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03/03/2020

GÉOPOLITIQUE : YEMEN : LES AMÉRICAINS, AL-QAÎDA CONTRE LES REBELLES

 
3.mars.2020 // Les Crises
 

Enquête de l’Associated Press : les américains et Al-Qaïda, alliés, combattent les rebelles au Yémen

 
 

Source : Associated Press, Maggie Michael, Trish Wilson & Lee Keath, 07-08- 2019

 

 

Le 6 août 2018

 

ATAQ, Yémen (AP) – Au cours des deux dernières années, une coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite et soutenue par les États-Unis ne cesse d’affirmer avoir remporté des victoires décisives qui ont chassé les militants d’Al-Qaïda de leurs fiefs du Yémen et détruit leur capacité à attaquer l’Occident.

Voici ce que les vainqueurs n’ont pas révélé : beaucoup de leurs conquêtes ont été accomplies sans tirer un seul coup de feu.

C’est parce que la coalition a conclu des accords secrets avec des combattants d’Al-Qaïda, payant certains pour quitter des villes et des villages clés et laissant d’autres se retirer avec leurs armes, leur matériel et des liasses d’argent volé, a révélé une enquête de l’Associated Press.

Des centaines d’autres ont été recrutés pour rejoindre la coalition elle-même.

Ces compromis et ces alliances ont permis aux militants d’Al-Qaïda de survivre pour de futurs combats et risquent de renforcer la branche la plus dangereuse du réseau terroriste qui a perpétré les attentats du 11 septembre.

Les principaux participants de ces pactes ont déclaré que les États-Unis étaient au courant de ces accords et qu’ils s’abstenaient de faire intervenir les drones.

Le drapeau noir d’Al-Qaïda peint sur le mur d’une école quasiment en ruine à Taiz. (AP Photo)

Les accords révélés par l’AP reflètent les intérêts contradictoires des deux guerres menées simultanément dans le sud-ouest de la péninsule arabique.

Dans un de ces conflits, les États-Unis collaborent avec leurs alliés arabes – en particulier les Émirats arabes unis – dans le but d’éliminer la branche extrémiste connue sous le nom d’Al-Qaïda,ou AQPA, dans la péninsule arabique.

Mais la mission la plus importante est de gagner la guerre civile contre les Houthis, rebelles chiites soutenus par l’Iran.

Et dans ce combat, les militants d’Al-Qaïda sont effectivement du même côté que la coalition dirigée par les Saoudiens – et, par extension, du même côté que les États-Unis.

« Des éléments de l’armée américaine sont tout à fait au courant qu’une grande partie de ce que les États-Unis font au Yémen aide l’AQPA et cela crée un certain malaise », a déclaré Michael Horton, chercheur à la Jamestown Foundation, un groupe d’analyse américain qui suit le terrorisme.

« Toutefois, soutenir les Émirats arabes unis et le Royaume d’Arabie saoudite contre ce que les États-Unis considèrent comme l’expansionnisme iranien passe avant la lutte contre l’AQPA et même la stabilisation au Yémen », a indiqué Horton.

 

Les conclusions de l’AP se fondent sur des reportages au Yémen et des entretiens avec une vingtaine de responsables, dont des agents de sécurité yéménites, des chefs de milice, des médiateurs tribaux et quatre membres de la branche d’Al-Qaïda.

Toutes ces sources, à quelques exceptions près, ont parlé sous couvert d’anonymat, craignant des représailles. Les factions soutenues par les Émiratis, comme la plupart des groupes armés au Yémen, sont accusées d’avoir enlevé ou tué ceux qui les critiquaient.

Selon l’AP, les milices soutenues par la coalition recrutent activement des militants d’Al-Qaïda, ou d’anciens membres de ce groupe, parce qu’ils sont considérés comme des combattants exceptionnels.

Les forces de la coalition sont composées d’un mélange vertigineux de milices, de factions, de chefs de guerre tribaux et de tribus aux intérêts très limités localement.

Et les militants de l’AQPA sont indissociables de beaucoup d’entre eux.

Adnan Rouzek, au centre, avec des combattants à Taiz. (AP Photo)

Un commandant yéménite qui a été inscrit sur la liste des terroristes américains pour ses liens avec Al-Qaïda l’année dernière continue de recevoir de l’argent des Émirats arabes unis pour diriger sa milice, a déclaré son propre assistant à l’AP.

