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14/05/2018

DONALD TRUMP ET L' ACCORD IRANIEN ! LA GUERRE IMPROBLABLE ? ( MICHEL LHOMME )

Donald Trump et l’accord iranien : la guerre improbable ? 1/2

 
Iran USA

Donald Trump et l’accord iranien : la guerre improbable ? 1/2

 

Michel Lhomme ♦
Philosophe, politologue.

C’est le New York Times qui l’écrit : «Au Yémen, des Bérets verts américains ont prêté assistance aux troupes saoudiennes dans leur lutte contre la “menace” des rebelles houthis».

C’est encore une nouvelle du quotidien new-yorkais : «Après avoir servi de prétexte à l’invasion de l’Afghanistan et à la deuxième destruction de l’Irak, voici que les attentats du 11 Septembre sont désormais facturés à l’Iran : un juge fédéral de New-York a condamné par contumace l’Iran à payer des milliards de dollars de dommages et intérêts aux familles affectées par les attaques terroristes du World Trade Center».

 

 

On cherche encore un quelconque rapport des tours du 11 septembre avec l’Iran puisque nous avions cru comprendre que 15 des 19 terroristes impliqués dans l’attentat étaient plutôt citoyens de l’Arabie saoudite ! Nous reproduisons ici une infographie éloquente.

Elle montre clairement la disposition des 26 campements américains aux frontières de l’Iran. D’ordinaire, on appelle cela en jargon militaire « un encerclement ». Le président américain Donald Trump a donc annoncé ce mercredi que les États-Unis se retirent de l’accord sur le nucléaire avec l’Iran.

Assistons-nous à une escalade de plus, aux préparatifs accélérés d’un nouveau conflit, la guerre contre l’Iran, prélude de la troisième partout annoncée ? L’Iran en position de force ?

 

Malgré une forte abstention, le Hezbollah chiite et ses alliés disposeraient de 42 sièges, soit le tiers de blocage au Parlement libanais, selon les résultats des élections législatives annoncés lundi soir 7 mai par le ministre de l’Intérieur. Dans une allocution télévisée, le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a salué “une victoire politique et morale de la Résistance”. 

Quant au Premier ministre Saad Hariri, il annonce selon ses propres termes “de lourdes pertes” pour son parti.

L’Iran serait donc en plein essor au Moyen-Orient. Il a étendu effectivement, par l’intermédiaire du Hezbollah, son influence dans un arc géographique contigu qui va de Téhéran à Bagdad, en passant par Damas et Beyrouth.

 

Depuis l’assassinat de Jihad Moughniyah, le fils du chef militaire du Hezbollah libanais et d’officiers des Gardiens de la Révolution, en janvier 2015, à la ligne de démarcation syro-israélienne du Golan, l’Iran a réussi à implanter quelques bases militaires au sud de la Syrie dans le but de planifier une attaque coordonnée sur Israël depuis Gaza, le Liban et la Syrie.

 

L’Iran aurait-il réellement des volontés hégémoniques dans la région ? Les États-Unis et leurs alliés – Israël, Arabie saoudite et Émirats arabes unis (EAU) – n’ont-ils donc pas tort de ne pas considérer cette ambition hégémonique comme une menace ?

 

En fait, l’Iran nous rappelle l’Allemagne d’après le Traité de Versailles. Les sanctions qui l’étouffent depuis la révolution islamique de 1979 sont perçues comme une injustice historique.

Après les révoltes arabes de 2011, l’Iran avait décidé d’utiliser ses combattants  pour protéger un allié de longue date, le régime syrien, voyant sa perte comme un prélude possible à son propre encerclement.

 

Depuis le conflit syrien, toute la région est ainsi bloquée dans une spirale de lutte pour l’hégémonie dont maintenant l’Iran semble faire les frais. Nonobstant, la principale priorité des dirigeants iraniens, indépendamment de leur position géopolitique régionale, est d’assurer la perpétuation du régime, la République islamique.

 

Cet impératif comprend à l’intérieur la neutralisation des opposants et à l’extérieur celle des régimes voisins qui disposeraient d’un soutien occidental comme celui de l’Irak, le gouvernement syrien de Hafez el Assad et le Liban.

 

Le Hezbollah libanais demeure néanmoins autonome avec une logique religieuse et militaire propre au pays du Cèdre,  construite sur les approvisionnements militaires à travers la Syrie et consolidée surtout sur des victoires acquises jour après jour y compris face à Israël.

 

Or, les succès iraniens se déroulent depuis la Révolution islamique avec un accès limité au marché international des armes. Ils reposent essentiellement sur la foi des combattants et leur détermination morale et idéologique.

 

Ainsi, l’Iran a compensé son encerclement et sa faiblesse militaire conventionnelle par des capacités militaires asymétriques importantes dans une guerre hybride tout en investissant massivement dans un programme de missiles balistiques, après avoir été elle-même victime de ces armes pendant la guerre avec l’Irak et s’étant aussi rendu compte qu’ils constituaient un excellent moyen de dissuasion fiable contre Israël et sa population.

