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03/01/2020

LE MALI ET LES RÉSEAUX POLITICO-RELIGIEUX WAHHABITES .....

L’origine des réseaux politico-religieux wahhabites au Mali

Publié le 2 janvier 2020 - par

 

 

Le monde entier avait, en 2012, été le témoin stupéfait des violentes exactions commises à l’encontre des personnes, dans le nord, l’est et le centre du Mali et des multiples destructions de biens et monuments culturels et cultuels par les extrémistes musulmans, dénommés djihadistes…


L’intervention de l’armée française, en janvier 2013, avait permis de chasser ces extrémistes musulmans des villes de Tombouctou et de Gao.

Gao où la France avait ensuite installé une de ses principales bases militaires de l’opération Barkhane, juste au nord de la ville d’Ansongo et des boucles et îles du fleuve Niger, où se trouve le village de Fafa.

Ansongo est une ville de l’est du Mali, non loin de la frontière avec le Niger.

Entre, 1945 et 1957, cette ville devint un relais majeur du réseau wahhabite africain dirigé par des expatriés depuis la ville saoudienne de Médine et donc un foyer de diffusion, au sud du Sahara, de cette idéologie politicoreligieuse musulmane qu’est le wahhabisme.

C’est dans ce village de Fafa que naquit en 1908, Abd-ar-rahman-al-Ifrîqî, missionnaire du wahhabisme au Mali et en Afrique occidentale française du temps de la colonisation tout en étant directeur du Dâral-hadîth, école élémentaire destinée aux pèlerins étrangers, notamment africains, de passage à Médine. Al-Ifrîqî (l’Africain) prédicateur zélé, fut envoyé par le roi Abd-al-Aziz Ibn Séoud lui-même, le fondateur du royaume actuel d’Arabie saoudite, pour diffuser le wahhabisme dans le secteur de la grande palmeraie saoudienne de Yanbu al Nakhl, à l’ouest de Médine, où l’islam malikite était encore très présent et résistait à l’emprise politico-religieuse du wahhabisme d’État.

Avec Abd al-Rahman al-Ifrîqî, repéré dès 1954 dans un ouvrage du commandant Marcel Cardaire, nous sommes en présence d’un Malien au parcours intéressant et révélateur de l’influence intellectuelle que parvient à exercer la culture arabo-musulmane wahhabite en Afrique de l’Ouest, à travers les contacts qui se nouent à l’occasion du pèlerinage en Arabie saoudite.

Après avoir été un bon élève de l’école française puis un employé de l’administration coloniale, il abandonna cette situation professionnelle pour effectuer le pèlerinage à la Mecque et suivit ensuite les cours d’un intellectuel malien, Saïd-b-Sadîq, enseignant la doctrine salafiste à la mosquée du prophète de Médine.

Il devint ensuite lui-même enseignant à l’école Dâr-al-hadith de Médine puis prédicateur à Yanbu-al-Nakhl avant de revenir enseigner au Dâr-al-hadith et à la mosquée du Prophète à Médine.

Il fut finalement nommé à Ryad, professeur à l’institut de la charia et dans une école normale supérieure destinée à la formation des maîtres.

Abd-ar-Rahman-al-Ifrîqî fut également l’auteur de plusieurs brochures pédagogiques et de propagande du wahhabisme qui furent diffusées par les réseaux africains qu’il veillait à renforcer en recevant ou en faisant recevoir, à Médine, les pèlerins africains de passage.

À ceux-ci, il était enseigné l’impérieux besoin de purifier la religion musulmane en Afrique en la débarrassant de tout ce qui l’encombrait et la dévoyait par l’association de rites considérés comme païens et l’adoration des marabouts. Il demandait également à ces voyageurs de remettre lors de leur retour en Afrique, des lettres aux habitants de son village de Fafa et à ceux de sa région.

Un des plus importants et proches disciples d’Abd-ar-Rahman-al-Ifrîqî fut Omar Mohamed-al-Fallatî, un membre de la tribu des nomades peuls, originaire, lui, du Nigéria du Nord et qui devint par la suite président de l’université islamique de Médine, créée en 1970 pour imiter l’université d’al-Azhar en Égypte.

Un des plus efficaces de ses disciples fut Marzuq, également enseignant expatrié à Médine où il devint, lui aussi, directeur du Dâr-al-hadith.

Originaire de Gharous dans la boucle du Niger, il est perçu comme un des responsables de la diffusion de positions politico-religieuses de plus en plus sectaires dans les régions du nord et du nord-est du Mali qui ont conduit à leur basculement dans le wahhabisme durant les années 1970.

En plus de ces membres éminents des réseaux wahhabites au Mali, d’autres dirigeants et organisations ont propagé, pendant et après la colonisation française, les enseignements politico-religieux de cette école de l’islam dans plusieurs autres pays de l’Afrique de l’ouest qui connaissent, eux-aussi aujourd’hui, les tourments nés de cette déstabilisation wahhabite.

La majeure partie des informations contenues dans ce texte de présentation sont tirées du passionnant article de Jean-Louis TRIAUD intitulé « ABD AL-RAHMAN L’AFRICAIN (1908-1957) PIONNIER ET PRÉCURSEUR DU WAHHABISME AU MALI, présenté à la Maison des Sciences de l’Homme, en décembre 1983 et publié en 1986 dans l’ouvrage Radicalismes islamiques tome 2 sous la direction de Olivier CARRÉ et Paul DUMONT, aux éditions L’Harmattan.


Il faut prêter attention à ces dates car elles démontrent que ce phénomène d’islamisation wahhabite au sud du Sahara était connu depuis longtemps par les autorités françaises et les universitaires, et datait de la fin de la Seconde Guerre mondiale et non pas des offensives récentes des djihadistes, de 2012 jusqu’à aujourd’hui !

Cette vague salafisto-wahhabite s’est ensuite propagée en Afrique du nord, notamment en Algérie où la construction de mosquées s’est intensifiée ces dernières années, jusque dans les campagnes les plus reculées avec notamment l’exemple marquant de la construction d’une mosquée Salah ad-Din, perchée sur des piliers au sommet d’un ravin pour être juste en face de l’entrée du monastère de Tibbéhirine, alors que ses moines avaient déjà été assassinés pour la plupart… !

Comment ne pas voir dans le choix du nom de Salah ad-Din pour cette mosquée, une volonté offensive revendiquée puisqu’il s’agit du nom du chef musulman, d’origine kurde, qui chassa les croisés francs de Jérusalem en 1187 ?

Cette vague wahhabite-salafiste a bien entendu franchi la Méditerranée en suivant les flux migratoires venus d’Afrique et du Proche et Moyen-Orient et s’est répandue en France, dans principalement les métropoles et les zones urbaines ; mais pas exclusivement puisque, par dissémination et recherche de discrétion, on en trouve parfois des poches dans plusieurs de nos campagnes.

 

Les autorités françaises (élus et hauts-fonctionnaires) vont-elles continuer à fermer les yeux pour ne pas froisser les commanditaires et financeurs étrangers de ce phénomène politico-religieux que constitue l’islamisation de l’Occident, tout en se réfugiant piteusement derrière le discours faussement moderne du multiculturalisme, cette idéologie

destructrice pour la cohésion de notre pays et celle des autres pays européens ?

Marcel GIRARDIN     https://ripostelaique.com/

      

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