Un autre commandant, à qui le président du Yémen a récemment donné douze millions de dollars pour ses forces de combat, a comme plus proche assistant une figure connue d’Al Qaïda.

Dans un cas précis, un médiateur tribal qui a négocié un accord entre les Emiratis et Al-Qaïda a même offert aux extrémistes un dîner d’adieu.

Horton a déclaré qu’une grande partie de la guerre menée contre Al-Qaïda par les Émirats arabes unis et leurs milices alliées est une « farce ».

« Il est maintenant presque impossible de démêler qui est l’AQPA et qui ne l’est pas depuis que tant d’accords et d’alliances ont été conclus », a-t-il dit.

Les États-Unis ont envoyé des milliards de dollars en armes à la coalition pour combattre les Houthis soutenus par l’Iran. Les conseillers américains fournissent également des renseignements de la coalition qui sont utilisés pour cibler les adversaires sur le terrain au Yémen, et les avions à réaction américains assurent le ravitaillement en vol des avions de guerre de la coalition.

Les États-Unis ne financent pas la coalition cependant et rien ne prouve que l’argent américain est allé à des militants de l’AQPA.

Les États-Unis sont au courant de la présence d’Al-Qaïda dans les rangs anti-Houthi, a déclaré un haut responsable américain à des journalistes au Caire plus tôt dans l’année.

 

Parce que les membres de la coalition soutiennent les milices avec les commandants islamistes purs et durs, « il est très, très facile pour Al-Qaïda de s’insinuer dans la mêlée », a déclaré le responsable, sous couvert de l’anonymat, selon les termes du briefing.

Plus récemment, le Pentagone a vigoureusement nié toute complicité avec les militants d’Al-Qaïda.

« Depuis le début de 2017, nous avons mené plus de 140 frappes pour destituer des dirigeants clés de l’AQPA et gêner sa capacité à utiliser des espaces non contrôlés pour recruter, former et planifier des opérations contre les États-Unis et nos partenaires dans la région », a écrit, dans un courriel à l’AP, le Commandant Sean Robertson, porte-parole du Pentagone.

Un haut responsable saoudien a déclaré que la coalition dirigée par l’Arabie saoudite « poursuit son engagement dans la lutte contre l’extrémisme et le terrorisme ».

Un porte-parole du gouvernement émirati n’a pas répondu aux questions de l’AP.

Mais lundi, le ministre d’État aux Affaires étrangères des Émirats arabes unis, M. Anwar Gargash, a tweeté que la stratégie antiterroriste soutenue par les Émirats arabes unis est efficace. Il a dit qu’elle avait « rayé » des milliers de militants et les avait privés d’abris sûrs.

L’AQPA est « à son plus faible niveau depuis 2012 », a-t-il écrit, ajoutant que les EAU et leurs alliés « ont tous perdu des troupes dans le combat ».

La coalition a commencé à combattre au Yémen en 2015 après que les Houthis eurent envahi le nord, y compris la capitale, Sanaa.

Les Émirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont déterminés à mettre un terme à ce qu’ils considèrent comme une tentative de leur ennemi juré, l’Iran, de prendre le pouvoir au Yémen et leur objectif déclaré est de rétablir le gouvernement internationalement reconnu du président Abed Rabbo Mansour Hadi.

Al-Qaïda tire avantage du chaos.

« Les États-Unis sont certainement dans une impasse au Yémen », a déclaré Katherine Zimmerman, chargée de recherche à l’American Enterprise Institute. « Ça n’a pas de sens que les États-Unis aient identifié Al-Qaïda comme une menace, mais plutôt que nous ayons des intérêts communs au Yémen et que, dans certains endroits, il semble que nous détournions les yeux ».

Dans ce conflit compliqué, Al-Qaïda affirme que son effectif – que les responsables américains estiment entre 6 000 et 8 000 membres – est en augmentation.

Un commandant d’Al-Qaïda qui aide à organiser les déploiements a déclaré à l’AP que les lignes de front contre les Houthis fournissent un terrain fertile pour recruter de nouveaux membres.

Le drapeau noir d’Al-Qaïda et le slogan en arabe « Al-Qaïda est passé ici », sur le mur de droite, sont peints sur une école endommagée qui a été transformée en tribunal religieux dans la ville de Taiz, au sud.

