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03/03/2019

PERSÉCUTION DES CHRÉTIENS EN IRAN !

  • « Nous avons créé une armée populaire pour défendre le pays et intervenir en cas d'urgence, mais cette armée est devenue un monstre ». - Mohsen Sazegara évoquant le corps des Gardiens de la révolution islamique qu'il a contribué à instituer.

  • En vertu du droit international, le gouvernement iranien est tenu de respecter la liberté de culte. Pourtant, les droits des chrétiens iraniens sont violés à un niveau sans précédent et la communauté internationale reste silencieuse. Jusqu'à quand ?

  • Qu'attendent ces prétentieux moralistes pour s'élever contre ces violations des droits humains ?

 

Les violences anti-chrétiennes en Iran ont pour objectif de menacer et intimider tous les membres d'une communauté multiséculaire afin de les contraindre à l'exil par peur d'être emprisonnés, torturés ou assassinés. Photo : Église Sainte-Marie de Khuygan-e Olya, province d'Ispahan, Iran. (Source image : Arteen Arakel Lalabekyan / Wikimedia Commons)

 

En 2018, la persécution des chrétiens en Iran a grimpé encore d'un cran, affirme un rapport détaillé publié conjointement par Open Doors, Middle East Concern, Article 18 et Christian Solidarity Worldwide.

« La fin de l'année 2018 a été marquée par une vague de descentes policières sans précédent contre les prières domestiques et un grand nombre de fidèles ont été arrêtés. De nombreux chrétiens ont été condamnés à des peines de prison, généralement confirmées en appel », note le rapport.

En dépit de la multiplication des violences et mauvais traitements infligés aux chrétiens, la communauté internationale continue de qualifier le gouvernement d'Hassan Rouhani de « modéré ».

De façon très déroutante, les autorités iraniennes proclament à qui veut l'entendre que les chrétiens et toutes les minorités religieuses, peuvent vivre pacifiquement leur foi en régime islamique. En réalité, une répression féroce cible les chrétiens dont le seul tort est de pratiquer pacifiquement leur religion.

De nombreux rapports et témoignages contredisent les allégations du régime et montrent qu'un nombre croissant d'arrestations et de peines de prison frappent tous les pratiquants d'une religion autre que l'islam. Il y a peu, plus de 100 chrétiens ont été arrêtés.

Un nombre « record d'arrestations a été signalé en novembre et décembre 2018, dans les villes de Ahvaz, Chalus, Damavand, Hamedan, Hashtgerd, Karaj, Mashhad, Rasht, Shahinshahr et Téhéran. En une semaine, cent quatorze chrétiens auraient été arrêtés ».

Deux organismes clés de la République islamique pilotent ces violences dirigées contre la liberté religieuse des chrétiens. Le ministère du Renseignement et ses agents surveillent, enregistrent et archivent à l'aide de moyens sophistiqués, les moindres gestes et paroles des représentants de toutes les communautés chrétiennes.

 

Les dossiers sont ensuite transmis au Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC), un service de sécurité qui a muté en instrument de terreur. Ainsi que le rapporte The Guardian :

« Mohsen Sazegara, membre fondateur du sepah de Khomeini [IRGC], aujourd'hui en exil, est un opposant déclaré de l'organisation qu'il a aidé à mettre en place.

« Nous avons créé une armée populaire pour défendre le pays et intervenir en situation d'urgence, mais aujourd'hui c'est devenu un monstre ».

Sur la base des informations fournies par le ministère du Renseignement, les Gardiens de la révolution organisent des descentes de police contre toutes les communautés chrétiennes et procèdent à des arrestations massives.

La violence ne se limite pas à la surveillance et à l'arrestation ; ces citoyens innocents sont privés d'une procédure équitable et n'ont pas accès à leurs avocats. Pour obtenir des aveux, tous les moyens sont utilisés qui vont, selon Open Doors, de l'isolement cellulaire à un vaste éventail de tortures physiques et psychologiques :

« Les prisonniers sont torturés sur le plan physique et mental. Les interrogatoires ont lieu sur une base quotidienne et incluent des passages à tabac prolongés et divers actes de violences particulièrement vicieux. Morad, enseignant, a raconté comment, les Gardiens l'abreuvaient volontiers de thé dans sa cellule, mais lui interdisaient l'accès aux toilettes. Privation de sommeil, menaces envers les familles, pressions pour qu'ils renoncent à leur foi sont le lot quotidien des détenus. »

 

Les Gardiens de la révolution ne se limitent pas à la répression contre les personnes. A plusieurs reprises, ils ont fait irruption dans des églises, les ont fermées et ont confisqué des biens appartenant aux chrétiens.

Pour parer à ces tourments, nombre de chrétiens se sont repliés sur une pratique domestique de la foi connue sous le nom d'« églises à domicile». Mais en Iran, aucun domicile ne garantit une quelconque sécurité : les Gardiens de la révolution ont amplifié leur répression à toutes les formes de pratique religieuse chrétienne.

Les autorités iraniennes forgent contre les chrétiens des accusations de toutes pièces comme « mise en danger la sécurité nationale ». Shamiram Issavi Khabizeh, épouse du révérend Victor Bet Tamraz, a été condamnée à cinq ans d'emprisonnement pour « appartenance à un groupe ayant pour objectif de nuire à la sécurité nationale ».

 

Le tribunal de la charia a rajouté une peine supplémentaire de cinq années d'emprisonnement pour « rassemblement et collusion dans le but de commettre des crimes contre la sécurité nationale ».

Le tribunal a estimé que le flagrant délit d'une pratique religieuse chrétienne constituait une preuve. Comment la lecture à domicile d'un évangile peut-il attenter gravement à la sécurité nationale ?

Ces violences islamiques contre des centaines de chrétiens ont pour objectif de menacer et intimider tous les chrétiens d'Iran. Ces citoyens dont les racines plongent aussi loin que l'Iran lui-même ont commencé de fuir par peur d'être emprisonnées, torturées ou tuées. Pour les Gardiens de la révolution, la réduction du nombre de chrétiens en Iran augmente mécaniquement la proportion de musulmans et améliore le contrôle du régime sur la population.

La terreur a également pour objet de mettre le christianisme sous le boisseau. Les mauvais traitements fragilisent et terrorisent des chrétiens qui ne sont guère encouragés au prosélytisme. Ceux qui ne veulent pas fuir sont marginalisés et traités comme des marginaux.

En vertu du droit international, le gouvernement iranien est tenu de respecter la liberté de religion. Pourtant, alors que les droits des chrétiens sont violés à un niveau sans précédent en Iran, la communauté internationale reste imperturbablement silencieuse.

Qu'attendent nos prétentieux moralistes pour s'élever contre ces violations des droits de l'homme afin qu'aucun chrétien n'ait à cacher son évangile ou craigne à chaque seconde d'être persécuté ?

 

Quand un gouvernement comme celui de l'Iran refuse de garantir les droits et la liberté des chrétiens, l'aide et le secours contre la prison et la torture, l'espoir de vivre ses convictions autrement que dans la terreur, ne peuvent venir que de l'extérieur.

 

Par Majid Rafizadeh, analyste politique, stratège et conseiller d'affaires, est diplômé d'Harvard. Il est aussi membre du conseil d'administration de la Harvard International Review et président du Conseil international des États-Unis pour le Moyen-Orient.

Il est l' auteur de plusieurs livres sur l'islam et la politique étrangère américaine.

Vous pouvez le contacter à Dr.Rafizadeh@Post.Harvard.Edu