03.07.2009

NOUVELLE STRATÉGIE NAVALE ?

Quelques considérations sur la stratégie navale

Ce post n’aurait pas été possible sans les publications consacrées à la stratégie navale sur le site de l’Institut de Stratégie Comparée.


090629-N-5822P-062Les marines asiatiques sont depuis deux décennies en plein développement. Chaque année apporte son lot de nouvelles acquisitions, un sous-marin ici, une frégate là, un avion de patrouille un peu plus loin. Cette évolution fait  de la zone Asie-Pacifique, comme dans bien d’autres domaines, une région centrale dans le domaine maritime.

Ainsi, il semble bien que l’avenir de la stratégie maritime au XXIe siècle se trouve en orient, un avenir qui semble tout ce qu’il y a de plus radieux. Mais quelles en sont les caractéristiques? SD s’est déjà penché sur le problème des différences entre la guerre sur mer et sur terre. De ces différences découlent naturellement un certain nombre de caractéristiques.


Tout d’abord revenons d’abord aux caractéristiques fondamentales du milieu marin. À travers l’histoire, deux caractéristiques majeures expliquent la spécificité et l’importance de l’espace maritime. Premièrement, c’est l’uniformité et deuxièmement, l’invisibilité.

Comme l’a déjà expliqué SD, l’uniformité du milieu permet des déplacements rapides sur de grandes distances, avec des difficultés moindres que sur la terre. Le navire est donc un excellent instrument de transport. L’invisibilité découle simplement de l’impossibilité de voir au-delà de la ligne d’horizon jusqu’au XXe siècle. Cette caractéristique permet de se déplacer très rapidement sans que l’adversaire puisse prévoir les mouvements adverses. Au final, ces deux facteurs rendent impossible la défense. Si l’on veut défendre un objet sur mer, la seule méthode efficace est d’attaquer ce qui le menace. Il faut obtenir la maîtrise de la mer avant de pouvoir utiliser la mer.

Il y a un troisième principe, peut-être plus mineur, qui jusqu’au XXe siècle fut vrai: la séparation des deux milieux. Séparation assez malléable, à travers l’histoire on compte de nombreuses interventions de navires de guerres en soutien à des opérations à terre. Mais cette séparation existait tout même. Au delà d’une fine bande côtière et d’une petite portion de mer en face des côtes, la mer et la terre étaient deux domaines qui ne communiquaient pas. Sur terre, l’adversaire de la flotte est la batterie côtière. Et pour l’armée de terre, l’adversaire, ce sont les canons des navires. Mais dans les deux cas, la portée est limitée, et donc leur importance est marginale.

Mais au XXe siècle, la technologie a tout changé. Ce dernier principe a pratiquement disparu, à cause la troisième dimension. Et le deuxième principe, l’invisibilité, quoiqu’encore vrai, a tout de même subi de sévères aménagements.

Il est désormais possible de faire voler des avions sur plusieurs milliers de kilomètres pour frapper des objectifs en mer. De sorte que désormais, c’est un océan qui est a la portée de la puissance terrestre. Aujourd’hui, un bombardier peut couvrir tout l’Atlantique Nord. L’inverse est vrai aussi, depuis la mer il est possible de frapper des cibles profondément à l’intérieur des terres, non seulement avec des avions, mais aussi avec des missiles tirés depuis des navires ou des sous-marins.

Enfin l’invisibilité a elle aussi été atteinte. Les radars, les avions de reconnaissance et les satellites compliquent la tâche. Si cela reste encore possible, (les Américains l’ont prouvé durant la guerre froide), le jeu est devenu incontestablement plus complexe. Mais la mer a encore plus d’un tour dans son sac et les sous-marins ont restauré un peu cette invisibilité perdue.

Mais, malgré tout les changements, c’est toujours le milieu qui détermine les grands principes de la stratégie et même peut-être de la politique. Car la maîtrise de la mer ne se partage pas, soit un seul la possède, soit personne. Cette exclusivité de la maîtrise de la mer explique peut-être l’expansion constante des grandes marines d’Asie. Car entre le Japon, la Chine et l’Inde, qui pourrait croire que l’un d’entre eux puissent tolérer l’idée de vivre avec le couteau sous la gorge? Si l’Inde veut que l’Océan Indien mérite son nom, par nécessité ce sera fait aux dépends la Chine, qui devra vivre avec une épée de Damoclès indienne sur son commerce. Si le Japon concède à la Chine une domination maritime, il devra accepter de voir son approvisionnement soumis au bon vouloir de son puissant voisin.

La prudence conduit alors les joueurs à adopter des comportements qui ne peuvent être perçus que négativement pas les autres.


Source: alliance géostratégique

 

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