« Ce qui veut dire que si nous en envoyons 20, nous en ramenons 100 », dit-il.

Le commandant, personnage bien connu a communiqué avec AP via une application de messagerie sécurisée à condition de garder l’anonymat parce qu’il n’avait pas l’autorisation du groupe pour parler aux médias d’information.

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L’Associated Press a publié cet article grâce à une subvention du Pulitzer Center on Crisis Reporting.[Le Pulitzer Center on Crisis Reporting est une organisation de médias d’informations américaine créée en 2006 qui sponsorise des reportages indépendants sur des problèmes mondiaux que d’autres médias sont moins disposés ou capables de mener seuls, NdT]

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UN DÎNER D’ADIEU POUR AL-QAÏDA

En février, les troupes émiraties et leurs alliés de la milice yéménite ont exhibé des signes de victoire devant les caméras de télévision en déclarant la reconquête d’Al-Said, un district de villages au sein de la province montagneuse de Shabwa – une zone qu’Al-Qaïda domine largement depuis près de trois ans.

Cela a été présenté comme le couronnement d’une offensive de plusieurs mois, l’Opération Swift Sword, que l’ambassadeur émirati à Washington, Yousef al-Otaiba, avait proclamé comme « perturbant le réseau de l’organisation terroriste et réduisant sa capacité à mener de futures attaques ».

Le Pentagone, qui a aidé avec un petit nombre de soldats, s’est fait l’écho de cette promesse, affirmant que la mission affaiblirait la capacité du groupe à utiliser le Yémen comme base.

Mais des semaines avant l’entrée de ces forces, une file de camionnettes équipées de mitrailleuses et emmenant des militants masqués d’Al-Qaïda ont quitté Al-Saïda sans être agressées, selon un médiateur tribal impliqué dans l’accord pour leur retrait.

Les États-Unis ont tué les principaux dirigeants d’Al-Qaïda au cours d’une campagne de frappes de drones qui s’est intensifiée ces dernières années.

Mais dans cette victoire, comme dans les autres dont la coalition se vante, le médiateur a déclaré que les drones armés américains étaient absents, malgré l’ampleur et l’évidence du convoi.

 

Selon Awad al-Dahboul, le chef de la sécurité de la province, les termes de l’accord indiquait que la coalition avait promis aux membres d’Al-Qaïda qu’elle les paierait pour partir.

Son témoignage a été confirmé par le médiateur et deux représentants du gouvernement yéménite.

Al-Dahboul a déclaré qu’environ 200 membres d’Al-Qaïda avaient reçu des paiements. Il n’a pas appris les montants exacts, mais a dit qu’il savait que 100 000 rials saoudiens (26 000 dollars) avaient été versés à un commandant d’Al-Qaïda – en présence d’émiratis.

En vertu de l’accord, des milliers de combattants tribaux locaux devaient être enrôlés dans la milice de la Force d’élite Shabwa financée par les EAU.

Selon le médiateur et deux responsables, on compterait 50 à 70 membres d’Al-Qaïda pour 1 000 combattants.

Saleh bin Farid al-Awlaqi, chef de tribu pro-émirati, fondateur d’une branche de la Force d’élite, a nié tout accord.

 

Il a dit qu’il avait, avec d’autres membres d’Al-Qaïda à Shabwa incité de jeunes membres d’Al-Qaïda à changer de camp, ce qui avait affaibli le groupe et l’avait forcé à se retirer de lui-même.

 

Il a dit qu’environ 150 combattants qui ont fait défection ont été autorisés à entrer dans la Force d’élite, mais seulement après avoir suivi un programme de « repentir ».

Un ancien commandant d’Al-Qaïda, Harith al-Ezzi, marche dans les rues détruites par les combats dans la ville de Taiz, au sud du Yémen. (Photo AP)

L’éviction d’Al-Qaïda de Shabwa et d’autres provinces n’a pas eu lieu complètement sans combat. Des affrontements ont éclaté dans certains villages, généralement avec des restes d’Al-Qaïda qui refusaient de coopérer.

Un ancien membre d’Al-Qaïda a déclaré à l’AP que lui et ses camarades avaient refusé une offre d’argent des Émiratis. En réponse, a-t-il dit, une escouade de la Force d’élite les a assiégés dans la ville de Hawta jusqu’à ce qu’ils fassent retraite.

