04.07.2009
SOLDATS LIBRES, SOLDATS SANS FRONTIÈRES
Qu'est-ce que le mercenariat ?
Les mercenaires existent depuis que les hommes font la guerre, c'est-à-dire depuis fort longtemps. Certains voient dans le mercenariat le deuxième, d'autres le troisième "plus vieux métier du monde". Ils ont probablement raison, et peut-être même est-ce le plus vieux. Mais les mercenaires sont souvent, par nécessité, bien élevés : la politesse, cela ne coûte pas cher et cela économise les cartouches. Alors ils se contentent d'accepter une place sur le podium, quel que soit l'ordre entre prostitution, espionnage et mercenariat.
Pendant toute l'Antiquité classique, et probablement bien avant, l'emploi de troupes d'origine étrangère à la cité ou à l'Etat qu'elles servaient fut donc presque systématique, d'abord dans les républiques maritimes du bassin oriental de la Méditerranée, puis à peu près partout dès lors que les usages d'emploi de ces troupes furent codifiés.
Ces républiques, disposant d'un faible nombre de citoyens, se révélaient incapables de défendre, avec leurs seules ressources humaines, un domaine politique ou commercial souvent étendu. Ajoutons que les exigences du service des armes paraissaient souvent trop lourdes et trop dangereuses à des commerçants épris surtout de vie tranquille et luxueuse. Tel fut le cas de Tyr et des autres villes phéniciennes.
Très vite s'est posé le problème du salaire de ces troupes. Ne se satisfaisant plus de promesses de gains hypothétiques, elles pouvaient devenir une véritable menace pour leurs employeurs initiaux, des commerçants levantins qui leur avaient fait miroiter une vie meilleure et tenaient rarement leurs engagements.
Il a donc fallu codifier, organiser, mettre en place des grilles de salaire. De cette organisation est né le mercenariat, qui fait référence à un salaire précis et convenu à l'avance. C'est ce qui a permis son extension à l'ensemble des cités civilisées, jusqu'à Athènes et même Sparte, cité guerrière par excellence, qui ne rechignait ni à employer des mercenaires lorsque c'était nécessaire, ni à en envoyer à l'étranger. On vit même certains soldats spartiates offrir leurs services à l'étranger dans le seul but d'alimenter les caisses de l'Etat. C'est ainsi que l'ami et protecteur de Xénophon, le roi Agésilas, par exemple, fut mercenaire en Asie mineure et en Egypte.
Il est donc faux de prétendre que l'emploi de mercenaires durant cette période a souvent accompagné la fin des civilisations dominantes. Au contraire, le mercenariat, qu'il ne faut pas confondre avec la levée de troupes coloniales ou supplétives, a souvent accompagné l'expansion des civilisations antiques, tout comme plus tard les condottieres accompagnèrent la Renaissance italienne.
Soldats libres
La différence entre le mercenaire et le soldat qui, comme son nom l'indique, touche une solde, ne saute pas aux yeux. A la limite, le terme de mercenaire pourrait d'ailleurs aussi bien s'appliquer à tout combattant recevant une solde.
Le terme soldat désigne "un militaire qui touche une solde payée régulièrement par le prince ou par le pays qu'il sert".
Sans doute faut-il voir dans la régularité de la solde la différence essentielle entre le soldat et le mercenaire. Il faut convenir que l'emploi et le salaire du mercenaire se caractérisent souvent par une certaine précarité... Notons qu'en bon Français, celui qui perçoit une solde est soudoyé ou stipendié, et qu'avant de s'appeler soldat, il était soudard ce qui n'est pas plus laudatif que mercenaire.
Rappelons enfin que la dénomination de soldat ne fut donnée couramment aux gens de guerre qu'à partir du XVIe siècle. Mercenaire bénéficie donc d'une incontestable antériorité.
Si l'emploi de la locution "soldat de fortune" remplace aujourd'hui souvent le terme "mercenaire", ce n'est pas non plus par hasard. Il est clair que le mercenaire est d'abord un soldat, mais cela ne suffit pas à le définir correctement. De même que la qualité d'étranger.
