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29/06/2018

BORIS JOHNSON ET LA POLITIQUE ÉTRANGÈRE DE LA GRANDE BRETAGNE !

Source : BuzzFeed News, Alex Spence, 07-06-2018

« J’admire de plus en plus Donald Trump. Je suis de plus en plus convaincu qu’il y a de la méthode dans sa folie. »

Simon Dawson / Getty Images

 

 

 
29.juin.2018 // Les Crises
 

“Laissez Trump s’occuper du Brexit” : Un enregistrement explosif de Boris Johnson sur la politique étrangère de la Grande-Bretagne

 

Theresa May profitera du sommet du G7 au Canada pour proposer une nouvelle « unité de réaction rapide » internationale pour faire face aux cyberattaques et assassinats russes, a révélé le secrétaire aux affaires étrangères Boris Johnson à un groupe restreint de militants conservateurs lors d’un dîner privé mercredi soir.

 

BuzzFeed News a obtenu un enregistrement audio d’un rassemblement à huis clos à l’Institute of Directors de Londres [sorte de club de chefs d’entreprises, NdT], où Johnson a gratifié une vingtaine de conservateurs d’une évaluation imprudente de nombreux aspects de la politique étrangère du Royaume-Uni – et de ses idées personnelles sur le Brexit, Donald Trump et Vladimir Poutine.

 

Dans une conversation qui a duré plus d’une heure, Johnson a révélé aux membres de Conservative Way Forward – un groupe de campagne Thatchérien – qu’il avait parlé plus tôt ce jour-là à Mike Pompeo, le secrétaire d’État américain, de la situation en Corée du Nord.

Les Américains veulent que la Grande-Bretagne « utilise [son] expertise nucléaire pour démanteler le missile nucléaire de Kim Jong Un », a révélé Johnson. « C’est ce qu’il m’a demandé de faire aujourd’hui ».

Johnson a fait l’éloge de Trump, a averti que la Chine allait « essayer de nous arnaquer », et a déclaré que Poutine était gêné que l’économie de la Russie soit désormais moins forte que celle de l’Australie.

 

Boris Johnson discute de la façon dont Donald Trump aborderait les négociations du Brexit pour la Grande-Bretagne.

Au sujet du Brexit, Johnson a donné un aperçu remarquablement franc des arguments qui ont cruellement divisé le cabinet de May.

À l’heure du dîner, le reste de Westminster était saisi par les conjectures émises quant à l’avenir par d’autre pro-Brexit David Davis, mais Johnson a révélé aux militants qu’il était, lui aussi, très préoccupé par l’orientation des pourparlers.

Johnson a souligné qu’il ne transigerait pas sur les modalités définitives du traité concernant les futures relations économiques pour la Grande-Bretagne, mais il a déclaré que les partisans du Brexit risquaient d’aboutir à un accord bien moins favorable qu’ils ne l’avaient espéré.

Le gouvernement est tellement effrayé par les perturbations économiques à court terme qu’il risque de gâcher les opportunités offertes par le Brexit, a-t-il dit. Il a tourné en ridicule les préoccupations concernant les perturbations aux frontières les qualifiant de « pur bogue du millénaire » et a déclaré qu’il était « incroyable » que la frontière de l’Irlande du Nord soit devenue un obstacle dans les négociations.

Johnson était le conférencier principal lors de la réception d’été de Conservative Way Forward [un des mouvements du Parti Conservateur nostalgique de l’époque Thatcher, NdT] à l’Institut des directeurs, mercredi soir. Parmi les autres députés conservateurs présents, mentionnons Conor Burns et Priti Patel, l’ancienne secrétaire au développement international.

 

Vers 20h30, un groupe d’une vingtaine de personnes triées sur le volet s’est rendu dans une salle privée pour un dîner. Pendant plus d’une heure, le secrétaire d’État aux affaires étrangères a répondu de manière exubérante et décomplexée aux questions des militants et a procédé à une évaluation des questions stratégiques et politiques les plus urgentes auxquelles le gouvernement britannique est confronté. Burns était également présent à ce dîner privé.

 

Interrogé au sujet de Donald Trump, Johnson a émis un avis positif sur le président américain et a même plaisanté en disant qu’il ne verrait pas d’inconvénient à ce que ce soit lui qui dirige les négociations sur le Brexit.

« J’admire de plus en plus Donald Trump » a déclaré Johnson. « Je suis de plus en plus convaincu qu’il y a de la méthode dans sa folie ».

« Imaginez Trump s’occupant du Brexit », a dit Johnson. « Il se donnerait à fond… il y aurait des crises de toutes sortes, de la pagaille. Tout le monde penserait qu’il est devenu fou. Mais en fait, il se pourrait qu’il arrive à bon port. C’est une très, très bonne idée ».

Passant en revue les menaces et les opportunités pour la politique étrangère Britannique, Johnson a déclaré qu’il souhaitait une approche « beaucoup plus vigoureuse » de la diplomatie britannique.

