entre-temps, au Venezuela (le pays ayant les plus grandes réserves de pétrole au monde), le peuple est aux prises avec l’hyperinflation, les pénuries d’articles de première nécessité, l’effondrement de la monnaie nationale, et en fin de compte la misère.

Puis, quand les scandales de corruption concernant les dirigeants du castrochavisme sont dévoilés – comme cela a été le cas avec les Panama Papers et avec l’enquête menée par la justice brésilienne sur les pots-de-vin payés par l’entreprise Odebrecht – la gauche radicale préfère regarder ailleurs, paraît-il pour ne pas faire le jeu des « ennemis de la révolution », et va jusqu’à qualifier de telles dénonciations de « schémas politiques interventionnistes ».

 

Silence de la gauche sur la corruption

C’est ainsi que ces gauchistes, si prompts à condamner les liens d’Odebrecht avec les gouvernants d’autres pays, et à réclamer des sanctions exemplaires contre ces derniers, se taisent sur le fait que le pays où les pots-de-vin payés par cette entreprise brésilienne ont atteint leur niveau maximum (après le Brésil) n’est autre que le Venezuela chaviste.

Non moins sidérant est le silence des adorateurs du castrochavisme à l’égard des inégalités à Cuba, où le standing des caciques du régime castriste (qui seuls ont le pouvoir d’achat nécessaire pour se payer des articles et des services offerts dans le très luxueux hôtel Manzana Kempinski, récemment ouvert à La Havane) est en flagrant contraste avec les déboires du Cubain de la rue, obligé de consacrer chacune de ses journées à chercher, sans garantie de trouver, de la nourriture, des médicaments et autres articles de première nécessité.

 

Silence de la gauche sur la violence envers les femmes

La gauche radicale montre également une indolence époustouflante à l’égard des violences envers les femmes que l’on observe dans plus d’un pays membre de l’arc castrochaviste.

En effet, les « révolutionnaires » de l’Amérique latine et d’Europe n’ont jamais rien dit sur les arrestations violentes et les tabassages récurrents que, à Cuba, subissent les Dames en Blanc dont le seul « crime » est celui de réclamer la libération des prisonniers politiques de leur pays.

Comme ils n’ont jamais rien dit sur les innombrables propos misogynes du président bolivien Evo Morales. 

Ces gauchistes impénitents ont aussi le toupet de continuer à louer, pour sa rhétorique « antiimpérialiste », un Daniel Ortega (président du Nicaragua) que seul le pouvoir aura sauvé des accusations d’abus sexuel formulées à son encontre par sa belle-fille Zoilamerica.

Au Venezuela, la femme est en train de payer le prix fort pour avoir le courage de prendre part aux manifestations de protestation contre le régime.

Plus de 300 ont subi des arrestations arbitraires, parfois même la torture.

Et cinq parmi elles ont dénoncé avoir été victimes de fouilles corporelles humiliantes au cours de leur détention. Mais de cela, la gauche radicale de l’Amérique latine et d’Europe se moque éperdument.

 

Humiliation des opposants

La complicité de la gauche radicale atteint dans ce domaine des magnitudes innommables.

Car comment est-ce possible que les membres de cette gauche soient demeurés impassibles devant l’opprobre subi par Lilian Tintori– épouse du prisonnier politique Leopoldo Lopez – à qui, plus d’une fois, les geôliers du régime vénézuélien ont fouillé les parties les plus intimes du corps avant de l’autoriser à rendre visite à son mari ?

Arrêtons-nous un instant et posons-nous une simple question :  est-ce que ces gauchistes indolents – dont un bon nombre avaient connu directement ou par parent interposé des sévices de tout ordre dans les prisons des dictatures de droite d’antan – auraient aimé que leurs mères, épouses, filles ou tantes eussent reçu ce genre de traitement quand elles rendaient visite à un être aimé dans telle ou telle prison des régimes militaires qu’ils combattaient ?

Pour justifier leur silence à l’égard des atrocités commises par les régimes castrochavistes, nos gauchistes aiment à sortir de leurs poches le sempiternel joker de l’anti-impérialisme.

Contre toute évidence, ils rétorqueront qu’il s’agit de mensonges ou tout au plus d’exagérations utilisées par l’empire honni et ses complices dans le but, poursuivent-ils, de discréditer, et finalement renverser, des gouvernements qui se battent avec courage pour défendre le droit à l’autodétermination de leurs peuples face aux ingérences impériales.

Argument fallacieux s’il en est. Car si ces gauchistes tenaient vraiment à soutenir le droit à l’autodétermination des peuples, la première chose qu’ils devraient faire, c’est exiger que les dictatures castrochavistes permettent à leurs peuples le droit de choisir librement leurs dirigeants.

Après une telle dénaturation de valeurs et de principes, la gauche castrochaviste (Podemos, le Monde diplo et autres Mélenchon inclus) n’a aucune, mais aucune, autorité pour donner à quiconque des leçons de morale.

 

Cet article a été publié une première fois le 22 juillet.

 

Lire sur Contrepoints notre dossier spécial Amérique latine.