A ce compte, les troupes que l'ONU déploie dans le monde entier mériteraient ce qualificatif. Or il ne semble pas qu'elles s'en soient souvent montrées dignes.
Un mercenaire est donc un soldat, souvent un soldat d'origine étrangère au peuple qu'il sert, mais il est plus que cela. C'est, toujours, par essence, un volontaire. Servant sous un uniforme qui n'est pas nécessairement celui de son pays, il choisit sa cause, son combat, son camp, parfois ses chefs : c'est un soldat libre.
"On peut nous appeler "mercenaires", "affreux", en tout cas, nous, nous sommes des hommes libres qui avons choisi le camp pour lequel nous nous battons. Beaucoup de soldats de métier ne peuvent en dire autant !" Ainsi se définissait Bob Denard, en 1967, dans une déclaration à l'hebdomadaire Paris-Match.
Soldats sans frontières
On le voit, définir le mercenariat n'est pas chose aisée. Le mot "mercenariat" est d'ailleurs curieusement absent de la majorité des dictionnaires. On trouve sur les mercenaires autant de définitions plus ou moins pertinentes que de personnes ayant travaillé sur le sujet, autant de justifications plus ou moins satisfaisantes que de causes à défendre, autant de dénonciations plus ou moins fondées que d'intellectuels fatigués épuisant le filon de l'indignation. Mais rien, ou presque, sur leur activité qui, jusqu'à preuve du contraire, est le mercenariat.
Partons du plus simple : comme l'artisanat est le métier de l'artisan, le mercenariat est le métier du mercenaire. Mais quel est ce métier ? Comme à propos de toute activité humaine, il faut pour le comprendre lé définir par son utilité sociale. De ce point de vue, le mercenariat est une prestation de service qui se traduit, au delà des causes, des motivations, des événements, des modes de recrutement et de rétribution, par la mise à disposition d'une force armée privée auprès de ceux qui en éprouvent le besoin.
C'est la définition que nous retiendrons, car elle est la plus conforme à la réalité historique. Cette force armée peut se limiter à un individu, c'est arrivé, ou à un petit groupe. Elle peut aller jusqu'à de gigantesques armées ; c'est également arrivé souvent, et pas seulement dans l'Antiquité. Elle peut servir à faire la guerre, mais aussi à l'éviter. Elle peut servir à garder un chef d'Etat, mais aussi à le renverser. D'après la logorrhée officielle, elle peut servir à opprimer un peuple; le plus souvent, elle l'aide au contraire à se libérer.
On peut objecter des exceptions à ces définitions, comme par exemple l'existence d'un mercenariat d'Etat. Elles ne font que confirmer la règle. Une force armée privée peut très bien servir des intérêts publics, ou même s'intégrer dans une armée nationale, comme les Suisses ou les Ecossais au service des rois de France. Il peut même y avoir du "public" dans cette force "privée". Les Suisses étaient envoyés officiellement par leurs cantons ; la Légion étrangère, unité régulière, intègre dans ses rangs des soldats étrangers, qui sont de fait des mercenaires ; il est arrivé aux rois de fournir aux corsaires des bateaux, des officiers ou des moyens, et dans tous les cas l'Etat bénéficiait de leurs activités. Les exemples peuvent être multipliés à loisir. Disons donc pour simplifier que plus la force est privée, plus elle est "mercenaire".
De même, le fait que les mercenaires aient souvent servi le bien public au delà d'éventuels intérêts particuliers n'altère en rien la validité de cette définition. Les avantages moraux peuvent s'ajouter aux avantages matériels sans pour autant rendre le métier insupportable.
Bob Denard, lorsqu'il est interrogé sur le sujet, résume parfaitement cette réalité :
– C'est notre honneur de porter les armes pour le compte de ceux qui ne peuvent pas le faire.
De ce point de vue, même les combattants occasionnels d'une seule cause peuvent et doivent être considérés comme des mercenaires à partir du moment où ils apportent un soutien armé en dehors du cadre strictement officiel de leur Etat d'origine. Ainsi, par exemple, La Fayette, militaire français en mission officielle auprès des insurgents américains, ne fut pas un mercenaire, même s'il n'en fut pas loin ; en revanche, l'engagement de Malraux auprès des républicains espagnols fit incontestablement de lui un mercenaire, que cela plaise ou non.