Dans l’ensemble, les accords conclus sous les gouvernements Obama et Trump ont permis aux militants d’Al-Qaïda de se retirer de plusieurs grandes villes dont le groupe s’était emparé en 2015, selon l’AP. Le premier pacte, conclu au printemps 2016, a permis à des milliers de combattants d’Al-Qaïda de se retirer de Mukalla, la cinquième ville du Yémen et port important de la mer d’Arabie.

Selon cinq sources, dont des militaires, des responsables de la sécurité et des responsables gouvernementaux, les militants se sont vus garantir une issue sûre et ont été autorisés à détenir des armes et de l’argent pillé dans la ville – jusqu’à 100 millions de dollars selon certaines estimations.

« Les avions de combat de la coalition et les drones américains n’avaient pas été utilisés », a déclaré un chef de tribu qui a vu le convoi partir. « Je me demandais pourquoi ils ne les avaient pas frappés. »

Un cheikh tribal a fait la navette entre les dirigeants de l’AQPA à Mukalla et les responsables émiratis à Aden pour conclure l’accord, selon un ancien haut responsable yéménite.

Les forces soutenues par la coalition ont fait irruption deux jours plus tard, annonçant que des centaines de militants avaient été tués et saluant la capture comme « faisant partie des efforts internationaux conjoints pour vaincre les organisations terroristes au Yémen ».

Cependant, aucun témoin n’a signalé la mort de militants. « Nous nous sommes réveillés un jour et Al-Qaïda avait disparu sans combattre », a déclaré un journaliste local, s’adressant à l’AP sous couvert d’anonymat, par crainte de représailles.

Peu après, un autre accord a été conclu pour que l’AQPA se retire de six villes de la province d’Abyan, dont sa capitale, Zinjibar, selon cinq médiateurs tribaux impliqués dans les négociations.

Encore une fois, la disposition principale était que la coalition et les drones américains cessent tous les bombardements à mesure que l’AQPA se retirait avec ses armes, ont dit les médiateurs.

L’accord prévoyait également que 10 000 membres de tribus locales – dont 250 militants d’Al-Qaïda – seraient intégrés au Cordon de Sécurité, la force yéménite soutenue par les Émirats arabes unis dans la région, selon quatre responsables yéménites.

Pendant près d’une semaine en mai 2016, les militants sont partis dans des camions. L’un des médiateurs a dit à l’AP qu’il avait organisé un dîner d’adieu dans ses oliveraies et ses vergers de citronniers pour les derniers combattants qui partaient lorsqu’ils s’arrêtaient à sa ferme pour présenter leurs respects.

Un autre médiateur, Tarek al-Fadhli, ancien djihadiste autrefois formé par Oussama ben Laden, chef d’Al-Qaïda, a déclaré qu’il était en contact avec les responsables de l’ambassade des États-Unis et de la coalition saoudienne, les tenant informés du retrait.

« Quand le dernier est parti, nous avons appelé la coalition pour dire qu’ils étaient partis », a-t-il dit.

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« NOUS FERONS ALLIANCE AVEC LE DIABLE. »

Considérer Al-Qaïda comme un groupe terroriste international, c’est passer à côté de son autre réalité.

Pour de nombreux Yéménites, il s’agit simplement d’une autre faction sur le terrain.

Une faction très efficace, bien armée et endurcie au combat.

Ses membres ne sont pas de mystérieux étrangers. Au fil des ans, l’AQPA s’est intégrée à la société en tissant des liens avec les tribus, en achetant des loyautés et en se mariant dans de grandes familles.

Les acteurs du pouvoir les considèrent souvent comme un outil utile.

Le prédécesseur de Hadi à la présidence du Yémen, Ali Abdullah Saleh, l’homme fort pendant longtemps, a fixé le modèle.

Il a pris des milliards de dollars d’aide américaine pour combattre Al-Qaïda après les attentats du 11 septembre, alors même qu’il recrutait ses militants pour combattre ses rivaux.

L’actuel vice-président de Hadi, Ali Mohsen al-Ahmar, chef militaire depuis des décennies, a également été accusé d’enrôler des jihadistes.

