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07/06/2020

L' ÉMIR D' AL-QAÎDA AU MAGREB TUÉ PAR L' ARMÉE FRANÇAISE !

 

  

 

Abdelmalek Droukdel, l'émir d'Al-Qaida au Maghreb

PORTRAIT - Combattant de la première heure, figure de l'islamisme radical africain, il était un symbole de l'emprise djihadiste sur cette partie du globe.

L'Algérien Abdelmalek Droukdel a finalement trouvé la mort dans les confins du nord Mali.
L'Algérien Abdelmalek Droukdel a finalement trouvé la mort dans les confins du nord Mali. - / AFP

L'homme était perçu comme le chef absolu du Djihad en Afrique du nord et au Sahel, l'émir des émirs d'Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI).

L'Algérien Abdelmalek Droukdel a finalement trouvé la mort dans les confins du nord du Mali, tué dans une opération de l'armée française.

Annoncée vendredi soir par la ministre des Armées Florence Parly, la disparition de cet islamiste est sans aucun doute une victoire claire pour l'opération Barkhane.

 

À voir aussi - Abdemalek Droukdal, le chef d'Al-Qaïda au Maghreb islamique, tué par l'armée française

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Abdemalek Droukdal, le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, tué par l’armée française
Florence Parly, la ministre des armées, a annoncé vendredi 5 juin, la mort d'Abdemalek Droukdal, le chef d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Il a été tué par l'armée française lors d’une opération à Talhandak au Nord-Ouest du Mali.
 
 
 
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Combattant de la première heure, figure de l'islamisme radical africain, il était un symbole de l'emprise djihadiste sur cette partie du globe. Sa mort arrive quelques mois après le sommet de Pau, où la France et les pays sahéliens avaient annoncé leur intention de renforcer la lutte contre les mouvements extrémistes et d'engranger des «victoires».

«Pour autant la réalité de son pouvoir sur les groupes au Sahel n'est pas claire. Il n'avait sans doute plus vraiment de rôle sur le terrain», souligne une source proche des services algériens qui le compare à une sorte de «père distant». Abdelmalek Droukdel une «carrière» assez classique des djihadistes d'alors. Il naît en 1971 à Meftah, un bourg pauvre de la grande banlieue d'Alger. Bon élève, il intègre une école d'ingénieurs à Blida quand éclate la guerre civile en Algérie.

Son charisme naturel, sa brutalité ainsi que son éventuel passage en Afghanistan, un périple jamais confirmé, lui valent de monter dans les rangs du Groupe islamique armé

 

Sympathisant du Front islamique du Salut (FIS), il se radicalise et rejoint en 1993 le Groupe islamique armé (GIA), où ses capacités scientifiques en font un expert en explosif.

Son charisme naturel, sa brutalité ainsi que son éventuel passage en Afghanistan, un périple jamais confirmé, lui valent de monter dans les rangs du mouvement.

À la fin des années 90, il participe à la fondation du GSPC algérien (Groupement salafiste pour la prédication et le combat), sous la direction de l'émir Hassan Hattab. Les attentats s'enchaînent et Droukdel est plusieurs fois condamné à mort. Les relations au sein du GSPC vont cependant vite se dégrader.

«Droukdel reprochait à Hattab son extrême violence», souligne la source.

 

Allégeance à Ben Laden

En 2003, peu après l'invasion américaine en Irak, Droukdel et Nabil Sahraoui déposent le chef du GSPC. Droukdel en prendra seul la tête après la mort de Sahraoui et donne une inclinaison plus internationaliste au mouvement. Le GSPC qui contrôle des zones en Kabylie et dans le Sud algérien multiplie les attentats, pressure les populations et forme des combattants pour le djihad global.

Il se rapproche ainsi de Ben Laden puis lui prête allégeance en 2006 en fondant AQMI. Il prend alors le surnom de Abou Moussaab Abdel Ouadoud, en honneur à Jordanien Abou Moussaab Al-Zarkaoui, le chef d'al-Qaida en Irak dont il fait sa référence.

 

AQMi est alors au sommet de sa puissance en Algérie. Dans les années qui suivent, son emprise se relâche alors que l'armée algérienne gagne du terrain et que la politique de réconciliation nationale prônée par les autorités détourne les combattants.

Droukdel échoue également dans sa tentative de fédérer sous sa main les différents mouvements islamistes maghrébins.

Peu à peu les actions d'AQMI vont se concentrer de plus en plus vers le sud et le Sahel d'où provient désormais l'essentiel des fonds. La guerre qui éclate au Mali en 2012, où le groupe et ses alliés occupent pendant quelques mois une vaste partie du territoire, va consacrer le Sahel comme la nouvelle terre du djihad Africain.

 

L'intervention de l'armée française début 2013 va renforcer encore cette tendance. « Droukdel, qui ne connaît pas cette région va voir son autorité s'effacer au profit des chefs locaux et particulièrement de Iyad ag Ghaly qui est un Touareg malien », assure un responsable malien.

 

Découvert en 2013 à Tombouctou et dévoilé par RFI, un document signé de la main de Droukdel est la marque de cet affaiblissement.