Si la formule n'avait pas été galvaudée par son attribution à toutes sortes de professions à l'utilité réelle parfois contestable, on pourrait considérer les mercenaires comme des "soldats sans frontières". De fait, la devise que portent les mercenaires français sur leur insigne de béret est Orbs Patria Nostra : le monde est notre patrie.
Les motivations peuvent être extrêmement différentes et s'ajouter les unes aux autres. L'engagement peut être fondé sur des raisons idéologiques, politiques ou religieuses. Dans cette catégorie entrent, par exemple, les Brigades internationales de la guerre d'Espagne et l'organisation islamiste Al-Qaïda. Le goût de l'aventure a été, et reste souvent, le moteur de bien des mercenaires. La recherche de la fortune, matérielle ou morale, est également souvent présente, tout comme la volonté de servir à quelque chose, de "faire quelque chose de bien" sous-tend moralement bien des engagements.
Démêler l'écheveau très complexe de ces motivations représenterait beaucoup de travail et n'offrirait qu'un intérêt limité. Ce qui compte, c'est le résultat. On a vu d'authentiques crapules se comporter en seigneurs. On a aussi vu l'inverse. Ce que l'on a vu le plus souvent, c'est qu'une poignée d'hommes décidés peut changer le cours de l'histoire. Aucun système de domination mondiale ne peut effacer cette réalité. Byzance en son temps n'y est pas parvenue, alors les "grands" du XXIe siècle peuvent toujours courir...
Les chefs qu'on mérite...
Les chefs mercenaires sont souvent des chefs improvisés. Parfois élus, à l'instar de Xénophon qui passa ainsi du statut de correspondant de guerre à celui de général et de nombreux capitaines flibustiers de la grande époque aux Caraïbes, ils s'imposent le plus souvent par leur charisme. L'exemple le plus emblématique est celui de Bob Denard à qui il est arrivé de s'attribuer lui-même les galons correspondant à sa fonction. Jacques Lantier, dans Le temps des mercenaires, constate la même réalité : "à quelques exceptions près, les chefs ne furent pas d'anciens officiers sortis des écoles militaires, mais des sous-officiers ayant gagné leurs galons sur le terrain, au baroud, pistolet au poing. Au Congo d'abord, au Yémen, au Biafra, on leur donna de nouveaux grades en fonction de leurs qualités de chefs de bande..."
Bien sûr, de prestigieux officiers des armées régulières ont terminé leur carrière militaire comme chefs mercenaires. On pense ici à Roger Faulques, ancien officier emblématique du 1er BEP en Indochine et du 1er REP en Algérie, véritable chef des "Affreux" du Katanga puis des mercenaires français au Biafra ; on pense également à "Loulou" Martin, également ancien officier légionnaire-parachutiste, devenu général commandant la Garde présidentielle gabonaise. Mais il est clair que, toujours, c'est la valeur personnelle de ces chefs plus que le poids de leurs anciens galons qui les transforma en figures mythiques du mercenariat.
Chez les mercenaires, encore plus qu'ailleurs, on a les chefs qu'on mérite.
Des pseudonymes souvent révélateurs
On a aussi les noms que l'on mérite. Comme à la Légion, dont l'origine mercenaire ne fait aucun doute, les mercenaires travaillent le plus souvent sous pseudonyme. Aux yeux de leurs détracteurs les plus malhonnêtes, cela traduit la volonté de se cacher sous d'autres noms pour accomplir leurs méfaits en toute impunité. Foutaise.
Le pseudonyme traduit tout simplement la naissance d'un homme nouveau. Libéré du poids du passé, que le vieil homme qu'il était quelques minutes auparavant a rangé au placard, le nouvel homme peut se consacrer entièrement à sa tâche. A la différence du nom, le pseudonyme est choisi par l'intéressé. Il révèle souvent la personnalité de celui qui en use.
Ce n'est pas toujours nécessaire. Ainsi, il n'est pas rare que les volontaires prennent pour pseudonyme leur prénom, ou même leurs initiales. D'autres utilisent le nom de leur mère, ou de leur grand-mère. Certains trouvent leur modèle dans la littérature et endossent le nom, d'un personnage ou d'un écrivain.
