
- Vous faites campagne en mini bus : une humilité due au budget ou bien le désir de "toucher" l’électeur au plus près ?
Ce n’est pas un minibus, mais un camping-car. En réalité, un véritable bureau roulant qui me permet de travailler pendant les trajets, puisque j’y dispose d’un fax, d’une liaison internet, etc… mais aussi d’y recevoir les gens lors des arrêts, que ce soit des militants, des électeurs, des journalistes, autour d’une table, confortablement assis et dans un cadre convivial. Je peux également, grâce à une tribune et à un décor démontable, organiser des réunions publiques de manière très libre. Et ce, même dans les villages où il n’existe ni salle communale ni café et qui sont, pour ces raisons, souvent les grands oubliés des campagnes électorales. Il s’agit donc d’une sorte de permanence itinérante, qui répond au double souci de l’efficacité et de la proximité. Je crois en effet que dans la période de crise que nous vivons, il est important d’aller à la rencontre des Français, pour prendre la mesure réelle de leurs inquiétudes et de leurs aspirations.
- Ressentez-vous, sur le terrain et dans l’opinion, une différence entre cette campagne et les précédentes ?
Je ressens surtout un grand désarroi chez les électeurs, un sentiment d’insécurité, au sens propre du terme, mais aussi au sens d’insécurité sociale et de peur pour l’avenir. Un désarroi et une insécurité exacerbés par la crise et ses conséquences désastreuses sur l’emploi et le niveau de vie des Français.
Les gens veulent être protégés et je constate que tout en attendant des mesures nationales concrètes, ils sont plus informés qu’auparavant sur le rôle de l’Europe de Bruxelles, ses responsabilités dans la crise actuelle et son inutilité pour en sortir.
Ce qui est certain, c’est que beaucoup de Français sont déçus par l’action du gouvernement. Ils ont l’impression d’avoir été trompés par l’hyper-président Sarkozy ; ils sont exaspérés par son côté « people » et ses initiatives brouillonnes non suivies d’effet. Beaucoup entendent le lui faire savoir à l’occasion des prochaines élections.
- Vous avez participé à de nombreuses campagnes européennes, un scrutin souvent favorable au Front national. Estimez-vous que les conditions sont aujourd’hui réunies pour que les électeurs expriment leur frustration en se tournant vers le FN ?
Je pense qu’effectivement, ce scrutin étant le premier scrutin « national » depuis 2007, il devrait être l’occasion pour les Français d’exprimer leur mécontentement, tant sur le plan interne qu’européen, du fait de l’inaptitude du gouvernement français comme de l’Union européenne à protéger leurs intérêts les plus légitimes et les plus élémentaires.
Le problème est que les élections européennes se caractérisent par un faible taux de participation (moins de 50 % en 2004). Cela est dû en partie au fait que les Français ne connaissent pas bien ses enjeux, ou se désintéressent d’une construction européenne qu’ils jugent lointaine et aux mains de technocrates.
Or, ces élections ont un double enjeu : un enjeu européen, puisqu’il s’agit d’élire les représentants des citoyens français au Parlement de Strasbourg, une des institutions de l’Union européenne ; un enjeu national, puisque 80 % des lois adoptées en France chaque année, dans des domaines très divers (économique, social, immigration, etc…), ne sont en fait que la traduction en droit français de textes européens. C’est donc en amont, au niveau européen qu’il faut que les Français fassent entendre leur voix, en élisant des députés européens qui les défendent vraiment.
Il faut donc convaincre les abstentionnistes d’aller voter, et d’aller voter pour les candidats nationaux.
Voter FN, c’est avoir la certitude d’envoyer au Parlement européen, qui vote en fait la majorité des lois qui s’appliquent en France, des députés soucieux des intérêts de la France et des Français d’abord. Mais c’est aussi amplifier le mouvement de résistance qui se dessine dans de nombreux pays d’Europe. C’est enfin donner un avertissement à M. Sarkozy, exiger un changement de sa politique au niveau national comme à Bruxelles. En effet, sur les ordres de la Commission, il a par exemple, reculé sur les aides à l’industrie automobile et renoncé à demander des contreparties en termes d’emplois ou de préférence nationale pour les approvisionnements.
Il faut mettre en garde les électeurs, à cette occasion, contre les mauvaises imitations que sont MM. de Villiers et Dupont-Aignan, « intermittents du souverainisme » le temps d’une élection européenne, mais roues de secours de l’UMP le reste du temps, soutenant les candidats UMP et soutenus par elle lors des autres élections. Ils sont surtout là pour détourner les voix, sans utilité ni profit pour les Français.
Quant à la tentation de certains Français de voter Besancenot, le NPA, comme les autres partis qui militent pour une immigration sans fin, sont les alliés objectifs du capitalisme mondialisé. Ils encouragent le recours à de la main d’œuvre étrangère bon marché, ce qui pèse sur les salaires à la baisse et favorise le chômage des Français. Et ne sert, en définitive, que les intérêts d’un grand patronat dévoyé ! Les Trotskystes sont des marxistes, des révolutionnaires maniant la dialectique et qui, comme Marx au XIXème siècle, misent en fait sur les effets dévastateurs du libre-échange pour favoriser leurs menées révolutionnaires.