Depuis, l’Iran n’a cessé de consolider ce qu’il appelle l’«axe de résistance », l’alliance avec la Syrie, le Hezbollah et même indirectement le Hamas.


La nouvelle direction saoudienne aujourd’hui alliée avec le “diable” (Israël) se présente comme une réponse à cette montée des ambitions  perses.

 

Pourtant, la position stratégique d’un “hégémonikon moyen-oriental” n’est pas un sujet de débat en tant que tel chez les politiciens iraniens  préoccupés par une simple posture de défense même si les éléments les plus pragmatiques et les plus théologiens du régime des mollahs ont tendance à le considérer depuis quelques temps comme fondamental pour la sécurité nationale.

 

La structure du pouvoir iranien est multipolaire et les débats internes de la classe politique iranienne sont sans doute  fins et plus équilibrés que ceux de la classe politique française.

 

Les décisions militaires iraniennes se font par le biais d’un processus décisionnel consensuel au sein d’une institution centrale, le Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC). Ce Conseil qui établit la politique nationale et étrangère, est dirigé par le président et comprend de hauts responsables gouvernementaux et militaires, ainsi que des décideurs représentant les principales factions politiques de l’Iran.

 

Ses décisions, lorsqu’elles bénéficient du soutien de l’Ayatollah Ali Khamenei, le chef suprême, également commandant en chef, sont définitives.

Au fil des années, le SNSC semble être devenu de plus en plus agile pour concevoir des réponses tactiques aux événements régionaux, soit en soutenant les Kurdes irakiens lorsqu’ils ont été menacés par l’attaque de Daesh en 2014, soit en condamnant la tentative de coup d’État contre le gouvernement turc en 2016.

 

Contrairement aux préjugés, les débats du SNSC ne sont pas invariablement remportés par le puissant Corps des Gardiens de la Révolution Islamique (CGRI). Le CGRI a une voix forte en matière de pouvoir, mais il ne dispose pas du droit de veto dans cette assemblée.

Il y a cependant un défaut comme toujours dans une telle institution de consensus, c’est que l’État ne réagit pas rapidement à des changements stratégiques même face à de brusques revirements internationaux comme le fut d’abord l’élection de Donald Trump puis son virage néo-conservateur de janvier 2018.

 

 

Que veut  Tel Aviv ?

Jusqu’à l’élection de Donald Trump, les États-Unis avaient abandonné l’idée du changement de régime et accepté le droit de l’Iran à se doter d’un programme nucléaire pacifique.

L’arrivée de Mike Pompeo au Département d’État change tout par son adoption des positions les plus extrémistes et surtout son alignement sur Israël.

 

Alors que veut  Tel Aviv ? D’un côté, faire tomber la gérontocratie des mollahs iraniens et de l’autre obliger les États-Unis à rester en Syrie .

 

Les événements des derniers jours semblent donc suggérer que les Américains, en étroite collaboration avec leur principal allié au Moyen-Orient se dirigent vers un affrontement militaire direct avec l’Iran.

 

A peine une semaine et demie avant l’annonce du président Donald Trump, le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou avait provoqué un coup de théâtre en prétendant avoir la preuve que l’Iran avait menti sur son programme nucléaire. Il avait ensuite exprimé sa confiance que Trump ferait “le bon choix”, c’est-à-dire celui de saborder l’accord nucléaire – l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien – conclu entre l’Iran et cinq grandes puissances: les USA, la Grande Bretagne, la France, l’Allemagne, la Chine et la Russie.

 


Trump avait immédiatement salué la présentation de Netanyahou comme une confirmation qu’il avait eu “raison à 100 pour cent” en dénonçant l’accord nucléaire d’Obama comme un “horrible accord”.

En réalité, les experts nucléaires internationaux, les représentants européens et même les anciens responsables du renseignement israélien ont tous rejeté l’intervention de Netanyahou comme étant une farce politique destinée plus à le sauver  de sa destitution probable pour corruption.

 

En agitant le spectre patriotique de la menace d’une destruction chiite d’Israël, Netanyahou sauve politiquement sa peau.

Ce n’est diplomatiquement pas sérieux. Le gouvernement israélien, qui prétend avoir volé des centaines de milliers de dossiers à l’Iran, n’a encore produit aucune preuve que l’Iran ait participé à une forme quelconque de programme d’armes nucléaires depuis 15 ans, et encore moins qu’il ait violé les termes de l’accord sur le nucléaire dit JCPOA.

 

Au contraire, des rapports répétés de l’Agence internationale de l’énergie atomique, dont un datant de février 2018, ont établi que Téhéran respectait les restrictions sévères sur l’enrichissement d’uranium et le régime d’inspections intrusives imposées par l’accord. Le plus inquiétant est que la présentation israélienne suivait une rencontre la veille du premier ministre israélien avec le nouveau secrétaire d’État américain Mike Pompeo à Tel Aviv.

 

Source et Publication:   https://metamag.fr/2018/05/12/

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