Il y a tout de même certaines limites. Ainsi, à la Garde Présidentielle des Comores, les pseudonymes à consonance germanique ou russe étaient interdits. Il est vrai qu'entre le front de l'Est et l'univers tropical des Comores, il y avait un monde...
De même, on a vu assez peu de volontaires en profiter pour s'anoblir ou pour s'attribuer indûment des patronymes célèbres. Ce serait plutôt l'inverse.
Les mercenaires victimes des idéologies
Pendant toute l'histoire connue, jusqu'à la Révolution française, le mercenariat a été la règle et la conscription l'exception. Sans devenir une partie de plaisir, les bagarres entre Etats conservaient une certaine mesure. On rasait un village, on détruisait une ville, on pillait Parfois sans modération, jamais on n'exterminait un peuple entier.
C'est vers la fin du XVIIe siècle que les exigences de la politique conduisirent à la volonté de constituer des armées plus nationales, sans pour autant fermer la porte à l'efficacité. C'est ainsi qu'un tiers des armées de Louis XV était constitué de régiments étrangers, achetés ou loués "clefs en mains".
Puis l'idéologie égalitaire s'en est mêlée et a imposé la conscription. Tous égaux ! Ce fut le début du carnage.
Le conscrit de l'An II a tenté de tuer le mercenaire. C'est là son plus grand crime. Car la guerre est devenue totale, idéologique et exterminatrice. Ceux qui, au nom des valeurs d'humanisme et de liberté ont imposé la levée en masse, le peuple en armes et la destruction du vieil ordre portent une responsabilité écrasante. Jusque-là relativement limités, les conflits n'ont pas tardé à embraser l'Europe entière, avant de dégénérer en guerres mondiales.
Quelques années après le début de la conscription en France, l'Europe était à feu et à sang. En 1866, l'Allemagne s'y mettait, et l'Angleterre en 1914. La fine fleur de la jeunesse européenne s'entretuait alors par millions dans les tranchées de la Marne, de la Somme, de Verdun... Personne n'a jamais été jugé pour cela.
Face à l'hypocrisie moderne
En revanche, les procès de mercenaires, vrais ou supposés, n'ont pas manqué, a commencer par le plus célèbre d'entre eux, Bob Denard, condamné à cinq ans de prison avec sursis pour avoir tenté, pour le compte de plusieurs Etats dont la France, de renverser le régime marxiste et sanglant de Mathieu Kérékou au Bénin, puis poursuivi (et, tout de même, acquitté) pour la mort du président comorien Ahmed Abdallah.
Au Soudan, fin 1971, Rolf Steiner fut condamné à mort au terme d'une hallucinante parodie de procès. "Mais par la grâce de notre généreux président, la peine de mort a été commuée en vingt ans de détention criminelle", lui annonça-t-on. Il fallut l'intervention de la République Fédérale d'Allemagne pour qu'il soit libéré trois ans et demi plus tard.
En Angola, en juillet 1976, le "colonel Callan" et trois autres combattants furent condamnés à mort et exécutés pour "crime de mercenariat" et "crime contre la paix". Neuf autres, britanniques et américains, écopèrent de seize à trente ans de prison. Même si cette affaire est un peu en marge par rapport aux grandes opérations mercenaires modernes, le procès de Luanda sanctionne un précédent historique dont il est nécessaire de tenir compte: ce sont les premières véritables représailles juridiques organisées par un Etat contre le mercenariat. D'autres suivront, n'en doutons pas.
Les condamnations médiatiques larmoyantes du mercenariat ne manquent pas non plus: de la presse "bien-pensante" aux organisations internationales, on s'indigne vertueusement à chaque fois qu'une poignée d'hommes décidés tente de changer le cours de l'histoire dans une république bananière.
On ne peut manquer d'être frappé par la consternante pauvreté des arguments déployés par des groupes de pression qui mènent régulièrement et activement campagne pour la ratification française de la convention anti-mercenaire de l'ONU.