Aucune des recommandations qu'il y fait, notamment la prudence vis-à-vis des puissances étrangères, ne sera suivie. Droukdel, que l'on disait terré en Kabylie, se montre de plus en distant.`

En 2017, il est absent de la vidéo qui annonce la fondation de Groupe de soutien à l'Islam et aux musulmans (GSIM), un ensemble qui englobe plusieurs les mouvements sahéliens sous les ordres de Iyad ag Ghaly.

 

Le GSIM s'affilie certes à AQMI mais cela semble symbolique.

 

Droukdel n'avait plus donné de signe de vie depuis plus de deux ans, au point qu'en 2019 certains l'avaient annoncé sa disparition.

Elle n'a eu lieu en fait qu'un an plus tard.

 

La rivalité entre al-Qaida et l’EI embrase le Sahel

 

 

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Abdelmalek Droukdal, le chef d’Al-Quaïda pour toute l’Afrique du Nord et pour la bande sahélienne, l’homme le plus recherché d’Algérie depuis deux décennies, a quitté son sanctuaire de Kabylie avec son état-major pour rejoindre le nord du Mali où l’armée française l’a abattu. Il a été « neutralisé » dans la région de Tessalit, en territoire touareg, ce qui a son importance.

Deux questions se posent :
1) Pourquoi a-t-il pris ce risque ?


2) Pourquoi était-il devenu gênant pour les Algériens qui ne pouvaient pas ne pas savoir qu’il avait « bougé » ?

1) Depuis plusieurs semaines, des groupes jihadistes aux obédiences diverses et mouvantes se combattent dans la BSS (Bande sahélo-saharienne). Un conflit ouvert y a même éclaté entre l’EIGS (Etat islamique dans le Grand Sahara), rattaché à Daech, et les groupes se réclamant de la mouvance Al-Qaïda, l’EIGS accusant ces derniers de trahison.
De fait, les deux principaux chefs ethno-régionaux de la nébuleuse Al-Qaïda, à savoir le Touareg ifora Iyad Ag Ghali et le Peul Ahmadou Koufa, chef de la Katiba Macina, négocient actuellement avec Bamako.

2) L’Algérie est inquiète de voir que Daech se rapproche dangereusement de ses frontières. Or, comme elle considère le nord de la BSS comme son arrière-cour, elle y a donc toujours « parrainé » les accords de paix. Son homme sur zone est Iyad ag Ghali dont la famille vit en Algérie où il a une maison.

 

Politiquement il présente quatre avantages :
- Il est touareg ifora.
- Il est musulman « fondamentaliste ».
- En plus du soutien touareg, il dispose d’une base de popularité à Bamako avec les fidèles de l’imam Mahmoud Dicko.
- Et surtout, il est contre l’éclatement du Mali, priorité pour l’Algérie qui ne veut pas d’un Azawad indépendant qui serait un phare pour ses propres Touareg.

La négociation qui se déroule actuellement « discrètement » a pour but de régler deux conflits différents et qui, contrairement à ce qui est trop souvent écrit, ne sont pas à racine islamiste.

 

Il s’agit en effet comme je le montre dans mon livre Les Guerres du Sahel des origines à nos jours, de conflits inscrits dans la nuit des temps, des résurgences ethno-historico-politiques aujourd’hui abritées derrière le paravent islamique.

 

Ces deux conflits qui ont chacun leur propre dynamique sont :
- Celui du Soum-Macina-Liptako, qui est porté par les Peul, d’où l’importance d’Ahmadou Koufa.


- Celui du nord Mali, qui est l’actualisation de la traditionnelle contestation touareg, d’où l’importance d’Iyad ag Ghali.

 

Or, Abdelmalek Droukdal qui était opposé à ces négociations, avait décidé ou bien avait été « persuadé » de se rendre sur zone, peut-être pour rétablir un modus vivendi avec Daech. Mais, surtout, pour reprendre en main et imposer son autorité, à la fois à Ahmadou Koufa et à Iyad ag Ghali.

Il était donc l’obstacle au plan de paix régional visant à isoler les groupes de Daech afin de régler à la fois le problème touareg malien et le problème peul couvrant le sud du Mali ainsi que le nord du Burkina Faso. Voilà pourquoi il est mort.

La stratégie du saucissonnage des groupes terroristes a donc réussi. Elle prouve deux choses :

1) L’Algérie est rentrée dans le conflit.
2) Les militaires français qui ont mené l’opération ont appliqué la maxime de Kipling qui est que « Le loup afghan se chasse avec le lévrier d’Afghanistan ». En d’autres termes, et je ne cesse de le dire depuis le début du conflit, une connaissance fine des populations concernées est indispensable

Si la stratégie actuelle était couronnée de succès, le retour dans le jeu politique des Touareg ralliés au leadership d’Iyad ag Ghali, et de ceux des Peul suivant Ahmadou Koufa, permettrait de concentrer tous les moyens sur l’EIGS, avec un glissement des opérations vers l’est de la boucle du Niger et de la BSS.

Le problème va désormais être de savoir si le Fezzan Libyen échappe au général Haftar (voir mon communiqué du 28 mai 2020). Si tel était le cas, la Turquie, notre « bon » et « loyal » allié au sein de l’OTAN, aurait donc un couloir direct permettant à ses services d’aider les combattants de l’EIGS.

 

Il serait alors impératif de reprendre le contrôle physique de la région de Madama afin d’éviter un réensemencement du terrorisme via la Libye.

 

Plus d'informations sur le blog de Bernard Lugan

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