Interrogé sur la Russie, il a déclaré que le Royaume-Uni prenait la tête de la lutte contre les manœuvres hostiles dirigées par le Kremlin contre d’autres pays.

« [Vladimir] Poutine éprouve une profonde honte que le pays dont il est dirigeant ait vu son importance à ce point réduite au niveau mondial », a déclaré M. Johnson.

« Quand j’étais enfant, la Russie comptait vraiment. Aujourd’hui son économie est de la taille de celle de l’Australie. D’accord, elle a beaucoup d’armes nucléaires, mais son importance réelle dans le monde est grandement [diminuée]. Poutine est un revanchard. Il veut créer des problèmes. Il veut contrarier les gens comme nous ».

En réaction, le reste du monde doit rester « très déterminé », a dit M. Johnson.

Il a dit aux militants que May mettrait en avant un nouveau plan lors du G7 au Canada pour faire face à l’agression du Kremlin.

« Vendredi, Theresa May sera à Charlevoix au Canada pour le G7 », a déclaré le secrétaire d’État aux Affaires étrangères. « Elle proposera un plan britannique qui bénéficiera d’un soutien global pour mettre sur pied une unité d’intervention rapide afin d’identifier les agissements malveillants de la Russie… qu’il s’agisse de cyberguerre ou d’assassinats, pour les dénoncer et les identifier ».

« L’un des problèmes, c’est que la Russie est très bonne pour répandre la violence », a-t-il poursuivi. « Ils sont excellents pour ça. Nous devons réussir à les démasquer et à les dénoncer ».

Downing Street n’a pas souhaité commenter le projet d’unité d’intervention rapide. Une source d’un autre pays du G7 a confirmé que la proposition serait discutée lors du sommet, même si elle ne mentionnerait pas spécifiquement la Russie.

À la question de savoir si la Chine était un allié ou une menace, M. Johnson a répondu : « La Chine est un concurrent. La Chine est un concurrent, mais un concurrent dont la croissance et la puissance en plein développement peuvent être utilisées à notre avantage ».

Il a ajouté : « Nous devons nous rapprocher de la Chine sur le plan diplomatique, la traiter comme notre ami et notre partenaire, mais aussi reconnaître qu’il s’agit d’un concurrent sur le plan commercial. Et ils essaieront de nous rouler ».

Johnson a averti que les entreprises technologiques chinoises allaient détrôner les géants de la Silicon Valley et devenir les plus puissantes du monde. « Les Américains dirigent le monde de la technologie depuis des décennies. Microsoft, Google, Apple, tout ça – nous sommes habitués à ce qu’ils gagnent. Mais non.

Ce sont les Chinois qui sont en passe de gagner. Ils ont la 5G. Ils ont trouvé un moyen. C’est par l’intermédiaire du système chinois et non du système américain qu’un jour on recevra des trucs sur nos gadgets . Il faut faire attention à ça ».

Au sujet du désarmement de la Corée du Nord, Johnson a dit : « Bien sûr, nous devons aider les Américains à le faire… Je viens de parler à Mike Pompeo, mon homologue au département d’État américain. Ce qu’ils attendent de nous, c’est que nous utilisions notre expertise nucléaire pour démanteler le missile nucléaire de Kim Jong Un.

C’est ce qu’il m’a demandé de faire aujourd’hui ».

Johnson a dit qu’il « adorerait » visiter la Corée du Nord, il est convaincu que le Royaume-Uni exerce une influence là-base. Mais il a dit qu’il ne prévoyait pas de visite dans l’immédiat.

Au sujet de Brexit, Johnson a dit aux militants conservateurs que les pourparlers approchaient d’un « moment de vérité ».

« Je ne vais pas vous le cacher », a dit Johnson aux militants. « Il y a un débat en cours ».

Le Brexit se produira, « et je pense que ce sera irréversible », a dit Johnson. Mais il a ajouté : « Le risque, c’est que ce ne soit pas celui que nous voulons ».

Boris Johnson décrit ses craintes d’un mauvaise accord sur le Brexit.

Il y a de fortes chances pour que la Grande-Bretagne se retrouve avec un accord qui viole de nombreuses « lignes rouges » des partisans du Brexit, le contraignant à rester « un satellite de l’UE, dans l’union douanière et, dans une large mesure, toujours dans le marché unique », a dit M. Johnson.

« Donc, nous ne bénéficierions pas vraiment d’une complète liberté en matière de politique commerciale, de tarifs douaniers ou de cadre réglementaire ».

Ce résultat a été poussé en particulier par le Ministère des finances, qui, selon Johnson, était « fondamentalement le cœur du mouvement anti-Brexit ». Cela signifierait que le Royaume-Uni quitterait l’UE sans pour autant reprendre le pouvoir sur ses propres affaires.