La logorrhée la plus édifiante, monument de malveillance et de contre-vérité, est de François-Xavier Verschave, spécialiste autoproclamé de la question, auteur d'ouvrages qui, paraît-il, font référence auprès d'un public non averti. Un seul exemple suffira, tiré d'un document nommé Mercenaires : Halte là ! "Au Biafra en 1967, les mercenaires français sont intervenus pour entretenir une guerre ayant pour but de miner le Nigeria, géant anglo-saxon. Cette intervention a eu pour conséquence directe le prolongement de la guerre civile et de la famine provoquant la mort de centaines de milliers de Biafrais." (sic !)
En clair (ceux qui connaissent un peu l'histoire du drame biafrais apprécieront) Verschave regrette que les mercenaires français aient retardé l'extermination du peuple biafrais. En suivant ce raisonnement jusqu'au bout, il ne faut pas se défendre car cela prolonge les souffrances. A ce compte, les volontaires des Brigades internationales pendant la guerre d'Espagne sont des assassins, tout comme, plus tard, ceux des Forces Françaises Libres, car ils ont contribué à prolonger la guerre !
A la fin de son journal de marche au Zaïre, début 1997, le chef du groupe de mercenaires qui s'opposa à la folie sanguinaire de Kabila notait : "Tout au long de cette opération, j'ai mesuré la distance qui nous séparait des stéréotypes véhiculés sur notre action dans les milieux "bien-pensants". A les entendre, nous serions des prédateurs de l'Afrique, guidés par l'appât du gain, sans scrupules, voire pour certains des tueurs psychopathes. Au contraire, partout où nous sommes passés, les populations ont vu en nous la garantie d'une conduite irréprochable. Là où nous sommes restés, les civils sont venus se mettre sous notre protection, naturellement, sans hésitation et sans crainte, certains à juste titre que notre présence garantissait leur sécurité." Là réside certainement une des principales caractéristiques des mercenaires français en Afrique.
Rendre les mercenaires responsables des conflits qui ravagent le monde procède de la même incongruité que prétendre interdire les armes au prétexte que les criminels peuvent s'en servir. De même que ce n'est pas l'arme qui commet le crime, mais bien le criminel lui-même, ce n'est pas le mercenaire qui est fauteur de guerre, mais bien le politique qui continue ainsi son action "par d'autres moyens", nous dit Clausewitz.
A une époque où les frappes "chirurgicales" ne semblent porter ce nom que parce qu'elles remplissent les hôpitaux de victimes civiles, il faut une bonne dose d'hypocrisie pour justifier les crimes commis au nom de la morale occidentale, et en même temps condamner le mercenariat dont l'un des effets majeurs, tout au long de l'histoire, a été de limiter l'ampleur des conflits en les résumant à une explication entre professionnels.
Combien de victimes, tant militaires que civiles, auraient pu être évitées depuis le moulin de Valmy, si l'on n'avait pas réussi à faire croire que c'est le peuple en armes et non la diarrhée qui eut raison des armées de Brunswick ? Le discours autorisé dévalorise les mercenaires, car ils sont la mauvaise conscience des héritiers de l'idéologie dite "des Lumières", au nom de laquelle les soldats doivent se faire tuer, pour un salaire dérisoire, au profit d'un "bien" absolu que les puissances financières tentent d'imposer au monde entier, tant il est vrai qu'elles ne sont pas pressées de partager leurs "biens" relatifs.
On ne s'étonnera donc pas que les mercenaires soient souvent mal vus des autorités tant "morales" que politiques. On ne s'en inquiétera pas non plus car, comme l'écrivait Jean Lartéguy, "ils ne se soucient que fort peu de l'opinion de leurs contemporains. C'est en cela qu'ils diffèrent des autres hommes".
Mais cette parenthèse anti-mercenaire, malgré son coût humain et ses conséquences désastreuses, n'a pas tué le mercenariat. Tôt ou tard, le réel refait toujours surface et terrasse les idéologies.
Un réel que Roger Bruni, ancien de Dien Bien Phu, figure emblématique du mercenariat français en Afrique, résumait ainsi :
"Article 1: le mercenaire est un seigneur.
Article 2: un seigneur ne peut être que mercenaire"
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