Une explosion soulève un nuage alors que des combattants soutenus par la coalition avancent vers la ville portuaire de Mocha, en mer Rouge. (AP Photo)

De ce point de vue, il serait presque plus surprenant que les militants ne soient pas impliqués contre les Houthis, d’autant plus que les militants d’Al-Qaïda sont des extrémistes sunnites qui cherchent à vaincre les rebelles chiites.

Les militants d’Al-Qaïda sont présents sur toutes les lignes de front principales qui combattent les rebelles, a déclaré Khaled Baterfi, un haut dirigeant du groupe, dans une interview inédite en 2015 avec un journaliste local obtenue par l’AP.

Le mois dernier, Baterfi a dit dans une session de Questions & Réponses organisée par Al-Qaïda que « ceux qui sont sur la ligne de front connaissent bien notre participation, qui est soit de combattre avec nos frères au Yémen soit de les aider en leur fournissant des armes ».

Al-Qaïda a réduit les attaques contre les forces liées à Hadi et aux Émiratis, car les attaquer serait bénéfique pour les Houthis, a dit Baterfi.

La branche suit les conseils du leader mondial d’Al-Qaïda, Ayman al-Zawahri, pour se concentrer sur la lutte contre les rebelles, a déclaré un autre membre important de l’AQPA dans ses réponses écrites à l’AP.

Dans certains endroits, les militants se joignent aux combats de façon indépendante. Mais dans de nombreux cas, les commandants des milices de la secte ultra-conservatrice Salafi et des Frères musulmans les intègrent directement dans leurs rangs, où ils bénéficient d’un financement de la coalition, selon l’AP.

 

La branche yéménite de la Fraternité est une puissante organisation politique islamique rigide alliée à Hadi.

Deux des quatre principaux commandants soutenus par la coalition le long de la côte de la mer Rouge sont des alliés d’Al-Qaïda, a indiqué le membre d’Al-Qaïda.

La coalition a fait des progrès majeurs sur la côte et se bat actuellement pour le port d’Hodeida.

Des images vidéo tournées par l’AP en janvier 2017 montrent une unité soutenue par la coalition avançant sur Mocha, dans le cadre d’une campagne finalement réussie de reconquête de la ville de la mer Rouge.

Certains des combattants de l’unité étaient ouvertement membres d’Al-Qaïda, portaient des vêtements à l’afghane et portaient des armes portant le logo du groupe. Alors qu’ils grimpaient derrière des mitrailleuses dans des camionnettes, des explosions provenant de frappes aériennes de la coalition étaient visibles à l’horizon.

Un membre de l’AQPA interrogé en personne par l’AP en mai a visionné la vidéo et a confirmé que les combattants faisaient partie de son groupe.

Son affiliation est connue pour son implication passée dans la domination de l’AQPA sur une ville du sud.

L’impact de l’imbrication des combattants d’Al-Qaïda et de la campagne de la coalition est le plus manifeste à Taiz, plus grande ville du Yémen et centre de l’une des batailles les plus longues de la guerre.

Dans les hauts plateaux du centre, Taiz est la capitale culturelle du Yémen, ville historique qui a vu naître des poètes, des écrivains et des cadres instruits. En 2015, les Houthis assiègent la ville, occupent les chaînes de montagnes environnantes, bloquent les entrées et la bombardent sans merci.

Les habitants de Taiz se sont levés pour riposter, et l’argent et les armes de la coalition ont afflué, tout comme les militants d’Al-Qaïda et de l’État islamique, tous dirigés contre le même ennemi.

Un militant libéral a pris les armes aux côtés d’autres hommes de son quartier pour défendre la ville, et ils se sont retrouvés aux côtés de membres d’Al-Qaïda.

« Il n’y a pas de filtre dans la guerre. Nous sommes tous ensemble », a dit l’activiste, qui a parlé sous couvert de l’anonymat. Il a déclaré que les commandants avaient reçu des armes et d’autres formes d’aide de la coalition et les avaient distribuées à tous les combattants, y compris aux militants d’Al-Qaïda.

Abdel-Sattar al-Shamiri, ancien conseiller du gouverneur de Taiz, a déclaré qu’il avait reconnu la présence d’Al-Qaïda dès le début et avait dit aux commandants de ne pas recruter ses membres.

Leur réponse a été : « Face aux Houthis, nous ferons alliance avec le diable », a dit al-Shamiri.