Clarifiant ses propres lignes rouges, M. Johnson a déclaré qu’il serait prêt à accepter de rester proche de l’UE même après mars 2019, date à laquelle le Royaume-Uni quittera officiellement l’UE, mais qu’il serait inflexible sur les conditions définitives de la future relation.

 

Boris Johnson accuse le Ministère des Finances d’être « le cœur du mouvement anti-Brexit ».

« Je serai disposé à accepter des compromis sur la durée, mais pas sur l’objectif final », a déclaré le secrétaire d’État aux militants.

Les anti-Brexit du gouvernement sont tellement inquiets du risque de perturbation dans l’après Brexit immédiat qu’ils ne voient pas les avantages à long terme, a dit M. Johnson.

« Ce qu’ils ne veulent pas, ce sont des tensions aux frontières. Ils ne veulent pas que l’économie soit ébranlée. Du coup, ils sacrifient tous les gains à moyen et à long terme par crainte de perturbations à court terme. Vous voyez ce que je veux dire ?

Les gens sont tellement terrifiés par le risque de perturbations à court terme qu’ils sont devenus des loques tremblotantes ».

« Ils sont terrifiés par ces bêtises », a dit Johnson. « C’est du charabia ».

Johnson a riposté avec véhémence aux mises en garde contre le chaos qui serait provoqué par les retards aux frontières de la Grande-Bretagne, dont une analyse du Ministère des finances indiquant que les perturbations à Douvres pourraient entraîner des pénuries de denrées alimentaires et de médicaments si le Royaume-Uni ne parvenait pas à un accord.

Il y aurait des perturbations, a dit Johnson. « Oui, bien sûr. Il y aura quelques nids de poule sur la route ».

Mais les avertissements ont été exagérés.

Les « prophéties de malheur » au sujet de la désorganisation des douanes sont du « pur bug de l’an 2000 », a dit Johnson, en faisant référence à l’hystérie au moment du changement de millénaire.

« Tous les avions qui se crashent. C’est absolument absurde ».

 

Johnson rejette les préoccupations relatives à la perturbation des douanes qu’il compare au « bug de l’an 2000 ».

« On est au 21e siècle », a poursuivi Johnson. « Vous savez, quand j’étais maire de Londres… Je pouvais dire où était chacun d’entre vous après avoir validé sa carte de transports en commun sur une de ces bornes qu’on trouve dans les stations de métro. L’idée qu’on ne puisse pas suivre les mouvements de marchandises, c’est absurde ».

Et d’ajouter : « A moins de procéder à un vrai changement, d’avoir le courage d’opter pour la politique d’indépendance, vous n’obtiendrez jamais les avantages économiques du Brexit. Vous n’obtiendrez jamais les avantages politiques du Brexit ».

Il a déclaré que la polémique sur les différentes options pour la frontière de l’Irlande du Nord avait été complètement disproportionnée.

« C’est si petit et il y a si peu d’entreprises qui franchissent cette frontière régulièrement, c’est incroyable que nous acceptions que ce point dicte les débats. Nous acceptons que l’ensemble de notre programme soit déterminé par cette sottise ».

M. Johnson a déclaré que la solution technique pour les postes de douane préconisée par les pro-Brexit au sein du cabinet et connue sous le nom de « simplification maximale », était viable.

« Concentrez-vous sur une simplification maximale », a dit Johnson. « C’est ce que nous voulons. Résoudre le problème technique. Nous pouvons facilement trouver une solution qui nous permette d’avoir des échanges commerciaux avec le moins de frictions possibles… avec nos amis et partenaires du continent tout en étant en mesure de conclure des accords de libre-échange. Ce n’est pas inimaginable ».

Johnson n’était pas d’accord avec l’affirmation du directeur de HMRC [Her Majesty’s Revenue and Customs, Recettes et Douanes de Sa Majesté, organisme de collecte de taxes et redevances, NdT] selon laquelle la « simplification maximale » coûterait jusqu’à 20 milliards de livres sterling à l’économie britannique, en ajoutant des contrôles frontaliers supplémentaires pour les entreprises.

« Non, nous ne pensons pas que ce soit réaliste du tout. C’est 10 ou 20 fois trop élevé », dit-il.

La Commission européenne négocie âprement pour tenter de prouver aux 27 autres États membres que cela ne vaut pas la peine d’essayer de partir, a déclaré M. Johnson aux militants.

« Je pense que Theresa va entamer une phase au cours de laquelle nous serons beaucoup plus combatifs avec Bruxelles », a-t-il dit.

« Il faut admettre qu’un désastre est possible. OK ? Je ne veux pas que quiconque se mette à paniquer pendant la crise. Pas de panique. Pro bono publico, pas de fichue panique. Tout va bien se terminer ».

 

Alex Spence est correspondant politique en chef de BuzzFeed News, est basé à Londres.

 

 

 

Source : BuzzFeed News, Alex Spence, 07-06-2018

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

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