Il a dit qu’il avait prévenu les responsables de la coalition, qui étaient « contrariés » mais n’avaient rien fait.

« Taiz est en danger », a dit al-Shamiri. « Nous nous débarrasserons des Houthis et nous serons coincés avec des groupes terroristes. »

Des combattants soutenus par la coalition aident un blessé lors d’une avance sur la ville portuaire de Mocha, au Yémen, dans la mer Rouge. (Photo AP)

L’activiste et les responsables de la ville ont déclaré que l’un des principaux recruteurs des combattants d’Al-Qaïda est Adnan Rouzek, un membre salafiste infiltré par Hadi pour devenir un haut commandant militaire.

La milice de Rouzek est devenue célèbre pour ses enlèvements et ses meurtres de rue, avec une vidéo en ligne montrant ses membres masqués tirant sur un homme à genoux, les yeux bandés. Ses vidéos présentent des hymnes et des bannières de style Al-Qaïda.

Selon un responsable de la sécurité yéménite, un haut responsable d’Al-Qaïda qui s’est évadé d’une prison d’Aden en 2008 avec d’autres détenus de l’AQPA a été le principal assistant de Rouzek.

 

De multiples photos vues par l’AP montrent Rouzek avec des commandants connus pour être membres d’Al-Qaïda ces dernières années.

En novembre, Hadi a nommé Rouzek à la tête des salles de commandement de Taiz, coordonnant la campagne militaire, et commandant en chef d’une nouvelle force de combat, le 5e Bataillon de protection présidentielle. Le ministère de la Défense de Hadi a également donné douze millions de dollars à Rouzek pour mener une nouvelle offensive contre les Houthis.

L’AP a obtenu copie d’un reçu pour les douze millions de dollars et un assistant de Rouzek a confirmé le chiffre.

Rouzek a nié tout lien avec les militants, affirmant à l’AP qu’« il n’y a aucune présence d’Al-Qaïda » à Taiz.

Un autre seigneur de guerre soutenu par la coalition figure sur la liste des terroristes désignés par les États-Unis en raison de ses liens avec Al-Qaïda.

Le seigneur de guerre, un salafiste connu sous le nom de Cheikh Aboul Abbas, a reçu des millions de dollars de la coalition pour les distribuer aux factions anti-Houthi, selon son assistant, Adel al-Ezzi.

Bien qu’il ait été inscrit sur la liste américaine en octobre, les Émirats arabes unis continuent de le financer, a déclaré M. al-Ezzi à l’AP.

L’assistant a nié tout lien avec des militants et a rejeté l’inscription de son patron sur la liste des terroristes américains. Néanmoins, il a reconnu qu’« Al-Qaïda a combattu sur toutes les lignes de front aux côtés de toutes les factions ».

Juste après que l’équipe de l’AP lui eut parlé à Taiz, l’équipe a vu al-Ezzi rencontrer une personnalité connue d’Al-QaÏda, le serrant chaleureusement dans ses bras devant la maison d’un autre ancien commandant de l’AQPA.

Aboul Abbas dirige une milice financée par la coalition qui contrôle plusieurs districts de Taiz.

 

Une vidéo réalisée en 2016 par Al-Qaïda montre des militants en uniforme noir portant le logo d’Al-Qaïda qui combattent aux côtés d’autres milices dans des districts connus pour être sous son contrôle.

Un ancien responsable de la sécurité à Taiz a déclaré que les militants et les forces d’Aboul Abbas avaient attaqué le quartier général des forces de sécurité en 2017 et libéré un certain nombre de suspects d’Al-Qaida.

 

L’officier a dit qu’il avait signalé l’attaque à la coalition, mais il a appris peu après que celle-ci avait donné à Aboul Abbas quarante camions supplémentaires.

« Plus nous envoyons des alertes, plus ils sont récompensés », a dit l’agent. « La coalition a donné des véhicules blindés aux chefs d’Al-Qaïda alors que les commandants des forces de sécurité n’en ont pas ».

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Wilson a contribué depuis Washington. Keath a contribué depuis Beyrouth. Le correspondant AP Desmond Butler a également contribué à ce rapport.

 

 

Source : Associated Press, Maggie Michael, Trish Wilson & Lee Keath, 07-08- 2019

 

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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